Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
/ / /
Adieu Lionel Chouchan

Adieu Lionel Chouchan
 
J’ai connu Lionel Chouchan en 1986. Je venais de donner ma démission de chez Moon Line, une société de sacs en PVC créée par des amis. J’avais promis à un copain rencontré chez Castel de lui apporter le bagage qu’il avait acheté. J’arrive donc chez Promo 2000. À l’accueil, je suis reçue par une jolie rousse avec laquelle je parle pendant deux heures et qui finit par me proposer de travailler avec elle, en tant que stagiaire, pour une soirée sponsorisée par Killian’s. Au bout d’un mois, Sylvie qui vit avec Lionel veut m’embaucher. Lionel me reçoit. Et me propose un contrat. Que je refuse aussitôt.
— Je ne peux pas te donner ma liberté pour un salaire aussi bas.
— Je ne peux pas faire plus, me répond-il, étonné que je refuse ce poste.
— Tu sais ce qu’on va faire, comme ça me plaît de travailler dans la communication, je vais me mettre en free-lance, et tu me donneras des missions en fonction des besoins de ta boîte. Mais attention, je ne suis l’assistante de personne et surtout pas celle de tes vieilles rombières qui adoreraient me soumettre et me martyriser, je les ai vus faire, elles sont odieuses avec toutes tes jeunes et jolies employées.
La plus jalouse était une Francine que j’appelais Face de rat tellement elle était laide et pointue dont l’heure de gloire avait été de s-u-c-e-r la b-i-t-e de Claude Brasseur qui, d’ailleurs, n’a jamais été très regardant de qui lui s-u-ç-ai-t la b-i-t-e du moment qu’on la lui s-u-ç-a-i-t. Ça m’amusait beaucoup de me moquer de Face de rat d'autant que le mari de sa fille était fou amoureux de moi.
Lionel a accepté le deal. J’ai donc plusieurs fois travaillé pour lui, sans horaires, ni contraintes, mais avec le même sens et la même exigence du boulot bien fait.
Avec Lionel et sa compagne Sylvie qu’il a fini par épouser, nous sommes vite devenus très amis, d’autant que mon nouvel amoureux travaillait chez Sony Pictures, nous allions donc tous les ans présenter des films au festival de Deauville que Lionel avait créé avec André Halimi, et à celui d’Avoriaz qu’il avait créé pour lancer la station que venait de construire Jean Vuarnet et Gérard Brémond, le fondateur de Pierres et Vacances.
Je n’ai que des bons souvenirs de ces deux festivals, j’ai dansé pieds nus chez Régine avec Julia Roberts qui adorait être pieds nus, j’ai joué au foot dans le couloir du Royal avec Kiefer Sutherland alors fiancé à Julia Roberts, j’ai pris par la main le génial réalisateur Mankiewicz, tout vieux, coincé dans la file d’attente, que personne n’avait reconnu, pour le faire entrer dans la salle de cinéma, j’ai mangé du caviar dans un igloo que Charles avait fait construire pour la promotion d’un film.
C’était l’époque où les majors américaines étaient des seigneurs. Charles organisait des soirées grandioses pour recevoir ses stars, on s'amusait beaucoup, on riait beaucoup, les idées les plus folles étaient les bienvenues.
Je me souviens aussi d’avoir conseillé Lionel, lors d’un festival d’Avoriaz, de faire en sorte que son jury donne le Grand Prix à La Famille Adams que Charles distribuait avec un budget de pub d’environ 10 millions.
— Gérard Brémond en a marre que, depuis ces dernières années, ce soit toujours des petits films mal distribués qui sont primés. Il va finir par arrêter de financer ton festival. Tandis qu’avec La Famille Adams, il sera content de voir le nom d’Avoriaz briller sur des centaines d’affiches 4X3 un peu partout en France.
— C’est ce qu’il t’a dit ?
— Il n’a pas besoin de me le dire, c’est ce que j’ai lu dans sa tête.
Le soir de la remise des prix, le jury a primé un film avec un tout petit budget. Très mignon, et comprenant qu’il devait sauver son festival, Lionel est monté sur scène pour annoncer un prix spécial pour La Famille Adams, mais évidemment seul le Grand Prix avait de l’importance. L’année d’après, Gérard Brémond a arrêté de sponsoriser le festival qui a été transféré à Gérardmer.
Pour tous ces bons moments, tous ces jolis souvenirs, toutes les fois où il m’a demandé de m’occuper de la presse de ses livres, ce que je lui ai refusé systématiquement, ou de faire la plaquette de présentation de Public Système, la nouvelle société qu'il avait créée avec ses associés,, ce que j’avais également refusé, oui, j’ai beaucoup dit non dans ma vie professionnelle, je suis bien triste de son départ. Je n’oublierai pas son amitié, nos fous-rires, sa créativité et ses beaux yeux bleus qui n’avaient d’yeux que pour sa belle Sylvie que j’embrasse tendrement et qui doit être bien triste d’avoir perdu l’amour de sa vie.
 
Sylvie Bourgeois Harel
Partager cet article
Repost0
/ / /
Chroniques du monde d'avant par Sylvie Bourgeois Harel - 1

L’autre jour, en entrant chez Apple pour acheter un ordinateur, en voyant tout le service d’ordre à l’entrée, puis le jeune vendeur qui me conseillait de ne pas changer le mien, mais qui m’a demandé au bout de quinze minutes d’aller à l’autre bout du magasin où il me rejoindra pour continuer notre conversation car ils n’ont pas le droit de rester longtemps au même endroit et avec le même client, j’ai réalisé que notre monde s’était vraiment écroulé.
 
Quand exactement, je ne sais pas, peut-être cela s’est fait doucement, subrepticement, mais une chose est sûre, aujourd’hui, je ne pourrais jamais refaire tout ce que j’ai fait lorsque je travaillais en free-lance dans la communication.
 
Plus jamais, par exemple, je ne pourrais faire atterrir les Tortues Ninja sur la plage du Carlton, durant le Festival de Cannes, à l’heure du déjeuner, afin de créer l’événement, et ça en a été un, les télévisions du monde entier ont repris les images de mon cameraman, c’était en mai 1991, sans autorisation bien sûr car je ne les aurais jamais obtenues, mais avec une équipe solide et ultra compétente de champions que ce challenge amusait.
 
En effet, c’était un véritable défi car les costumes, les mêmes qui avaient servi aux comédiens durant le tournage du film, pesaient 70 kilos chacun, et il ne fallait pas rester plus de quinze minutes dedans, tant l’épaisseur du plastique et de la mousse avec lesquels ils étaient fabriqués provoquaient une transpiration si intense que cela nécessitait ensuite plusieurs heures de séchage.
 
Mes parachutistes, des mecs super, ont tout accepté et surtout d'atterrir avec une vision réduite car les têtes des Tortues Ninja, non seulement étaient énormes et lourdes, mais avec des tout petits trous pour les yeux, ils ne voyaient presque rien. Avec leurs amis du Club aéronautique de Cannes-Mandelieu, on a balisé, au dernier moment pour ne pas dévoiler la surprise, un espace sur la plage afin de sécuriser l’atterrissage qui a vraiment créé l’événement.
 
C’était ça Cannes ! Pour promouvoir les films, il fallait être inventif, faire toujours plus, étonner, émouvoir.
 
Et mes Tortues Ninja ont eu un succès fou qui a dépassé les espérances d’UGC-Fox, le distributeur du film. Sur la Croisette où je les ai ensuite promenées assises à l’arrière d’un coupé que Mercedes m’avait prêtée pour la journée (est-ce que l’on peut encore se faire prêter pour une journée un Roadster Mercedes juste pour s’amuser, je ne pense pas...), les gens étaient hystériques, criaient leurs noms, Léonardo, Raphaël, Michelangelo, Donatello, leur demandaient des autographes, et mes parachutistes stoïques tenaient le coup dans leurs costumes, à mourir de chaleur.
 
Puis après une courte pause dans un local que j’avais loué pas loin où un déjeuner leur a été servi, au cours duquel on a essayé de sécher avec des sèche-cheveux l’intérieur des costumes qui étaient trempés, hop, de nouveau dans les costumes encore mouillés qui puaient, hop, dans la Mercedes, cette fois, avec un chauffeur. Grâce à mon amoureux, j'avais réussi à nous faire inscrire dans le cortège officiel et, là, je leur fais monter les marches où les photographes et la foule sont hystériques de voir les Tortues Ninja, à crier de nouveau leurs noms, et mes parachutistes sont toujours parfaits à jouer le jeu sans se plaindre, depuis des heures qui ont largement dépassé les quinze minutes recommandées, dans leurs costumes tellement trempés qu'ils sont devenus deux fois plus lourds, je les tiens d'ailleurs par la main car ils ne voient carrément plus rien, tant leur transpiration coule sur leurs yeux.
 
Le PDG de Columbia avec qui j’étais amie et qui distribuait le film m’engueule en haut des marches où il attend le réalisateur et ses comédiens car mes Tortues Ninja ont volé la vedette de toutes les stars américaines venues soutenir le jeune John Singleton considéré comme le nouveau génie d’Hollywood avec son film BOYZ’N IN THE WOOD, mais le soir lorsque nous dînons tous ensemble chez Tétou, à Golfe Juan, la bouillabaisse la plus chic du Festival (une institution qui n'existe plus non plus, la loi du Littoral l'a tout simplement supprimée... ), il éclate de rire. C’était ça Cannes, une équipe de seigneurs, et bravo à celui qui créait l’événement du jour !
 
Pour en revenir à Apple, un autre exemple de chose que je ne pourrais plus jamais réaliser. Nous sommes en 1994, je travaille pour Sony Software sur les premiers CD-Rom. J’organise à l’hôtel Raphaël une conférence de presse, sauf que Sony n’a pas d’ordinateur à me prêter. Peu importe, je gare ma petite Rover verte en double file devant la belle boutique Apple, avenue Georges V, je mets les warnings, et avec ma mini-jupe et mes bottes, je leur explique ma situation. Dix minutes plus tard, je sors avec trois Mac prêtés avec juste ma signature et le nom de Sony griffonnés sur un bout de papier, que les vendeurs m’installent dans ma voiture pendant que j’invite le directeur du magasin et son équipe à mon petit-déjeuner de presse. Le lendemain, j'ai ramené les trois Mac que je leur ai empruntés pendant un an, chaque fois que Sony sortait un nouveau CD-Rom, comme par exemple, les fiches-cuisine en partenariat avec Elle, je refaisais une conférence au Raphaël et j'avais besoin d'ordis.
 
Est-ce moi qui avais une capacité de persuasion ou est-ce que les rapports humains étaient plus simples, et surtout basés sur une confiance, une compétence, une assurance, un amour du travail bien fait ?
 
Quoi qu’il en soit, quand je vois qu’on ne peut plus entrer nulle part sans se faire fouiller son sac ou que des gens ont peur dès que quelqu’un tousse dans un train, je suis contente d’avoir fait le choix de quitter Paris que j’aime pourtant follement pour venir vivre dans le Sud, près de la nature, au bord de la Méditerranée.
 
Sylvie Bourgeois Harel
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Sylvie Bourgeois fait son blog
  • : Sylvie Bourgeois Harel, écrivain, novelliste, scénariste, romancière Extrait de mes romans, nouvelles, articles sur la nature, la mer, mes amis, mes coups de cœur
  • Contact

Profil

  • Sylvie Bourgeois Harel
  • écrivain, scénariste, novelliste
  • écrivain, scénariste, novelliste

Texte Libre

Recherche

Archives

Pages

Liens