Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
/ / /
Sylvie Bourgeois Harel  - Saint-Tropez hiver

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez hiver

Et si nous parlions de Saint-Tropez l'hiver ?
Je suis amoureuse de Saint-Tropez. Je l’ai toujours été. Et je le suis encore plus aujourd’hui, depuis un an et demi, que j’y habite. Et je suis encore plus amoureuse  de Saint-Tropez durant l’hiver. Saint-Tropez durant l’hiver est un ravissement. Déjà, les températures méditerranéennes sont douces, il est rare de descendre en dessous de 3 degrés. C’est le temps idéal pour faire de grandes promenades. Après mes séances d’écriture, je pars marcher une ou deux heures, au bord de l’eau. J’en profite pour me baigner presque tous les jours. La mer est, certes, froide, mais pas gelée. Elle est surtout très vivifiante. Mes bains de mer, l’hiver, sont mon meilleur médicament pour booster mon système immunitaire. Mon deuxième médicament-bonheur est la lumière d’hiver. Elle est sublime. La lumière du Sud, en hiver, exalte les couleurs. Elles ne sont pas saturées, comme en été, à cause de la chaleur. Au contraire, le froid sec les amplifie, les définit. C’est ce qui me manque le plus lorsque je remonte, de temps à temps, à Paris, mon ciel bleu. Il est où mon ciel bleu ? je n’arrête pas de répéter à mes amis qui se sont tristement habitués au ciel parisien, gris et déprimant. Moi, je ne ne veux m’habituer à rien. Je veux vivre pleinement. Je veux profiter de chaque instant. Je ne veux plus me passer de mon ciel bleu et de ma lumière du Sud.

Pourtant, j’ai été une vraie parisienne à avoir une vie très festive, assez mondaine, à sortir tout le temps, à adorer les restaurants, les avant-premières de cinéma, les générales de théâtre, les dîners jusqu’au bout de la nuit. Ce que je ne retrouve pas ici, mais ce n’est pas ce que je recherche non plus. J’ai aimé Paris. J’aime toujours Paris d’ailleurs. Je suis contente d’aller y passer une ou deux semaines, comme je l’ai fait en octobre pour la sortie de mon livre, mais je suis contente de ne plus y habiter. J’ai quitté Paris sans frustration, ni ras-le-bol, juste avec l’envie de me créer une nouvelle vie.  Une nouvelle vie à Saint-Tropez dont j’ai toujours été amoureuse. Je ne l’ai pas fait avant car ce n’était pas le bon moment. L’énergie de Paris me retenait encore un peu.

C’était peut-être un leurre car ici, proche de la nature et de la mer, j’ai découvert une autre énergie. Plus profonde. Moins superficielle. Plus spirituelle. Vous allez rire en me lisant, une énergie spirituelle à Saint-Tropez ? Oui, il y a plusieurs Saint-Tropez. Chacun peut trouver le sien qui lui convient. Le mien de Saint-Tropez est spirituel. La nature qui m’entoure et que je fréquente chaque jour m’apprend beaucoup sur le sens que je donne à ma vie. Des lieux comme la Chapelle Sainte-Anne, le Monastère de la Verne, les Roches Blanches au-dessus de La Garde-Freinet où je passe tous mes week-ends dans ma maison provençale au coeur du village, sont très telluriques et chargés de magnétisme.

Alors lorsque j’entends des gens râler que Saint-Tropez est mort en hiver, je les plains de ne pas savoir apprécier toute cette richesse naturelle et cette beauté qu’ils ont autour d’eux. Ce sont d’ailleurs souvent les mêmes qui râlent en été que Saint-Tropez est trop bondé. Saint-Tropez n’est pas mort en hiver. Ainsi que je le disais à une touriste qui, l’autre jour, me posait la question sur le parking du port, vous savez madame, moi, je suis très vivante, je lui ai répondu en riant. C’est vrai quoi, la joie se trouve dans notre coeur, dans notre capacité à sourire, à rire, à s’intéresser, à apprendre, à transmettre, à contempler, à s’émerveiller, à décider de couper la télé, à fermer les journaux, à éteindre la radio. Elle ne se trouve pas dans le divertissement à outrance.

Mon divertissement à moi, c’est de me réjouir de mon ciel marine, de la mer transparente, de mon poulpe qui m’accompagne à chacun de mes bains, s’enlaçant tel un amoureux autour de ma cheville pour nager avec moi. Ce sont aussi les oiseaux, les fleurs, les arbres, les renards que je rencontre dans la forêt et qui sont pleins de curiosité à m’observer, prêts à vouloir jouer. Quand je croise un animal, je me mets en mode alpha, je respire calmement pour espacer les battements de mon coeur afin de lui transmettre des ondes de douceur, d’amour, de compréhension. Je rêve de rencontrer un loup avec sa famille. Mon autre rêve serait de leur offrir un sanctuaire pour les protéger.  

Saint-Tropez n’est pas mort en hiver. Saint-Tropez se repose. Le village se repose des excès de l’été. Il reprend des forces nécessaires tellement il y a eu de monde durant la saison. Il se répare aussi. De nombreux travaux de voirie ou de rénovation sont organisés à cette période. Saint-Tropez a évolué. Saint-Tropez est une vieille dame devenue un sorte de musée à ciel ouvert, connu du monde entier pour son authenticité. Il faut donc le ménager. Et ces trois mois d’hiver contribuent à lui refaire une beauté. À saint-Tropez, on réapprend également à vivre suivant le rythme des saisons. En hiver, on hiberne, on calme le jeu, on se retrouve le soir autour des feux de cheminée, on fait des gâteaux, on reste au chaud. C’est une période d’introspection, de réflexion, de projets.

Certes, de nombreux restaurants et de boutiques sont fermés, mais la mer reste ouverte, la plage aussi, le littoral également. Il est impossible de s’ennuyer. Et puis, pour ceux qui veulent sortir, les propositions sont suffisantes. Le cinéma Star programme trois films différents par semaine. La mairie organise régulièrement des conférences, des concerts, des spectacles. Le Café de Paris, le Clémenceau, le Sporting, le Sube, et d‘autres établissements, restent ouverts. Des orchestres sont invités les soirs de week-end. C’est très joyeux. Mon cher Sénéquier est là également. J’y vais régulièrement écrire en fin de journée avec mon ordinateur autour d’un délicieux chocolat chaud accompagné de deux madeleines. Et puis, cette année, le Tigrr Ermitage a eu la bonne idée d’ouvrir toute l’année. On peut y prendre un thé ou un champagne sur la terrasse, dès 17 heures, afin d’admirer le soleil se coucher sur la mer, puis dîner au chaud à l’intérieur, et bien sûr danser. Car Saint-Tropez est festif, quoi qu’il se passe,  quelle que soit la saison, on trouve toujours une occasion de danser !

Sans oublier les vacances de Noël qui sont féériques à Saint-Tropez avec le village totalement illuminé et le Père Noël qui arrive par la mer. Sur le port, des centaines de personnes l’attendent, les yeux remplis de joie enfantine et de leurs souvenirs familiaux. Les enfants sont sur les épaules des parents à appeler le Père Noël. Chacun achète des gaufres, des crêpes, des hot-dogs aux petits chalets en bois le long des quais. Et quand la barque du Père Noël s’amarre devant la statue du Bailli de Suffren, et que le père Noël descend tout doucement de son mat, tous en choeur, nous chantons Petit Papa Noël sur les airs de Tino Rossi.  C’est alors une véritable communion d’émotion qui se produit.

Ne me demandez pas où je serai cet hiver, je serai à Saint-Tropez » !

Sylvie Bourgeois Harel

Sébastien Peiffert - Sylvie Bourgeois Harel - Minou - Le Tigrr Ermitage hôtel Saint-Tropez

Sébastien Peiffert - Sylvie Bourgeois Harel - Minou - Le Tigrr Ermitage hôtel Saint-Tropez

Saint-Tropez l'hiver - La Ponche

Saint-Tropez l'hiver - La Ponche

Saint-Tropez l'hiver - Sénéquier

Saint-Tropez l'hiver - Sénéquier

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez l'hiver

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez l'hiver

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez l'hiver

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez l'hiver

Partager cet article
Repost0
/ / /
Et si Paul Watson avait organisé une opération kamikaze pour mieux faire entendre son combat afin de sauver les baleines ?

Et si Paul Watson avait organisé une opération kamikaze

pour mieux faire entendre son combat afin d sauver les baleines ?

 

En tant qu’écrivain, je m’efforce de ne jamais subir l’information de façon frontale. Je me pose toujours de multiples questions pour mieux la comprendre et l’analyser. Je la regarde aussi sous plusieurs angles, et souvent sous l’angle du : « Et si… ? » 

 

Donc, aujourd’hui, je me pose la question à savoir : et si Paul Watson, incarcéré au Groenland depuis le 21 juillet 2024, avait organisé une opération extrêmement risquée, en mettant sa vie et sa liberté en danger, pour arriver enfin à sensibiliser le monde entier au drame que représente le massacre des baleines par le Japon, la Norvège et l’Islande, trois pays hors-la-loi qui refusent d’accepter le moratoire international promulgué en 1986 par la Commission Baleinière qui interdit la chasse à la baleine ? 

 

Depuis plus de quarante ans, Paul Watson se bat contre ces massacres sans qu’aucune ligne de force n’ait vraiment bougé. Certes, il a réussi à sauver 5000 baleines, mais combien d’entre elles continuent de mourir tous les ans sous les harpons électroniques des baleiniers ? Leur nombre aurait chuté de 5 à 6 millions répertoriés dans les années 50, à seulement 1,5 million aujourd’hui.

 

J’ai du mal à imaginer que Paul se soit fait prendre et arrêter comme un bleu. Trop d’éléments me portent à croire qu’il s’est mis exprès en situation de danger afin que sa parole et son combat touchent enfin le monde entier. Et c’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé. Si tel était son but, il a gagné. Paul a gagné. En effet, le nom de Paul Watson, jusque là connu uniquement des quelques amoureux et défenseurs de la mer, résonne dorénavant dans tous les pays, des photos de baleines et des slogans #freepaulwatson inondent les réseaux sociaux, des chanteurs composent des hymnes en son honneur, des pétitions demandant sa libération sont signées. Bref, Paul Watson que j’ai connu lorsqu’il était mon voisin en 2016 avec son épouse Yana dans le Golfe de Saint-Tropez, est en passe de devenir un héros, une légende. Son combat pour sauver les baleines est enfin entendu. Bravo Paul ! Bravo et merci ! Bravo à ton courage. Bravo à ton opiniâtreté ! Mille bravos  !!!

 

Pour en revenir à mon questionnement, plusieurs éléments me font me penser que Paul a pris exprès le risque de se jeter dans la gueule du loup pour se faire entendre, pour organiser la plus grande opération de communication qui soit. Déjà, il faut savoir que Paul Watson est intelligent, très intelligent. Il est également un excellent communicant. Étudiant, il a suivi des cours de communication au cours desquels il a appris que pour sensibiliser les gens, il fallait produire de l’information chaude, à savoir montrer des images. À contrario, l’information froide est celle fournie par la presse écrite, les gens lisent, mais ne s’identifient pas. Paul s’est donc fait filmer dans tous ses combats. Pour montrer des images qui sensibilisent, mais aussi pour se protéger en apportant des preuves comme quoi, il n’a jamais blessé personne.

 

Depuis que Paul est incarcéré au Groenland, dans les rares interviews et interventions qu’il a pu accorder, il répète régulièrement qu’il est en opération pour sauver les baleines. En expert de la communication, si Paul répète ce mot opération, ce n’est pas anodin, c’est qu’il y a une raison. Il utilise ce mot lorsqu’il prépare et organise une opération en mer avec sa flotte et son équipe. S’il est en opération, comme il aime à le dire, c’est qu’il y a eu, au préalable, une préparation et une organisation.

 

Paul a toujours dit qu’il était capable de donner sa vie pour sauver une baleine. C’est peut-être ce qu’il fait aujourd’hui ? À 73 ans, il a peut-être décidé de jouer le tout pour le tout ?

 

Fin septembre, à ma grande stupéfaction, j’ai appris que Paul Watson avait demandé à l’un de ses mécènes de racheter, il y a un an, un baleinier japonais qui allait être remplacé. Ce sont d’excellents navires capables d’aller sur toutes les mers, que les Japonais changent environ tous les 20 ans. Le mécène a donc fait acheter ce baleinier par un ami afin que le nom de Paul Watson n’interfère pas. Jusque-là, tout va bien. Mais lorsqu’il y a eu la passation de propriétaire, ce qui est un moment extrêmement protocolaire, et ce dans les marines du monde entier, avec tout l’équipage en uniforme, avec l’ancien capitaine qui donne le Handover, c’est à dire la passation des documents techniques et des codes des coffres-forts, au nouveau capitaine, avec la musique de l’hymne national du Japon qui se joue pendant la descente du drapeau, suivi de l’hymne national des États-Unis pendant la levée du nouveau drapeau. Sauf que, hic, ce n’est pas le drapeau américain qui aurait été levé, mais le drapeau de la Foundation Captain Paul Watson (que Paul a créée il y a deux ans lorsqu’il s’est fait évincer de Sea Shepherd Global, l’ONG qu’il a fondée, il y a quarante ans). Par ce pied de nez humiliant, Paul a donc ouvertement fait une déclaration de guerre au Japon. D’ailleurs, le Japon n’a pas tardé à riposter, depuis quelques mois, un nouveau mandat Interpol était lancé contre Watson qui était au courant.

 

C’est ainsi qu’à l’instar du toréador qui agite sa cape rouge pour exciter le taureau et susciter les applaudissements du public, Paul a excité le Japon. Tel un guerrier qui part sabre au clair, il est ensuite allé affronter son pire ennemi sur le champ de bataille. À savoir les mers du Nord et l’Océan Arctique où le baleinier avait prévu de se rendre pour tuer 200 baleines. Sachant qu’il y avait, depuis peu, un mandat international contre lui qui avait refait surface, Paul n’était pas obligé de s’embarquer sur son nouveau navire, l’ancien baleinier japonais, baptisé John Paul DeJoria, du nom de l’un de ses fidèles donateurs. Il pouvait, ainsi qu’il l’a fait plusieurs fois, laisser son équipage et gérer le combat depuis Paris devant son ordinateur et ses appareils de navigation à distance. 

 

Une fois en mer, lorsqu’il a fallu faire le plein en fuel à Nuuk, Paul, connaissant le danger d’aller à terre, pouvait rester loin sur une annexe, hors des eaux territoriales du Danemark, avec quelques membres d’équipage, et attendre en sécurité que le ravitaillement soit effectué. Non, il y est allé. Il s’est rendu à Nuuk, certainement le ventre noué, mais il s’y est rendu en héros, en héros qui n’a pas peur, en héros qui risque sa vie pour sauver les baleines. 

 

Aujourd’hui, grâce au courage et à la témérité de Paul Watson, de nombreuses personnes connaissent enfin l’importance du rôle essentiel que joue la baleine pour notre survie. En effet, ce magnifique et émouvant mammifère marin capte énormément de carbone qu’il accumule. Quand la baleine meurt de mort naturelle, elle entraîne au fond des océans tout ce CO2 qui participe aux écosystèmes des grands fonds marins. D’autre part, ses excréments, remplis d’azote, de fer, de phosphore, nourrissent le phytoplancton qui, à son tour, nourrit le zooplancton qui produit 40% de l’oxygène de notre atmosphère tout en absorbant environ 40% de la production totale de CO2, encore plus que 1700 milliards d’arbres.

 

Pour que Paul Watson n’ait pas fait tout son combat pour rien, il est important de savoir que les baleines sont, certes, victimes de ces baleiniers hors la loi qui les tuent, mais qu’elles meurent aussi, et en très grande quantité, environ 20000 par an, à cause des collisions qu’elles subissent contre les navires marchands, de transports, militaires, les cargos, les bateaux-citernes, les paquebots de croisières, dont le nombre s’est multiplié de façon alarmante. À tel point que certains pays demandent à réguler la vitesse de ces navires. Une autre solution serait d’armer les bateaux de répulsifs à ondes qui préviendraient les baleines de leur arrivée afin de les faire fuir. La future course de voiliers Le Vendée Globes demande d’ailleurs cette année à ses participants d’utiliser ces radars.

 

Un autre problème concernant ces pauvres baleines dont nous avons grandement besoin est que les fonds marins sont devenus extrêmement bruyants d’autant que les bruits sous l’eau se déplacent cinq fois plus rapidement que dans l’air et sur des distances de plusieurs milliers de kilomètres. Entre les forages pour l’industrie pétrolière, le bruit des bateaux, les expériences acoustiques militaires, les cétacés qui communiquent entre eux par des sons très précis, sont désorientés. Affolés, perdus, ainsi que l’explique Greenpeace qui milite pour la création de sanctuaires afin de protéger les baleines, il arrive que ces grands cétacés remontent tellement vite à la surface pour fuir ces bruits qui les effrayent, les stressent et les déboussolent, que cela fait éclater leurs vaisseaux sanguins, ou qu’ils meurent d’une intoxication à l’azote comme le plongeur qui n’aurait pas effectué ses paliers. 

 

Mon cher Paul Watson, encore une fois, bravo et merci pour toutes tes actions héroïques. Je te souhaite de pouvoir retrouver très bientôt ton épouse Yana qui t’attend à Paris auprès de vos deux jeunes garçons. 

 

Sylvie Bourgeois Harel

Interview BFM TV lors de la mobilisation à Paris pour Paul Watson organisée par la Fondation Brigitte Bardot

Interview BFM TV lors de la mobilisation à Paris pour Paul Watson organisée par la Fondation Brigitte Bardot

Sylvie Bourgeois Harel Interview BFM TV Paris

Sylvie Bourgeois Harel Interview BFM TV Paris

Partager cet article
Repost0
/ / /
Et si nous parlions des dégâts de la pêche intensive !

Et si nous parlions des dégâts de la pêche intensive !

 

Cet été, aux Graniers, à Saint-Tropez, je faisais mes longueurs dans la mer lorsque je vois un homme entrer dans l’eau avec une combinaison de plongée et un fusil harpon. J’effectue un crawl rapide pour arriver à sa hauteur. Là, je lui explique (gentiment et poliment) qu’il est interdit de pratiquer la chasse sous-marine dans les bassins destinés aux baigneurs. Le mec n’en a rien à faire. Il ricane J’essaye alors d’argumenter (toujours gentiment et poliment) qu’il peut sortir de l’eau et aller un peu plus loin dans les rochers, où il n’y a pas de plage, car je n’ai pas envie qu’il tue mes copains-poulpes qui viennent nager avec moi lorsque je m’approche de leurs rochers. Oui, le poulpe est un animal très intelligent. Les trois dont j’ai fait la connaissance au printemps me reconnaissent. Ayant compris que je ne représentais pas un danger, mais plutôt une nouvelle amitié, ils me saluent régulièrement. J’ajoute que je ne veux pas non plus qu’il tue mes poissons qui sont heureux d’évoluer dans cette crique en toute sécurité. Il ricane toujours. Sans m’énerver, je conclue que ce n’est pas un bon exemple pour les enfants présents de leur montrer des poissons morts au bout d’un fusil. Le mec ricane encore et s’éloigne dans la mer. avec son fusil-tueur 

 

Sur la plage, trois couples me regardent, d’un air hébété. Je vais les voir :

 

— Pourquoi n’êtes-vous pas venus m’aider à convaincre ce monsieur d’aller faire sa chasse sous-marine ailleurs ?

— On ne connaît pas la loi, balbutie une dame dont le mari baisse les yeux.

— Même si vous ne la connaissez pas, c’est du bon sens. Imaginez, s’il vise mal et qu’il tire dans votre jambe, vous seriez contents ? Et si un jour, quelqu’un débarque sur la plage avec un fusil et tue les mouettes, vous ne diriez rien non plus ? Ou s’il tire sur vous, vous vous tairiez encore ? Parce que la vie d’un poulpe, d’une mouette ou la vôtre, ça a la même valeur, non ?

 

En rentrant chez moi, j’ai réfléchi. J’ai réfléchi au besoin de certaines personnes de tuer avec un fusil ce qui ne laisse aucun espoir aux animaux de pouvoir s’échapper. Le monsieur qui pêche avec une canne, je le comprends. L’éleveur qui tue son cochon pour nourrir sa famille, je le comprends. Les deux peuvent, à l’instar des Amérindiens d’autrefois, faire une prière et remercier le poisson ou le cochon à qui ils viennent de voler la vie. 

 

Dans la nature, la nécessité de tuer des animaux pour se nourrir est également violente, mais cette nécessité répond aux besoins de la chaîne alimentaire. Et puis les animaux n’accumulent pas leurs proies. Ils tuent uniquement pour subvenir à leur faim. 

 

Aujourd’hui, l’industrialisation de la mort des animaux est passée à une vitesse alarmante. Dans les abattoirs bien sûr, mais aussi avec la pêche industrielle et la pêche illégale, en effet, 40% de la pêche que l’on trouve dans les restaurants ou les étals des poissonniers proviendrait de la pêche illégale. Cette surpêche excessive est inquiétante et destructrice de la ressource puisqu’elle retire des mers plus de poissons, crustacés, mollusques, qu’il ne peut s’en reproduire. 

 

Mais que faire pour lutter contre cette surpêche industrielle avec ses 10 millions de bateaux qui sont en action permanente? Que faire contre cette surpêche qui est largement soutenue par les subsides publiques, et dans le monde entier, à hauteur, paraît-il, de 22 milliards annuels ? Que faire lorsque l’on sait que 80 millions de requins sont décimés chaque année ( pour subvenir au marché chinois très demandeur, les pêcheurs leur coupent les ailerons sur le pont de leur bateau, puis les rejettent mutilés à la mer dans laquelle ils meurent dans des souffrances terribles) ? Que faire lorsque 90 millions de tonnes de poissons sont pêchés chaque année dans le monde, entraînant la raréfaction des soles dans le Golfe de Gascogne, du cabillaud dans la mer celtique et la mer du Nord, du Merlu de Méditerranée et l’extinction de la morue de Terre-Neuve ? Que faire contre cette entreprise japonaise qui a décidé d’exterminer le thon rouge (qui a diminué de 80% en quelques décennies) afin que leurs hangars remplis de thons rouges congelés prennent de la valeur, lorsque l’on sait qu’un thon rouge a été vendu plus d’un million de dollars ? Que faire contre l’Europe qui a contribué financièrement à la construction et à la modernisation de la flotte des grands thoniers ? Des chiffres ainsi alarmants, je pourrais continuer d’en citer des dizaines concernant la mort de milliers de dauphins, de baleines, de tortues… ce qui, entre parenthèses, contribue à la prolifération des méduses puisqu’ils ces espèces en raffolaient.

 

Que faire contre les moyens excessifs utilisés par la pêche intensive ? Que faire contre les palangres longues de 15 kilomètres sur lesquelles sont accrochés tous les 2 à 5 mètres des hameçons ? Que faire contre les scènes coulissantes qui enserrent les bancs de poissons comme dans une bourse avant de les remonter à bord des bateaux ? Que faire contre les chaluts de fond qui détruisent sur leur passage des habitats, des récifs de corail, des rochers, anéantissant tout un écosystème ? Que faire contre les filets maillants, sorte de gigantesques nappes rectangulaires, qui emprisonnent les poissons qui meurent asphyxiés, ne pouvant plus bouger leurs branchies coincées dans les mailles ? Que faire contre les filets dérivants, véritables rideaux de mort, pouvant mesurer jusqu’à 100 kilomètres de long, qui arrachent tout sur leur passage, d’autant qu’ils sont régulièrement perdus, continuant alors de tuer pour rien, tels des fantômes de nylon, des centaines de milliers d’espèces, alors qu’ils ont été interdits en 1992 ?

 

Que faire pour lutter contre cette pêche industrielle et intensive qui utilise des moyens gigantesques qui, non seulement, entraîne la disparition de nombreuses espèces marines, mais cause également la perte d'emploi pour les petites structures de pêche? J’ai l’impression que comme personne ne voit ce qu’il se passe sous l’eau, tout est permis, même illégalement, genre pas vu, pas pris !

 

Que faire alors ? Ne plus manger de poissons ? En tous cas, réduire drastiquement sa consommation lorsque l’on sait qu’en moyenne chaque personne en mangerait 20 kilos par an, est peut-être un premier pas.

 

Pour ma part, je rêve de retrouver des petites autonomies, à taille humaine, seul moyen pour lutter contre les excès de la mondialisation. 

 

Sylvie Bourgeois Harel

Partager cet article
Repost0
/ / /
Yana et Paul Watson à la signature de mon roman Sophie à Saint-Tropez en juillet 2026

Yana et Paul Watson à la signature de mon roman Sophie à Saint-Tropez en juillet 2026

Paul Watson est un héros. Il n’y a pas d’autre mot pour le définir. Un héros comme il n’y en a plus. Depuis 50 ans, il se bat pour protéger les baleines. Au péril de sa vie. Et sa vie, aujourd’hui, est en danger. Il a 73 ans, deux jeunes enfants, des garçons de 3 et 8 ans, une femme sublime, Yana. Et il dort en prison. Au Groenland qui est un pays constitutif du Royaume du Danemark. Comme disait déjà Shakespeare dans Hamlet : ” Il y a quelque chose de pourri au Royaume du Danemark.”

 

Un mandat international court depuis 2012 venant du Japon contre Paul Watson comme quoi il aurait blessé un homme travaillant sur un baleinier. Sauf que Paul n’aurait jamais blessé personne. Ayant fait des études de journalisme au Canada, il a compris que pour émouvoir, il fallait faire de l’information chaude, c’est à dire montrer des images, contrairement à la presse papier que l’on qualifie d’information froide car les personnes lisent mais ne s’identifient pas. Tandis qu’avec la télévision, tout de suite, on entre dans le coeur des gens. Alors Paul a pris l’habitude de tout filmer. Et sur les films qui montrent, soi-disant, une blessure, il n’y en aurait aucune.

 

Pour ma part, je me suis posée la question différemment. J’ai laissé de côté le Japon et je me suis demandé pourquoi le Danemark avait soudain arrêté Paul alors que depuis des années, Paul voyage dans le monde entier, excepté bien sûr le Japon, sans être inquiété ?

 

Et si Paul avait été arrêté uniquement pour des raisons politiques ? Et si le Danemark l’avait arrêté, non pas pour parfaire leurs relations avec le Japon, mais pour faire plaisir aux habitants des Iles Féroé qui sont, comme le Groenland, un pays constitutif du Royaume du Danemark. Les Féroéens vivent principalement de la pêche. Et massacrent également chaque année lors d’un rite traditionnel entre 500 à 800 dauphins et globicéphales en une journée. Un massacre contre lequel Paul Watson s’est opposé plusieurs fois. Un jour, en 2016, alors que je déjeunais au Club 55 sur la plage de Pampelonne, à Ramatuelle, avec Paul et Yana, j’avais même vu Paul aller demander au prince héritier du Danemark qui déjeunait également là de stopper ce massacre. Demande, hélas, qui n’a pas été suivie d’effets.

 

Les Iles Féroé sont autonomes, mais elles désirent devenir indépendantes. En avril 2004, un référendum en faveur de leur indépendance avait remporté 50,72% de voix, sauf que le gouvernement danois avait refusé leur indépendance. Un nouveau référendum était prévu pour le 25 avril 2018, mais le gouvernement danois l’a repoussé aux calanques grecques. 

 

Malgré l’embargo dû à la guerre en Ukraine, les Féroïens continuent de faire du commerce avec la Russie. Un commerce florissant. Une famille spécialisée dans le saumon est même devenue milliardaire en une semaine. Et si les Iles Féroé désiraient se rapprocher encore plus des Russes avec lesquels elles semblent entretenir d’excellentes relations commerciales ? Et si pour convaincre les Iles Féroé de rester Danoises, le Danemark avait arrêté Paul pour leur montrer à quel point, le gouvernement les protégeait en mettant en prison l’homme qui les combat depuis des années en essayant d’arrêter leur massacre annuel de dauphins, et en se battant également contre les dégâts de la pêche intensive qu’ils pratiquent ?

 

Depuis que Paul a été arrêté, je me démène pour trouver la personne idéale qui pourrait parler au roi du Danemark. Qui pourrait faire de la diplomatie. Qui pourrait lui dire qu’il deviendrait lui aussi, à son tour, un héros, en le libérant. Je suis certainement très naïve, mais je suis ainsi. Je n’ai, hélas, pas trouvé beaucoup d’écho. Pourtant j’ai contacté des dizaines de personnes influentes et avec un pouvoir conséquent. Je le vois bien, je l’ai constaté, nombreux sont ceux qui utilisent le drame de Paul pour satisfaire leur égo et faire de l’image en se servant de son arrestation, sans lever le petit doigt pour l’aider. Alors qu’agir, ce n’est pas se montrer idiotement avec une banderole, c’est agir ! 

 

J’ai rencontré à Saint-Tropez John Paul DeJoria et son épouse Eloïse. John Paul est le mécène de Paul Watson. Lorsque Paul a créé La Captain Paul Watson Foundation, après avoir été évincé, il y a un peu plus de deux ans, de Sea Shepherd Global, l’ONG qu’il avait créée il y a 40 ans, John Paul lui a acheté deux bateaux, le Bandero et le John Paul DeJoria. Nous avons longuement discuté. Nous nous sommes revus. Ce matin, après un petit-déjeuner d'au-revoir chez Sénéquier, ils partaient le lendemain, je les ai emmenés prier à la chapelle Sainte-Anne de Saint-Tropez, qu'ils ne connaissaient pas, afin que le Danemark n’extrade pas Paul Watson au Japon. Qu’il le libère ou qu’il le garde encore un peu. Le temps que l’on trouve la bonne personne qui saura convaincre le roi du Danemark d’influer sur son gouvernement que le seul acte digne à accomplir est de libérer Paul Watson. Dans l'après-midi, nous avons appris que cette décision de l'extrader ou non avait été repoussée le matin-même au 2 octobre.

 

Ce week-end, je suis invitée en tant qu’écrivain à présenter mes romans au Salon du Livre de Monaco, Monaco où suis née. Je devrais rencontrer le président de la Fondation Albert II de Monaco. J’ai également demandé par l’intermédiaire de l’un de ses plus proches amis de rencontrer le Prince Albert II. M’entendra-t-il ? Je l’espère. Je voudrais lui souffler, non pas de faire une déclaration officielle, ce genre de déclaration est peut-être compliquée vis-vis du Japon qu’il ne veut pas froisser, non, je voudrais parler à son coeur. Le Prince Albert II a un grand coeur. Je voudrais parler à son coeur avec mes mots remplis d’émotion. Je voudrais lui souffler de s’entretenir avec le roi du Danemark. Entre têtes couronnées, ils peuvent communiquer aisément. Seul l’amour peut sauver Paul aujourd’hui. J’ai trop peur qu’il meure dans les prisons danoises. Mon héros ne mérite pas ça. Les baleines ne méritent pas ça. Les océans ne méritent pas ça. Ses enfants, son épouse, ne méritent pas ça. 

 

Le cinéma et la littérature sont remplis de héros. Paul Watson est un héros vivant. N’attendons pas qu’il soit mort pour lui rendre hommage et lui reconnaître toutes ses vertus. Comme a dit Berlioz quelques jours avant de partir au paradis : ” Ah, quel talent je vais avoir demain, on va enfin maintenant  jouer ma musique ! ” 

 

Sylvie Bourgeois Harel

Le 4 septembre 2024

Partager cet article
Repost0
/ / /
Le rôle essentiel des baleines dans l'écosystème

Le rôle essentiel des baleines dans l'écosystème

 

Mon premier contact avec les grands mammifères marins remonte à mes 9 ans. Le parc aquatique de Marineland vient d’ouvrir à Antibes. Ma maman m’y emmène. Je suis très fière car, durant le spectacle, l’instructeur me choisit parmi les centaines d’enfants assis sur les gradins qui levaient la main. Quelques minutes plus tard, je suis sur la margelle, au bord du bassin, quand, soudain, un mâle orque, de 7 à 8 mètres de long, dépose une bise affectueuse sur ma joue aussi délicatement qu’un amoureux.

 

De retour à la maison, ma mère est sceptique. Oui, elle est contente que je sois ravie de ce baiser marin, oui, elle me félicite du dessin que j’ai fait de mon nouvel amoureux orque avec son dos noir, son ventre blanc et sa tâche blanche derrière l’œil, ce qui lui confère un air coquin et rieur, mais elle finit par me confier que c’est épouvantable que ces animaux soient privés de leur liberté. 

 

— Imagine Sylvie, c’est aussi méchant que si quelqu’un m’enlevait et m’enfermait à vie dans une pièce proportionnellement pas plus grande que la chambre du haut. Je n’aurais plus la possibilité de te voir. Et toi non plus. Tu me chercherais. Mais tu ne saurais pas où je suis. Je deviendrai folle. Ton copain orque va certainement devenir fou. Je ne vois pas d’autre issue. Nous ne retournerons plus jamais à Marineland, c’est trop triste.

 

L’année d’après, mes parents achetèrent un voilier. Durant une traversée pour aller en Corse, nous avons croisé un banc d’orques, les mêmes que mon amoureux avec le dos noir, le ventre blanc et cette rigolote tâche blanche derrière l’œil.

 

— Je les préfère ainsi, m’a dit ma mère. Regarde comme ils sont heureux à sauter dans l’eau. Non, vraiment, nous n’irons plus jamais à Marineland

 

Ma plus belle vision en voilier fût de voir une maman dauphin avec son petit collé sur son flanc. C’était hyper émouvant. J’étais en larmes. Puis ma mère mourut. Un mois plus tard, je suis en bateau devant le port de Monaco pour contempler le feu d’artifice. Soudain, un cachalot sort de l’eau, à la verticale, comme un dernier salut de ma maman-sirène-dauphin qui adorait les baleines.

 

Alors j’ai lu. J’ai appris. J’ai regardé des films. J’ai vu un documentaire déchirant dans lequel une maman baleine essaye de protéger son jeune bébé de la férocité des orques qui en raffolent. Elle nage, elle nage, elle nage de plus en plus vite, entraînant avec elle son petit qui, essoufflé, finit par être dévoré par les orques qui les suivaient patiemment, sachant qu’à un moment donné le bébé n’arriverait plus à tenir ce rythme effréné. C’était déchirant. Extrêmement désolant. Mais c’est la loi de la nature. La loi de la chaîne alimentaire naturelle. J’ai aussi vu des gravures et des peintures de baleiniers qui chassaient les baleines au Moyen-Âge. Ils en ont tellement chassé qu’ils ont pratiquement décimé le Golfe de Gascogne. Ils se sont alors déplacés vers les mers du Nord. J’ai lu aussi Moby Dick de Herman Melville qui raconte l’histoire de cette baleine harponnée qui, en 1820, folle de douleur, a éperonné le navire Essex jusqu’à le faire couler, et comment quelques marins réussirent à survivre en se livrant à des actes de cannibalisme.

 

La chasse à la baleine est ensuite devenue de plus en plus violente. De plus en plus perfectionnée. De plus en plus sophistiquée. Ne laissant aucune chance de survie aux baleines. Mettant en danger de nombreuses espèces qui tendent à disparaître. C’est bien simple, dans les années 50, 5 à 6 millions de baleines avaient été répertoriés contre 1,5 million aujourd’hui. Si bien qu’en 1986, un moratoire a été promulgué par la Commission Baleinière Internationale. Moratoire que ne respectent pas le Japon, ni la Norvège, ni l’Islande, qui continuent, chaque année, de tuer encore et toujours plus de baleines. 

 

Outre le côté dramatique, sanglant, inhumain, violent, dégueulasse, de la chasse à la baleine, que je déplore et qui me révolte, d’autant que la baleine a une conscience, une intelligence, des émotions, de la mémoire, il est essentiel de savoir que la baleine contribue à notre survie. En effet, la baleine capte énormément de carbone dans l’atmosphère. Non seulement, elle le capte, mais elle le stocke. Donc, plus elle vit longtemps, plus elle en accumule. Et quand elle meurt de mort naturelle, elle entraîne avec elle au fond des océans tout ce CO2 qui, en s’intégrant aux sédiments marins, participe aux écosystèmes des grands fonds. Et c’est toujours ça de moins dans l’atmosphère.

 

Ensuite, la baleine fait des gros popos. Vu sa taille, des popos énormes. Elle remonte à la surface de l’eau pour déposer ses popos qui contiennent de l’azote, du fer et du phosphore, qui nourrissent le phytoplancton qui, à son tour, nourrit le zooplancton. Ces créatures microscopiques produiraient 40% de l’oxygène de notre atmosphère tout en absorbant environ 40% de la production totale de CO2, encore plus que 4 forêts amazoniennes réunies que l’on pourrait aussi compter en 1700 milliards d’arbres. C’est dire l’importance de la baleine pour la survie des êtres humains. 

 

C’est fou de constater qu’il suffit d’une poignée de prédateurs organisés pour détruire la vie dans nos océans. Pour détruire également une partie de la vie sur terre. Face à ces prédateurs en bandes organisées, pour ma part, c’est un sentiment d’impuissance et de colère qui m’envahit. Que faire pour lutter ? Le seul qui se battait contre ces monstruosités est en prison. Dieu seul sait quand Paul Watson retrouvera sa liberté, s’il la retrouve. 

 

Le constat est que nos mers deviennent de plus en plus polluées. Qu’elles ont de moins en moins de poissons qui sont décimés par la pêche intensive et industrielle qui, avec ses gigantesques filets dérivants, longs de dizaines de kilomètres, détruit autant les récifs de corail que les habitats sous-marins que des milliers d’espèces vivantes qui ne seront même pas mangées. Qu’il y a une raréfaction des grands mammifères marins. Parfois j’entends dire que c’est bien que les requins commencent à s’approcher des plages de Méditerranée. Non. Ce n’est pas bien. Ils se rapprochent car ils n’ont plus assez de nourriture au large. Ils cherchent d’autres terrains de chasse. 

 

Pour que Paul Watson n’ait pas fait tout son combat pour rien, il est important de savoir que les baleines sont, certes, victimes de ces baleiniers hors la loi qui les tuent, mais qu’elles meurent aussi, et en très grande quantité, environ 20000 par an, à cause des collisions qu’elles subissent contre les navires marchands, de transports, militaires, les cargos, les bateaux-citernes, les paquebots de croisières, dont le nombre s’est multiplié de façon alarmante. À tel point que certains pays demandent à réguler la vitesse de ces navires. Une autre solution serait d’armer les bateaux de répulsifs à ondes qui préviendraient les baleines de leur arrivée afin de les faire fuir. La future course de voiliers Le Vendée Globes demande d’ailleurs cette année à ses participants d’utiliser ces radars. 

 

Un autre problème concernant ces pauvres baleines dont nous avons grandement besoin, est que les fonds marins sont devenus extrêmement bruyants d’autant que les bruits sous l’eau se déplacent cinq fois plus rapidement que dans l’air et sur des distances de plusieurs milliers de kilomètres. Entre les forages pour l’industrie pétrolière, le bruit des bateaux, les expériences acoustiques militaires, les cétacés qui communiquent entre eux par des sons très précis, sont désorientés. Affolés, perdus, ainsi que l’explique Greenpeace qui milite pour la création de sanctuaires afin de protéger les baleines, il arrive que ces grands cétacés remontent tellement vite à la surface pour fuir ces bruits qui les effrayent, les stressent et les déboussolent, que cela fait éclater leurs vaisseaux sanguins, ou qu’ils meurent d’une intoxication à l’azote comme le plongeur qui n’aurait pas effectué ses paliers. 

 

Et puis toute cette souffrance animale, que ce soit les baleines ou les abattoirs industriels de bœuf, veaux, cochons, toute cette industrialisation de la mort des animaux, participe à la souffrance humaine. Beaucoup de personnes se plaignent de déprime, de mal-être, de manque de sens à leur existence, mais c’est normal, ils ne peuvent pas vivre impunément entourées de tous ces massacres.

 

Sylvie Bourgeois Harel

Partager cet article
Repost0
/ / /
Paul Watson, Patrice de Colmont, Sylvie Bourgeois Harel au Club 55 à Ramatuelle, dans le Golfe de SAint-Tropez

Paul Watson, Patrice de Colmont, Sylvie Bourgeois Harel au Club 55 à Ramatuelle, dans le Golfe de SAint-Tropez

Je suis bouleversée d’apprendre que mon ami, le capitaine Paul Watson, le seul défenseur des baleines, a été arrêté ce dimanche 21 juillet 2024, au Groenland par les autorités danoises sur la base de la notice rouge d’Interpol, mise en place en 2013, suite au mandat d’arrêt du Japon, a annoncé Sea Shepherd France, alors qu’avec son bateau, le John Paul de Joria, et son équipe, ils faisaient escale à la capitale Nuuk afin de se ravitailler en carburant.

 

La mission de l’expédition de Paul Watson était d’intercepter le nouveau et immense baleinier japonais, le Kangei Maru, de cent mètres de long, qui avait quitté le Japon en mai 2024, dans le but de tuer 200 baleines par an en Antarctique.

 

J’ai connu Paul Watson et son épouse Yana, maman de leurs deux jeunes garçons, dont l’aîné est déjà un talentueux joueur d’échecs, en 2016, lorsque j’ai commencé à travailler à mi-temps au château de La Mole, dans le Var, pour mon vieux copain Patrice de Colmont, propriétaire avec sa soeur Véronique du Club 55, un restaurant sur la plage de Pampelonne à Ramatuelle, qui a hébergé Paul et sa femme dans la maison à côté du château où j’habitais lorsque je venais dans la Sud. 

 

Paul est un homme que je trouve formidable, intègre, courageux, qui ne fait aucun compromis. Son combat me paraît exemplaire et essentiel. En effet, outre le côté triste, dramatique, émotionnel, à pleurer, que les baleines soient tuées avec des harpons explosifs, ne leur laissant aucune chance de s’échapper, Paul m’a appris que la baleine contribue à notre survie pour deux raisons. Leurs matières fécales, qu’elles déversent en grand nombre, vu leur taille, contiennent de l’azote, du fer et du phosphore, nécessaires au développement du phytoplancton. Ces créatures microscopiques produisent au moins 50% de l’oxygène de notre atmosphère tout en absorbant environ 40% de la production totale de CO2, soit l’équivalent de 1700 milliards d’arbres (4 forêts amazoniennes… ). Plus il y a de phytoplancton, plus il y a de captage de CO2. Plus il y a de baleines, plus il y a de phytoplancton qu’elles nourrissent et aident à se reproduire sur les mers et océans du monde entier lors de leurs migrations. 

 

Mais ce n’est pas tout. Grâce à sa taille énorme, la baleine capte énormément de carbone dans l’atmosphère et le stocke. Plus elle vit longtemps, plus elle en accumule. Et quand elle meurt de mort naturelle, elle entraîne dans sa carcasse tout le carbone qu’elle a capté, au fond des océans où celui-ci s’intègre aux sédiments marins et participe aux écosystèmes des grands fonds. Et c’est toujours ça de moins dans l’atmosphère.

 

Paul m’a expliqué que son combat gênait évidement le Japon où il était accusé d’éco-terrorisme, le royaume du Danemark où il se battait contre le massacre annuel de 500 dauphins aux îles Féroé, les baleiniers, mais aussi les industries mondiales liées à la pêche intensive qu’il combat également. Car Paul est un vrai combattant, un pirate comme il aime à se définir, qui s’interpose vraiment physiquement, avec ses équipes, entre les baleines et les harpons des  baleiniers, au risque de leur vie. Ce qui suscite mon admiration et mon respect.

 

Paul, après avoir été contraint de démissionner de Sea Shepherd Global, l’ONG qu’il avait créée il ya plus de quarante ans, qui s’était fait noyauter par des financiers contre lesquels il se battait, a créé, il y a deux ans, la Fondation Paul Watson afin de pouvoir poursuivre son combat sur la mer pour sauver les baleines dont le nombre a diminué de façon alarmante et dramatique, de pratiquement 3/4, passant de 4 à 5 millions auparavant à 1,3 million aujourd’hui. 

 

Si comme moi, vous aimez la mer, les baleines, les dauphins, les poissons, et que vous désirez soutenir le combat essentiel de Paul Watson et l’aider à payer les frais de justice, vous pouvez envoyer vos dons à : paulwatsonfoundation.org/donate

 

Sylvie Bourgeois Harel

 

Voici le lien pour regarder la vidéo de ma petite Marcelline l’aubergine qui interviewe Lamya Essemlali, alors présidente de Sea Shepherd France :

https://youtu.be/f2CczMVmjuo?feature=shared

Partager cet article
Repost0
/ / /
Georges Wilson - notre rencontre autour d'Eurydice, une pièce de Jean Anouilh

Nous sommes en mai 1989 (ou 88 ou 90, je ne sais plus). Je suis au Festival de Cannes. Je travaille en free-lance dans la communication depuis trois ans. Je suis embauchée par un éditeur de vidéo qui lance sa collection dans laquelle il désire rassembler toutes les Palmes d’Or. Avec Josée qui connaît tout le monde dans le cinéma, nous devons lui organiser des déjeuners au Majestic et quelques montées des marches. C’est ainsi que je rencontre Georges Wilson qui veut absolument me revoir à Paris d’autant que je lui ai confié mes désirs enfouis d’être comédienne, mes cours de théâtre chez Jean-Laurent Cochet, mon amour des textes, de la scène, du jeu.
 
Il m’invite à déjeuner dans un restaurant à deux pas du théâtre de l’œuvre, dans le 9ème, dont il est le directeur artistique. Il me raconte son passé, ses souvenirs, Jean Vilar, le TNP. Commence alors une jolie amitié.
 
Il m’appelle régulièrement, prend souvent de mes nouvelles, me demande de venir le voir au théâtre où il passe ses journées. On rit beaucoup. On s’amuse à rejouer des scènes de "Je ne suis pas rappaport", une pièce américaine que j’avais adorée, dans laquelle avec Jacques Dufilho, ils étaient deux vieux sur un banc à parler de la solitude, de la vieillesse, de la mort.
 
Puis un jour, Georges me confie son projet qui lui tient à cœur depuis longtemps, il désire monter Eurydice, une pièce de Jean Anouilh, mais c’est dur, il ne trouve pas les financements, malgré sa carrière. Il se plaint que les relations ont changé, il va avoir 70 ans, il a l’impression que maintenant c’est place aux jeunes dans le métier.
 
Soudain au cours d’un déjeuner, son visage s’éclaircit, il me propose de jouer Eurydice. Avec mon visage de tanagra, comme il aime me surnommer, je serai parfaite, fine, jolie, fragile, insouciante, profonde, les compliments pleuvent. Il m’offre le texte. Je rentre chez moi, émue, j’appelle ma maman. Je ne dors pas de la nuit. J’ai arrêté les cours de théâtre depuis cinq ans. Je vous expliquerai pourquoi (je ne sais d’ailleurs pas pourquoi, je sais seulement comment j’ai tout arrêté), mais c’est une autre histoire.
 
Avec Georges, nous nous voyons régulièrement, je connais le texte par cœur. Il me parle de la mise en scène qu’il imagine, son fils Lambert sera Orphée, mon amoureux jaloux, et lui, le père. Il assurera la mise en scène. Au théâtre de l’œuvre bien sûr.
 
Néanmoins, Georges est inquiet pour l’argent. Il a l’impression que tout est devenu plus difficile, que son nom ne suffit plus pour monter un projet, qu’on ne lui fait plus confiance. Il a peur d’être fini. Il en souffre. Il a 70 ans. Cinq ans de plus que mon père. Mon père qui d’ailleurs, soudain, arrive dans la conversation, alors que nous rêvons d’Eurydice depuis au moins six mois. Un peu énervé, alors que Georges a toujours été un homme adorable, il me demande quand est-ce que je vais enfin lui présenter mon père qui pourrait certainement nous aider.
- Mon papa, je lui réponds, je te le présente volontiers, il sera ravi de faire ta connaissance, ma maman aussi d’ailleurs, elle était tellement triste que j’arrête le théâtre, mais en quoi peut-il t’aider ?
- En tant que directeur de l’OBC, je pense qu’il peut me trouver des financements.
- L’OBC ?
- Oui, la Banque du Cinéma.
- Ah non, Georges, il y a erreur, mon papa est architecte et habite à Besançon.
- Mais pourquoi Josée m’a-t-elle dit à au festival de Cannes que ton père était le directeur de l’OBC ?
- Je n’en sais rien, moi, tu prends quoi comme dessert ?
 
Ce jour-là, Georges n’a pas pris de dessert. C’était également la dernière fois que je le voyais. Quand je l’appelais au théâtre, on ne me le passait plus. Je suis allée plusieurs fois le voir, mais on me répondait toujours qu’il était occupé. Un peu plus tard, j’ai appris qu’il avait donné le rôle à Sophie Marceau.
 
 
(comme on me l'a souvent demandé, je précise que sur la photo, il s'agit de moi et non de Sophie Marceau...)
 
Sylvie Bourgeois Harel
Partager cet article
Repost0
/ / /
Chroniques du monde d'avant par Sylvie Bourgeois Harel - 1

L’autre jour, en entrant chez Apple pour acheter un ordinateur, en voyant tout le service d’ordre à l’entrée, puis le jeune vendeur qui me conseillait de ne pas changer le mien, mais qui m’a demandé au bout de quinze minutes d’aller à l’autre bout du magasin où il me rejoindra pour continuer notre conversation car ils n’ont pas le droit de rester longtemps au même endroit et avec le même client, j’ai réalisé que notre monde s’était vraiment écroulé.
 
Quand exactement, je ne sais pas, peut-être cela s’est fait doucement, subrepticement, mais une chose est sûre, aujourd’hui, je ne pourrais jamais refaire tout ce que j’ai fait lorsque je travaillais en free-lance dans la communication.
 
Plus jamais, par exemple, je ne pourrais faire atterrir les Tortues Ninja sur la plage du Carlton, durant le Festival de Cannes, à l’heure du déjeuner, afin de créer l’événement, et ça en a été un, les télévisions du monde entier ont repris les images de mon cameraman, c’était en mai 1991, sans autorisation bien sûr car je ne les aurais jamais obtenues, mais avec une équipe solide et ultra compétente de champions que ce challenge amusait.
 
En effet, c’était un véritable défi car les costumes, les mêmes qui avaient servi aux comédiens durant le tournage du film, pesaient 70 kilos chacun, et il ne fallait pas rester plus de quinze minutes dedans, tant l’épaisseur du plastique et de la mousse avec lesquels ils étaient fabriqués provoquaient une transpiration si intense que cela nécessitait ensuite plusieurs heures de séchage.
 
Mes parachutistes, des mecs super, ont tout accepté et surtout d'atterrir avec une vision réduite car les têtes des Tortues Ninja, non seulement étaient énormes et lourdes, mais avec des tout petits trous pour les yeux, ils ne voyaient presque rien. Avec leurs amis du Club aéronautique de Cannes-Mandelieu, on a balisé, au dernier moment pour ne pas dévoiler la surprise, un espace sur la plage afin de sécuriser l’atterrissage qui a vraiment créé l’événement.
 
C’était ça Cannes ! Pour promouvoir les films, il fallait être inventif, faire toujours plus, étonner, émouvoir.
 
Et mes Tortues Ninja ont eu un succès fou qui a dépassé les espérances d’UGC-Fox, le distributeur du film. Sur la Croisette où je les ai ensuite promenées assises à l’arrière d’un coupé que Mercedes m’avait prêtée pour la journée (est-ce que l’on peut encore se faire prêter pour une journée un Roadster Mercedes juste pour s’amuser, je ne pense pas...), les gens étaient hystériques, criaient leurs noms, Léonardo, Raphaël, Michelangelo, Donatello, leur demandaient des autographes, et mes parachutistes stoïques tenaient le coup dans leurs costumes, à mourir de chaleur.
 
Puis après une courte pause dans un local que j’avais loué pas loin où un déjeuner leur a été servi, au cours duquel on a essayé de sécher avec des sèche-cheveux l’intérieur des costumes qui étaient trempés, hop, de nouveau dans les costumes encore mouillés qui puaient, hop, dans la Mercedes, cette fois, avec un chauffeur. Grâce à mon amoureux, j'avais réussi à nous faire inscrire dans le cortège officiel et, là, je leur fais monter les marches où les photographes et la foule sont hystériques de voir les Tortues Ninja, à crier de nouveau leurs noms, et mes parachutistes sont toujours parfaits à jouer le jeu sans se plaindre, depuis des heures qui ont largement dépassé les quinze minutes recommandées, dans leurs costumes tellement trempés qu'ils sont devenus deux fois plus lourds, je les tiens d'ailleurs par la main car ils ne voient carrément plus rien, tant leur transpiration coule sur leurs yeux.
 
Le PDG de Columbia avec qui j’étais amie et qui distribuait le film m’engueule en haut des marches où il attend le réalisateur et ses comédiens car mes Tortues Ninja ont volé la vedette de toutes les stars américaines venues soutenir le jeune John Singleton considéré comme le nouveau génie d’Hollywood avec son film BOYZ’N IN THE WOOD, mais le soir lorsque nous dînons tous ensemble chez Tétou, à Golfe Juan, la bouillabaisse la plus chic du Festival (une institution qui n'existe plus non plus, la loi du Littoral l'a tout simplement supprimée... ), il éclate de rire. C’était ça Cannes, une équipe de seigneurs, et bravo à celui qui créait l’événement du jour !
 
Pour en revenir à Apple, un autre exemple de chose que je ne pourrais plus jamais réaliser. Nous sommes en 1994, je travaille pour Sony Software sur les premiers CD-Rom. J’organise à l’hôtel Raphaël une conférence de presse, sauf que Sony n’a pas d’ordinateur à me prêter. Peu importe, je gare ma petite Rover verte en double file devant la belle boutique Apple, avenue Georges V, je mets les warnings, et avec ma mini-jupe et mes bottes, je leur explique ma situation. Dix minutes plus tard, je sors avec trois Mac prêtés avec juste ma signature et le nom de Sony griffonnés sur un bout de papier, que les vendeurs m’installent dans ma voiture pendant que j’invite le directeur du magasin et son équipe à mon petit-déjeuner de presse. Le lendemain, j'ai ramené les trois Mac que je leur ai empruntés pendant un an, chaque fois que Sony sortait un nouveau CD-Rom, comme par exemple, les fiches-cuisine en partenariat avec Elle, je refaisais une conférence au Raphaël et j'avais besoin d'ordis.
 
Est-ce moi qui avais une capacité de persuasion ou est-ce que les rapports humains étaient plus simples, et surtout basés sur une confiance, une compétence, une assurance, un amour du travail bien fait ?
 
Quoi qu’il en soit, quand je vois qu’on ne peut plus entrer nulle part sans se faire fouiller son sac ou que des gens ont peur dès que quelqu’un tousse dans un train, je suis contente d’avoir fait le choix de quitter Paris que j’aime pourtant follement pour venir vivre dans le Sud, près de la nature, au bord de la Méditerranée.
 
Sylvie Bourgeois Harel
Partager cet article
Repost0
/ / /
Sylvie Bourgeois - enfant - Besançon

Sylvie Bourgeois - enfant - Besançon

La Coiffeuse de ma maman

La coiffeuse de ma maman, elle coiffe tout le monde pareil. Avec des énormes chignons remontés sur le haut de la tête qui se terminent en bouclettes. Sur une maman, ça va, mais sur moi qui n’ai pas encore 8 ans, ça fait comme si j’étais naine. Déjà que je ne suis pas grande, mais avec ce casque sur la tête, on dirait que j’ai une tête de maman sur un corps d’enfant. Comme j’aime ma maman et qu’elle est très jolie avec son chignon, je n’ose pas lui dire que je ne trouve pas ça marrant d’aller chez sa coiffeuse surtout que ça doit lui coûter beaucoup d’argent vu le temps que ça me prend, je reste des heures assise à écouter les commérages des dames qui n'arrêtent pas de se plaindre de leur mari, et de regarder la coiffeuse qui leur répond oui oui en hochant de la tête comme si elle savait tout de la vie des grands, celle-là, déjà qu'elle sait à peine manier les bigoudis vu le désastre qu'elle a fait sur ma tête.
Comme ce soir, c’est le mariage du papa de Sophie, ma meilleure amie, la coiffeuse de ma maman, elle s’en ait donnée à cœur joie, encore plus que d'habitude pour me faire belle. Elle a commencé par me mettre des bigoudis pour me faire une mise en plis, puis elle m'a crêpé les cheveux afin de leur donner du volume, alors qu'on sait très bien qu'avec des cheveux plats et filasses comme les miens,  il n'y a rien à faire, ils restent plats, se plaint toujours ma maman qui aurait préféré que j'aie des belles boucles ondulées comme celles de mon frère Vincent, puis elle a planté trois milles barrettes dans ma tête à me faire mal, et elle a fini par m'asphyxier en me balançant une tonne de laque pour que ça tienne, tout en parlant avec la dame d'à côté que son mari était un salopard et qu'elle voulait le quitter mais qu'elle ne pouvait pas à cause des quittances de son salon qu'elle n'avait pas fini de payer. Je suis sortie avec un chignon gigantesque, plus grand que moi. C’était affreux. En plus, c'était tout dur, crac crac, ça faisait quand je touchais mes cheveux qui étaient devenus tout sombres, on ne voyait même plus que j'étais blonde.

 

Le papa de Sophie se marie donc ce soir. Il est très méchant car la maman de Sophie vient de mourir, et il se marie déjà avec une autre femme que ma meilleure amie n’aime pas du tout. C’est une véritable sorcière, la femme pas ma Sophie, elle a aussi une fille de notre âge qui est une grosse peste. C'est bien simple, elle se croit tout permis parce qu’elle n'a pas de papa. Je crois bien d'ailleurs que son idée est de voler celui de Sophie car elle n'arrête pas d'être gentille avec lui. En plus, la future belle-mère de Sophie n’arrête pas de se vanter d’avoir couché avec Joe Dassin Pfut ! Je m'en fiche, je n'aime aucun chanteur, mon idole est René Dumont, un vieux monsieur qui parle toujours de la nature à la télé avec son pull col roulé toujours.

- Vous n’aviez qu’à l’épouser votre Joe Dassin, ça aurait bien arrangé Sophie, je lui ai dit un jour à table où elle m'avait encore énervée avec ses coucheries qui font que sa fille n'a pas de papa.

Ca a été aussitôt rapporté à ma maman qui m'a grondée que je n'avais pas le droit d'être mal aussi mal élevée, même si ce n'est pas totalement faux, elle m'a ensuite dit en riant. J'ai ajouté que dire ses quatre vérité à cette femme qui faisait la maline, c'était ma façon de protéger ma meilleure amie Sophie comme je l'avais protégée, elle, la fois où j'avais mal parlé à mon papa que j'avais vu embrasser une autre femme que ma maman. Ce jour-là, ça m'avait très mal dans le ventre. Pour sûr, je ne me marierai jamais. 

 

Dimanche dernier, j'ai dit au papa de Sophie que sa fille n’avait qu’à venir habiter chez moi, comme ça, ça lui ferait moins d’ennui, vu que Sophie n’arrête pas d’embêter sa future femme. Ca me semblait parfait comme projet, à Sophie aussi, à ma maman également qui était d'accord, mais ça n’a pas marché. Il m'a même grondée d’avoir d’aussi drôles idées car pour le papa de Sophie, il n’y a que moi comme enfant dans le quartier qui sache faire autant de bêtises. D’ailleurs, il ne m’aime pas car, à lui aussi, depuis qu'il a décidé de se remarier aussi vite, je lui dit parfois ses quatre vérités en face. Je ne sais pas pourquoi, mais je n’arrive jamais à faire de la diplomatie comme Sophie qui répond toujours oui oui en souriant, un peu comme la coiffeuse de ma maman, quand son papa lui demande de faire quelque chose et qui, par derrière, n’en fait qu’à sa tête, et n'obéit jamais.

 

En rentrant à la maison avec mon horrible chignon gros comme une maison qui me fait ressembler à une enfant qui rêve d'être une maman, j’ai croisé le cousin de Sophie que je ne vois pas souvent car il habite à Paris et moi à Besançon, et que je trouve très joli garçon, j'en suis même un peu amoureuse. J'ai eu tellement honte de ne plus ressembler à la petite fille avec des couettes qu'il avait connue durant l'été, car en plus la coiffeuse de ma maman m'avait maquillée les yeux avec du bleu et du doré sur les paupières, une horreur, que j’ai couru m’enfermer dans les toilettes, c'est vrai, quoi, ce n’était pas possible qu’il me voie avec ce chignon de vieille dame de Besançon, si au moins j'avais ressemblé à ma maman qui est belle, mais pas du tout, même à moi, je faisais peur.

 

A travers la porte, il m’a demandé si je voulais descendre jouer dans la cour avec lui et Sophie, mais j'ai répondu que j'étais trop occupée. Ce n'était pas vrai bien sûr car à part de pleurer sur mon sort que j'étais devenue trop laide alors que d'habitude j'étais plutôt mignonne avec mes cheveux raides et filasses, je n'avais rien d'autre à faire que de vouloir mourir. Le beau cousin que je rêve d'embrasser est alors parti.

 

Tant pis, je préfère m’ennuyer toute seule dans ma chambre plutôt qu'il me voie avec ma tête de celle qui veut être une autre et qui a tout raté. Ca fait un peu celle qui a passé des heures à être la plus belle pour le séduire et qui est devenue la plus moche. Je n'ai jamais eu aussi honte. Tout ça à cause d'une coiffeuse qui n'ose pas divorcer. Je vous jure. De toute façon, jamais je ne me marierai, jamais, j'ai trop honte. Une heure plus tard, le beau cousin est venu de nouveau me chercher pour que, cette fois, j'aille en voiture avec lui et ses parents à la cérémonie. Ma maman a  répondu oui, mais moi depuis la salle de mains où je m'étais de nouveau enfermée, j'ai hurlé NON, et que l’on se verrait là-bas.

 

Pendant la fête, j’ai essayé de faire comme si je n’avais rien sur la tête, mais ça n’a pas marché, personne n’est venu me parler. Forcément, avec mon chignon, les gens ne devaient pas savoir si j’étais une enfant ou une maman. Alors pour ne pas se tromper, ils ont préféré ne pas s’intéresser à moi. Je vous jure, je la retiens la coiffeuse de ma maman, surtout que quand le cousin de Sophie, il m’a vue, il a fait comme s’il ne m’avait pas reconnue, et il est retourné parler à Emmanuelle avec qui il a dansé toute la soirée. Je crois même qu’il l’a embrassée.

 

Même Sophie qui était pourtant si furieuse que son papa veuf se marie aussi vite avec une femme qu'elle n'aime pas, m'a ignorée toute la soirée alors que j'avais pourtant toujours bien dézingué, à chaque fois qu'elle me le demandait, sa future belle-mère. Elle n’a pas arrêté de s’amuser, de rire, de danser tout comme mes parents qui ont passé la nuit sur la piste avec les autres invités à faire des rocks, des jerks et même des slows. Il n’y a que moi avec mon gros chignon laqué de vieille bisontine aigrie, qui suis restée toute seule sur ma chaise à finir les gâteaux, c'est au moins ça, j'adore les pièces montées. Mais je déteste les fêtes. Je déteste les mariages. Je déteste les coiffeuses.

 

Ce qui serait bien, je me suis dit, c'est que je me trouve un ami qui soit aussi malheureux que moi, comme ça, je pourrais le consoler, et ça, ce serait vraiment bien ! 

Sylvie Boourgeois Harel

 

La coiffeuse de ma maman fait partie des 34 nouvelles de mon recueil BREVES ENFANCES, paru aux Editions Au diable vauvert.

Partager cet article
Repost0
/ / /
MONICA - ON OUBLIE TOUJOURS QUELQUE CHOSE - Un recueil de nouvelles de Sylvie Bourgeois Harel

MONICA

Je ne sais jamais quoi offrir à mon mari que j’aime d’amour, j’ai toujours l’impression que ça lui fait ni chaud, ni froid. Tandis que moi, les cadeaux, j’adore les recevoir, c’est même tout un art, je deviens si joyeuse que c’est un véritable plaisir de m’en faire. Si. Je dis toujours merci même s'ils ne me plaisent pas, je ne fais jamais la tête, non, au contraire, je deviens gaie comme une enfant. Mon côté enfant, même avec le temps, n’a d'ailleurs jamais totalement disparu, j’aime encore le rose, les cœurs et dépenser l’argent de mon mari comme si c’était celui que me donnait ma maman. C’est peut-être une histoire de confiance. Mes économies, je les garde au cas où il me quitterait, je me consolerai avec. Si je ne sais jamais quoi lui acheter, c’est peut-être pour lui offrir, par anticipation, sa liberté. Ça peut paraître compliqué, mais je me comprends.

En revanche, pour ses 50 ans, je dois marquer le coup. Je suis bien ennuyée d’autant que Magali, sa nouvelle employée, est drôlement bien roulée. En plus, elle n’arrête pas de lui dire combien il est intelligent, talentueux, formidable. Et les hommes, le mien comme les autres, c’est fragile. À force de trop le flatter, elle va finir par me le gâter. Ce serait dommage car c’est un bon mari, gentil et toujours heureux de me voir, je ne dois pas le décevoir. Surtout pas ce soir...

(...)

Vous pouvez lire la suite de MONICA dans mon recueil de nouvelles ON OUBLIE TOUJOURS QUELQUE CHOSE. Vous pouvez le commander en m'envoyant un mail à : slvbourgeois@wanadoo.fr.  

 

Sur les liens ci-dessous, vous pouvez écouter une courte lecture d'un extrait de mon roman En attendant que les beaux jours reviennent (que j'ai signé Cécile Harel) par la comédienne Manoëlle Gaillard, mes nouvelles Mon papa est curé, Henri, La dame Bleue,  parues dans mon recueil Brèves enfances, aux éditions Au diable vauvert, lues par les comédiens Alain Guillo et François Berland. Et également deux interviews faites par ma petite Marcelline l'aubergine qui me questionnent sur mon écriture.

MONICA - ON OUBLIE TOUJOURS QUELQUE CHOSE - Un recueil de nouvelles de Sylvie Bourgeois Harel
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Sylvie Bourgeois fait son blog
  • : Sylvie Bourgeois Harel, écrivain, novelliste, scénariste, romancière Extrait de mes romans, nouvelles, articles sur la nature, la mer, mes amis, mes coups de cœur
  • Contact

Profil

  • Sylvie Bourgeois Harel
  • écrivain, scénariste, novelliste
  • écrivain, scénariste, novelliste

Texte Libre

Recherche

Archives

Pages

Liens