Cheyenne Attitude rouvre sa boutique de Saint-Tropez,
au 24 rue du Clocher,
avec sa collection vintage de vestes customisées, peintes et brodées,
par Sylvie Bourgeois Harel
Cheyenne Attitude rouvre sa boutique de Saint-Tropez,
au 24 rue du Clocher,
avec sa collection vintage de vestes customisées, peintes et brodées,
par Sylvie Bourgeois Harel
Sophie à Megève
une comédie de Sylvie Bourgeois Harel
extrait
Avant de dîner au Cintra, la plus vieille brasserie de Megève, Henri les entraîne à un vernissage. Un monde fou se presse pour regarder des petits dessins vaguement inspirés de ceux de Crumb, en beaucoup moins bien. Un gamin de 25 ans à tout casser est la star du cocktail. Les amis de ses parents se précipitent pour le féliciter, l’embrasser, lui tapoter les épaules, lui frotter la tête, qui aurait cru ça de toi ? Qu’est-ce qu’on s’est fait comme souci à ton sujet !
Un peu plus loin, un playboy bronzé explique à un cheptel de zibelines et de renards argentés qu’il adore vivre dans les Hampton’s, car il n’y a pas de pauvres.
– C’est bien simple, si vous ne possédez pas de maison, c’est impossible d’y aller !
Sophie, pensive, observe son gynécologue s’avancer vers elle, un grand sourire aux lèvres.
– Bonjour chère amie ! Comment allez-vous depuis ce dîner chez… chez… aidez-moi, je ne me souviens plus de la dernière fois où nous nous sommes vus, lance-t-il en l’embrassant chaleureusement.
– J’avais les jambes écartées dans votre cabinet, je suis une de vos patientes.
Écarlate, il se confond en excuses. Heureusement, un homme grisonnant s’avance vers Sophie et la libère de ce malentendu.
– Voilà le résultat quand l’argent envahit le domaine réservé aux artistes, dit Sophie. Ce gosse a dû avoir envie d’exister, ce qui est légitime, mais au lieu de bosser à l’école, il a choisi la facilité de se prétendre peintre alors que de toute évidence, il est dénué de talent. Et ses parents, trop contents qu’il ait survécu à la drogue, à l’alcool, lui offrent les moyens de se croire quelqu’un alors qu’il n’est pas doué. Je les imagine perclus d’admiration pour leur rejeton qui, enfant, devait gribouiller au stylo Bic des cahiers entiers de petits soldats et de scènes de guerre. Et comme ces gens-là n’ont aucune culture, malgré ce qu’ils prétendent, ils crient au génie. Ça me rend dingue que l’on expose ces débilités.
– C’est mon beau-fils.
Sans se démonter, Sophie lui demande du tac au tac ce qu’il en pense.
– Voulez-vous que je vous le présente ?
– Laissez-le prendre son pied. C’est son quart d’heure de gloire. La question que l’on doit se poser, c’est de savoir si cet usurpateur qui existe grâce à vos moyens financiers prend la place d’un vrai artiste ou non ? À Saint-Tropez, j’avais vu la même chose avec une princesse de mes fesses qui avait exposé ses photos de vacances, elle les avait attachées avec des pinces à linge pour faire bohème. Vous me direz, Saint-Tropez n’est pas le meilleur endroit pour découvrir de l’art. Mais c’est pareil dans la musique, le cinéma, la littérature, les fils et filles à papa pourrissent la sincérité, le seul con dans l’histoire est le pauvre idiot qui paye sa place de ciné ou de concert et doit assister à ce déferlement de nullité. Vous ne voulez pas plutôt m’apporter une coupe de champagne ?
– Je ne sais pas pourquoi, mais je vous trouve différente des autres femmes de cette assemblée.
– Normal, je suis la seule pauvre.
– Dans vos yeux, je lis que votre vie intérieure est riche.
– Stop, on arrête tout, votre réponse est trop convenue, je ne peux pas continuer sur ce registre.
– Arrêtez de me taquiner, vous vous appelez comment ?
– Sophie et je n’ai pas de mari.
Oups ! se dit-elle, je suis barge de répondre ça.
– Je peux alors vous inviter à déjeuner ?
Exactement ce qu’elle ne voulait pas entendre !
– Volontiers !
Exactement ce qu’elle ne voulait pas dire !
Ce n’est pas la première fois que ses paroles ne lui obéissent pas. C’est peut-être le signe que je suis très déprimée ? se demande Sophie en buvant cul sec sa coupe.
– Au moins, vous n’êtes pas compliquée ! Je me présente, Jean-Guillaume Tuffier.
– Des constructions navales ?
– Exactement.
– Et vous tenez cette entreprise de votre père ?
– Qui la tenait lui-même de son propre père.
– Dingue ! se moque-t-elle.
– N’est-ce pas ?
– Je ne suis pas jalouse, mais ça me fout les boules les gens comme vous qui n’ont comme mérite que d’avoir hérité. À Megève, j’ai l’impression de ne voir que ça.
– J’ai commencé à travailler tôt et durement, on ne m’a fait aucun cadeau, se justifie Jean-Guillaume.
– Le mythe du gamin riche qui doit soi-disant démarrer en bas de l’échelle ne m’a jamais fait chialer. C’est quand même plus facile d’avoir le droit d’engueuler les ouvriers de son père et de rentrer dans une baraque à plusieurs millions d’euros avec du personnel que de trimer pour de vrai et de se coucher dans un studio pourri où vous devez laver vous-même votre sol et vos draps car vous n’avez pas de fric. Vous avez, ne serait-ce qu’une fois, mis la table ou passé la serpillière ?
– Non, mais je suis un cuisinier qui se défend.
– Oui, histoire d’épater vos copains !
– Pourquoi êtes-vous en colère, Sophie ?
– N’insistez pas, je ne déjeunerai pas avec vous.
– Vous êtes pétillante, j’adore. On dit après-demain au Fer à cheval ? À 13 heures ?
– Pourquoi pas demain ?
– Je dois aller à Genève.
– Chercher des pépettes ?
– Non, des cigares.
– Chez Gérard ?
– Je vois que vous connaissez vos classiques.
– Et ensuite, vous irez au Velvet vous taper une pute. Certaines, paraît-il, passent leur journée à tremper dans du lait d’ânesse pour avoir la peau douce. Vous m’en ramènerez une ?
– Vous êtes insensée, mais vous me plaisez.
– Parce que je ne coûte pas 2 000 euros ?
– Vous verrez, leurs diots au vin blanc sont fameux.
– Je suis plutôt filets de perche du lac Léman, mais bon.
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La voix. Sylvie Bourgeois Harel. Récit - Sylvie Bourgeois fait son blog
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La voix, récit de Sylvie Bourgeois Harel, à paraitre le 1er juin 2026
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Sylvie Bourgeois, Brèves enfances, La dame bleue, nouvelle - Écrivain
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Marcelline lit La dame bleue, une nouvelle de Sylvie Bourgeois Harel. Éditions au Diable vauvert
Chroniques du monde d'avant (9), mon deuxième roman, L'amour libre chez Fayard
Nous sommes il y a une vingtaine d’années. Mon premier livre "Lettres à un monsieur" vient de sortir en librairie. Je décide d’en écrire immédiatement un deuxième. Que je termine très rapidement. Je le propose à mon éditeur qui me répond qu’il le publiera volontiers en octobre prochain.
— Et pourquoi pas plutôt en mai ? lui demande mon impatience.
— Parce que l’on ne sort pas deux livres d’un auteur dans la même année.
Plutôt que d’être contente qu’il accepte de publier mon deuxième roman, je sors de son bureau en bougonnant. Je n’ai aucune notion des impératifs et des contraintes de l’édition, je ne vois que mon désir d’avoir un deuxième livre publié en mai. Arrivée chez moi, je téléphone au gentil Alexandre qui m’avait glissé, après ma signature à l’Écume des Pages, la librairie collée au Café de Flore, à Saint-Germain-des-Prés où il travaillait, qu’un éditeur très important était venu.
— Comment s’appelait-il ?
— Raphaël Sorin, il était chez Flammarion et vient d’arriver chez Fayard.
Je l’appelle aussitôt. Par chance, son assistante est absente ce jour-là, le standard me le passe directement.
— Bonjour monsieur Sorin, je suis Sylvie Bourgeois, vous ne me connaissez pas mais comme le mois dernier vous êtes venu à l’Écume des Pages à la signature de mon premier roman, "Lettres à un monsieur", je me suis dit que vous vouliez faire ma connaissance. Voulez-vous que l’on prenne un café demain matin au Flore ?
Le lendemain matin, à 9 heures, je suis en terrasse du Flore avec Raphaël Sorin, hélas aujourd’hui décédé. Je n’ose pas lui dire que j’aimerais bien lui faire lire mon deuxième manuscrit qui est terminé. Nous parlons de tout. Et aussi de Michel Houellebecq.
— Vous savez qu’il va faire son prochain roman avec vous, je lui annonce sans rien savoir des projets de Michel Houellebecq que je ne connaissais pas encore personnellement, mais dont j’avais lu et surtout aimé tous ses livres et poèmes.
— J’adorerais, mais il est obligé de le faire chez Flammarion, me répond Sorin.
— Oui, mais il le fera avec vous chez Fayard.
— C’est impossible, c’est moi qui ai verrouillé son contrat chez Flammarion, il n’a aucune option de sortie.
— N’empêche, il le fera avec vous chez Fayard, j’insiste sûre de moi. Et puis quand on a un éditeur comme vous, on n’a pas envie de l’abandonner, j’ajoute pour le flatter.
Plus que de le flatter, j’avais surtout envie de lui faire plaisir. Le bonhomme me plaisait. Comme m’avait plu mon premier éditeur. Deux amoureux de la littérature. Deux amoureux des mots. Deux amoureux des auteurs. Deux éditeurs à l’ancienne. Et quant à ma certitude que Michel Houellebecq signerait sont prochain roman chez Fayard, elle venait d’une voix qui m’avait dicté ces mots. Était-ce de l’intuition, de la clairvoyance, de la prédiction, de la prémonition ou de la prophétie, je ne saurai jamais, toujours est-il qu’un an plus tard, Houellebecq a réussi à rompre son contrat ultra verrouillé chez Flammarion pour rejoindre Raphaël Sorin chez Fayard. Mais ça, c'est une autre histoire.
Revenons à moi, le lendemain de mon joyeux rendez-vous au Flore avec Sorin, je désire ardemment lui faire lire mon deuxième manuscrit. Je lui téléphone. Sauf que son assistante a repris son travail. C’est elle qui décroche.
— On ne doit pas appeler directement les éditeurs, m’engueule-t-elle. Si vous avez un manuscrit à nous faire lire, déposez-le au service des manuscrits, on vous répondra sous trois mois. Si on ne vous répond pas, c’est que votre livre ne nous intéresse pas.
Et elle raccroche. Je rappelle aussitôt, forte du sourire ravi de Sorin lorsque je lui avais fait ma voyance prophétique concernant Houellebecq. Je retombe sur l’assistance excédée
— Pouvez-vous s’il vous plaît juste dire à Raphaël Sorin que Sylvie Bourgeois aimerait lui parler ? Merci.
Trois minutes plus tard, Raphaël me téléphone.
— Je peux vous faire lire mon manuscrit ?
— Bien sûr, apportez-le moi demain matin, à 9 heures, au Flore. On reprendra un café.
Cinq jours plus tard, Sorin m’appelle.
— J’ai adoré votre livre, vous avez un vrai talent Sylvie, votre écriture est sincère, franche, rapide, drôle, elle existe, elle prend toute sa place, je vous édite, il sortira en avril.
En avril ! Un mois avant ma date du mois de mai que j’avais tant désirée ! Youpi ! Je me sens la reine du monde. D’autant que la première phrase que j’avais écrite lorsque j’avais commencé ce roman était : je veux rencontrer le futur homme de ma vie, vivre, travailler et fusionner avec lui. Quelques semaines plus tard, je rencontrai celui qui allait devenir mon mari. Je suis donc persuadée qu’il suffit que je crie mes désirs ou que je les écrive, de travailler bien sûr à leurs accomplissements, je suis une travailleuse acharnée, ça me convient parfaitement, et que ma nouvelle vie liée à l’écriture va être belle et facile.
Mais c’est sans compter sur les jalousies ou les passions que je peux susciter. L’assistante de Sorin qui ne devait pas apprécier que son patron, le grand éditeur tant respecté dans le monde de l’édition, m’invite à déjeuner trois fois par semaine au Chai de l’Abbaye, sa cantine, où il prend plaisir à me raconter mille anecdotes avec ses auteurs favoris comme Patrick Manchette ou Charles Bukowski, a pris beaucoup de retard. Tant et si bien qu’un matin, Sorin, très énervé, m’appelle.
— On se voit au Flore dans une demi-heure.
— Bien chef.
Assis à l’intérieur, à la table près de la caisse, je n’ai plus un Sorin gentil et attentionné, mais un Sorin en colère.
— Je suis furieux Sylvie, mon assistante s’est plainte que vous repoussiez sans cesse vos rendez-vous de travail avec elle sur votre texte.
— Absolument pas, Raphaël, c’est elle qui les annule au dernier moment et les remet à deux semaines plus tard.
— Pourquoi ne me l’avez-vous pas dit ? se calme-t-il.
— Parce que je n’ai jamais dénoncé personne à l’école, je ne vais pas commencer aujourd'hui.
— Je vous crois, Sylvie, ça m’étonnait aussi de vous, je vais lui passer un savon, n’empêche, à cause de tout ça, votre livre ne sera jamais prêt pour le mois d’avril comme je l’avais prévu, il sortira le 2 juin.
Le 2 juin, je croise chez Fayard celui qui est censé être mon attaché de presse, une valise à la main.
— Je pars en vacances. Votre livre est mort. On se sort jamais le roman d’un auteur pas connu en juin, les journalistes travaillent déjà sur les livres qui paraîtront en septembre pour la rentrée littéraire. Le seul qui vous recevra est Patrick Poivre d’Arvor. C'est déjà pas mal, c'est une télé. Je vous emailerai l’horaire et l'adresse du studio d’enregistrement, l'émission aura lieu la semaine prochaine. C’est un deal que nous avons avec lui, lorsqu’il a demandé à Fayard d’éditer Claire Castillon, sa petite amie de l'époque, en échange, il a promis de recevoir tous nos auteurs.
À suivre…
Sylvie Bourgeois Harel
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Chroniques du monde d'avant, la plage du Planteur à Ramatuelle
par Sylvie Bourgeois Harel
J’ai 20 ans et je viens enfin, pour la première fois de ma vie, de passer deux mois idylliques, seule, avec mes parents à Besançon. Mais ce bonheur ne durera pas. Vincent, un de mes frères qui a 3 ans de plus que moi, et avec qui je viens de passer une année très dure à Cap-d’Ail où je travaillais comme hôtesse à Monaco vient de débarquer.
Vincent est beau, gentil, intelligent, très intelligent même, il fait des très belles photos, cite Deleuze et Derrida, ses profs de Fac, mais il ne va pas bien psychologiquement. Personne ne me croit quand je dis qu’il a des problèmes psychiatriques, au contraire, je passe pour la méchante sœur qui veut le faire soigner. Cinq ans plus tard, il sera diagnostiqué schizophrène et sera interné à de multiples reprises.
Comme je ne suis pas en état de le supporter après tout ce que j’ai vécu à Cap-d’Ail, le matin, si je lui disais non, il me mordait le bras pour que je lui donne de l’argent, la nuit, il écoutait trois radios à fond, si des amis venaient dormir, il repeignait leur chambre d’onomatopées de guerrier, je décide de fuir la maison familiale où pourtant j’étais heureuse de profiter de mes parents.
Je téléphone à l’Office de Tourisme de Deauville, Megève et Saint-Tropez, trois villes que je ne connaissais pas, mais qui me faisaient rêver, pour savoir s’il n’y aurait pas une annonce pour du travail. À Saint-Tropez, on me répond qu’en effet, une pizzeria recherche un serveur confirmé. Je convaincs le propriétaire que je suis un serveur confirmé.
Le lendemain, je débarque avec quatre heures de retard, mon train ayant écrasé une vache, peut-être une vache qui, comme moi, s’était sentie obligée de quitter sa famille aimante pour avoir la paix, à la gare de Saint-Raphaël où le frère du patron m’engueule.
À deux heures du matin, le chef de rang de la pizzéria m’accompagne à ma chambre derrière chez Sénéquier, j’étais logée, nourrie, et là, stupeur, il y a deux fois quatre lits superposés, avec sept personnes qui dorment déjà, le huitième lit est pour moi. Non seulement ça pue des pieds, mais il m’est impossible de me coucher dans une telle promiscuité, sans parler du popo qui doit être commun et la douche certainement aussi.
Je retourne voir le patron qui comptait ses sous, suivie du chef de rang qui porte mes trois valises, à 20 ans, je voyageais toujours avec des tonnes de vêtements comme si ma vie en dépendait, aujourd’hui, j’ai tout simplifié, que je parte pour un mois ou trois jours, je prends toujours la même petite valise remplie de l’essentiel.
— Pouvez-vous m’indiquer un hôtel, il est hors de question que je dorme avec sept personnes qui puent des pieds, dis-je au patron qui me regarde, étonné.
— Nous sommes le 1er août, vous n’en trouverez pas.
— Je vais alors dormir chez vous.
Il me regarde encore plus étonné.
— Vous avez une pizzeria, vous devez bien avoir une maison, non ?
— Non, je vis dans un studio avec ma femme et notre bébé.
Le chef de rang avait dû me trouver mignonne, il me propose sa chambre de chef de rang, son statut de chef lui donnait le privilège de dormir seul. Il reprend mes trois valises et les dépose dans une chambre où, en effet, il n’y a qu’un seul lit mais avec une hauteur sous plafond d’un mètre quarante à tout casser, et toujours pas de popo ni de douches. Je le remercie.
J’attends qu’il soit loin et pars me promener dans Saint-Tropez à la recherche de pains au chocolat tout chauds. C’est une manie, la nuit, je mangeais des biscuits ou des pains au chocolat à la sortie des boîtes de nuit où j’adorais aller danser. Et Saint-Tropez est une boîte de nuit géante, il est trois heures du matin et c’est la fête partout, je suis conquise d’autant qu’en face du Yaca, un monsieur vend des pains au chocolat tout chauds.
Tout en avalant mon troisième, je lui raconte mes aventures, mon frère fou, sa poule encore plus folle que lui qui, chaque jour, montait sur la branche du néflier pour pondre son œuf qui, inévitablement, s’écrasait sur la terrasse, mes parents que j’aime et que je suis triste d’avoir été obligée de quitter, la pauvre vache éprise, elle aussi, de liberté, les pieds qui puent des serveurs, le popo en commun, quand un garçon à peine plus âgé que moi qui m’écoutait, fasciné, me propose de m’emmener chez lui, ses parents ont un grand appartement à Port-Grimaud.
J’achète quatre pains au chocolat pour remercier le chef de rang, le gentil garçon prend mes trois valises et hop me voilà enfin couchée, seule, dans un vrai lit avec des toilettes propres et une grande salle bains.
Le lendemain matin, le gentil garçon retarde son retour à Grenoble et m’emmène faire le tour des plages afin que je trouve du travail pour le mois d’août. Je n’avais pas assez dormi, j’étais épuisée, il était vraiment gentil, il me portait sur son dos.
À la Bouillabaisse, ils recherchent un cuisinier confirmé pour le snack. Je les convaincs que je suis un cuisinier confirmé. Par chance, je tombe sur la fille d’amis de mes parents qui travaille également là. Elle me propose de m’héberger chez sa fiancée, une riche allemande plus âgée. Le soir, après le dîner, je comprends que je dois dormir dans leur lit. Je prétexte une folle envie de sortir et file aux Caves du Roy où je danse en dormant debout car je suis exténuée de fatigue.
Pendant trois jours, je mets un fichu sur mes cheveux et je fais des frites et des hamburgers. La nuit, je danse en dormant debout et je mange des pains au chocolat pour tenir le coup. La 4ème nuit, le monsieur me donne le téléphone de son copain qui recherche une serveuse confirmée pour son restaurant Le Planteur situé sur la plage de Pampelonne. Je le convaincs que je suis une serveuse confirmée et je commence à travailler dans ce très joli endroit où je suis logée dans un bungalow pour moi toute seule au bord de la mer où je me baigne matin et soir avec Frantz, le gentil plagiste de mon âge.
C’était une plage d’habitués bien élevés. À 11 heures, je passais entre les matelas prendre les commandes et à 13h, tout le monde était à table. Les deux patrons s'occupaient de la cuisine. L'un était petit et fluet, l'autre était baraqué, tatoué, le crâne rasé, Frantz m’avait dit que c’était un ancien légionnaire ou mercenaire, le genre à ne pas aimer être embêté.
Un jour, comme d’habitude, j’entre dans la cuisine avec mon carnet de commandes plein, mais ils ont tellement bu la veille qu’ils sont incapables de préparer le repas. Sur la terrasse, les clients commencent à s’impatienter. En tant que serveuse confirmée, je prends les dessus et retourne dans la cuisine en tapant dans mes mains :
— Allez, hop, les mecs, je leur dis en riant, il faut vraiment vous mettre au boulot, sinon je vais avoir une mutinerie, nos vacanciers meurent de faim.
Je devais, sans m’en rendre compte, être un brin autoritaire du haut de mes 45 kilos si bien que le mercenaire-légionnaire-tatoué-baraqué-rasé m’a soulevée du sol.
— Non mais, la princesse, je rêve, tu crois vraiment que tu vas me donner des ordres, écoute bien, je n’ai jamais obéi à personne dans ma vie, et ce n’est pas une jolie poupée comme toi avec son petit minois qui vas commencer à me transformer en toutou à sa maman.
Il m’a balancée dans la chambre froide entre les morceaux de viande et les plaquettes de beurre, et l'a refermée en râlant qu’il avait encore soif. Je n’ai eu la vie sauve que grâce au gentil Frantz qui, ne me voyant plus, s’est inquiété. Le petit patron fluet, moins prêt que son copain tatoué à commettre un crime qu'ils auraient dû cacher en me cuisinant le lendemain pour leurs clients afin de faire disparaître mon corps, lui a avoué où j’étais.
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Chroniques du monde d'avant - 4 - Cartier rue de la Paix J'ai 23 ans. Je suis à Paris. Je viens de donner ma démission et je veux un nouveau travail. Plus exactement, il me faut tout de suite un ...
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Chroniques du monde d'avant - 7 - Lettres à un monsieur - 2003 - Sylvie Bourgeois fait son blog
Chroniques du monde d'avant (7) Lettres à un monsieur 2003 Lorsque mon premier livre, Lettres à un monsieur, a été publié en octobre 2003, aux Éditions Blanche, mon éditeur était tout conte...
Une après-midi à la boutique Apple de Saint-Germain-des-Prés
Vendredi, j’ai été punie. Oui, punie. Véridique. Je vais au magasin Apple de Saint-Germain-des-Prés, mon ancien quartier. J’avais pris en ligne deux rendez-vous, un à 17 heures pour mon iPhone et un autre à 17 heures 15 pour mon MacBook. C’est leur protocole. Un article, un rendez-vous, deux articles, deux rendez-vous.
J’arrive à 17h05. À l’entrée, un gringalet blond aux lèvres pincées par l’énervement de sa journée, ou peut-être de sa nuit, je n’ai pas osé lui demander, s’occupe d’une dame âgée. Il prend son temps. Ça ne me dérange pas, j’aime bien qu’on s’occupe gentiment des dames âgées. Sauf que lui, je sens qu’il ne le fait pas pour être gentil, mais pour faire chier les gens qui attendent derrière. En effet, une longue file s'est formée. D'ailleurs, un Américain s’est posé à ses côtés en n'arrêtant pas de regarder sa montrer et de souffler en levant les yeux au ciel, espérant, ainsi, lui faire presser le pas.
Le freluquet finit par s’occuper de lui en prenant, de nouveau, bien son temps, non pas pour être sympa, mais toujours pour faire chier les gens qui attendent derrière moi.
Grâce à mon calme olympien et mon habitude d’observer, ça ne me dérange pas du tout. Je suis au coeur du spectacle de la frustration parisienne des consommateurs. Arrive mon tour.
— Bonjour monsieur, je lui dis en souriant et en montrant le QR code de mon rendez-vous de 17 heures.
— C’est trop tard, il a été annulé, me balance-t-il direct.
Bien sûr, je ne lui explique pas que s’il avait demandé rapidement aux gens de la file d’attente ceux qui avaient un rendez-vous, j’aurais été à l’heure. Ses lèvres pincées qui s’agitent pour m’annoncer cette sentence qu’il pense définitive, m’indiquent que je ne dois pas l’agacer. Sauf qu’il ne connaît pas ma botte secrète.
— Ce n’est pas grave monsieur, je continue en souriant toujours, j’ai un autre rendez-vous à 17 heures 15.
Là, il se bloque. Mais il se bloque vraiment. Son cul se serre. Ses lèvres se ferment. Son regard devient dur. Je comprends qu’il aurait préféré que je le supplie de conserver mon rendez-vous avec des tas de "s’il vous plaît monsieur soyez gentil, je vous en prie please please please" et mille trémolos d’excuses dans la voix.
— Comment ça vous avez un autre rendez-vous ? il me demande, excédé.
— Oui, c’est le protocole Apple que l’on m’a bien expliqué l’autre jour, j’ajoute de ma voix douce et enfantine, un article, un rendez-vous, deux articles, deux rendez-vous. Ainsi le rapide pschitt-pschitt que je voulais que l’on souffle dans le trou de l’adaptateur-secteur de mon iPhone, votre collègue pourra le faire après le nettoyage, tout aussi rapide, de la touche G de mon ordi qui est devenue dure car…
Je n’ai pas le temps de lui raconter que mes trois minettes, Cécile, HPI et Marguerite, adorent marcher sur mon clavier qu’il hurle :
— Vous ne me parlez pas comme ça !
— Bien chef ! je réponds.
Je reste très zen comprenant que le mec a un sérieux problème d’autoritarisme et peut-être même un brin de perversité de vouloir ainsi chercher à humilier les clients d’Apple. Sauf qu'il n'a pas compris que je suis une cliente d'Apple, mais je ne suis pas sa cliente. Il aurait sa propre boutique, il pourrait décider, crier, hurler, même si c'est mal élevé, mais il serait chez lui. Tandis que là, il est censé représenter une marque mondialement connue et mondialement connue aussi pour son service impeccable.
— Vous croyez vraiment que c’est vous qui allez organiser comment on travaille chez Apple ? me lance-t-il d’une grosse voix de freluquet pour m’impressionner.
— Mais bien sûr que non ! je réponds en riant. La personne fera bien comme elle voudra. Mais pouvez-vous svp scanner mon rendez-vous sinon il sera annulé si l’heure est dépassée, j’ajoute en lui présentant l’écran de mon iPhone.
— Je ne vous parle plus ! crie-t-il de plus belle. Mettez-vous là-bas, plus loin dans le coin !
— Vous me mettez au piquet ?
Évidemment, je ne vais pas dans le coin près de l’entrée qu’il m’indique. Je m’avance vers une grande table. Je retire mon manteau. Je pose mon sac. Et je m’assieds sur un tabouret. Je sens dans mon dos le freluquet me regarder méchamment. Je ne fais pas attention. J’en profite pour lire mes cent messages WhatsApp. Six minutes plus tard, je hèle une jeune employée et lui demande si elle peut enregistrer mon rendez-vous.
— Ce n’est pas mon rôle, ce n’est pas mon rôle, il faut voir voir ça avec un technicien, s’empresse-t-elle de disparaître.
Un autre employé passe avec un iPad.
— Bonjour monsieur, pouvez-vous svp scanner mon rendez-vous ?
— Comment ça votre rendez-vous ? me dit-il en s’avançant étonné vers moi.
Je n’ai pas le temps de lui montrer mon QR code que le gringalet en mal d’autorité, furieux de ne pas avoir réussi à me renvoyer chez moi puisque j’avais pris deux rendez-vous d’affilée, bondit sur lui :
— La dame, la dame, la dame… hurle-t-il, énervé, sans arriver à formuler une phrase correcte tellement il ne sait pas quoi dire à part qu’il n’a pas supporté que je sois bien organisée et que je ne l’ai pas supplié.
— Quoi la dame ? le questionne son collègue.�
— La dame, rien du tout, je les coupe tous les deux en reprenant le pouvoir. J’aimerais juste que vous enregistriez mon rendez-vous.
L'employé avec l'iPad s’exécute et m’installe sur la gauche à une grande table.
— Un technicien va venir s’occuper de vous.
— Merci monsieur.
Je m’empresse de recharger mon iPhone qui est presque à plat. Par intuition, je comprends que cela va prendre un certain temps avant que quelqu’un vienne s’occuper de moi car le freluquet a dû glisser une consigne à son collègue pour me punir, genre, on va la laisser toute seule jusqu’à la fermeture, na, ça lui fera les pieds à cette bourge qui se croit tout permis. Oui, il existe une forme de discrimination envers une femme comme moi qui arrive toujours souriante, gentille, heureuse. L’époque est, pour certains dont je ne fais pas partie, tellement anxiogène que le bonheur qui s’affiche sur un visage est parfois vécu comme une forme de provocation.
De mon côté, je suis ravie du cadeau que le freluquet m’a fait. En effet, mon amie Virginie vient me chercher à 19h30 devant le Flore. J’ai donc deux heures devant moi pour faire les dernières corrections de mon prochain livre "La voix" qui part mardi chez mon éditeur pour le premier jeu d’épreuves. J’avais prévu de les faire au bar de la Croix-Rouge devant un chocolat chaud et une tranche de quatre-quart, mais c’est petit, bruyant, sombre. Tandis que là, chez Apple, c’est lumineux, grand, calme, aéré, j’ai le wifi et une immense table pour moi toute seule. Youpi ! Je sors alors mon ordinateur et commence à travailler.
En voulant me punir, le freluquet ne savait pas que chaque fois qu’une personne se comporte mal avec moi, l’univers m’offre un joli cadeau afin que je garde toujours mon sourire et mon état d’esprit joyeux.
À 19 heures, après avoir fini mes corrections et vu défiler un tas de clients s’installer au bout de ma table et une dizaine employés venir réparer leur téléphone ou leur ordinateur, je demande à l’un d’eux si quelqu’un peut s’occuper de moi :
— Parce que je suis là depuis une heure et demi, j’ajoute d’une petite voix.
— Comment ça une heure et demi, s’inquiète-t-il.
— On a dû m’oublier, je m’amuse à feindre l’étonnement, mais tout va bien, j’avais besoin de travailler et j’ai bien travaillé.
— Donnez-moi votre nom svp.
— Sylvie Bourgeois Harel.
— En effet, vous aviez rendez-vous à 17 heures 15, ce n’est pas normal, je suis désolé.
— Vous savez l’erreur est humaine, et vraiment, c’était top, je ne me serais jamais permise de rester aussi longtemps chez vous pour travailler, donc tout va bien, vraiment.
— Je vais vous chercher quelqu’un.
En face de moi, le jeune client est désolé.
— Prenez ma place madame, je peux attendre dix minutes.
— C’est très aimable à vous, je n’en ferai rien, mais merci.
Quelques secondes plus tard, un beau Xavier s’assied à côté de moi et se confond en excuses. Je lui répète alors que j’étais très bien à travailler chez eux. Il me répare la touche G de mon Mac puis fait un pschitt-pschitt sur le trou de l’adaptateur-réseau de mon téléphone. Il m’explique également comment faire le O dans le E quand j’écris CŒUR. Je ne sais toujours pas comment le faire en minuscule, il va falloir que je reprenne rendez-vous avant de rentrer à Saint-Tropez mardi.
— Merci Xavier, dites-moi comment s’appelle le directeur de ce magasin Apple ?
Après m’avoir donné son nom et comment le joindre, il me demande pourquoi je veux le contacter.
— À cause du connard à l’entrée qui m’a punie. Vous êtes toujours tellement compétents, gentils, à l’écoute, disponibles chez Apple, que ce soit la hot-line ou en boutique, ce n’est pas normal qu’un méchant employé gâche ainsi votre travail et foute en l'air la délicieuse ambiance que vous avez su créer.
Évidemment, je ne vais pas aller me plaindre au directeur du magasin. Je ne suis pas une redresseuse de torts. Mais je sais que le gentil Xavier va aller voir son collègue, en parler à d’autres, ainsi le freluquet comprendra peut-être, ou pas, que s’il veut être autoritaire, il s’est trompé de vie.
Sylvie Bourgeois Harel
Quand mon écriture devient prémonitoire
J’ai toujours eu beaucoup d’intuition. Enfant, mes frères m’appelaient Baba Yaga, cela veut dire sorcière en russe. Parce que je disais toujours ce qui allait arriver, on ne me croyait jamais, encore aujourd’hui, on ne m’écoute pas. Parce que mon père était à Moscou lorsque je suis née. Et aussi parce qu’avec mes cheveux blonds, mes yeux très clairs et mes pommettes hautes, je ressemblais à une petite Russe. À Monaco, l’été, il arrivait que des gens arrêtent ma mère dans la rue :
— Oh, quelle jolie petite fille, vous l’avez adoptée en Russie ?
Maintenant que j’écris, j’ai toujours de l'intuition, mais j'ai aussi une écriture prémonitoire, ce qui me bloque car je n’ose pas écrire certaines choses de peur qu’elles se réalisent. C’est ce qu’il m’est advenu avec mon roman Sophie à Cannes publié chez Flammarion, dans lequel mon héroïne Sophie a été invitée au Festival par sa meilleure mauvaise amie qui, au dernier moment, ne peut plus la loger. Au lieu de reprendre son TGV pour Paris, Sophie décide de rester à Cannes, mais sans savoir où dormir. D’où des situations abracadabrantes chaque soir. Ce qui m’a permis de raconter ce festival que je connais par coeur et que j’ai toujours vécu de façon très privilégiée, que ce soit avec mon mari réalisateur ou avec mon ex qui était dans la distribution de films américains, en étant logée au Carlton, et en ayant accès aux plus belles soirées et aux meilleures places au Palais dans les rangs Cinéma juste devant l’équipe qui présente son film.
Quelques années après la parution de mon livre, je descends seule au Festival de Cannes. Mon mari n’a plus envie de venir. Moi, j’adore. Plutôt, j’adorais. C’était mon terrain de jeux favori. Mais depuis les confinements, l’ambiance et l’organisation se sont tellement dégradées que je n’ai plus envie d’y aller. Donc, je passe trois jours à Cannes, c’est super, je m’amuse beaucoup, je revois plein d’amis, puis je termine mon séjour à Nice. Mais l’avant-veille de mon retour à Paris, j’ai de nouveau un gros désir de Cannes. J’appelle le protocole pour savoir s’il veulent bien m’inviter pour le film de 19 heures :
— Mais je serai seule, Philippe est à Paris, vous voulez quand même de moi ?
— Bien sûr madame Harel. Où dois-je vous faire déposer votre place ?
— Je passerai la chercher, ça me permettra de vous remercier de vive-voix.
Ravie, je jette une paire d’escarpins dans un sac, et je saute dans un train. Arrivée à Cannes, je file au show-room de mon ami Christophe Guillarmé pour lui emprunter une robe de soirée. J’en choisi une superbe en soie qui m’arrive au genou, À Cannes, je ne porte jamais de robe longue, je les laisse aux comédiennes. Puis, je file déjeuner sur la terrasse Chopard au Martinez. L'après-midi, je vais me faire coiffer et maquiller dans la suite Franck Provost où sa fille Olivia me reçoit toujours adorablement. C’est presque un boulot à plein temps d’être belle pour la montée des marches.
Mais j’ai un souci. Le dernier train pour Nice est à 20h45. J’ai deux solutions. Soit je monte les marches, je fais plein de coucous bisous dans le grand hall, je m’assieds à mon siège réservé avec mon nom dessus, et je sors de la salle dès que la lumière s’éteint. J’aurais ainsi juste le temps de passer me changer au Martinez où j’ai laissé mes fringues de la journée chez le concierge, de rendre ma robe de princesse à Christophe, et d’aller à la gare. Soit je demande à Éric qui ne savait pas comment me remercier pour les nombreux services que je lui avais rendus, si son assistante Julie veut bien m’accompagner à Nice après ma projection. Éric me dit oui. Julie aussi. Comme je l’adore, je l’invite à dîner avec moi au patio Canal. Si elle le désire, on pourra aussi faire un tour chez Albane, la boîte de nuit très privée où tout le cinéma français se retrouve, puis on rentrera à Nice, Julie dormira à la maison. Tout est bien organisé. Ma soirée tant désirée peut commencer.
Mais une fois dans la salle du Palais, mon intuition me dit que Julie va me faire faux bond. Je lui envoie un texto. Pas de réponse. J’en envoie un à Éric. Pas de réponse. Un autre au meilleur ami d’Éric qui dort chez lui. Pas de réponse. Leurs trois portables sont coupés. Il est 20 heures. C’est trop tard pour le train. Je regarde donc le film. Quand celui-ci est fini, leurs trois portables sont toujours coupés. Je me retrouve donc comme mon héroïne Sophie, toute seule à Cannes, et sans savoir où dormir. En dernier recours, je pourrais toujours prendre un taxi, mais ils sont hors de prix.
Heureusement, Dominique Desseigne vient m’embrasser :
— Tu dînes quelque part ? me demande-t-il.
— Comme je suis seule, je vais aller grignoter avec mes copines au Patio de Canal.
— J’y vais aussi, joins-toi à nous, je serai avec un couple d’amis.
Je passe une excellente soirée avec Dominique et ses amis. J’essaye de temps en temps d’appeler Julie, Éric et son meilleur copain, mais leurs portables sont toujours coupés. Ils m’ont vraiment plantée. Au moment de nous séparer, j’explique ma situation en riant et surtout en faisant le parallèle avec mon roman.
— Mon hôtel est complet, mais j’ai une suite, viens, tu prendras le deuxième lit, me propose Dominique qui est propriétaire du Majestic, un des palaces sur la Croisette.
— Merci, mais je ne préfère pas.
Dans mon roman, Sophie a accepté de dormir, en tout bien tout honneur, dans la chambre d’un producteur qui n’a pas arrêté de lui gratter le dos toute la nuit. Même si je sais que Dominique est très poli et qu'il ne tentera rien, je suis mariée, je ne peux pas me permettre de passer la nuit dans sa suite.
— Venez dormir sur notre yacht, me dit Hélène, notre Mangusta est au mouillage.
Même pas, je réponds, non, je ne veux pas vous déranger. J’accepte aussitôt avec un grand oui et un grand merci. Je suis sauvée. Mon héroïne Sophie aussi a été sauvée par un couple qui l’a invitée à dormir sur leur yacht.
À bord de leur youyou qui est venu nous chercher, le nez au vent, admirant les lumières de Cannes qui s'éloignent, je deviens mon héroïne, c'est exactement les situations que j'ai décrites quelques années plus tôt, attablée à mon bureau dans mon appartement de Saint-Germain-des-Prés.
Arrivée à bord, je demande au marin de me réveiller à 8 heures du matin et de me déposer au ponton du Martinez.
Le lendemain, avec ma robe de soirée, mes escarpins de 9 aux pieds, mon chignon décoiffé, genre, j’ai passé la nuit avec un mec qui m’a jeté à l’aube, ou que j’ai quitté avant qu’il ne se réveille, je vis la même honte que mon héroïne qui, durant tout mon roman, a laissé sa valise chez le concierge du Carlton, n’arrêtant pas de faire des allers-retours chaque fois qu’elle avait besoin de se changer Comme elle, je vais donc me changer dans les toilettes, puis je file raconter mon histoire à Olivier, mon copain-directeur du bar qui m’offre un sublime petit-déjeuner sur la terrasse.
Confortablement assise devant mon orange pressée, un pain au chocolat et une brioche, je me dis que, finalement, c’est vraiment chouette ce Festival de Cannes. Et puisque mon écriture est prémonitoire, j’e demande au serveur une feuille de papier sur laquelle je m'empresse de rédiger mon désir le plus cher afin qu’il se réalise.
Sylvie Bourgeois Harel
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PETITE COSMÉTHIC ONLY, la marque provençale innove dans le soin de la peau et du cheveu
Après avoir créé, il y a une quinzaine d’années, à Saint-Rémy-de-Provence, Végétalement Provence, une marque de cosmétiques spécialisée dans le soin du cheveu et de la peau, Vincent Faraco continue sa passion pour la beauté et l’innovation en créant PETITE COSMÉTHIC ONLY, une gamme de cosmétiques issus de biotechnologies de sources végétales, qui utilise principalement des composants issus de plantes dont la qualité est de s'harmoniser avec les processus biologiques naturels de notre corps, ce qui permet d’améliorer considérablement leur efficacité tout en renforçant la tolérance cutanée.
Ce qui a été ma première question à Vincent Faraco lorsqu’il m’a proposé d’essayer sa crème Super soin Visage concentré à 50%, qui correspond à mon âge et à mon type de peau plutôt sèche et fragile.
— Je ne risque pas d’avoir une allergie, Vincent ? Vous savez, j’en ai tellement eue et également avec des crèmes très chères, de grandes marques, soi-disant très bonnes que, dorénavant, je suis devenue très frileuse dès qu’il s’agit de tester un nouveau produit, ce qui énerve considérablement ma chère esthéticienne Bella à qui je défends de me mettre une crème que je ne connais pas.
— Je vous promets que nous n’avons choisi que des actifs anti-allergènes.
— Je vais quand même demander à mon pendule, j’ajoute en riant.
J’adore faire le pendule qui m’offre toujours des réponses précises. Et j’adore les crèmes de beauté. Et j’adore bien hydrater ma peau. Je suis donc très tentée d’essayer les produits de PETITE COSMÉTHIC ONLY, déjà parce qu’ils sont fabriqués de façon artisanale dans leur atelier de Saint-Rémy-de-Provence, ensuite parce que Vincent Faraco est très sympathique et plein d’enthousiasme dès qu’il parle de son métier, et aussi parce que je veux garder une jolie peau sans jamais passer par la chirurgie esthétique, ni par les piqûres de Botox.
Mon pendule m’ayant donné un grand oui, j’écoute le conseil de Vincent d’appliquer en premier lieu le Super Sérum Visage, puis le Soin visage Multimoléculaire 50%, tout en m’expliquant que le secret de réussite et d’efficacité de sa crème réside sur la haute concentration de cinq tailles d’Acide Hyaluronique qui leur permettent ainsi, chacune, avec sa particularité, d’agir sur les différentes couches de la peau.
En effet, l’Acide Hyaluronique, une molécule hautement hydratante, présente naturellement dans nos tissus cutanés qui, hélas, s’étiole en vieillissant, est la star des actifs anti-rides.
Rassuré par la qualité de ses soins de beauté pour le visage, qui ont déjà fidélisé une importante clientèle, Vincent Faraco continue son chemin en créant également toute une gamme de produits pour les cheveux, bien sûr des shampooings et des après-shampooings, mais surtout une gamme complète de coloration et d’oxydation destinée aux professionnels, ainsi qu’une gamme dédiée à l’épilation.
Vive la Provence, niche d’excellence et de talents !
Et bravo Vincent Faraco à qui je souhaite un grand succès !
Sylvie Bourgeois Harel