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Le Palace inauguration d ela boîte de nuit de Régine en 1991 - Sylvie Bourgeois en jupe transparente

Le Palace inauguration d ela boîte de nuit de Régine en 1991 - Sylvie Bourgeois en jupe transparente

Inauguration du Palace, la boîte de nuit de Régine, en 1991
 
Nous sommes à Paris en 1992. Mon amoureux qui ne peut pas m’accompagner me donne son invitation pour l’inauguration du Palace que Régine vient de racheter. Sur le carton est écrit : soirée transparente.
 
Pour moi, il n’y a aucun doute, cela veut dire que je dois me déguiser sur le thème de la transparence et transparence, dans ma tête, c’est être à moitié à poil tout en restant élégante et avoir une certaine classe.
 
Ni une, ni deux, je téléphone à ma copine qui me dit toujours oui dès qu’il s’agit de sortir et, hop, je file au BHV acheter du plastique à bulles, des rubans noirs, des perles, des Dim Up, des culottes noires et deux dos-nu.
 
Arrivée chez elle, je nous confectionne deux mini-jupes à godets. Je couds une perle blanche sur les rubans que je noues autour de nos cous et quatre heures plus tard, nous faisons notre entrée au Palace.
 
C’est l’hiver. Il fait méga froid. Nous laissons nos gros manteaux au vestiaire et entrons dans l’arène… où personne n’est déguisée. Nous sommes les deux seules à avoir joué le jeu de la transparence.
 
Après avoir éclaté de rire, nous avons dansé, tournoyé, jusqu’au moment où Jean-Paul Gaultier est venu nous féliciter : Bravo les filles, j’adore, j’adore !!! Puis ça a été au tour de Régine (avec qui je n’étais pas encore copine, je ne l’ai connue que très tard), de nous complimenter.
 
Comme à l’époque, j’écumais toutes les boîtes de nuit, il m’était impossible d’aller me coucher sans faire un tour chez Castel, Régine, aux Bains, au Bus Palladium , cette ambiance nocturne de fêtes, de musiques, de lumières artificielles, me rassurait, me consolait et m’amusait terriblement, nous sommes allées ensuite avec des amis au Niel’s où nos petites jupes transparentes ont également eu leur succès.
Anniversaire des 90 de Régine, la Reine de la nuit, à La Chope, le restaurant de Marcel Campion aux Puces de Paris

Anniversaire des 90 de Régine, la Reine de la nuit, à La Chope, le restaurant de Marcel Campion aux Puces de Paris

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Patrice de Colmont - Sylvie bourgeois Harel - Le Club 55 - Ramatuelle - Plage de Pampelonne

Patrice de Colmont - Sylvie bourgeois Harel - Le Club 55 - Ramatuelle - Plage de Pampelonne

Mon ami Patrice de Colmont

Saint-Tropez

En septembre 2015, je décide de revenir plus souvent seule à Saint-Tropez dont je suis tombée amoureuse à 20 ans lorsque j'ai travaillé durant le mois d'août au Planteur, une plage de Pampelonne à Ramatuelle. Je prends une chambre pour une semaine à l'hôtel du Colombier, je ne loue pas de voiture, j'ai envie de vivre le village de l'intérieur, de tout faire à pied, je vais d'ailleurs me baigner pieds nus à la Ponche, c'est un véritable bonheur, la lumière, les odeurs, les couleurs, tout me ravit et me séduit.

Patrice de Colmont

Au moment de rentrer à Paris, mon vieil ami Patrice de Colmont que j'ai connu en 1984, ravi de m'avoir retrouvée, il était très fier que je sois devenue écrivain et affichait tous les ans au Club 55 les affiches de mes romans, personne n'a le droit d'y toucher, m'avait dit un jour sa soeur, me propose de rester une semaine dans le château qu'il vient d'acheter à La Mole. J'accepte. Je passe des jours délicieux où je ris beaucoup de voir comment mon ancien amoureux passionné et romantique est devenu un homme d'affaires qui ne fait que travailler au lieu de profiter de la nature qu'il dit aimer. Il m'avoue qu'il est prisonnier, pieds et mains liés, de son activité professionnelle et qu'il en souffre. Je ne pensais pas que tu étais devenu aussi riche, je lui dis en éclatant de rire devant sa mine déconfite d'homme puissant dans la région que tout le monde craint, pour moi, tu resteras toujours mon beau et tendre Patrice qui m'embrassait pendant des heures lorsque nous nous sommes rencontrés.

Ma liberté l'épate et l'amuse, le distrait certainement aussi. Alors je lui raconte mille projets que nous pourrions réaliser ensemble, aller nourrir les enfants qui meurent de faim, créer un sanctuaire pour protéger les loups, planter un potager médicinal... des projets qui le séduisent autant qu'ils l'effraient...

La lumière du Sud

De son côté, Saint-Tropez n'arrête de me solliciter afin que je revienne régulièrement, comme un appel de la lumière du Sud qui veut m'attirer à elle, la chaîne de web télé locale, Global TV, me demande de leur faire des interviews, l'hôtel de Paris m'offre une suite afin que je fasse une lecture d'extraits de mes romans en plein mois de novembre alors que le village est vide, n'empêche, la salle est remplie, le Café des Arts m'organise également une soirée littéraire, idem avec plein de monde, tout cela est très joyeux.

Le château de La Mole

Patrice qui désire me garder vers lui propose de m'embaucher dans sa propriété agroécologique dans laquelle il me met à disposition dans son charmant château provençal une jolie chambre ainsi qu'une voiture électrique. J'accepte à condition que ce soit à mi-temps, je n'ai aucune envie de quitter Paris où je vis avec mon mari, entourée de tous mes amis.

Mes amis les animaux

Immédiatement, je deviens copine avec tous les vers de terre, oiseaux, renards, chevaux, abeilles qui vivent sur le terrain, j'ai même une couleuvre Lily qui aime se dorer au soleil sous ma fenêtre et un lièvre Lolo qui me fait coucou tous les matins avec ses grandes oreilles qui dépassent dans les herbes. J'ai toujours aimé la nature et là, je me régale. Mes nouveaux amis, que des animaux, me le rendent bien. C'est ainsi que le jour anniversaire de la mort de ma maman alors que je suis en train de pleurer sur mon lit, un couple de rolliers, de magnifiques oiseaux bleus migrateurs, est entré dans ma chambre et a fait deux tours au-dessus de mes yeux en larmes avant de m'observer depuis le platane centenaire. Je ne saurai jamais s'ils voulaient me consoler ou si c'était un message de ma mère qui me disait de retrouver ma gaieté, quoiqu'il en soit, j'ai pris ma petite voiture bleue et je suis allée nager avec mes amis poissons dans la mer en pensant avec joie et gratitude à ma mère, l'amour de ma vie. Puis un petit chat m'a adopté qui est tombé du ciel un matin sur mes pieds qu'il a immédiatement léchés. Je l'ai appelé Lumière du Sud, du nom de cette belle lumière du Sud qui m'a attirée à Saint-Tropez comme tous les grands peintres et artistes qui ont vécu ici. À moi maintenant de prendre le relais.

Avec Sylvie on sème pour la vie

Pour remercier Patrice de tout son amour et de ses bontés qu'il déposait à mes pieds, je décide alors de créer une chaîne YouTube Avec Sylvie on sème pour la vie que j'ai très rapidement rebaptisée Marcelline l'aubergine, afin de le mettre en valeur. 

Le Club 55 partenaire de Marcelline l'aubergine

En finançant mes premiers épisodes, Patrice devient mon partenaire historique. Dans nos contrats, je dois parler et filmer son restaurant du Club 55 situé à Ramatuelle sur la plage de Pampelonne, de sa ferme des Bouis où il produit du vin, du maraîchage et de l'huile d'olive, et bien sûr du château de La Mole et des légumes du potager cultivés en agriculture biologique. Je lui réalise donc plein d'interviews, il adore, il adore Marcelline, il adore que je le filme, il me cherche des sujets, il veut que je crée la chaîne de télé du Club 55 et une autre au château de La mole, comme ça, on aura deux plateaux de tournage, me dit-il exalté par le projet, nous cherchons le logo, il me donne une vieille mappemonde et un drapeau abimé et me demande de les mettre dans l'eau sur la plage afin que Daniel, le photographe, les prenne en photo pour notre visuel, il est excité et regorge d'idées, son père faisait des films, s'il en faisait aussi avec moi, ce serait formidable, la boucle serait bouclée, il rajeunit, tous ses clients le lui disent, il sait que je soigne mes vidéos, dans celle où il raconte les débuts de la Nioulargue, les régates de voiliers qu'il a créées avec sa bande de copains de l'époque, pour 23 minutes de vidéo, j'ai une semaine de montage rien que sur lui et 400 points de coupe afin de retirer ses scories, ses répétitions, ses hésitations, pour qu'il soit fluide à regarder, je suis contente, lui aussi, le résultat est très réussi avec les nombreuses images d'archives que j'ai mises dedans.

Patatras

Notre complicité crée beaucoup de jalousie, je me fais agresser, insulter. Je décide alors de m'éloigner du château de La Mole et m'installe dans une petite maison que Patrice me prête au coeur du village de Ramatuelle. La méchanceté continue, on me vole mon chat Lumière du Sud, je le cherche partout, je continue d'être violentée, insultée, je résiste par des sourires et des mots gentils à la façon de Martin Luther King, sûre que ma gentillesse finira par gagner .

Badaboum

En décembre 2020, Patrice me téléphone pour m'annoncer qu'il n'a plus les moyens financiers  de me garder (oh le gros mensonge... ! ) et qu'il doit me licencier. Je le remercie. Il est étonné. Il est toujours étonné de mes réactions bienveillantes. C'est mon état d'esprit, je cherche toujours le positif même lorsque l'on me fait du mal. En mars 2021, je signe donc tout un tas de papiers administratifs sans rien regarder. Lui-même est perturbé, il sait que tout un merveilleux pan de sa vie vient de tomber.

Sur le lien ci-dessous, vous pouvez lire en version numérique mon roman Tous les prénoms ont été changés que j'ai écrit au château de La Mole. Sa version papier sort en avril 2024.

Sylvie Bourgeois Harel Patrice de Colmont par Gilles Bensimon

Sylvie Bourgeois Harel Patrice de Colmont par Gilles Bensimon

Capitaine Paul Watson de Sea Shepherd Patrice de Colmont Sylvie Bourgeois Harel 2017 Club 55

Capitaine Paul Watson de Sea Shepherd Patrice de Colmont Sylvie Bourgeois Harel 2017 Club 55

Pierre Rabhi Patrice de Colmont Sylvie Bourgeois Harel Lablachère Ardéche

Pierre Rabhi Patrice de Colmont Sylvie Bourgeois Harel Lablachère Ardéche

Ferme des Bouis Ramatuelle Patrice de Colmont Sylvie Bourgeois Harel les border collie Pastis et Mistral

Ferme des Bouis Ramatuelle Patrice de Colmont Sylvie Bourgeois Harel les border collie Pastis et Mistral

Château de la Mole Fonds de Dotation Pierre Rabhi Vallée de la Mole 83 Var

Château de la Mole Fonds de Dotation Pierre Rabhi Vallée de la Mole 83 Var

Les voyageurs sans trace Geneviève et Bernard de Colmont Colorado et Green River

Les voyageurs sans trace Geneviève et Bernard de Colmont Colorado et Green River

Paul et Yana Watson Patrice de Colmont Sylvie Bourgeois Harel Le Club 55 Ramatuelle Saint-Tropez

Paul et Yana Watson Patrice de Colmont Sylvie Bourgeois Harel Le Club 55 Ramatuelle Saint-Tropez

Patrice de Colmont Sylvie Bourgeois Harel Club 55 plage de Pampelonne Ramatuelle Golfe de Saint-Tropez

Patrice de Colmont Sylvie Bourgeois Harel Club 55 plage de Pampelonne Ramatuelle Golfe de Saint-Tropez

Quand Patrice de Colmont affiche au Club 55 J'aime ton mari, un roman de Sylvie Bourgeois

Quand Patrice de Colmont affiche au Club 55 J'aime ton mari, un roman de Sylvie Bourgeois

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Anorexie adulte, comment j'ai accepté

de me faire soigner et de guérir

Enfant, je ne mangeais rien, excepté des crêpes, des pâtes et des tartines de pain beurrées avec du miel ou de la confiture rouge, je ne sais pas pourquoi mais il fallait vraiment qu’elle soit rouge, d’ailleurs encore aujourd’hui, je ne mange que de la confiture rouge, plus exactement de la confiture de framboises épépinées, ce qui rendait folle ma mère, et je la comprends, quand ma petite chatte Cécile refuse de manger les bonnes carottes et courgettes que je lui prépare, je suis triste et inquiète qu’elle n’ait pas sa dose de vitamines et de sels minéraux.

 

Je me souviens qu’un dimanche matin, je devais avoir 8 ans, au petit déjeuner, ma maman m’a servi mon assiette de soupe que je refusais d’avaler depuis trois jours. Ça n’a rien changé excepté que ce jour-là, je n’avais pas eu droit à mon bol de chocolat chaud avec mes tartines de miel et de confiture rouge, et que cela m’avait marquée au point de me le remémorer aujourd’hui.  

 

À cette époque, on ne parlait pas encore d’anorexie. Anorexique, je devais certainement l’être enfant. Anorexique, je le suis devenue adulte. À 33 ans. À la mort de mon père et de celle de ma mère, neuf mois plus tard. Je faisais trois heures de sport par jour. Beaucoup de cardio en salle pour sécher comme disent les sportifs. Et aussi du vélo, du tennis, du cheval. Je me levais très tôt. Je courais 45 minutes chaque matin, où que je sois. Quand j’étais à l’étranger, je découvrais les villes grâce à mes footings. Je me pesais matin et soir. Pour devenir de plus en plus légère. J’avais une balance électronique très précise. Je voyageais toujours avec. Il m’était impossible de ne  pas me peser. Si je l’oubliais, j’allais immédiatement m’en acheter une autre. J’étais toute maigre, mais ça ne me suffisait jamais, il fallait toujours que je perde quelques grammes. Je ne mangeais rien, excepté des œufs durs, du blanc de poulet, du saumon fumé, des courgettes avec des carottes, les mêmes que Cécile refuse d’avaler, et des pommes ou des framboises.

 

Toute la journée, je pensais à ce que je n’allais pas manger. J’organisais mon emploi du temps en fonction des repas que je ne prenais pas. Paradoxalement, j’avais énormément d’énergie. Et quand je passais à table avec des amis, j’étais fière de ne pas me précipiter sur la nourriture. Je trouvais vulgaire d’avoir faim. Je me croyais être un elfe qui n’a besoin de rien. J’étais un esprit aérien, supérieur, qui ne se vautre pas dans la nourriture terrestre. Mes nourritures étaient célestes. Quand mes amis ou mon amoureux me disaient que j’étais trop maigre et s’inquiétaient que je ne mange rien, je riais aux éclats et leur répondais dans un grand sourire que je me nourrissais de livres et de mots.

 

Cela a duré pendant six années. Un après-midi, une jeune amie, Irina, que j’avais invitée à passer quelques jours avec moi à Saint-Tropez, hélas, elle s’est suicidée un an plus tard, peut-être avait-elle vu dans le côté mortuaire de mon anorexie sa propre mort qu’elle a désiré affronter avant l’heure, m’a expliqué sur la plage de Pampelonne que j’allais perdre mes cheveux et mes dents, et m’a conseillée de voir un grand professeur en endocrinologie chez qui elle faisait son internat de médecine.

 

Mes dents, mes cheveux, ça m’a fait peur ! J’ai pris rendez-vous. Après la consultation, ce professeur m’a téléphoné le soir-même pour me dire que je l’avais ému, qu’il était tombé amoureux et qu’il allait me guérir car il désirait m’épouser. J’ai accepté de me faire hospitaliser. On m’a fait des tas d’examens,IRM, scanners, prises de sang toutes les 4 heures après avoir avalé un médicament qui me faisait tomber violemment et profondément dans les pommes, afin d’effectuer un dosage hormonal très précis.

 

La veille de mon départ, ce grand professeur d’endocrinologie m’a enfermée dans son bureau et a essayé de m’embrasser avec ses mains et sa langue partout à me serrer très fort dans ses bras. J’ai refusé ses baisers. Je disais non, non, épuisée par les chutes de tensions dues aux médicaments et prises de sang qui m’avaient fait m’évanouir six fois en 24 heures. Il a fini par ouvrir la porte.

 

Le lendemain, il a fait venir dans ma chambre tous ses collègues, chacun leur tour, des grands professeurs de médecine dans leur spécialité qui m’ont expliqué l’importance de la nourriture pour ma santé, ma vitalité, mais aussi pour mon cerveau. J’ai accepté un protocole de soins à savoir avaler des médicaments qui allaient m’ouvrir l’appétit, prendre cinq repas par jour, et venir chaque semaine à l’hôpital pour recevoir une piqûre censée me rééquilibrer au niveau hormonal. J’ai juste demandé à changer de médecin. Sans donner d’explications.

 

J’ai accepté de déjeuner avec mon beau professeur pour lui dire merci car il m’a guérie. Mon beau professeur a pleuré. Parce qu’il était vraiment beau en plus ce couillon. Ses infirmières l’admiraient. Elles sont d’ailleurs toutes venues dans ma chambre voir la tête de celle qui avait fait chavirer le coeur du grand et beau professeur intimidant et pas commode. Je lui ai dit lui adieu. Et aussi que je ne l’embrasserai jamais. Il s’est excusé et m’a expliqué qu’il était sincèrement tombé amoureux de moi. Que cela ne lui était pas arrivé depuis la rencontre avec sa femme, il y a trente ans. Je ne lui en ai pas voulu. Je comprends qu’on puisse m’aimer. J’étais même flattée de sa déclaration. Et puis j’étais beaucoup dans la séduction, pas dans la consommation, mais dans la séduction oui, c’était un peu ma bouée de secours.

 

Au bout de quelques mois, j’ai retrouvé mon poids normal. Un miracle s’est produit. Moi qui n’ai jamais désiré écrire de livre, qui n’en ai même jamais eu l’idée, j’ai écrit  mon premier roman en quatre semaines. Des mots, des maux aussi, coincés dans mon cerveau qui ne pensait qu’à la nourriture que je n’allais pas manger, se sont mis à sortir comme par magie. À une rapidité fulgurante. Dans une urgence absolue. Le jour, la nuit, je n’arrêtais pas d’écrire. Je parlais d’amour, de joie, de vie, de sexe aussi.

 

Depuis, plusieurs éditeurs m’ont demandé d’écrire sur l’anorexie. Je le ferai peut-être un jour. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, je n’ai plus de troubles alimentaires. Plus aucun. J’ai retrouvé ma morphologie de mes 18 ans. Je m’intéresse à la qualité de la nourriture. J’ai créé une association Avec Sylvie on sème pour la vie, destinée à la lutte pour la préservation des semences reproductibles, drôle de paradoxe pour moi qui ai décidé de ne pas me reproduire. Je choisis les meilleurs produits, rien d’industriel bien sûr, et quand je vais au restaurant, je vais chez les chefs en qui j’ai confiance, qui se fournissent localement avec des légumes qui ont poussé sans pesticides, ni produits chimiques. 

 

Et chaque fois que je me régale avec ma soupe de légumes faite maison, je pense à ma petite maman chérie et lui envoie mille baisers au ciel, elle doit être si contente de me voir enfin avaler ma soupe avec autant de plaisir et un si bon appétit.

 

Sylvie Bourgeois Harel

 

Anorexie adulte, comment j'ai accepté de me faire soigner et de guérir
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Saint-Tropez, été 1983, ma première fois dans la presqu'île

 

J'ai 20 ans et je viens enfin, pour la première fois de ma vie, de passer deux mois idylliques, seule, avec mes parents à Besançon. Mais ce bonheur ne durera pas. Vincent, un de mes frères qui a 3 ans de plus que moi, et avec qui je viens de passer une année très dure à Cap-d’Ail où je travaillais comme hôtesse à Monaco vient de débarquer. 

Vincent est beau, gentil, intelligent, très intelligent même, mais il ne va pas bien psychologiquement. Personne ne me croit quand je dis qu’il a des problèmes psychiatriques, au contraire, je passe pour la méchante sœur qui veut le faire soigner. Cinq ans plus tard, il sera diagnostiqué schizophrène et sera interné à de multiples reprises.

Comme je ne suis pas en état de le supporter après tout ce que j’ai vécu à Cap-d’Ail, le matin, si je lui disais non, il me mordait le bras pour que je lui donne de l’argent, la nuit, il écoutait trois radios à fond, si des amis venaient dormir, il repeignait leur chambre d’onomatopées de guerrier, je décide de fuir la maison familiale où pourtant j’étais heureuse de profiter de mes parents. 

Je téléphone à l’Office de Tourisme de Deauville, Megève et Saint-Tropez, trois villes que je ne connaissais pas, mais qui me faisaient rêver, pour savoir s’il n’y aurait pas une annonce pour du travail. À Saint-Tropez, on me répond qu’en effet, une pizzeria recherche un serveur confirmé. Je convaincs le propriétaire que je suis un serveur confirmé. 

Le lendemain, je débarque avec quatre heures de retard, mon train ayant écrasé une vache, peut-être une vache qui, comme moi, s’était sentie obligée de quitter sa famille aimante pour avoir la paix, à la gare de Saint-Raphaël où le frère du patron m’engueule. 

À deux heures du matin, le chef de rang de la pizzéria m’accompagne à ma chambre derrière chez Sénéquier, j’étais logée, nourrie, et là, stupeur, il y a deux fois quatre lits superposés, avec sept personnes qui dorment déjà, le huitième lit est pour moi. Non seulement ça pue des pieds, mais il m’est impossible de me coucher dans une telle promiscuité, sans parler du popo qui doit être commun et la douche certainement aussi. 

Je retourne voir le patron qui comptait ses sous, suivie du chef de rang qui porte mes trois valises, à 20 ans, je voyageais toujours avec des tonnes de vêtements comme si ma vie en dépendait, aujourd’hui, j’ai tout simplifié, que je parte pour un mois ou trois jours, je prends toujours la même petite valise remplie de l’essentiel.

— Pouvez-vous m’indiquer un hôtel, il est hors de question que je dorme avec sept personnes qui puent des pieds, dis-je au patron qui me regarde, étonné.
— Nous sommes le 1er août, vous n’en trouverez pas.
— Je vais alors dormir chez vous.

Il me regarde encore plus étonné.

— Vous avez une pizzeria, vous devez bien avoir une maison, non ?
— Non, je vis dans un studio avec ma femme et notre bébé.

Le chef de rang avait dû me trouver mignonne, il me propose sa chambre de chef de rang, son statut de chef lui donnait le privilège de dormir seul. Il reprend mes trois valises et les dépose dans une chambre où, en effet, il n’y a qu’un seul lit mais avec une hauteur sous plafond d’un mètre quarante à tout casser, et toujours pas de popo ni de douches. Je le remercie.

J’attends qu’il soit loin et pars me promener dans Saint-Tropez à la recherche de pains au chocolat tout chauds. C’est une manie, la nuit, je mangeais des biscuits ou des pains au chocolat à la sortie des boîtes de nuit où j’adorais aller danser. Et Saint-Tropez est une boîte de nuit géante, il est trois heures du matin et c’est la fête partout, je suis conquise d’autant qu’en face du Yaca, un monsieur vend des pains au chocolat tout chauds. 

Tout en avalant mon troisième, je lui raconte mes aventures, mon frère fou, sa poule encore plus folle que lui qui, chaque jour, montait sur la branche du néflier pour pondre son œuf qui, inévitablement, s’écrasait sur la terrasse, mes parents que j’aime et que je suis triste d’avoir été obligée de quitter, la pauvre vache éprise, elle aussi, de liberté, les pieds qui puent des serveurs, le popo en commun, quand un garçon à peine plus âgé que moi qui m’écoutait, fasciné, me propose de m’emmener chez lui, ses parents ont un grand appartement à Port-Grimaud. 

J’achète quatre pains au chocolat pour remercier le chef de rang, le gentil garçon prend mes trois valises et hop me voilà enfin couchée, seule, dans un vrai lit avec des toilettes propres et une grande salle bains. 

Le lendemain matin, le gentil garçon retarde son retour à Grenoble et m’emmène faire le tour des plages afin que je trouve du travail pour le mois d’août. Je n’avais pas assez dormi, j’étais épuisée, il était vraiment gentil, il me portait sur son dos. 

À la Bouillabaisse, ils recherchent un cuisinier confirmé pour le snack. Je les convaincs que je suis un cuisinier confirmé. Par chance, je tombe sur la fille d’amis de mes parents qui travaille également là. Elle me propose de m’héberger chez sa fiancée, une riche allemande plus âgée. Le soir, après le dîner, je comprends que je dois dormir dans leur lit. Je prétexte une folle envie de sortir et file aux Caves du Roy où je danse en dormant debout car je suis exténuée de fatigue. 

Pendant trois jours, je mets un fichu sur mes cheveux et je fais des frites et des hamburgers. La nuit, je danse en dormant debout et je mange des pains au chocolat pour tenir le coup. La 4ème nuit, le monsieur me donne le téléphone de son copain qui recherche une serveuse confirmée pour son restaurant Le Planteur situé sur la plage de Pampelonne. Je le convaincs que je suis une serveuse confirmée et je commence à travailler dans ce très joli endroit où je suis logée dans un bungalow pour moi toute seule au bord de la mer où je me baigne matin et soir avec Frantz, le gentil plagiste de mon âge.

C’était une plage d’habitués bien élevés. À 11 heures, je passais entre les matelas prendre les commandes et à 13h, tout le monde était à table. Les deux patrons s'occupaient de la cuisine. L'un était petit et fluet, l'autre était baraqué, tatoué, le crâne rasé, Frantz m’avait dit que c’était un ancien légionnaire ou mercenaire, le genre à ne pas aimer être embêté. 

Un jour, comme d’habitude, j’entre dans la cuisine avec mon carnet de commandes plein, mais ils ont tellement bu la veille qu’ils sont incapables de préparer le repas. Sur la terrasse, les clients commencent à s’impatienter. En tant que serveuse confirmée, je prends les dessus et retourne dans la cuisine en tapant dans mes mains :

— Allez, hop, les mecs, je leur dis en riant, il faut vraiment vous mettre au boulot, sinon je vais avoir une mutinerie, nos vacanciers meurent de faim.

Je devais, sans m’en rendre compte, être un brin autoritaire du haut de mes 45 kilos si bien que le mercenaire-légionnaire-tatoué-baraqué-rasé m’a soulevée du sol.

— Non mais, la princesse, je rêve, tu crois vraiment que tu vas me donner des ordres, écoute bien, je n’ai jamais obéi à personne dans ma vie, et ce n’est pas une jolie poupée comme toi qui vas commencer à me transformer en toutou à sa maman.

Il m’a balancée dans la chambre froide entre les morceaux de viande et les plaquettes de beurre, et l'a refermée en râlant qu’il avait encore soif. Je n’ai eu la vie sauve que grâce au gentil Frantz qui, ne me voyant plus, s’est inquiété. Le petit patron fluet, moins prêt que son copain tatoué à commettre un crime qu'il aurait dû cacher en me cuisinant le lendemain pour ses clients afin de faire disparaître mon corps, lui a avoué où j’étais.

Sylvie Bourgeois photographiée par Vincent Bourgeois à Cap-d'Ail

Sylvie Bourgeois photographiée par Vincent Bourgeois à Cap-d'Ail

Sylvie Bourgeois Cours Jean-Laurent Cochet

Sylvie Bourgeois Cours Jean-Laurent Cochet

Sylvie Bourgeois et le photographe Ku Khan chez Michel Barnes

Sylvie Bourgeois et le photographe Ku Khan chez Michel Barnes

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Les rencontres littéraires de Monaco

Je suis née à Monaco, ce qui fait la joie des douaniers lorsque je passe une frontière, je devrais plutôt dire lorsque j’allais à l’étranger, je n’ai plus envie de voyager, pourtant Dieu sait que j’ai aimé les avions. J’avais même appris à piloter à 16 ans sur un Robin. J’étais toute petite, je n’ai grandi qu’à 17 ans, 20 cm dans l’année, l’instructeur me mettait un coussin dans le dos et un sous les fesses afin que je puisse atteindre les pédales, c’était amusant, surtout lorsque je croisais un autre monomoteur dans le ciel, j’avais l’impression d’être sur une mobylette volante. J’adorais faire les atterrissages. Les décollages étaient plus simples, il suffisait de mettre les gaz et d’approcher à moi le manche à balai. Alors que l’atterrissage, c’était tout un art. J’arrivais à les faire en douceur, ce qui me valait, à chaque fois, les félicitations de mon instructeur.

 

J’ai fait mes 16 heures, accompagnée, et devais faire mes 4 heures, seule, le matin de mes 17 ans, puis passer mon brevet dans l’après-midi, afin de faire partie des plus jeunes pilotes de France, mais deux mois plus tôt, mon père et l’un de mes frères aînés ont eu un accident d’avion, sur le même Robin, avec un pilote du Club. Le monsieur pressé de revenir à Besançon n’a pas pris la météo, une rafale de vent s’est levée, l’avion s’est transformé en feuille morte pendant dix minutes au-dessus de l’aéroport de Bâle avant de décrocher sur l’aile droite et de s’écraser sur le tarmac. L’essence coulait sur la joue de mon père coincé sous le pilote, heureusement l’avion n’a pas pris feu. Ils sont restés de longs mois à l’hôpital.

 

Fini pour moi l’avion. Déjà, il n’y avait plus d’argent à la maison, nous avons appris plus tard que l’avion n’était pas assuré, nos cotisations avaient servi aux consommations d’alcool du Club, j’avais souvent remarqué que mes instructeurs avaient un coup dans le nez quand, en vol, ils m’apprenaient les décrochages, ils riaient comme des idiots. Et puis, ma maman, dorénavant, avait trop peur pour moi, déjà que j’avais échappé par miracle à cet accident, je devais être dans l’avion, mais au dernier moment, mon cher papa ne m’a pas réveillée, c’est l’aéroclub de Bâle qui m’a réveillée à midi, ado, je pouvais dormir douze heures d’affilée, pour m’apprendre le drame.

 

Tout ça pour vous dire qu’aux frontières des pays étrangers que j’ai visités ou dans lesquelles je suis allée travailler, les douaniers adoraient que je sois née à Monaco, les princesses, les princesses, ils me répétaient avec un grand sourire. Monaco a toujours fait rêver. Et même si la principauté a énormément changé, fini les jolies maisons Belle Époque, place maintenant aux grues, à des chantiers gigantesques comme cette avancée sur la mer pour gagner six hectares, à d’immenses immeubles très hauts, certainement des prouesses architecturales, mais pas toujours très beaux, même le mythique Sporting d’hiver construit par Charles Letrosne, sur la place du Casino, a été détruit, il y a quelques années, pour être remplacé par sept tours de verre et de métal dont les balcons des uns touchent pratiquement ceux d’en face.

 

C’est un véritable déchirement pour moi chaque fois que je vais à Monaco de constater à quel point la principauté ne s’est pas battue pour sauver sa beauté et son authenticité qui ont fait son charme et sa renommée. Oui, c’est un déchirement de traverser tous ces tunnels, de ne presque plus voir la mer, d’entendre les bruits des marteaux-piqueurs, mais que voulez-vous, j’aime toujours Monaco, c’est ma patrie, c’est comme un vieil ami qui vieillit mal, je l’aime toujours et lui pardonne ses sautes d’humeur, je suis fidèle en amitié, c’est mon luxe de savoir pardonner et d’oublier le mauvais, de ne me souvenir que du bon, de ne voir que les jolies choses.

 

Alors quand j’arrive à Monaco pleine de mes souvenirs d’enfant, je me précipite dans les lieux que j’aime, le marché où je me régale avec les barbajuans de chez Roca, en entrant à gauche, le rocher resté sublime, l’Hôtel de Paris et son délicieux chocolat chaud servi avec le lait brûlant et mousseux dans deux pots en argent avec les traditionnels petits biscuits, le Yacht-Club où je peux également déguster des barbajuans et, paradoxalement, parce que je suis faite aussi de contradictions, le Monte-Carlo Bay et sa piscine-lagon géante qui me fait penser à Los-Angeles.

 

Pour toutes ces raisons mêlant amour et déceptions, lorsque le Salon du Livre de Monaco m’a invitée à présenter mes romans les samedi et dimanche 15 et 16 avril 2023, j’ai tout de suite dit oui, je ne peux que dire oui à Monaco, et quand ils m’ont rappelée pour me demander de leur animer une chaîne YouTube qu’ils désiraient créer, sans moyens, ni sous, ni matériel, ni rien du tout, j’ai aussitôt dit oui aussi, car Monaco qui m’a vue naître ne peut que m’apporter du bonheur.

Sylvie Bourgeois Harel - Principauté de Monaco - Salon du Livre 2023

Sylvie Bourgeois Harel - Principauté de Monaco - Salon du Livre 2023

Sylvie Bourgeois Harel - Principauté de Monaco - Salon du Livre 2023

Sylvie Bourgeois Harel - Principauté de Monaco - Salon du Livre 2023

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Entre ambiguïtés et contradictions, pourquoi j'écris ?

 

Ma nouvelle Prologue sera dans mon prochain recueil de nouvelles à paraître début avril 2024.

 

Sylvie Bourgeois Harel - Plage de Pampelonne - Ramatuelle

Sylvie Bourgeois Harel - Plage de Pampelonne - Ramatuelle

Sylvie Bourgeois Harel - Plage de Pampelonne - Ramatuelle

Sylvie Bourgeois Harel - Plage de Pampelonne - Ramatuelle

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Ce week-end du 20 et 21 septembre 2025, pour les amoureux de la nature, rendez-vous à la Chapelle de la Queste à Grimaud afin de fêter les 10 ans de l'Association Dessine-moi une tomate. Dès 10 heures du matin, de nombreux stands d'artisans et producteurs locaux ainsi que des animations pour les enfants et les grands vous attendent : bain de forêt avec Sylvie Moyroud, projection de film et de photos, championnat de Chifoumi, construction de cabanes, acrobatie aérienne, concert, danse, bain sonore. 
 
L'offre est importante, vous pouvez facilement vous organiser pour y passer la journée, d'autant que, bien sûr, tout est organisé pour pouvoir déjeuner de bons produits cultivés sans pesticides, ni produits phytosanitaires, sous les grands arbres dans le parc.
 
Le samedi à 18h, conférence de Paul Watson, président de la Captain Paul Watson Foundation, fondation qu'il a créée, il y a trois ans, lorsqu'il a été honteusement viré de Sea Shepherd Global, l'ong qu'il avait fondée, il y a plus de 40 ans. Paul Watson voulait continuer de se battre sur les mers pour défendre les baleines, tandis que Sea Shepherd Global, dont les principaux investisseurs sont aujourd'hui d'importants groupes alimentaires, désire dorénavant faire de l'image et de la recherche, sans plus se mettre en danger en s'opposant aux baleiniers. Pour parler de la sauvegarde des océans, Paul Watson, dont la phrase clé est : Si l'océan meurt, nous mourrons, sera accompagné de sa fidèle collaboratrice, la talentueuse Lamya Essemlali, qui le soutient depuis 2005, elle-même présidente de plusieurs associations qui agissent sur le terrain en France pour lutter et dénoncer les dégâts de la pêche intensive et industrielle. 
 
Dimanche à 14h, table ronde entre Sydney Biasotto de La Plantation de Seed, le potager préféré des grands chefs étoilés du Golfe de Saint-Tropez et Hafid Boussis, sur La gestion de l'eau et des terres agricoles.
 
Dimanche toujours, à 15h30, conférence de Rolland de Miller sur Le tout numérique destructeur de l'environnement et de la société.
 
Sylvie Bourgeois Harel
 
En préambule de la conférence de Paul Watson et Lamya Essemlali, sur ce lien, vous pouvez lire mon article sur l'importance de la baleine pour notre survie :

Les samedi 17 et dimanche 18 septembre, de 10h à 19h, aura lieu la 6ème opération Dessine-moi une tomate, à la Chapelle de la Queste, à Grimaud, dans le Golfe de Saint-Tropez, organisée par l'association Je fais ma part 83, la même association qui a créé le potager participatif Oasis Esperanza, avec des stands, des animations, pour les adultes et les enfants, des conférences, des tables rondes, des rencontres, des ventes de miel, des échanges de semences, des papoti-papota, des rires, des bisous bisous et des bonnes choses à grignoter et à boire.

Tout cela me fait remonter à six ans en arrière. Nous sommes en septembre 2015. Je n'habite pas encore dans le Sud. Je vis à Paris, à Saint-Germain-des-Prés, mon quartier préféré et je viens de décider de vivre dix jours par mois à Saint-Tropez, seule, sans copine, sans mari. Juste moi et la mer. Je ne savais pas encore que la forêt et La Garde-Freinet allaient avoir raison de mon cœur au point de me faire déménager en avril 2022.

Avant ce fameux mois de septembre 2015 qui a fait basculer beaucoup de choses dans mon existence, lorsque je rentrais de Ramatuelle où je n'allais plus très souvent depuis le tournage du film Les randonneurs à Saint-Tropez que j'avais coécrit avec feu le scénariste Éric Assous et mon mari, Philippe Harel, qui l'a réalisé, je racontais à mes amis de Paris la douceur de l’eau, le sable de l’Escalet aussi blanc que celui des Maldives, le vert de toutes les vignes qui se marie si bien avec celui des pins, les sangliers qui détruisent les jardins, les amusants petits-déjeuners chez Sénéquier où l'on commence à deux et où l'on termine à quinze avec tous les copains des copains, les virées en voilier, les piques-niques en hélico, les soirées à danser, les délicieuses tartes tropéziennes de la boulangerie des Deux Frères, les restos dégueulasses où je vomis à chaque fois en sortant, le village de Saint-Tropez tellement ravissant qu'il devrait être classé patrimoine mondial par l'Unesco afin de mettre fin à toutes ces constructions d'immeubles horribles qui le défigurent, mais depuis mon dernier séjour où je suis venue passer une semaine seule début septembre à l'hôtel du Colombier et où je me suis régalée d'aller pieds-nus me baigner à la Ponche, je ne parle plus que d'agroécologie, de permaculture, de vers de terre, de pollinisation, de biodiversité, de semences reproductibles, de vision holistique, de cultures sur buttes, de composts ou de résilience écologique.

En effet, la veille de rentrer chez moi, je dîne avec un vieux pote à La Forge, un restaurant italien et ramatuellois (où je ne vomis pas... ) qui  me convainc de ne pas repartir tout de suite à Paris et m'invite à passer une semaine dans la propriété qu'il vient d'acheter. Il me dit que ça va m'amuser. J'accepte. Je change mes billets de TGV. Et hop ! Je me retrouve à dîner avec Paul Watson, pirate-fondateur de Sea-Shepherd, qui a dédié sa vie pour sauver des milliers de baleines, requins, tortues, phoques, dauphins, et dénoncer les dégâts de la pêche intensive. D'ailleurs, c'est simple, pour être embauché chez Sea-Shepherd, Paul demande au futur candidat s'il serait prêt à donner sa vie pour sauver une baleine. Si la réponse est non, exit. En revanche, si c'est oui, bienvenue dans ce monde de justiciers des mers !

Le lendemain matin, je suis réveillée par une centaine de bénévoles, au look gentiment baba-cool,  rien à voir avec ma bande bien coiffée de chez Sénéquier ou du Club 55, qui commencent à installer des stands, des toilettes et une cantine dans le jardin. En effet, tout cela est très amusant. Une Marie vient à ma rencontre et se présente, elle est présidente de l'association Colibris Golfe de Saint-Tropez qui fête ses 1 an et organise l'opération Dessine-moi une tomate, nom inspiré du Petit-Prince de Saint-Exupéry qui a grandi jusqu'à 5 ans dans ce domaine, peut-être même a-t-il dormi ou joué dans ma chambre ? La seule chose que je sais, c'est juste après le détour qu'il a fait en avion pour aller, comme à son habitude, faire trois ronds dans le ciel histoire de saluer sa maman, une autre Marie, revenue habiter dans cette maison, qu'il a été descendu quelques minutes plus tard au large des côtes marseillaises.

Durant deux jours, j'ai écouté, au milieu de plus de 2500 visiteurs, une dizaine de conférences au cours desquelles les intervenants tous aussi passionnants les uns que les autres ont raconté leurs expériences et leur combat pour un plus grand respect de la nature et de la terre. Émue et séduite, j'ai même failli acheter un poussin extraordinairement mignon issu d’une race de poule ancienne très jolie avec des grosses pattes exagérément fournies en plumes, mais malgré tout l'amour que j'aurais pu lui apporter, je n'ai pas sauté le pas, petit-poussin-devenu-grand aurait été malheureux sur mon balcon parisien.

Même si je suis très vigilante sur la provenance et la qualité de mon alimentation (je n’avale jamais de nourriture transformée et issue de l'industrie) et que dans mes romans, mes héroïnes militent toujours, à leur façon et avec leur dialectique, contre les dérives et les dangers des pesticides et les dramatiques techniques d'agriculture qui à force de rechercher une rentabilité uniquement financière ont épuisé nos sols et asséché nos nappes phréatiques, et ce au niveau mondial, durant ce week-end varois, j’ai beaucoup appris. J’ai appris, entre autres, que l’homme a besoin du ver de terre pour vivre mais que le ver de terre (mon nouveau héros) n’a pas besoin de l’homme, que les semences OGM sont un crime contre l'humanité, que le requin avec sa moyenne de dix morts par an est l’animal le moins meurtrier, en comparaison, le moustique en tue 830000, qu’un végétalien qui roule en voiture pollue moins qu’un carnivore qui circule à vélo, que 40% des poissons pêchés servent à nourrir d’autres animaux, que les cochons mangent plus de poissons que les requins, que 80 millions de requins sont tués chaque année, qu’une baleine défèque 3 tonnes de déchets par jour qui servent à nourrir le plancton, que 300000 baleines ont été décimées au XXème siècle, ce qui a entraîné une réduction de 50% du plancton.

Le soir de l'inauguration de ce premier Dessine-moi une tomate,  je suis littéralement séduite par la bienveillance et la volonté de tous ceux que je rencontre de préserver les ressources naturelles de notre planète. Conquise et émue, j'embrasse un tilleul bicentenaire pour le remercier d'être là, quand un monsieur que je connais vaguement, certainement attiré par le député et le nombre de maires de la région présents à cette manifestation, me demande en ricanant, un verre de vin rouge à la main, si je cautionne ce genre d’alimentation.

— C’est-à-dire ? je lui réponds.

— Allons, Sylvie, vous m’avez compris.

— Ben… non.

— Avouez quand même qu’ils sont très naïfs.

Préférant rester polie, réalisant que la conversation risque de devenir pénible et n'ayant aucune envie de perdre mon énergie et ma bonne humeur à essayer de le convaincre (pour certains, c'est peine perdue) en lui expliquant mon attirance pour ce nouveau monde de demain qui s'ouvre à moi avec ses connaissances et ses espoirs, je lui raconte l'histoire que Pierre Rabhi, inspirateur de cet événement, adore narrer : " Il était une fois un immense feu de forêt. Un tatou se moque d’un colibri qui porte de l’eau dans son  bec et s'évertue à la verser sur les flammes. Quand on connait la taille minuscule du colibri, on peut imaginer celle de son bec et celle de la goutte d'eau qu'il transporte. Pfut ! Ne te fatigue pas l’ami, dit le tatou. Ça ne sert à rien. Tu crois peut-être qu’avec tes quelques gouttes, tu vas arrêter l’incendie ? Je ne sais pas,  répond le colibri, mais je fais ma part !

Et comme je ne veux pas gâcher mon plaisir d’être là, j’adresse au monsieur ricaneur et pas gentil un joyeux sourire et je pars caresser un bébé oie qui ressemble étrangement à un canard.

Six ans plus tard, aujourd'hui, 1er septembre 2015, je téléphone à Marie, pas la maman d'Antoine de Saint-Exupéry, l'autre, celle de Dessine-moi une tomate..., je lui demande des informations avant de faire ma vidéo avec ma petite Marcelline, histoire d'annoncer cet événement annuel qui continue d'exister grâce aux bonnes volontés de tous ceux qui essayent de créer le monde demain, un monde de solidarité, d'échanges, de bon sens, de bienveillance, de légumes sans pesticides, de belles tomates, de soleil, de nature, d'amitiés, un monde qui est un peu loin de mes mondanités parisiennes que j'aime aussi et que je ne renie pas, un monde nouveau pour moi et qui prend de plus en plus de place dans mon cœur.

Sylvie Bourgeois Harel

Oasis Esperanza Jardin participatif et partagé de Je fais ma part à Grimaud - Sylvie Bourgeois Harel

Oasis Esperanza Jardin participatif et partagé de Je fais ma part à Grimaud - Sylvie Bourgeois Harel

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Ma nouvelle Paul, écrite sur la plage de Pampelonne à Ramatuelle, fait partie de mon prochain recueil à paraître début avril 2024.

 

 

 
Sylvie Bourgeois Harel. Avec Pompon et Hussard. Château de La Mole. VAr

Sylvie Bourgeois Harel. Avec Pompon et Hussard. Château de La Mole. VAr

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Sylvie Bourgeois Harel - Festival de Cannes

Sylvie Bourgeois Harel - Festival de Cannes

Henri

Mon papa, je ne le vois qu'une heure par an, quand il va au Festival de Cannes pour s’occuper de stars de cinéma. Je le retrouve dans un jardin public derrière l’hôtel Negresco. Pendant ce temps, ma grand-mère m’attend. Pas longtemps. Mon papa est toujours pressé. Je le vois aussi parfois en photo dans Paris-Match, mais jamais en entier, en général je ne vois que le bout de son nez comme s’il avait fait des acrobaties pour se retrouver à tout prix sur la photo alors qu’on voit bien que le sujet ce n’est pas lui, mais plutôt une actrice très connue ou un comédien que l'on voit à la télé.

Ma grand-mère qui me fait office de maman et de papa m’a expliqué que dans le cinéma, l’amour n’existe pas et que les gens, ils sont souvent obligés de faire des pieds et des mains pour avoir leur place sur la photo car c’est un métier qui les rend fous, à force de trop fréquenter des vedettes, ça les fait croire importants. Alors que dans leur vraie vie, ils deviennent très vite tristes dès qu’ils ne sentent plus briller sur eux la lumière des célébrités, et après ils ne font qu’embêter leur famille à leur reprocher de ne pas être des stars pour que leurs journées, elles soient plus rigolotes.

C’est pour ça que mon papa, il ne m’aime pas. Parce que je ne suis qu’un petit garçon de huit ans, et il ne trouve pas ça très marrant. Il préférerait certainement que je sois un grand artiste de music-hall surdoué pour mon jeune âge à jouer déjà des claquettes, comme ça il serait fier de me promener partout dans les boutiques où les gens me demanderaient des autographes. Mais comme ma vie, c’est plutôt de jouer avec mon cousin et ma cousine, ça l’ennuie.

Avec ma grand-mère de toute façon, on s’en fiche complètement d’être deux abandonnés, elle, c’est son mari qui est parti. Et même qu’on est très content que ceux qui sont censés nous aimer soit par monts et par vaux, comme ça on n’a que nous deux à s’occuper. Et on s’occupe très bien de nous deux. Ma grand-mère, je l’aime beaucoup. Je l’adore même. C’est une grand-mère enfant, dans le sens qu’elle rit tout le temps. C’est comme si elle avait mon âge, sauf qu’elle a le droit d’aller toute seule en ville, alors que moi, pas encore. Mais elle m’emmène souvent. Elle est très fière de me tenir par la main. C’est bien simple, elle dit à tous les commerçants que je suis le plus joli petit garçon de Nice. Ma grand-mère, c’est la maman de ma maman et ma maman, je ne la vois pas souvent non plus car elle était trop jeune quand je suis né pour porter ma responsabilité. Mais là maintenant c’est bien car elle a trouvé un nouveau mari et même qu’à la fin de la semaine je vais prendre le train pour aller la retrouver et vivre avec elle à Montpellier. Au téléphone, elle m’a dit : mon chéri, on va enfin habiter ensemble. Et ça m’a fait très plaisir presque à en pleurer, mais je me suis retenu, je ne voulais pas montrer que j’étais content à ma grand-mère qui sera bientôt triste de ne plus pouvoir me faire à manger ou m’acheter des beaux habits. Car ma grand-mère souvent, je l’entends dire à ses copines en cachette sans savoir que je suis là, que c’est pitié pour un petit garçon d’être sans ses parents, mais qu’en même temps je suis pour elle un cadeau des dieux tellement c’est merveilleux de pouvoir s’occuper d’un enfant quand on a soixante ans et suffisamment d’argent.

Il a été décidé que je prendrai le train avec ma tante mimi qui doit rendre visite à sa fille qui habitent aussi près de Montpellier, mais un peu plus loin sur la voie ferrée. Je me suis dit qu’il y avait certainement dans cette région un nid de maris pour les filles de notre famille, sinon je ne vois pas la raison.

Quand on est arrivé, ma maman m’attendait sur le quai de la gare et j’ai couru très vite pour me jeter dans ses bras et la serrer fort contre mon cœur, car même si je ne la vois pas souvent, c’est quand même ma maman et je l’aime. Enfin, je crois. Après elle m’a amené dans sa nouvelle maison. Elle m’a présenté Roger qui allait être mon futur beau-papa, il a dit comme ça. Puis on a déjeuné, c’était bon, mais j’ai quand même demandé à téléphoner à ma grand-mère qui devait se faire du souci de me savoir pas en face d’elle comme tous les midis depuis que je suis né. Je l’ai sentie faire exprès d’être gaie, mais j’ai entendu des sanglots qu’elle cachait dans sa voix, alors je lui ai dit de ne pas s’inquiéter, que c’était juste la normalité qui s’installait entre nous, qu’un petit garçon, ça devait vivre avec sa maman, surtout quand il était encore un enfant, mais que promis, je viendrai la voir souvent et qu’elle pourrait aussi venir dormir ici, la maison semblait suffisamment grande, même si je n’avais pas encore vu ma chambre, ni accrocher les habits qu'elle m'avait achetés dans un placard ainsi qu’elle me l’avait appris.

Puis ma maman m’a accompagné dans un jardin public pour me promener, je crois, je ne sais pas, je n’ai pas osé lui demander. Il n’y a pas encore entre nous la même intimité qu’avec ma grand-mère où l’on se dit tout et même parfois des grosses bêtises juste pour nous faire rire. Et après ma grand-mère, elle devient toute rouge et elle m’embrasse en me serrant fort contre son cœur que je suis si gentil.

Quand on est rentré, Roger nous a demandé de nous dépêcher, la route était longue quand même avant d’arriver. Ma maman ne m’a pas regardé quand je lui ai posé la question de notre destination. Elle a juste dit à Roger de prendre le bagage du petit, ce à quoi, il a répondu qu’il était déjà dans le coffre de la voiture et qu’il n’attendait que nous. Puis il m’a souri. C’était la première fois de la journée que je le voyais sourire.

- Vous me ramenez chez grand-mère ? J’ai dit ? On part en vacances ? Super ! Où ? Aux Etats-Unis ?

Mais ils ne m’ont pas répondu. Ils n'ont pas ri non plus. Je me suis allé m’asseoir à l’arrière de leur Renault, ma maman devant, mais pas au volant. Pendant le trajet, j’ai regardé le paysage qui s’avançait dans la campagne, surtout des vignes, partout. Puis on a tourné après un village dans un grand parc où il y avait un château, comme celui de La Belle au bois dormant que je ne lis plus car c’est un livre pour les filles, mais que j’aimais bien quand même quand ma grand-mère me le lisait au lit quand j’étais encore petit.

On s’est garé. Plein d’enfants ont couru pour venir me regarder comme si j’étais le pape que l’on ne voit jamais si ce n’est à la télévision.

- C’est quoi ? On est où ? j’ai demandé. 

Mais encore une fois, je n’ai eu que leur silence comme réponse. J’ai essayé de m’énerver et de faire un de mes caprices qui fonctionne si bien avec ma grand-mère, mais ma maman m’a saisi la main qu’elle avait bien froide et on a monté un grand escalier de pierres, pendant que Roger sortait ma valise. J’ai eu envie de pleurer. Je vivais les mêmes images que j’avais déjà vues dans un vieux film au cinéma. Mais je n’en ai pas eu le temps car un monsieur long et fin est arrivé. Il m’a fixé droit dans les yeux en me souhaitant bienvenue dans son pensionnat. Ma vie s’est écroulée.

On est entré dans le bureau du monsieur long et fin. Ma maman m’a embrassé. Roger m’a serré l’épaule en me disant que j’allais me faire plein de camarades ici. J’ai failli lui répondre que des amis, ce n’était pas ce qui me manquait à Nice, j’avais Benoit, Anatole, Charles. Je n’avais donc pas besoin des siens de sa région qui sent trop le vin avec toutes ses vignes, mais j’ai préféré l’ignorer. C’était mieux ainsi. Je venais surtout de comprendre que pour lui, je n’étais rien d’autre qu’une vieille chaussette qu’on peut abandonner n’importe où, histoire de pouvoir continuer d’embrasser ma maman à sa guise et même de lui glisser une main entre les jambes comme s’il croyait que je n’avais rien remarqué pendant le déjeuner.

Ma maman ne me parlait pas. Je me suis dit que, finalement, une maman, ça ne servait à rien, à part de pouvoir souvent rêver à elle et d’imaginer combien ce serait bien si elle me coiffait les cheveux chaque matin avant d'aller l’école, en me déposant un baiser sur le front. Je suis un idiot, j’ai ajouté car chaque fois que je pleure, c’est toujours ma maman que j’appelle dans mes sanglots en croyant qu’elle seule peut me sauver. Autant appeler le bon Dieu, je me suis dit. Le bon Dieu, il a fallu le prier quand nous sommes passés à table. C’était dégoûtant leur nourriture.

Quand je me suis couché sur mon lit en fer, rangé, aligné, dans ce long dortoir qui allait dorénavant me faire office de maison, j’ai eu peur. Peur que ma vie, ça veut dire à présent être tout seul. J’ai eu peur aussi que ma grand-mère meurt sans que j’aie le temps de lui dire combien elle me manque déjà. C’est la première fois que j’ai pensé à ça, même si je me moquais souvent de son grand âge, je n’avais jamais imaginé qu’elle puisse un jour mourir pour de vrai, pour toujours. Ca m’a fait froid. Froid à en crier. Froid à vouloir me réfugier dans l’odeur de ses baisers un peu fanés. Froid à ne pas oser regarder les ombres flotter devant mes yeux. C’étaient les garçons de l’institution, ceux qui ont déjà l’habitude de vivre dans le noir de la nuit à se promener partout entre les lits sans que le surveillant ne les entende. Ils étaient venus m’embêter parce que je suis le dernier arrivé. Le petit nouveau. Ils n’ont pas arrêté de me chahuter, mais leurs pincements et leurs moqueries, ce n’était rien comparé aux fantômes et aux démons qui dansaient dans ma tête. Du coup, ils se sont lassés de mon immobilité et ils sont repartis se coucher. Je me suis retrouvé enfin seul dans mon chagrin. Moi qui ai toujours cru que je descendais d’un cavalier noir sans peur et sans reproche, je me suis mis à trembler et j’ai regretté d’être né d’un papa dans le cinéma et d’une maman trop jeune.

Soudain, je me suis réveillé. Je me suis réveillé car j’étais mouillé. J’étais mouillé et ça sentait mauvais. Bouah ! Très mauvais même. J’ai soulevé mon drap. Et là, j’ai compris que j’étais encore trop petit pour affronter ma nouvelle réalité. Tout était parti. Tout. C’était dégoutant. J’avais tout évacué, ma douleur, ma colère, ma peur, mes regrets, ma mère, mon père, ils étaient tous sortis de mon univers. Pourtant j’avais toujours été un petit garçon bien propre. Alors je me suis levé, j’ai retiré mes draps et je suis allé les laver car je voulais que personne ne connaisse mon intimité si martyrisée. J’étais mouillé et sale, et j’ai eu honte. Terriblement honte. Honte d’aimer autant ma maman.

Sylvie Bourgeois Harel

Henri fait partie des trente-quatre nouvelles de mon recueil Brèves enfances, publié aux éditions Au diable vauvert.

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Ma maman est collectionneuse et je n'ai pas de papa, mais j'ai un Basquiat. Na ! Ma maman me l'a acheté, il y a deux ans, dans une galerie de New York où il m’avait tout de suite plu. Elle me l'a offert pour me complimenter d’avoir autant de sensibilité. J'adore mon tableau. Il est rouge. Dessus, il y a un bonhomme carré assez mal dessiné qui regarde de côté et sur sa tête qui n'est pas très bien faite non plus, il y a une drôle de couronne. Ma maman m'a expliqué que la couronne, c'était la signature de Basquiat, un peu comme s'il était un roi. Le roi de son monde où il a le droit de dire ce qu'il veut. Et Basquiat, il disait ce qu'il voulait dans ses tableaux. Il faisait exprès aussi de mal les faire comme s’il ne savait pas dessiner. Par exemple, il faisait des bonshommes carrés alors qu’un bonhomme, tout le monde le sait, c’est toujours rond, mais c’était pour montrer que le monde dans lequel il vivait, il était mal fait aussi.
 
Voilà pourquoi j’aime mon Basquiat. Je l’aime parce que moi aussi, je trouve que le monde dans lequel je vis, il est mal fait. Regardez, je vis dans un grand appartement alors que je n’ai pas de papa et que ma maman n'est jamais là. C'est mal fait, je préférerais habiter avec plein de gens au lieu d’être toujours toute seule. J’en ai marre d’avoir personne avec qui parler. J’ai ma nounou, vous me direz, mais elle est bête. La preuve, chaque fois que je lui pose une question sur comment est fait le monde, elle ne sait pas quoi me répondre. Alors quand je m'ennuie trop, je vais regarder mon bonhomme carré. On se comprend. C'est juste dommage qu'il me tourne la tête car je préférerais le regarder dans les yeux, mais il me fait bien marrer quand même. C'est un peu comme s'il était timide.
 
Il y a pas mal de bavures qui coulent du dessin. Un jour que j'en avais marre que ça ne soit pas net, je les ai nettoyées avec de l'eau et du savon, mais j'ai eu beau frotter, ça n'est pas parti. Quand je serai plus grande pour aller toute seule dans les magasins, j'achèterai de la peinture et des pinceaux et je referai bien les contours pour que ça fasse moins brouillon. Je le terminerai en quelque sorte. Basquiat, il n'a pas eu le temps de terminer mon tableau car il est mort d'une overdose. Une overdose, c'est quand on prend trop de drogue d’un coup. Ma maman m'a expliqué que Basquiat, il était très malheureux et qu'il s'était drogué jusqu'à en mourir pour oublier sa vie et que même sa peinture, ça ne lui suffisait plus. Elle m’a dit aussi que les artistes, ils n’étaient jamais satisfaits et que souvent ils se droguaient pour trouver le bonheur qu’il n’arrivait pas à trouver, par exemple, dans les rapports familiaux normaux.
 
- Regarde, a ajouté ma maman, je t'ai, tu me rends heureuse alors je ne me drogue pas.
- Non, mais tu te fais vomir.
- Mais ça ne va, qui t'a dit ça?
- Personne, mais je le sais. Tu vas toujours aux toilettes après le repas, je t'ai déjà suivi plein de fois et j’ai trouvé les bruits que tu faisais tellement tristes que j’ai tout raconté à Mamy. Elle m'a expliqué que tu étais déglinguée depuis que tu avais eu ma grossesse. Tu vois maman, le monde, il est mal fait. Et c’est pour ça que je suis bien contente que tu m’aies acheté mon tableau car je comprends un peu mieux la vie en le regardant.
 
Comme je me posais encore plein de questions et que ma nounou était incapable de me répondre, j’ai tapé Basquiat sur Internet et j’ai lu qu’il avait 27 ans lorsqu'il est mort. Il est mort tout seul dans son grand appartement. Comme moi. J’ai vu aussi sa drôle de tête. Ça m’a fait de la peine d’imaginer sa drôle de tête posée sur son ventilateur quand il est mort, comme s’il avait besoin de respirer un air nouveau alors que c’est l’air de la mort qu’il a trouvé. Mon papa aussi, il est mort. Il est mort quand je suis née. Ou alors peut-être, il est mort parce que je suis née, ce qui expliquerait pourquoi ma maman se fait vomir. Elle doit vomir son malheur. Quand je serai grande, moi aussi je deviendrai artiste et je vomirai sur mes toiles le malheur de ma solitude. Mais j’espère qu’avant de mourir de l’overdose, j’aurais peint suffisamment de tableaux où j’aurais expliqué combien le monde est compliqué et mal fait.
 
En attendant de me droguer, j’ai demandé à ma maman de m’emmener plus souvent avec elle dans les galeries où l’on vend de l’art. Les vendeuses, elles sont toujours très aimables avec nous, car ma maman, si elle le veut, elle peut acheter tout le magasin. J'aime bien sentir que les vendeuses, elles le savent, car ça me rend importante. Dans ces cas-là, je serre très fort la main de ma maman pour bien montrer que c'est la mienne et, que du coup, c'est un peu comme si c'était moi qui pouvait acheter tout le magasin. En plus, ma maman, elle me demande toujours mon avis, en disant aux vendeuses que sa fille, elle a l’œil.
 
J'ai tellement l'œil que ce matin, un monsieur est venu à la maison pour acheter mon Basquiat. Quand j’ai compris que je devais m’en séparer, j'ai pleuré. Beaucoup pleuré. Je ne voulais pas le laisser s'en aller.
 
- Mais on va gagner beaucoup d'argent en le vendant, m'a dit ma maman. Tu as l'œil ma fille, je suis fière, ce tableau coûte aujourd'hui très cher. Tu es encore un peu petite pour comprendre ce qu'est la spéculation, mais tu es suffisamment intelligente pour comprendre le métier de maman qui achète des tableaux pour les revendre quand leur valeur a dépassé le prix de leur achat, tu vois.
- Ce que je vois, je lui ai répondu, c'est que tu veux m'enlever mon tableau qui était mon cadeau pour mes 7 ans d'âge de raison. J'y suis attachée, moi, à mon bonhomme carré. En plus, donner, c'est donner et reprendre, c'est voler.
- Mais enfin Lily, qu'est-ce qu'il te prend? Avec tout l'argent que l'on va gagner, on va pouvoir s'acheter plein d'autres tableaux et peut-être même des encore plus beaux.
- Eh bien, dans ces cas-là, si je n'ai plus mon Basquiat, je veux partir vivre chez Mamy. En plus, je n'aime pas quand tu mets du rouge à lèvres pour recevoir des messieurs à la maison. Je n’aime pas ça, mais pas du tout.
 
Et je suis sortie de ma chambre en faisant exprès de bien faire claquer la porte. Ma maman m'a rattrapée pour me coller une fessée et m'a dit que ce n'était pas du haut de mes 8 ans que j'allais faire la loi à la maison. Je lui ai répondu que sa spéculation, ça n’apportait que du malheur et qu’il valait mieux que je me drogue tout de suite pour qu’ensuite je devienne très vite une artiste qui peindrait tout ce qui avait brisé mon cœur. Ma maman, en m’entendant, s'est mise à pleurer. Le monsieur est arrivé. Et je me suis excusée.
 
- Je suis désolée de t’avoir fait pleurer ma petite maman chérie. Je suis une mauvaise fille, certainement trop gâtée.
- Mais non, ma chérie, tout ça est de ma faute, t’élever toute seule, tu sais, ça ne m’est pas tous les jours facile.
 
Là, le monsieur de la spéculation a regardé ma maman avec un drôle d’air, du genre, si vous voulez ma jolie madame, je veux bien jouer au papa et à la maman avec vous. Je l’aurais volontiers mordu celui-là, je me suis dit. Et aussi quelle drôle d’idée, j’ai eu, a ajouté ma maman de te faire un cadeau à plusieurs millions d’euros. Puis on a pris le thé ensemble. Ça nous a tous calmés. Maman a décidé que le monsieur ne viendrait chercher mon Basquiat que le lendemain matin, ainsi j’aurais encore une nuit à passer auprès de lui pour m’habituer à l’idée que bientôt, je ne le reverrais plus.
 
Dès que le monsieur est parti, ma maman est sortie. J’ai profité que ma nounou faisait pipi pour filer. Je suis montée dans un taxi qui était étonné que je sois toute seule, mais je lui ai dit que chez moi, c’était comme ça, j’étais une petite fille riche, livrée à elle-même, mais pas malheureuse pour autant, la preuve, ma maman m’avait acheté un tableau pas du tout pour enfant, tellement il coûtait d’argent. Le taxi n’a rien compris, mais m’a quand même déposée au BHV. Là, en voyant la diversité des peintures et des couleurs, je me suis écroulée. Mon idée était de me dessiner en étoile filante avec des cheveux jaunes et un cœur bleu comme mes yeux sur mon tableau de Basquiat pour continuer de vivre un peu à ses côtés. Mais devant la difficulté à terminer mon Basquiat, je me suis mise à pleurer. Pleurer que décidément la vie, c'était beaucoup trop compliqué.
BASQUIAT fait partie des 34 nouvelles de mon recueil BRÈVES ENFANCES, paru aux éditions Au Diable Vauvert.
 
BASQUIAT. Une nouvelle de Sylvie Bourgeois. BRÈVES ENFANCES (éditions Au Diable Vauvert)
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