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Chroniques du monde d'avant (9), mon deuxième roman, L'amour libre chez Fayard

Chroniques du monde d'avant (9), mon deuxième roman, L'amour libre chez Fayard

Nous sommes il y a une vingtaine d’années. Mon premier livre "Lettres à un monsieur" vient de sortir en librairie. Je décide d’en écrire immédiatement un deuxième. Que je termine très rapidement. Je le propose à mon éditeur qui me répond qu’il le publiera volontiers en octobre prochain.

— Et pourquoi pas plutôt en mai ? lui demande mon impatience.
— Parce que l’on ne sort pas deux livres d’un auteur dans la même année.

Plutôt que d’être contente qu’il accepte de publier mon deuxième roman, je sors de son bureau en bougonnant. Je n’ai aucune notion des impératifs et des contraintes de l’édition, je ne vois que mon désir d’avoir un deuxième livre publié en mai. Arrivée chez moi, je téléphone au gentil Alexandre qui m’avait glissé, après ma signature à l’Écume des Pages, la librairie collée au Café de Flore, à Saint-Germain-des-Prés où il travaillait, qu’un éditeur très important était venu.

— Comment s’appelait-il ?
— Raphaël Sorin, il était chez Flammarion et vient d’arriver chez Fayard.

Je l’appelle aussitôt. Par chance, son assistante est absente ce jour-là, le standard me le passe directement.

— Bonjour monsieur Sorin, je suis Sylvie Bourgeois, vous ne me connaissez pas mais comme le mois dernier vous êtes venu à l’Écume des Pages à la signature de mon premier roman, "Lettres à un monsieur", je me suis dit que vous vouliez faire ma connaissance. Voulez-vous que l’on prenne un café demain matin au Flore ?

Le lendemain matin, à 9 heures, je suis en terrasse du Flore avec Raphaël Sorin, hélas aujourd’hui décédé. Je n’ose pas lui dire que j’aimerais bien lui faire lire mon deuxième manuscrit qui est terminé. Nous parlons de tout. Et aussi de Michel Houellebecq.

— Vous savez qu’il va faire son prochain roman avec vous, je lui annonce sans rien savoir des projets de Michel Houellebecq que je ne connaissais pas encore personnellement, mais dont j’avais lu et surtout aimé tous ses livres et poèmes.
— J’adorerais, mais il est obligé de le faire chez Flammarion, me répond Sorin.
— Oui, mais il le fera avec vous chez Fayard.
— C’est impossible, c’est moi qui ai verrouillé son contrat chez Flammarion, il n’a aucune option de sortie.
— N’empêche, il le fera avec vous chez Fayard, j’insiste sûre de moi. Et puis quand on a un éditeur comme vous, on n’a pas envie de l’abandonner, j’ajoute pour le flatter.

Plus que de le flatter, j’avais surtout envie de lui faire plaisir. Le bonhomme me plaisait. Comme m’avait plu mon premier éditeur. Deux amoureux de la littérature. Deux amoureux des mots. Deux amoureux des auteurs. Deux éditeurs à l’ancienne. Et quant à ma certitude que Michel Houellebecq signerait sont prochain roman chez Fayard, elle venait d’une voix qui m’avait dicté ces mots. Était-ce de l’intuition, de la clairvoyance, de la prédiction, de la prémonition ou de la prophétie, je ne saurai jamais, toujours est-il qu’un an plus tard, Houellebecq a réussi à rompre son contrat ultra verrouillé chez Flammarion pour rejoindre Raphaël Sorin chez Fayard. Mais ça, c'est une autre histoire.

Revenons à moi, le lendemain de mon joyeux rendez-vous au Flore avec Sorin, je désire ardemment lui faire lire mon deuxième manuscrit. Je lui téléphone. Sauf que son assistante a repris son travail. C’est elle qui décroche.

— On ne doit pas appeler directement les éditeurs, m’engueule-t-elle. Si vous avez un manuscrit à nous faire lire, déposez-le au service des manuscrits, on vous répondra sous trois mois. Si on ne vous répond pas, c’est que votre livre ne nous intéresse pas.

Et elle raccroche. Je rappelle aussitôt, forte du sourire ravi de Sorin lorsque je lui avais fait ma voyance prophétique concernant Houellebecq. Je retombe sur l’assistance excédée

— Pouvez-vous s’il vous plaît juste dire à Raphaël Sorin que Sylvie Bourgeois aimerait lui parler ? Merci.

Trois minutes plus tard, Raphaël me téléphone.

— Je peux vous faire lire mon manuscrit ?
— Bien sûr, apportez-le moi demain matin, à 9 heures, au Flore. On reprendra un café.

Cinq jours plus tard, Sorin m’appelle.

— J’ai adoré votre livre, vous avez un vrai talent Sylvie, votre écriture est sincère, franche, rapide, drôle, elle existe, elle prend toute sa place, je vous édite, il sortira en avril.

En avril ! Un mois avant ma date du mois de mai que j’avais tant désirée ! Youpi ! Je me sens la reine du monde. D’autant que la première phrase que j’avais écrite lorsque j’avais commencé ce roman était : je veux rencontrer le futur homme de ma vie, vivre, travailler et fusionner avec lui. Quelques semaines plus tard, je rencontrai celui qui allait devenir mon mari. Je suis donc persuadée qu’il suffit que je crie mes désirs ou que je les écrive, de travailler bien sûr à leurs accomplissements, je suis une travailleuse acharnée, ça me convient parfaitement, et que ma nouvelle vie liée à l’écriture va être belle et facile.

Mais c’est sans compter sur les jalousies ou les passions que je peux susciter. L’assistante de Sorin qui ne devait pas apprécier que son patron, le grand éditeur tant respecté dans le monde de l’édition, m’invite à déjeuner trois fois par semaine au Chai de l’Abbaye, sa cantine, où il prend plaisir à me raconter mille anecdotes avec ses auteurs favoris comme Patrick Manchette ou Charles Bukowski, a pris beaucoup de retard. Tant et si bien qu’un matin, Sorin, très énervé, m’appelle.

— On se voit au Flore dans une demi-heure.
— Bien chef.

Assis à l’intérieur, à la table près de la caisse, je n’ai plus un Sorin gentil et attentionné, mais un Sorin en colère.

— Je suis furieux Sylvie, mon assistante s’est plainte que vous repoussiez sans cesse vos rendez-vous de travail avec elle sur votre texte.
— Absolument pas, Raphaël, c’est elle qui les annule au dernier moment et les remet à deux semaines plus tard.
— Pourquoi ne me l’avez-vous pas dit ? se calme-t-il.
— Parce que je n’ai jamais dénoncé personne à l’école, je ne vais pas commencer aujourd'hui.
— Je vous crois, Sylvie, ça m’étonnait aussi de vous, je vais lui passer un savon, n’empêche, à cause de tout ça, votre livre ne sera jamais prêt pour le mois d’avril comme je l’avais prévu, il sortira le 2 juin.

Le 2 juin, je croise chez Fayard celui qui est censé être mon attaché de presse, une valise à la main.

— Je pars en vacances. Votre livre est mort. On se sort jamais le roman d’un auteur pas connu en juin, les journalistes travaillent déjà sur les livres qui paraîtront en septembre pour la rentrée littéraire. Le seul qui vous recevra est Patrick Poivre d’Arvor. C'est déjà pas mal, c'est une télé. Je vous emailerai l’horaire et l'adresse du studio d’enregistrement, l'émission aura lieu la semaine prochaine. C’est un deal que nous avons avec lui, lorsqu’il a demandé à Fayard d’éditer sa petite amie de l'époque, en échange, il a promis de recevoir tous nos auteurs.

À suivre…

Sylvie Bourgeois Harel

 

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Buzz Aldrin

Buzz Aldrin

 

La Pleine Lune du Loup me fait penser à une rencontre lunaire. Nous sommes fin 2003 ou début 2004, mon premier livre, Lettres à un monsieur, venait d’être publié. Comme il s’agissait de lettres érotiques destinées à un homme qui avait des problèmes d’impuissance, j’avais attiré autour de moi tout un aéropage de messieurs très mondains, très riches, et plus tout jeunes, qui avaient été séduits par le style généreux, compréhensif et sensuel de mon écriture.

 

Ce soir-là, je suis donc invitée par un vieux gentleman aristo à un cocktail très chic dans des salons somptueux. Je ne connais personne. Je m’ennuie gentiment vers le buffet à picorer un ou deux toasts au saumon quand un Américain aux cheveux blancs vient me saluer, suivi d’une femme blonde, toute fine et élégante.

 

— We get the impression that you’re just as bored as we are.

— And not just a little, admit, it’s not very funny here, je leur réponds, ravie de papoter un peu en anglais.

— Let me introduce myself, my name is Buzz Aldrin, the man who came from the moon, and this is my wife, Loïs.

— Nice to meet you. I’m Sylvie from Saint-Germain-Saint-Prés.

— Great ! Tell me about life in Saint-Germain-des-Prés, I love this place.

 

Alors, je leur raconte le Café de Flore, Castel, l’église Saint-Sulpice, les bords de Seine, la Librairie des Femmes. Au bout d’une demi-heure de fous rires, Buzz m’invite à déjeuner avec eux le lendemain au Ritz.

 

— Great ! j’acquiesce dans un grand sourire avant de filer justement au Flore que je trouvais plus amusant que ce cocktail qui n’avait plus d’intérêt puisque j’avais terminé tous les toasts au saumon.

 

Le lendemain à 13 heures, j’arrive toute contente au restaurant du Ritz où Buzz et Loïs m’attendent. Le déjeuner est très joyeux. Je suis en train de terminer mon chariot de desserts quand j’aperçois le vieil aristo de la veille qui nous rejoint et s’assied à notre table. Je comprends qu’il avait dû m’espionner lorsque j’avais parlé avec Buzz qui était quand même la star de la soirée, et entendre le lieu de notre rendez-vous. D'où son incrustation. Devant l’air étonné de Buzz, il se présente et commence à lui poser plein de questions à propos de son voyage sur la lune. Lassé de devoir encore parler, certainement pour la cent millième fois d'Apollo II, de Neil Armstrong et de leur alunissage, mon astronaute se ferme. Mais l'aristo ne voit rien. Il ajoute  qu’il organise des conférences dans son château où il produit un très bon cognac, il en a d’ailleurs apporté une bouteille qu’il lui offre, et qu’il aimerait l’inviter.

 

Bref, je vois mon "cosmonaute" se décomposer. L'ennui se lit sur son visage. Fini pour lui le charme de notre déjeuner impromptu où nous nous sommes racontés des bêtises d’adolescents qui nous faisaient bien rire. Très rapidement et très poliment, Buzz prend congé de l’aristo et me donne ses coordonnées.

 

— Let’s stay in touch, Sylvie, it’s was a pleasure.

 

L’aristo, vexé du départ précipité de Buzz Aldrin, se tourne vers moi.

 

— Votre déjeuner a dû être passionnant, Sylvie, il vous a raconté son voyage sur la lune ?

— Ben non.

— Comment ça, vous ne l’avez pas questionné sur son exploit ?

— Ben non.

— Mais de quoi lui avez-vous parlé alors ? Il avait l’air si content de faire votre connaissance.

— Ben de moi, évidemment !

 

Sylvie Bourgeois Harel

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Adieu Daniel Crémieux

Adieu Daniel Crémieux

 

par Sylvie Bourgeois Harel

 

J’ai connu Daniel Crémieux en août 1983. J’ai 20 ans et je suis serveuse au Planteur, un restaurant sur la plage de Pampelonne, à Ramatuelle. Daniel venait tous les jours  avec son épouse Geneviève, leur jeune fils, Stéphane, et deux couples d’amis. C’était une jolie plage familiale. À midi, j’allais de matelas en matelas pour prendre les commandes du déjeuner, et à 13 heures, hop, tout le monde passait à table. Le jour de leur départ, Daniel et ses deux potes viennent me dire au-revoir :

 

— Viens nous rendre visite à Paris, Sylvie, on t’emmènera faire la fête, me dit l'un de ses copains qui n’avait pas arrêté de me draguer lourdement, à me répéter régulièrement : je vais t’acheter des piles de pulls en cachemire de toutes les couleurs, ou viens, je t’emmène prendre un petit-déjeuner chez Sénéquier dans ma Porsche.

— Ben non, j'ai répondu à son copain, je n’ai déjà rien eu à te dire pendant l’été, je ne vais pas aller spécialement à Paris pour te voir. Et puis, je suis une travailleuse, j’ajoute en riant, si vous voulez me voir, il faut m’embaucher.

— Moi, je veux te revoir, me dit Daniel Crémieux, je t’embauche.

 

C’est ainsi que le 9 octobre 1983, j’ai atterri à Paris et que je suis devenue vendeuse chez Daniel Crémieux, rue Marbeuf, à deux pas des Champs-Élysées. Je ne connaissais personne. Daniel et Geneviève, que tout le monde appelait Gin, étaient adorables avec moi. Gin m’habillait en Crémieux, me faisait faire des pantalons sur-mesure chez un monsieur Bourgeois. Elle m’offrait des chemises et des vestes de costume confectionnées dans les mêmes tissus que celles pour hommes. Ils m’emmenaient régulièrement déjeuner ou dîner. Leur ami Paul, qui avait une grosse société de climatiseurs, voulait m’épouser. Sauf que je ne voulais pas embrasser ce Paul. J’ai même passé le réveillon du Nouvel-An avec eux dans la famille de celui qui n’avait pas arrêté de me draguer durant l’été. Au cours du repas, j’avais entendu sa belle-mère glisser à l’oreille de sa fille, fais attention à cette Sylvie, elle va te piquer ton mari. Genre, c’était de ma faute si j’étais mignonne, spontanée et drôle. Et puis, ce Joël, comme Paul, ne me donnait pas du tout envie de l’embrasser.

 

L’été suivant, je suis repartie travailler sur la plage de Pampelonne mais, cette fois, au Club 55. Et en septembre, j’ai repris mon poste chez Daniel Crémieux sauf que j’avais demandé à travailler à mi-temps pour pouvoir suivre les cours de théâtre de Jean-Laurent Cochet. Le théâtre était ma passion. Le soir, je travaillais également dans des restaurants pour gagner plus d’argent. Je refusais que mes parents m’aident financièrement alors que c’était leur souhait. Je ne sais pas pourquoi, mais je voulais me débrouiller toute seule. Puis Daniel m’a envoyée pendant quelques mois dans son magasin de Los Angeles, au Beverly Center. À mon retour, j’ai été mutée dans leur nouvelle boutique de la place Saint-Sulpice, toujours à mi-temps. Pour rien au monde, je n’aurais quitté Jean-Laurent Cochet. J’étais tellement heureuse de suivre son enseignement et de passer mes nuits à apprendre par coeur des pièces de théâtre.

 

Début décembre, je reçois une lettre recommandée comme quoi je suis virée de chez Daniel Crémieux car mon essai de trois mois n’était, soi-disant, pas concluant. Énervée, je fonce dans le bureau de Daniel, et tout en lui brandissant ma lettre à la main, je l’engueule :

 

— Mais ça ne va pas Daniel, c’est quoi ce plan pourri ? Tu m’as donc changé de boutique uniquement pour pouvoir me salarier sur une autre de tes sociétés et ainsi avoir le droit de me virer sans préavis, ni indemnités, juste en argumentant que ma période d’essai n’est pas satisfaisante, mais c’est dégueulasse.

 

Ennuyé, Daniel essaye d’argumenter que son épouse n’aime pas que je n’en fasse qu’à ma tête.

 

— Elle a raison Gin, je peux comprendre que mes besoins de liberté, à toujours vouloir faire que ce que je veux, puissent l’énerver. N’empêche, je n’ai jamais manqué une journée, je suis toujours à l’heure, je ne rechigne jaais à rester tard le soir s’il le faut, et je suis une excellente vendeuse.

— C’est vrai, avoue Daniel, un peu gêné, les clients t’adorent.

— Et tu sais très bien que mes cours de théâtre, c’est important pour moi, et que je ne vais pas rester vendeuse toute ma vie à plier des piles de pulls comme me le demande Gin dès qu’il n’y a personne dans la boutique, vendre oui, ça m’amuse, mais plier alors que je l’ai déjà fait une heure auparavant, non, ça m’emmerde. Alors ta lettre recommandée, voilà ce que j’en fais.

 

Et je la déchire devant lui.

 

— Je prends mon après-midi, j’ajoute en quittant son bureau, j’ai besoin d’aller me détendre et toi de réfléchir mais sache que demain, que tu le veuilles ou non, je viens travailler.

 

Le lendemain, j’étais là. Et on n’en a plus jamais parlé. Au contraire, nous sommes devenus tous les trois très amis. Quand j’ai arrêté de travailler chez eux, nous avons continué de nous voir. Avec Daniel, nous avions nos rituels. Régulièrement, il m’appelait et nous nous retrouvions pour déjeuner au restaurant. Nous parlions littérature, philosophie, cinéma, mes trois passions. C’est ainsi que le 31 décembre 2002, nous sommes au Café de Flore devant un saumon fumé quand Daniel me demande si tout va bien dans ma vie :

 

— On m’a conseillé d’écrire un livre, je lui réponds. J’aimerais être seule trois jours dans un hôtel pour me poser et réfléchir. Ma vie sentimentale est compliquée. Je n’arrête pas de partir de la maison. Je rends malheureux mon amoureux. Je l’aime toujours, mais je sens que j’ai besoin d’autre chose. 

 

Daniel s’illumine aussitôt.

 

— Mais c’est magnifique Sylvie que tu te mettes à écrire. Je suis sûr que tu vas y arriver. Tu as le talent pour devenir un grand écrivain. Je le sais. Je t’offre quinze jours dans un hôtel, comme ça tu pourras commencer tranquillement ton roman.

 

Dès que j’aie eu terminé de boire mon chocolat chaud et d’avaler ma tarte tatin, nous  sommes allés à l’Hôtel du Dragon qui était à deux pas. La grande chambre du dernier étage qui venait d’être refaite était à cent euros la nuit. Daniel a payé pour deux semaines. 

 

— Si Sylvie veut rester quinze jours de plus, a-t-il ajouté en donnant ses coordonnées au propriétaire, envoyez-moi la facture, je pars lundi en Chine, mais je la réglerai dès mon retour. 

 

Je suis restée un mois. J’ai écrit mon livre en un mois. Plus exactement, j’ai terminé le dernier chapitre, après avoir rendu ma chambre, assise sur un fauteuil qui était en vitrine de l’hôtel. Un passant est même entré dans ce mini-salon pour me féliciter. Il avait lu par-dessus mon épaule ce que je rédigeais sur mon ordinateur et avait trouvé cela très beau.

 

Mon roman a immédiatement été acheté par Franck Splengler qui dirigeait Les Éditions Blanche. Neuf mois plus tard, Lettres à un monsieur sortait en librairie. Depuis, je n’ai plus jamais arrêté d’écrire.

 

Par ce geste généreux, Daniel a posé un oeil paternel sur moi, moi qui avais perdu mes parents sept ans plus tôt, un oeil de confiance, un oeil qui me disait, vas-y Sylvie, n’aie pas peur, je veille sur toi.

 

Lorsque ce mardi 16 septembre 2025, j’ai versé un peu de terre sur son cercueil dans le joli cimetière marin de Saint-tropez où, avec mon mari, nous serons également enterrés, après avoir fait le signe de croix, à mon tour, je lui ai dit, vas-y Daniel, n’aie pas peur, je veille sur toi.  

 

Sylvie Bourgeois Harel

 

Daniel Crémieux, né en 1938, avait créé sa marque de vêtements pour hommes en 1976, à Marseille, avec une première boutique à Saint-Tropez, place de la Garonne. Sa marque qui arbore un style British, chic et décontracté, est dorénavant distribuée à l’intermational.

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Entre ambiguïtés et contradictions, pourquoi j'écris ?

 

Ma nouvelle Prologue sera dans mon prochain recueil de nouvelles à paraître début avril 2024.

 

Sylvie Bourgeois Harel - Plage de Pampelonne - Ramatuelle

Sylvie Bourgeois Harel - Plage de Pampelonne - Ramatuelle

Sylvie Bourgeois Harel - Plage de Pampelonne - Ramatuelle

Sylvie Bourgeois Harel - Plage de Pampelonne - Ramatuelle

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Sylvie Bourgeois Harel au Café de Flore

Sylvie Bourgeois Harel au Café de Flore

Je suis voluptueusement abandonnée sur mon lit à faire l’amour avec mes mots qui sont mes seuls amis à qui je peux confier mon intimité. Enfermée sur ces pages de papier pour t’exprimer mes rêves de sensualité, mon esprit imprégné de ta sensualité voudrait lécher les verbes tels que sucer, pénétrer, haleter, savourer, cambrer, écarter, soupirer, mouiller, succomber.

 

Mon sexe s’ouvre pour y faire entrer des mots tels que ravissement, émotion, enchantement, chaleur, emballement, gaieté, abandon détermination, révélation.

 

Mon émoi à ton égard cherche dans mes pensées les mots pour te fantasmer et ne pas risquer d’être frustrée par ta manière de me désirer. C’est une autre façon de te faire l’amour.

 

Je t’ai rêvé me pénétrer. Tu étais dans mon cerveau excité et passionné à le caresser. Cette extraordinaire et rare sollicitation me provoquait une inconnue et douce sensation de plénitude. Glissant dans cette masse nerveuse qui, sur ton passage, s’embellissait, se dynamisait, se réveillait, tu voulais tout sentir, tout toucher, tout connaître de ce monde inconnu qui s’offrait à toi avec une volupté confondante.

 

Ta curiosité a réussi à ouvrir certaines portes que je croyais avoir fermées à jamais d’où se sont délicieusement échappés les mots, sérénité, calme, assurance, quiétude, paix, félicité.

 

Excité par mes gémissements de plaisir qui résonnaient telle une symphonie, tu as joui dans ma tête, arrosant avec délectation ce noyau fertile qui t’attendait pour se développer, se dévoiler et se révéler.

 

Puis tu es redevenu homme, homme sur moi, épuisé par cette victoire non conventionnelle. Mes seins se sont alors extraordinairement gonflés pour mieux t’accueillir, t’honorer, te soulager.

 

Léger comme une plume, mon corps s’enivrait de toi pour que chaque grain de ma peau te soit le plus délicieux des massages.
Assis sur ton visage, mon sexe s’est pressé fortement à ta bouche afin de filtrer pour toi l’air que tu respires.

 

Je t’ai sucé avec tendresse, délicatesse, exigence, concentration, douceur, protection. Chaque recoin de ta verge était sollicité. Ma salive qui bavait tant et si bien, a formé une vague géante de plaisir et a noyé ton sexe dans un tourbillon d’ivresse. Tes genoux fléchissaient. Ton corps tremblait. Ta bouche me réclamait. Je te suçais avec une fougue nouvelle, témoin de mon tempérament révélé.

 

Ma passion à te désirer a pénétré ton sexe et les mots sur lesquels je me suis masturbée pour les préparer à être le sensuel reflet de mes pensées sont entrés dans ton esprit créant de fabuleux frissons jusqu’alors inconnus.

 

Ces mots tels que confiance, sentiment, sincérité, amour, intuition, allégresse lui ont insufflé de vivre heureux. Une boule de feu d’une énergie incommensurable a envahi ta tête et a brûlé à jamais tes insatisfactions, tes frustrations, tes craintes. La puissance de ce plaisir rêvant de te faire crier de bonheur a anéanti tous les usurpateurs qui t’enferment.

 

Ces jouissances nouvelles, fulgurantes, libératrices prennent leur source dans un espace merveilleux qui s’appelle liberté, douceur, désir, plaisir, respect, vérité.

 

Sylvie Bourgeois

Lettres à un monsieur

Editions Blanche (octobre 2003)

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Flore.couv.jpg

- Je veux être comme ces Américaines qui sillonnent les États-Unis pour donner des conférences sur des sujets qui ont changé leur vie, qui vendent leur expérience, tu vois ? dit Sophie.

- Non, répond Sylvain.

- Eh bien, je veux être une de ces femmes.

- Parler ne devrait pas te poser de soucis, mais tu vas dire quoi ?

- Que bien faire l’amour est primordial pour la santé et la paix dans le monde.

- Pardon ?

- Tu accepterais d’être l’homme qui me suivrait partout, qui réserverait les hôtels, qui contacterait les mairies, les associations ?

- J’ai déjà un travail.

- Que tu arrêterais le jour où je commencerais à gagner de l’argent. Avoue que tu serais parfait pour t’occuper de moi, tu es très organisé.

- Je me demande si tu n’es pas folle.

- Parce que je veux réussir ma vie ?

- Mais t’as quoi comme expérience pour parler de ça en dehors de nos treize années de vie commune à Annecy ?

- Je me suis documentée, j’ai lu plein de bouquins sur la question.

- Et pourquoi tu ne m’en as jamais fait profiter ?

- Arrête de tout ramener à toi ! Mon rêve serait d’arriver à créer un centre d’éducation sexuelle, calqué sur le modèle des Weight Watchers.

- Quelle drôle d’idée, on était pourtant heureux.

- Je suis en mutation, Sylvain.

- Mets-toi au golf.

- Tu ne crois donc pas en moi ?

- C’est que…

- Je dois alors te quitter.

- Pardon ?

- Soit on fonce ensemble, soit je suis seule.

- Quoi ?

- Je vais aller vivre à Paris, Sylvain, ce que j’aurais dû faire il y a vingt ans au lieu de m’enterrer, vivante, ici.

- Et moi ? Je t’aime Sophie.

- Oui, parce que je suis ta petite femme enfant qui a besoin de toi pour acheter ses vêtements.

- Ça ne va pas de dire ça ?

- Avoue que me gâter flatte ta virilité.

- Tu n’es pas obligée d’accepter.

- Je veux laisser une trace dans le cœur des gens avant de mourir.

- Ce n’est pas une raison pour me quitter.

- Si. Il faut que je n’aie pas d’autre choix que réussir, tu comprends ? Je suis une grosse paresseuse. Si je sais que je peux compter sur toi, je n'évoluerai jamais.

- Mais qu’est-ce que t’as ?

- 40 ans.

- Ma pauvre chérie.

- Tu veux que je te fasse des crêpes pour le dîner ?

- Tu as envie de te faire d’autres mecs, c'est ça ?

- Alors là, c’est le dernier de mes soucis.

- Je ne te crois pas.

- Changer de vie ne veut pas forcément dire changer d’homme.

- Tu serais la seule femme à penser ça !

- Je suis une féministe, Sylvain. Mon épanouissement ne dépend pas du bon vouloir d’un homme de me désirer ou non.

- Et si l’on se mariait ?

- C’est fini nous deux.

- On pourra encore faire l’amour avant ton départ ?

- Sache que je suis aussi triste que toi de te quitter, mais si je le fais, c’est également pour nous deux. Reconnais que nous stagnons dans la monotonie.

- Et si on commençait par aller se consoler tout de suite?

- Tu ne penses vraiment qu’à ça.

- Ça te va bien de dire ça !

Sophie sait parfaitement que son projet d'école de sexe ne veut rien dire, mais elle n'a pas trouvé mieux pour provoquer Sylvain, et lui faire mal. Elle ne lui pardonne pas d'avoir refusé de s'associer, il y a quelques années, dans son concept de vente de laines péruviennes et de tricots à confectionner soi-même. Sylvain avait décliné, prétextant qu’il n’avait aucune envie de devenir son esclave d’autant que Sophie peut se révéler autoritaire et péremptoire dès qu’il s'agit de prendre des décisions (surtout si c’est à la place des autres). Chaque fois qu'elle regrette de ne pas avoir eu le cran de monter seule son entreprise, ses remords retombent sur ce pauvre Sylvain à qui elle reproche son manque d'ambition professionnelle (et de ne jamais porter le pull avec un bonhomme de neige qu’elle lui a tricoté). Elle n’accepte pas qu'il se satisfasse de son travail chez Franck Palmier, le plus gros cabinet d'architecture de la région. Vu ses qualités, il pourrait devenir son propre patron. Mais Sylvain préfère la stabilité et la tranquillité que lui offre son poste pour lequel il a non seulement un très bon salaire, mais surtout suffisamment de temps libre pour s'adonner à ses trois passions : Sophie, la photographie (son sujet préféré est Sophie) et le vélo (qu'il pratique avec Sophie).

Communiqué de presse

Novelliste, romancière et scénariste (notamment pour son époux le réalisateur Philippe Harel), Sylvie Bourgeois s’est lancé un nouveau défi : donner vie à Sophie, un personnage attachant et fantasque qui aura toujours 40 ans, et qui à chaque début de roman veut ou doit changer de vie. Après Sophie à Cannes qui se déroulait dans les coulisses du festival, nous retrouvons notre héroïne dans Sophie au Flore au cœur de Saint-Germain-des-Prés.

Sophie au Flore est autant une satyre de notre époque qu’une peinture fidèle de Saint-Germain-des-Prés où Sophie fragilisée par sa rupture et sa perte de repères tombe sous la coupe d’un homme politique manipulateur qui l’abreuve de textos érotiques pour lui faire croire à une belle histoire d’amour. 

Entre Rastignac et Madame Bovary, il y a Sophie. Figaro Madame.

Sylvie Bourgeois, tout en réussissant à nous amuser et nous émouvoir avec le thème des amours virtuels, nous parle des femmes de quarante ans, de leur beauté, de leur énergie et de leur incroyable volonté quand elles décident de changer de vie. Quarante ans, un âge décisif pour celles qui veulent tout recommencer et considèrent que c'est le dernier moment avant qu’il ne soit trop tard.

Sylvie Bourgeois poursuit ici les aventures de Sophie, étonnante héroïne, plus drôle que jamais, qui aime à répéter que sa seule ambition est d'être humainement fréquentable.

4ème de couverture

Sur un coup de tête, Sophie quitte Annecy et Sylvain, son compagnon, pour tenter sa chance à Paris, comme elle aurait déjà dû le faire, il y a vingt ans...
 
Mais comment réussir quand on a quarante ans, qu’on sous-loue une chambre chez une vieille dame, qu’on ne sait pas quoi faire de ses journées, et qu’on ne rêve pas d’un bon mariage ? En attendant de trouver une réponse, Sophie passe toutes ses après-midis à boire des chocolats chauds sur les banquettes en moleskine du Café de Flore. Et si c’était ça la vraie vie ?
 
Après Sophie à Cannes, qui se déroulait dans les coulisses du festival, nous retrouvons, dans un style toujours aussi alerte et plein d’humour, Sophie au cœur de Saint-Germain-des-Prés.
 
 

 

 
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  • : Sylvie Bourgeois Harel, écrivain, novelliste, scénariste, romancière Extrait de mes romans, nouvelles, articles sur la nature, la mer, mes amis, mes coups de cœur
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