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Sylvie Bourgeois Harel - Philippe Harel -Festival de Cannes

Sylvie Bourgeois Harel - Philippe Harel -Festival de Cannes

Ma rencontre avec Robert Pattinson au Festival de Cannes, par Sylvie Bourgeois Harel

 

Étant donné que le Festival de Cannes qui a longtemps été mon terrain de jeu favori, au point d’en écrire un livre, Sophie à Cannes, paru chez Flammarion, démarre bientôt, un souvenir me revient. Il y a une dizaine d’années, mon mari, Philippe Harel, très proche de Michel Houellebecq dont il a adapté pour le cinéma, en 1999, Extension du domaine de la lutte dans lequel il joue aux côtés de José Garcia — c’est d’ailleurs pour Michel, qui n’était pas connu à l’époque, la meilleure adaptation de ses romans —, décide d’adapter La carte et le territoire. Comme Michel, enchanté de ce projet, donne à Philippe ses droits audiovisuels, nous sommes administrativement obligés de créer une société de production. Je deviens donc productrice. Très rapidement Canal + désire financer le film ainsi qu’un producteur allemand. Il nous manque un distributeur qui, avec le montant de son MG (minimum garanti), clôturera le budget.

Je ne vais pas vous raconter dans ce texte, bien que ce soit tentant, ou peut-être alors dans un autre récit, les mille détails des tractations qui sont pourtant croustillants et précurseurs d’un système nuisible pour ceux qui, comme mon mari, veulent garder leur indépendance et leur droiture, tout simplement parce que ce n’est le propos de mon histoire. Allez, pour le plaisir, je vous raconte quand même comment une productrice et distributrice que je vais appeler M, aujourd’hui décédée, a oeuvré afin que le film ne se fasse jamais car Philippe avait refusé de monter son budget à cinq millions d’euros dont trois devaient revenir à M, genre, il ne restait plus que deux millions pour payer le tournage, les comédiens, les techniciens, Philippe, Michel, tous devaient se serrer la ceinture et la qualité du film allait en pâtir, afin qu’elle puisse se goinfrer.

 

Étant à la tête de pratiquement toutes les commissions d’aides, de financements et d’avances sur recettes, et ayant un réel pouvoir de nuisance que nous avons pu constater et subi, vexée et furieuse de ne pas toucher ce "petit" magot supplémentaire alors qu’elle était déjà, et depuis longtemps, assise sur un trésor de guerre, M a fait refuser le film partout. Nous avons même reçu, un jour, un appel téléphonique d’un producteur faisant partie d’une commission du CNC qui, dégoûté par les agissements de M, nous a expliqué comment elle avait manoeuvré par chantage et abus de pouvoir, afin qu’aucune aide ne nous soit accordés. Mais revenons au Festival de Cannes.

Comme à cause de toutes ces magouilles intra-professionnelles du milieu du cinéma français, il s’avérait impossible de produire le film sur le territoire national, je lance, à mon mari, tel un preux chevalier, au moment de sauter dans mon taxi pour aller passer quelques jours à Cannes :

— Mon chéri, je te ramène Robert Pattinson.

J’avais appris qu’il serait au Festival, mais surtout qu’il adorait Michel Houellebecq.

Je ne suis allée qu’un soir au cinéma. J’avais appelé la veille le bureau des comédiens en leur demandant s’ils voulaient bien m’inviter à la projection du lendemain bien que mon mari ne soit pas là.

— Mais oui, Sylvie, avec plaisir.

Ils ont même eu la délicatesse de me faire annoncer sur les marches. J’adore ! Je fais quelques coucous-bisous dans le grand hall réservé à ceux qui sont assis en bas de la salle, là où il faut être. Je m’assieds toute contente au 5ème rang dans le Carré Cinéma. Je me retourne et vois mon Robert Pattinson s’asseoir derrière l’équipe qui présente le film. Je l’avais oublié. Mais là durant toute la projection, je n'ai pensé qu’à lui et à comment l'aborder. Je me suis alors répèté mille fois dans ma tête : I know you like Michel Houellebecq. My husband is preparing a movie based on his novel La carte et le territoire. He would like to give you the lead role. May I speak to you for a moment ?

Une fois le film fini, après les applaudissements d’usage où toute la salle est debout, je vois mon Pattinson sortir de son rang et remonter les allées sur la droite. Je n’ai qu’une solution foncer. Alors je fonce. Je pousse mes voisins en m’excusant. J’écrase des dizaines de pieds de festivaliers toujours en m’excusant. Et je remonte les allées en écartant de ma main un tas de smokings et de robes de soirées qui se retournent vers moi l'air très énervé d'avoir osé les toucher. Un instant, je pense à la difficulté des saumons obligés de remonter les fleuves s’ils veulent trouver l’âme-soeur pour copuler et se reproduire. Les humains d'aujourd'hui ont plus de facilité grâce à Tinder et autres applis de rencontres, ils n'ont pas besoin de faire tous ces efforts pour effectuer quelques galipettes. Sont-ils plus heureux avec cette abondance de chair presque livrée à domicile ? Je n'en sais rien et ce n'est pas l'endroit pour y réfléchir.

Pour ma part, tous mes efforts fournis pour atteindre Pattinson m'ont apporté une saine satisfaction. Arrivée enfin dans son dos, le garçon est très grand, je lance ma phrase apprise par coeur : I know you like Michel Houellebecq. My husband is preparing a movie based on his novel La carte et le territoire. He would like to give you the lead role. May I speak to you for a moment ? Comme il y a beaucoup de bruit et d’effervescence, c’est ainsi, la présence de stars excite, je la répète trois fois et de plus en fort quand, soudain, le grand Pattinson se retourne vers moi et demande à ses deux gardes du corps de me laisser l’approcher. C’est top. Je suis donc tout près de ce joli Pattinson avec les deux gardes du corps qui, dorénavant, nous entourent. Je fais partie du clan ! Grâce à cette proximité ultra-protectrice qui me sépare du reste des festivaliers, je suis devenue Sylvie celle qui papote avec la star Pattinson, autant dire que je me vois déjà à Hollywood en train de me baigner dans les vagues de Malibu pendant que mon mari tourne son film. Je lui répète ma phrase magique.

— Great !!! I love the idea. And yes, I like Houellebecq, it’s a great writer. Of course, I want to read the script, me répond-il en plongeant ses beaux yeux bleus qui ont fait craquer des millions de filles dans les miens, bleus aussi.

J’avais tout prévu. Je lui propose mon petit carnet tibétain dont j’arrache régulièrement des feuilles lorsque je désire communiquer mon numéro de téléphone, ainsi que mon gros stylo Montblanc fétiche que je ne prête à personne mais, là, l’heure est importante, il en va de la carrière de mon mari, et lui demande d’écrire le mail de son agent afin que l’on puisse se mettre en contact avec lui.

Et Pattinson s’exécute. Je le remercie et m’éloigne. Assez contente de moi quand même. Arrivée en bas des marches, je téléphone, toute excitée, à mon mari :

— Je viens de parler à Robert Pattinson, il adore l’idée de jouer dans La carte et le territoire. On va envoyer le script à son agent dont il m’a donné les coordonnées. Si ça lui plaît, autant dire que le film se montera tout de suite aux États-Unis, tu le tourneras en anglais, c’est top, non ?
— C’est gentil ma chérie, me répond Philippe de sa voix blanche, je ne sais pas comment tu t’es débrouillée pour lui parler, ça ne m’étonne pas de toi, mais je ne veux pas faire ce film en anglais, il est typiquement français.

Douche froide ! Je suis partie dîner au Martinez avec mon ami Christian Sinicropi, le chef doublement étoilé qui m’avait fait le très chic cadeau de mettre un plat à mon nom qui s'appelait Un instant avec Sylvie Bourgeois au menu de la carte de La Palme d'Or, le restaurant gastronomique de l’hôtel, à qui j’ai raconté que j’avais un drôle de mari, le moins opportuniste de tout le cinéma français.

Mais quand même Robert Pattinson, il aurait pu faire un effort !

 

Sylvie Bourgeois Harel 

 

Michel Houellebecq - Sylvie Bourgeois Harel - Philippe Harel

Michel Houellebecq - Sylvie Bourgeois Harel - Philippe Harel

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Chroniques du monde d'avant (9), mon deuxième roman, L'amour libre chez Fayard

Chroniques du monde d'avant (9), mon deuxième roman, L'amour libre chez Fayard

Nous sommes il y a une vingtaine d’années. Mon premier livre "Lettres à un monsieur" vient de sortir en librairie. Je décide d’en écrire immédiatement un deuxième. Que je termine très rapidement. Je le propose à mon éditeur qui me répond qu’il le publiera volontiers en octobre prochain.

— Et pourquoi pas plutôt en mai ? lui demande mon impatience.
— Parce que l’on ne sort pas deux livres d’un auteur dans la même année.

Plutôt que d’être contente qu’il accepte de publier mon deuxième roman, je sors de son bureau en bougonnant. Je n’ai aucune notion des impératifs et des contraintes de l’édition, je ne vois que mon désir d’avoir un deuxième livre publié en mai. Arrivée chez moi, je téléphone au gentil Alexandre qui m’avait glissé, après ma signature à l’Écume des Pages, la librairie collée au Café de Flore, à Saint-Germain-des-Prés où il travaillait, qu’un éditeur très important était venu.

— Comment s’appelait-il ?
— Raphaël Sorin, il était chez Flammarion et vient d’arriver chez Fayard.

Je l’appelle aussitôt. Par chance, son assistante est absente ce jour-là, le standard me le passe directement.

— Bonjour monsieur Sorin, je suis Sylvie Bourgeois, vous ne me connaissez pas mais comme le mois dernier vous êtes venu à l’Écume des Pages à la signature de mon premier roman, "Lettres à un monsieur", je me suis dit que vous vouliez faire ma connaissance. Voulez-vous que l’on prenne un café demain matin au Flore ?

Le lendemain matin, à 9 heures, je suis en terrasse du Flore avec Raphaël Sorin, hélas aujourd’hui décédé. Je n’ose pas lui dire que j’aimerais bien lui faire lire mon deuxième manuscrit qui est terminé. Nous parlons de tout. Et aussi de Michel Houellebecq.

— Vous savez qu’il va faire son prochain roman avec vous, je lui annonce sans rien savoir des projets de Michel Houellebecq que je ne connaissais pas encore personnellement, mais dont j’avais lu et surtout aimé tous ses livres et poèmes.
— J’adorerais, mais il est obligé de le faire chez Flammarion, me répond Sorin.
— Oui, mais il le fera avec vous chez Fayard.
— C’est impossible, c’est moi qui ai verrouillé son contrat chez Flammarion, il n’a aucune option de sortie.
— N’empêche, il le fera avec vous chez Fayard, j’insiste sûre de moi. Et puis quand on a un éditeur comme vous, on n’a pas envie de l’abandonner, j’ajoute pour le flatter.

Plus que de le flatter, j’avais surtout envie de lui faire plaisir. Le bonhomme me plaisait. Comme m’avait plu mon premier éditeur. Deux amoureux de la littérature. Deux amoureux des mots. Deux amoureux des auteurs. Deux éditeurs à l’ancienne. Et quant à ma certitude que Michel Houellebecq signerait sont prochain roman chez Fayard, elle venait d’une voix qui m’avait dicté ces mots. Était-ce de l’intuition, de la clairvoyance, de la prédiction, de la prémonition ou de la prophétie, je ne saurai jamais, toujours est-il qu’un an plus tard, Houellebecq a réussi à rompre son contrat ultra verrouillé chez Flammarion pour rejoindre Raphaël Sorin chez Fayard. Mais ça, c'est une autre histoire.

Revenons à moi, le lendemain de mon joyeux rendez-vous au Flore avec Sorin, je désire ardemment lui faire lire mon deuxième manuscrit. Je lui téléphone. Sauf que son assistante a repris son travail. C’est elle qui décroche.

— On ne doit pas appeler directement les éditeurs, m’engueule-t-elle. Si vous avez un manuscrit à nous faire lire, déposez-le au service des manuscrits, on vous répondra sous trois mois. Si on ne vous répond pas, c’est que votre livre ne nous intéresse pas.

Et elle raccroche. Je rappelle aussitôt, forte du sourire ravi de Sorin lorsque je lui avais fait ma voyance prophétique concernant Houellebecq. Je retombe sur l’assistance excédée

— Pouvez-vous s’il vous plaît juste dire à Raphaël Sorin que Sylvie Bourgeois aimerait lui parler ? Merci.

Trois minutes plus tard, Raphaël me téléphone.

— Je peux vous faire lire mon manuscrit ?
— Bien sûr, apportez-le moi demain matin, à 9 heures, au Flore. On reprendra un café.

Cinq jours plus tard, Sorin m’appelle.

— J’ai adoré votre livre, vous avez un vrai talent Sylvie, votre écriture est sincère, franche, rapide, drôle, elle existe, elle prend toute sa place, je vous édite, il sortira en avril.

En avril ! Un mois avant ma date du mois de mai que j’avais tant désirée ! Youpi ! Je me sens la reine du monde. D’autant que la première phrase que j’avais écrite lorsque j’avais commencé ce roman était : je veux rencontrer le futur homme de ma vie, vivre, travailler et fusionner avec lui. Quelques semaines plus tard, je rencontrai celui qui allait devenir mon mari. Je suis donc persuadée qu’il suffit que je crie mes désirs ou que je les écrive, de travailler bien sûr à leurs accomplissements, je suis une travailleuse acharnée, ça me convient parfaitement, et que ma nouvelle vie liée à l’écriture va être belle et facile.

Mais c’est sans compter sur les jalousies ou les passions que je peux susciter. L’assistante de Sorin qui ne devait pas apprécier que son patron, le grand éditeur tant respecté dans le monde de l’édition, m’invite à déjeuner trois fois par semaine au Chai de l’Abbaye, sa cantine, où il prend plaisir à me raconter mille anecdotes avec ses auteurs favoris comme Patrick Manchette ou Charles Bukowski, a pris beaucoup de retard. Tant et si bien qu’un matin, Sorin, très énervé, m’appelle.

— On se voit au Flore dans une demi-heure.
— Bien chef.

Assis à l’intérieur, à la table près de la caisse, je n’ai plus un Sorin gentil et attentionné, mais un Sorin en colère.

— Je suis furieux Sylvie, mon assistante s’est plainte que vous repoussiez sans cesse vos rendez-vous de travail avec elle sur votre texte.
— Absolument pas, Raphaël, c’est elle qui les annule au dernier moment et les remet à deux semaines plus tard.
— Pourquoi ne me l’avez-vous pas dit ? se calme-t-il.
— Parce que je n’ai jamais dénoncé personne à l’école, je ne vais pas commencer aujourd'hui.
— Je vous crois, Sylvie, ça m’étonnait aussi de vous, je vais lui passer un savon, n’empêche, à cause de tout ça, votre livre ne sera jamais prêt pour le mois d’avril comme je l’avais prévu, il sortira le 2 juin.

Le 2 juin, je croise chez Fayard celui qui est censé être mon attaché de presse, une valise à la main.

— Je pars en vacances. Votre livre est mort. On se sort jamais le roman d’un auteur pas connu en juin, les journalistes travaillent déjà sur les livres qui paraîtront en septembre pour la rentrée littéraire. Le seul qui vous recevra est Patrick Poivre d’Arvor. C'est déjà pas mal, c'est une télé. Je vous emailerai l’horaire et l'adresse du studio d’enregistrement, l'émission aura lieu la semaine prochaine. C’est un deal que nous avons avec lui, lorsqu’il a demandé à Fayard d’éditer Claire Castillon, sa petite amie de l'époque, en échange, il a promis de recevoir tous nos auteurs.

À suivre…

Sylvie Bourgeois Harel

 

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Lorsque Fayard publie mon 2ème roman, L’amour libre, sous la direction de feu Raphaël Sorin (l’éditeur entre autres de Michel Houellebecq), Patrick Poivre d’Arvor m’invite dans son émission littéraire. Le lendemain, j’appelle mon attaché de presse pour lui demander de ne pas donner mon numéro de téléphone à Poivre. Deux jours tard, mon portable sonne. Je suis au Flore. Je décroche. C’est Poivre qui désire m’inviter à déjeuner ou à dîner.

 

— Merci, c'est adorable, mais certainement pas, je lui réponds, vous avez une trop mauvaise réputation, de draguer tout ce qui bouge, il est hors de question que l’on me voie seule dans un restaurant avec vous.

— Comment ça, j’ai mauvaise réputation ? se défend-il.

— Écoutez, c’est très agréable d’être interviewée par vous, vous faites bien votre métier, on sent que vous aimez les écrivains, mais je ne suis pas le nouvel auteur que tous les journalistes parisiens vont sauter et se refiler.

— Je peux vous poser une question Sylvie ?

— Bien sûr Patrick.

— Sincèrement, comment me voyez-vous ?

— Moi ? Je ne vous vois pas.

— C’est impossible, la France entière me regarde au journal de 20 heures.

— Je n’ai pas la télé, et même si je l’avais, je ne regarderais jamais les infos et encore moins une émission, l’idée que des gens que je ne connais pas et qui ne m’ont pas été présenté parlent entre eux dans mon salon sans que je puisse leur répondre, est un concept inconcevable pour moi.

 

Patrick rigole, soulagé que je ne sois pas une groupie. Comme si je lui enlevais une épine du pied. Comme si je l’obligeais à sortir de son registre qu’il connaît par cœur. Comme s’il allait enfin pouvoir jouer avec une femme qu’il faudrait séduire avant d’obtenir un rendez-vous. Ravi d’être confronté à de la difficulté, il devient charmant et me parle de mon livre, de mon aisance à m’exprimer, de ma faculté à être drôle, étonnante, différente, tellement différente. Il est persuadé que j’ai le talent de devenir un grand écrivain. Nous parlons littérature et de nos auteurs préférés.

 

Au bout d’une heure, il revient à la charge pour ce fameux déjeuner ou dîner.

 

— Vous savez quoi, Patrick, je lui réponds, vous qui aimez accumuler les aventures sexuelles, vous devriez essayer la fusion amoureuse, c’est ce que je vis avec mon fiancé que je viens juste de rencontrer, ça touche au divin, chaque souffle, chaque mot, chaque inspiration, caresse nos âmes, nous pouvons jouir rien qu’en nous regardant.

 

Je m’amuse à développer histoire qu’il se souvienne de moi, puis je raccroche en lui demandant de ne pas me rappeler, que nous aurons sûrement l’occasion de nous revoir, mais en groupe.

 

Six mois plus tard, mon futur mari que je connais depuis à peine un an est président du jury d’un festival de littérature et de cinéma à Monaco. Nous sommes à l’Hôtel l’Ermitage, au dîner d’ouverture, quand soudain je vois mon Patrick Poivre d’Arvor foncer sur moi. Dans sa tête, je lis qu’il se demande pourquoi il n’a pas réussi à me sauter.

 

— Bonjour Sylvie, dit-il en m’embrassant.

— Bonjour Patrick, je réponds en souriant.

 

Puis il se tourne vers Philippe et lui demande :

 

— C’est vous la fusion amoureuse ?

 

J’éclate de rire.

 

— Bravo Patrick, là, vous m'épatez, vous savez quoi, nous allons devenir amis.

 

 

L'écrivain Sylvie Bourgeois Harel et Patrick Poivre d'Arvor
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Je déteste la fumée de cigarettes, je trouve que ça pue et que les personnes qui fument sentent mauvais de la bouche, je ne pourrais d’ailleurs jamais embrasser avec la langue un fumeur, la question ne se pose pas puisque j’aime mon mari, mais il me paraît important de le souligner. Ma maison est une maison non-fumeurs, sauf pour Michel Houellebecq. Il est mon exception. J’adore les exceptions. J’avoue aussi que j’aime être l’exception. Sans exception, la vie serait ennuyeuse, c’est dans l’exception que se trouvent l’étonnement, le charme, la curiosité, la pensée, la joie aussi. Mes autres amis fumeurs vont fumer sur le balcon. Pour en revenir à Michel Houellebecq, un soir - la loi sur l’interdiction de fumer dans les restaurants n’était pas encore passée-, il nous invite à dîner au restaurant, mon mari et moi, pour nous remercier de mes bons repas. J’adore nourrir mes amis, et aussi leur faire des crêpes. Bref, au dessert, je constate que Michel n’a pas allumé une seule cigarette, ce qui pour lui est une véritable gageure, je le lui dis, mais Michel, comment se fait-il que tu n’aies pas fumé ? Il me répond en ouvrant sa chemise avec un sourire d’enfant content. Il s’était posé cinq patchs sur la poitrine qu’il a arrachés pour allumer une cigarette dès que nous sommes sortis dans la rue. Je dois avouer que cette délicate attention m’a beaucoup touchée.
 
Je n’ai fumé qu'à deux périodes dans ma vie. La première, lorsque j’étais interne de ma 3ème à la terminale, j’étais chef de bande, pour asseoir mon autorité, il me fallait fumer d’autant que j’étais toute petite et toute menue. Je n’ai grandi qu’à 17 ans et demi. J’ai pris 17 cm d’un coup. Mon corps s’est transformé brutalement. Un jour, mon soutien-gorge a explosé en cours de chimie. Le samedi suivant, je suis allée en acheter un neuf dans mon magasin préféré, chez Madame Robillard, une dame de mon quartier chez qui j’achetais des dizaines de pelotes de laine et des aiguilles. Je tricotais tout le temps. J’étais une chef de bande qui tricotait et fumait les Disque Bleu sans filtre de mon père qui fumait autant que Michel Houellebecq. La deuxième fois, c’est quand j’ai rencontré Charles qui fumait. Et comme je n’aime pas embrasser les hommes qui fument et que je ne me voyais pas me transformer en marâtre qui râle - déjà je ne râle jamais, je ne dis jamais à mes proches ce qu’ils doivent faire, je ne suis pas du tout ce genre de femme-commandant-rien-du-tout qui veulent imposer aux hommes leur piètre autorité puisée souvent dans leur frustration d’avoir raté leur vie, je préfère éduquer mes intimes à la liberté -, je me suis donc mise à fumer. Dès que Charles allumait une cigarette, j’en allumais une à mon tour. Charles, en bon père de famille plus âgé que moi, pris de culpabilité de me voir fumer à cause de sa mauvaise influence, a très rapidement arrêté. Des années plus tard, quand je lui ai avoué mon stratagème, il m’a même remerciée. Je n’aime que ça, laisser aux hommes que j’aime et qui m’aiment la liberté de leur choix, je déteste les compromis et les discussions à n’en plus finir.
 
Tout ça pour vous dire qu’un mégot de cigarettes peut polluer jusqu’à 500 litres d’eau, en effet, au contact de l’eau, il libère pas loin de 250 substances toxiques dont de l'arsenic, du plomb, du cyanure, de l'uranium, sans compter que les fibres de plastique qui sont dans le filtre vont se fragmenter en microplastique qui risquent par la suite d’être ingurgités par les poissons. Rien qu'en France, 30 milliards de mégots seraient jetés par terre par an, polluant 15000 milliards de litres d'eau, soit l'équivalent de 4 millions de piscines olympiques.
 
Bravo à la Communauté de Communes du Golfe de Saint-Tropez d’offrir des cendriers jetables aux vacanciers-fumeurs sur les plages afin de les sensibiliser et surtout de leur proposer une solution concrète pour déposer leurs mégots qui, pour beaucoup, hélas, terminent trop souvent dans le sable. Il ne reste maintenant plus qu’aux restaurateurs des plages privées et aux mairies d’installer des bacs (entourés de jolies ganivelles) afin de récolter en fin de journée tous ces mégots fumés sur la plage et les envoyer aux entreprises qui les recyclent pour en faire des tas d’objets et aussi, associés à d’autres composants, des briques destinées à la construction. Merci à Amandine qui aime et suit Marcelline sur les réseaux sociaux et à Christelle, rencontrées sur notre plage publique adorée de Pampelonne à Ramatuelle, à notre endroit préféré, notre spot, entre le Club 55 et Kon Tiki.
 
Sylvie Bourgeois
 

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  • : Sylvie Bourgeois Harel, écrivain, novelliste, scénariste, romancière Extrait de mes romans, nouvelles, articles sur la nature, la mer, mes amis, mes coups de cœur
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