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Sylvie Bourgeois Harel - Pierre Bourgeois - Hélène Bourgeois née Onimus - Saint-Tropez - La Ponche

Sylvie Bourgeois Harel - Pierre Bourgeois - Hélène Bourgeois née Onimus - Saint-Tropez - La Ponche

Mes parents dans les cieux

Depuis peu, lorsque je pars nager seule le matin, en général à la Ponche, le vieux quartier de Saint-Tropez, il me vient le désir de parler à mes parents qui sont décédés il y a longtemps, le 4 octobre 1996 pour mon père et le 7 juillet 1997 pour ma mère, à l’âge de 70 et 71 ans. Alors je lève les yeux au ciel, ce ciel qui me semble être la continuité de la mer tant l’horizon les confond, comme si soudain tandis que je flotte dans l’eau et eux dans les cieux, nous étions dans le même monde, dans le même univers, que nous étions tout près, presque à pouvoir se toucher et à communiquer. 

Grâce à se sentiment de proximité de la mer qui semble se prolonger dans le ciel, il me plaît d’imaginer que mes parents sont là, ils sont ensemble, tous les deux, serrés l’un contre l’autre, au-dessus de moi, et ils me regardent. Ils me regardent vivre, nager, penser à eux.

Il me suffit alors de fermer les yeux et d’écouter le silence, le silence de la mer, le silence du ciel, le silence de l’amour, le silence de notre amour pour comprendre que le seul lien qui existe vraiment entre tous les êtres est l’amour, c’est notre force, notre pouvoir, notre sérénité, notre joie… ma joie.

Sylvie Bourgeois Harel

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Pourquoi je n'aime plus les feux d'artifice, par Sylvie Bourgeois Harel

Pourquoi je n'aime plus les feux d'artifice...

Enfant, lorsque nous passions l’été à Cap-d’Ail, chaque semaine, mes parents nous emmenaient à Monaco pour assister au Festival International du Feu d’Artifice. C’était très beau. En revanche, aujourd’hui, j’éprouve un certain malaise chaque fois que j’en regarde un. Le spectacle est toujours très beau, mais je n’y prends plus aucun plaisir. Au contraire même. Ce sentiment de malaise s’est accentué lorsque j’ai dernièrement assisté à celui du 14 juillet. Et pour plusieurs raisons. Déjà, je suis très troublée par le message que cela envoie alors qu’une grande partie de la France brûle. Faire un feu même s’il est d’artifice finit par apparaître, à mes yeux, comme un signe de mépris vis-à-vis de ceux qui ont perdu leurs maisons, de certains pompiers qui sont décédés alors qu’ils luttaient contre l’incendie, de tous ces animaux qui sont morts pris au piège des flammes, de toute cette nature détruite.

Et puis, une autre chose m’inquiète. Les oiseaux. Le lendemain du feu d’artifice du 14 juillet, comme d’habitude, je suis allée faire mon heure de nage dans la mer, l’eau était recouverte de plumes, il y en avait partout. J’ai eu envie de pleurer en les imaginant fuir, terrorisés, peut-être même que certains sont morts, mes martinets, par exemple, je ne les vois plus alors que cet oiseau migrateur, qui est d’ailleurs protégé, reste normalement dans le Sud au moins jusqu’à mi-août.

Ce qui me trouble également, c’est ce besoin de célébrer par un feu d'artifice comme, par exemple, pour le 15 août, une victoire guerrière. Je n’aime pas la guerre. Même si celle-ci est victorieuse. Elle est toujours victorieuse sur des millions de morts. Je préfère rendre hommage à tous ces hommes, en général très jeunes, qui ont perdu leur vie sur le champ de bataille, en priant afin que cela ne recommence jamais.

J’avoue que ce 15 août 2026, je préférerais assister à un hommage à ces morts. Chacun se réunirait dans les rues ou sur une grande place ou sur un port, aux fenêtres des appartements ou sur les terrasses des restaurants. Et à vingt-deux heures, alors que la nuit serait pleine, une musique douce qui appellerait au recueillement et à une méditation collective, emplirait l’espace pendant une dizaine de minutes. Une musique qui nous inciterait à penser à tous nos ancêtres morts à la guerre. Une musique qui nous inspirerait à appeler la paix. Une musique qui inviterait à la prière. Une musique enfin qui remplirait nos coeurs.

À la suite de cela, puisque nous sommes à Saint-Tropez, les cornes de brume des bateaux retentiraient pendant que chacun, comme à la messe, serrerait la main de son voisin ou le prendrait même dans ses bras pendant quelques secondes de partage et d’amour.

Sylvie Bourgeois Harel

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Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine - Club 55 - Ramatuelle

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine - Club 55 - Ramatuelle

Patrice de Colmont et Le Club 55 sur la plage de Pampelonne à Ramatuelle, partenaires historiques de la chaîne Youtube Marcelline l'aubergine créée par Sylvie Bourgeois Harel

En juillet 2016, je suis encore Parisienne. J’habite avec mon mari, le réalisateur Philippe Harel, à Saint-Germain-des-Près, dont je suis amoureuse, c’est le plus beau quartier du monde. J’écris un roman par an. Je vais dans les salons du livre où je suis régulièrement invitée. Également dans de nombreux festivals de cinéma avec mon époux. Je profite de la capitale, de ses restaurants, de ses bistrots, notamment mon cher Café de Flore où d’ailleurs nous nous sommes mariés et où j’ai écrit mon roman Sophie au Flore, paru chez Flammarion. J’adore ma vie urbaine quand, un matin, mon vieil ami de quarante ans, Patrice de Colmont, me téléphone et me propose de venir travailler avec lui au Château de la Mole qu’il vient d’acheter dans le Golfe de Saint-Tropez, afin de rendre cette propriété agroécologique la plus indépendante possible.

J’accepte aussitôt. À condition que ce soit à mi-temps. J’ai besoin et envie de continuer d’’écrire. Et j’aime toujours Paris. Je commence donc mes allers-retours fréquents dans le Sud. Mais l’appel de la forêt et de la mer ont raison de mon écriture. J’écris moins. Je me promène beaucoup. J’écoute le silence des arbres. Je joue avec les petits renards. J’apprends également de nouveau beaucoup sur la nature. Les paroles de ma maman qui connaissait par coeur le nom de toutes les fleurs, de toutes les plantes, de tous les arbres, de tous les oiseaux me reviennent.

Si bien qu’un an plus tard, en juin 2017 exactement, j’ai de nouveau envie et besoin de m’exprimer, de transmettre, de parler de mon amour de la nature et de ce que Pierre Rabhi m'avait appris comme quoi 75% du patrimoine mondial des semences reproductibles avaient disparu. Cela m'avait choquée au point que j'ai créé une association Avec Sylvie on sème pour la vie ainsi qu'une chaîne YouTube Marcelline l’aubergine.

Patrice, immédiatement séduit par l’idée que ce soit un légume avec de belles lunettes dorées, un modèle unique que Cutler and Cross m'avait offert, et un magnifique foulard Inoui, qui s’exprime sur les graves problèmes liés à l’industrialisation de l’agriculture, désire être mon partenaire. Nous signons donc trois contrats, un pour chacune de ses sociétés, son restaurant du Club 55 sur la plage de Pampelonne, à Ramatuelle, sa ferme des Bouis et le Domaine de La Mole, dans lesquels je m’engage à filmer ses lieux et à l’interviewer régulièrement afin de mettre en avant les efforts qu’il fournit pour  servir à ses clients des aliments de qualité, cultivés sans pesticides, ni produits phytosanitaires, dont une grande partie est cultivée sur ses terres.

C’est ainsi que de nombreuses interviews de Patrice de Colmont, décédé le 11 octobre 2025, sont présentes sur la chaîne YouTube de Marcelline l’aubergine, dédiée à la lutte pour la préservation des semences paysannes, libres et reproductibles, dont 75% du patrimoine mondial a disparu depuis l’ère de l’industrialisation de l’agriculture lorsque des grands groupes céréaliers ont confisqué le vivant. Ce que le paysan philosophe Pierre Rabhi, hélas décédé, mais également la star américaine Léonardo DiCaprio, qualifient de crime contre l’humanité.

Léonardo DiCaprio que Marcelline a d’ailleurs rencontré le lendemain du dîner caritatif pour sa Fondation de Protection de la Nature auquel nous étions toutes les deux invitées. En me voyant la photographier au Club 55 au milieu des légumes des paniers de crudités, le beau comédien a saisi Marcelline que je tenais au bout de mon bras et a  éclaté de rire en la voyant. À plusieurs reprises, il m’a demandé who is she, who is she, mais de nombreux fans se sont approchés, et ses copains-gardes du corps l’ont éloigné. Oui, Marcelline est très appréciée par les gens de talent qui ont compris que je n’avais rien à vendre, au contraire, je donne, je donne de mon temps, de mon humour, de mon amour de la nature !

Beaucoup de sujets sont évoqués parmi les 250 vidéos de ma chaîne Youtube : Les blés anciens d’Henri de Pazzis et son pain au levain naturel que l’on trouve dans sa boulangerie Terre de Blé à Saint-Rémy de Provence. Les dégâts de la pêche intensive qu’explique Lamya Essemlali, la présidente de Shepherd France, l’ONG créée par le Capitaine Paul Watson. La Plantation de Seed, le potager de Sydney Biasotto à Grimaud. Beaumanière, le merveilleux hôtel de Jean-André Charrial, le premier chef à avoir créé un potager biologique. Les jardins participatifs de l’Oasis Esperanza, à Grimaud. Mais aussi nos soirées au Café de Flore ou aux Deux Magots, et même au Festival de Cannes. Et bien sûr, une rubrique Le salon littéraire de Sylvie, avec des lectures d’extraits de mes romans publiés, entre autres, chez Flammarion, Fayard, aux éditions Les Escales, aux éditions Blanche, chez Pocket, chez Piper en Allemagne, mais aussi quelques unes de mes nouvelles de mon recueil Brèves enfances, paru au Diable-Vauvert.

Sylvie Bourgeois Harel

 

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Club 55 - Ramatuelle - Plage de Pampelonne

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Club 55 - Ramatuelle - Plage de Pampelonne

Paul Watson - Yana Watson - Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont

Paul Watson - Yana Watson - Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Club 55 - Ramatuelle - Plage de Pampelonne

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Club 55 - Ramatuelle - Plage de Pampelonne

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Paul Watson - Yana Watson - Club 55 - Ramatuelle

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Paul Watson - Yana Watson - Club 55 - Ramatuelle

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Paul Watson - Yana Watson - Club 55 - Ramatuelle

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Paul Watson - Yana Watson - Club 55 - Ramatuelle

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Mon amie Dominique, par Sylvie Bourgeois Harel

Mon amie Dominique par Sylvie Bourgeois Harel

 

Lorsque je commence un texte, que ce soit un roman ou une nouvelle, la première question que je me pose est celle de la distance, de la distance que je dois prendre par rapport à mon sujet. Cette distance entraîne ensuite ce que j’appelle la grammaire de mon roman ou de ma nouvelle. Une grammaire qui va structurer mon récit et lui imposer sa forme. Une distance, une grammaire, une forme que j’ai beaucoup de mal à trouver pour raconter l’histoire de mon amie Dominique. Plus exactement, pour raconter ce que je sais de l’histoire de Dominique.

 

J’ai hésité à écrire son histoire au « je », c’est à dire en me mettant à la place de Dominique. Il m’arrive souvent d’écrire au « je » en me mettant à la place de mes personnages afin d’être au coeur de leur émotion, au plus près de leur intimité. Mais avec l’histoire de Dominique, j’ai essayé, cela n’a pas fonctionné. J’ai eu l’impression d’écrire une fiction. De donner seulement une vague interprétation des faits. D’être dans une sorte d’affirmation. Alors que je ne veux rien affirmer puisque je ne suis que questionnements. Oui, c’est exactement cela, je ne suis que questionnements. Que questionnements et incompréhension. Des questionnements et une incompréhension qui m’attristent toujours autant.

 

Les seules choses que je peux affirmer sont les conversations que j’aie eues avec Dominique durant deux années. Des conversations dont je m’en souviens très bien. Des conversations au cours desquelles je sentais une urgence. Je voulais que Dominique agisse. Et qu’elle agisse vite. Je ne voyais pas d’autre solution. Elle devait changer de vie. Je me souviens aussi que j’étais très inquiète pour elle.

 

Alors, aujourd’hui, je me dois de retranscrire le plus fidèlement possible les conversations que j’ai eues avec Dominique. Ces conversations qui résonnent encore dans ma tête. Pourtant, c’était il y a longtemps. C’était il y a presque trente ans. Plus exactement en 1997.

 

Le 24 juin 1997, j’ai téléphoné à Dominique.

 

— C’est la fin pour maman. Je viens de faire installer l’hospitalisation à domicile afin qu’elle puisse mourir à la maison, dans mes bras. Tu m’as dit l’autre jour que tu voulais partir quelque temps de chez toi, accepterais-tu que je t’embauche histoire de faire les courses et les repas pendant que je m’occupe d’elle, tu auras bien sûr tout le temps pour sortir le soir ou aller à la plage.

— Oh non, pas ma Lélé, ce n’est pas vrai, pas ma Lélé, si forte qui m’a toujours soutenue.

 

Dominique était en larmes.

 

— Elle est trop jeune pour mourir.

— Oui, soixante-et-onze ans, j’ai répondu bouleversée par son chagrin.

— Et elle part seulement quelques mois après ton papa. Elle l’aimait tellement son Pierrot. Elle n’a pas dû supporter son décès. Et lui, sa Lélé, pour ton père, c’était tout, tes parents s’aimaient vraiment. Bien sûr, je viens, Sylvie.

 

Dominique a tenu parole. Le lendemain matin, elle a quitté sa montagne, a roulé durant sept-cent kilomètres jusqu’à Cap-d’Ail où elle est arrivée dans la soirée. Maman est décédée dix jours plus tard, à la maison, dans mes bras. Après l’enterrement, j’ai donné trois mois de salaire à Dominique qui m’a confié son désir de divorcer.

 

— Installe-toi dans la maison de ma mère, je lui ai aussitôt proposé. Il n’y aura personne durant l’été. Dis à tes enfants de te rejoindre, et aussi ton mari, ça vous fera du bien d’être au bord de la mer.

 

J’ai également téléphoné à un ami, Bruce qui cherchait une assistance. Dès qu’il a vu Dominique qui parlait trois langues, il l’a tout de suite embauchée.

 

Je suis repartie à Paris soulagée pour Dominique et contente aussi de lui avoir donné les moyens de réfléchir à son couple, une maison, un peu d’argent, un travail. Mais alors que tout allait bien, le sympathique Bruce est même devenu son amant, les deux avaient eu un coup de foudre réciproque, Dominique est rentrée dans son village au bout de trois semaines. C’était incompréhensible. Son seul argument était que ses enfants de dix-sept et dix-neuf ans ne savaient pas se faire à manger, ce qui, j’avoue, me rendait dingue  qu’elle n’ait pas d’autre ambition que de faire à bouffer à ses gosses qui refusaient de quitter leurs copains durant les vacances.

 

Dominique me faisait énormément de peine. En janvier, je l’ai donc invitée une semaine avec moi en Guadeloupe. Elle n’avait pas beaucoup d’argent. Je lui ai offert l’avion, c’était la première fois de sa vie qu’elle le prenait, l’hôtel, la demi-pension, la voiture de location. Sur la plage, Dominique m’a raconté sa vie.

 

À dix-huit ans, elle s’est mariée avec un beau champion de ski, sélectionné pour entrer dans l’Équipe de France afin de participer aux Jeux Olympiques, rencontré pendant les vacances aux sports d’hiver. Ses parents étaient furieux qu’elle, la belle Parisienne destinée à faire des études, décide de s’enterrer si jeune dans un village de montagne.

 

Mais, contre toute attente, alors que le destin d’André était tout tracé, ses parents lui ont interdit de s’engager dans l’Équipe de France, prétextant des problèmes financiers. Ne pouvant se rebeller car encore mineur,  malgré toutes les compétitions qu’il gagnait, André a abandonné ses rêves et a accepté d’aller travailler dans le magasin que son frère aîné, ancien champion lui aussi mais qui avait raté sa sélection aux Jeux Olympiques, a ouvert quelques mois plus tard.

 

Et puis, un autre bonheur l’attendait. Avec sa belle Dominique, leur premier enfant est né, suivi rapidement du second. Ils ont  aussi pu acheter une maison et même deux chevaux, leur nouvelle passion.

 

Pendant dix années, le jeune couple a été heureux. Mais un jour, leur horrible et plus proche voisin avec lequel ils étaient en procès pour une barrière commune, a expliqué à André qu’il n’était pas devenu un grand champion olympique, à cause de son frère aîné qui, par jalousie, de ne pas avoir été sélectionné, avait incité leurs parents à plutôt investir dans son futur magasin que d’aider financièrement leur plus jeune fils.

 

André était un vrai gentil. Incapable de détester son frère aîné qu’il adorait et même vénérait, il s’est mis à se détester lui-même et a commencé à boire. Énormément. Et à conduire de plus en vite. La vitesse, c’était son truc. Descendre très vite les pistes de ski. Descendre très vite les bouteilles de vin. Galoper très vite sur son cheval noir. Conduire très vite sur les routes enneigées. Il a alors enchaîné les accidents. Et les cures de désintoxication. Mais dès qu’il sortait de la clinique, il repartait encore plus vite dans la destruction.

 

— Et pour clore le tout, a ajouté Dominique, notre fille, pour énerver son père, a couché avec notre horrible voisin, celui-là même qui nous emmerde avec sa clôture et qui a raconté à André la jalousie de son frère. Ce salopard de quarante-cinq ans lui a sorti le grand jeu en lui faisant croire qu’il était amoureux d’elle. Une fois qu’il l’a dépucelée, il l’a quittée sans lui donner d’explications. Elle passe ses journées à pleurer. Quand il l’a appris car, en plus, il s’en est vanté à son père, André est devenu fou, il veut le tuer.

 

— Tu n’as plus une seconde à perdre, ai-je dit effarée à Dominique, prends André que tu aimes toujours et partez immédiatement de tous ces drames, sinon un autre drame encore plus grave va vous arriver. C’est toujours ce qu’il se passe lorsque l’on reste englué dans des situations impossibles.

— Je veux divorcer. Si je reste avec André, je vais sombrer à mon tour. J’ai tout essayé pour l’aider, je ne peux plus rien pour lui.

— Alors retourne vite t’installer dans la maison de ma mère qui est toujours vide pour le moment, prends tes enfants et change de vie, j’ai peur pour toi. Très peur.

 

Dans la foulée, j’ai téléphoné à Bruce qui était d’accord de la réembaucher et, par la même occasion, de redevenir son amoureux et de prendre soin d’elle. Alors sur la plage, Dominique s’est mise a rêver, à faire des projets, à envisager un nouveau départ.

 

Mais de retour à Paris, Dominique n’a plus répondu à mes appels. Le temps a passé. Un matin, un de mes frères m’a appris qu’elle avait eu un accident à cheval. Je lui ai immédiatement téléphoné.

 

— Je suis désolée, Sylvie, je n’osais pas t’appeler, tu as été si gentille avec moi. Je me souviens de tes paroles, de tes conseils, de l’urgence dans ta voix, à me répéter que si je ne partais pas, j’aurais un accident qui me montrerait que je suis sur le mauvais chemin. Tu étais même assez autoritaire à vouloir que j’aille vivre dans la maison de Lélé, à Cap-d’Ail. Je m’en veux terriblement de ne pas t’avoir écouté. J’ai honte.

— Il n’y a pas à avoir honte, Dominique, tout ça est très compliqué. Écoute, dès que tu vas mieux, tu viens passer quelques jours chez moi à Paris, et on avise.

 

Dominique n’a pas eu le temps d’aller mieux. À peine s’est-elle remise, André s’est jeté du haut de la falaise qui surplombait la piste de ski que, plus jeune, il descendait si vite lorsqu’il croyait encore à ses rêves de champion. À son enterrement, son cheval noir, sans selle, ni licol, a suivi, tête baissée, son cercueil jusqu’au cimetière. L’attitude digne de cet animal, le seul à connaître toutes les déceptions et les souffrances de son maître, a imposé un respect que le suicide d’André a fait planer sur tous les habitants du village, ennemis et amis, qui se sont soudain tus en suivant la procession.

 

Quelques mois plus tard, j’apprends que Dominique a eu, cette fois, un accident de voiture. Je l’appelle aussitôt.

 

— Je suis paralysée, je ne peux plus marcher, me dit-elle, je suis sur une chaise roulante. C’est fini. Mes enfants veulent vendre la maison. Je ne peux pas m’y opposer. Lorsque j’ai monté mon commerce avec le petit héritage que j’avais reçu au décès de mes parents, notre avocat nous avait conseillé de changer notre contrat de mariage en Séparation de Biens. Mais quand j’ai fait faillite, nous n’avons pas pensé à le rétablir en Communauté de Biens. Je vais être à la rue.

— Non, Dominique, tes enfants qui sont majeurs maintenant ont l’obligation de s’occuper de toi et de subvenir à tes besoins financiers.

— Ils s’en fichent, je t’assure, maintenant que je ne peux plus leur faire à manger, je ne leur sers plus à rien. Ils sont devenus odieux. Ils n’ont que ce mot en tête, vendre, et me mettre à la porte.

— Je vais t’aider, Dominique, je vais te prendre un avocat que je paierai.

— Il faut que je te laisse, Sylvie, ma fille vient de rentrer. J’ai entendu le clic qui signifie qu’elle a décroché le deuxième téléphone. Elle et son frère écoutent toutes mes conversations. Je ne peux plus rien dire. Ils me surveillent sans cesse. Je te rappellerai. Clac.

 

Le lendemain, un autre clac a retenti dans la chambre de Dominique. Celui de sa nuque qui s’est brisée lorsqu’elle s’est pendue à une poutre au-dessus de son lit.

 

Sylvie Bourgeois Harel

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Mon amie Pascale Garrigues, créatrice de Cheyenne Attitude à Saint-Tropez

 

Cheyenne Attitude rouvre sa boutique de Saint-Tropez, 

au 24 rue du Clocher,

avec sa collection vintage de vestes customisées, peintes et brodées, 

par Sylvie Bourgeois Harel 

 

La styliste Pascale Garrigues, qui a été la première à avoir eu l’idée, en 1998, d’acheter des lots d’anciennes vestes de travail bleues pour les transformer en vêtements branchés, après les avoir customisées, vient de rouvrir, pour la deuxième année consécutive, sa boutique Cheyenne Attitude, au 24 rue du Clocher, au coeur de Saint-Tropez.
Sa collection est démente. Ses vestes vintage, pour femmes ou pour hommes, sont toutes retravaillées de façon unique. Qu’elles soient peintes par des artistes que Cheyenne a découverts dans le Sud de la France ou brodées, des broderies sophistiquées issus de l’artisanat japonais, leurs motifs, leurs couleurs, leurs touches, apportent aux vêtements une dimension presque féérique, surtout lorsqu’il y a dessus des étoiles et des soleils, bleus évidemment.
Sur les portants de son magasin, vous trouverez aussi des sweat-shirts très colorés, des ravissants sacs en tricot, des chapeaux de cow-boy, des bijoux ethniques, des blousons courts ou des délicates vestes en daim très souple, des beiges, des jaunes, des orange, des rouges, des kaki, des marron, avec ou sans franges, ainsi que des vestes de blazer entièrement brodées ce qui leur donne une classe folle couplée à une originalité que l’on est fiers de porter.
Et là, je ne vous parle que de la collection de printemps de Pascale Guarrigues. En effet, dès le mois de juin, ses créations qu’elle fait fabriquer en Italie ou en France, les robes longues, les shorts assortis aux chemises, en popeline ou en éponge, les maillots de bain, les tee-shirts amusants, le tout dans une qualité irréprochable, arrivent.
C’est bien simple, dès que l’on enfile une fringue de Cheyenne Attitude, on a l’impression de plonger dans le Saint-Tropez des Années 70, un Saint-Tropez qui nous manque tellement, même à ceux qui, comme moi, qui ne l’ont pas connu, avec les mots tels que liberté, coolitude, amour, éclats de rires, bonheur, plage, love, peace, amis, tendresse, joie, fun, qui flottent soudain autour de nous, nous enivrant de souvenirs joyeux, d’envie d’aimer, de profiter de la vie. 

 

On sort alors de la boutique de Pascale, les mains dans les poches de notre nouvelle veste, content d’emporter avec nous un peu de l’univers et des passions multiples de cette belle et grande ancienne danseuse du Lido, bikeuse d’Harley Davidson, qui a fait toute sa carrière dans la mode à Milan. 
Sylvie Bourgeois Harel
Mon amie Pascale Garrigues, créatrice de Cheyenne Attitude à Saint-Tropez
Mon amie Pascale Garrigues, créatrice de Cheyenne Attitude à Saint-Tropez
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Chroniques du monde d'avant (8), la plage du Planteur à Ramatuelle, par Sylvie Bourgeois Harel

Chroniques du monde d'avant, la plage du Planteur à Ramatuelle

par Sylvie Bourgeois Harel

J’ai 20 ans et je viens enfin, pour la première fois de ma vie, de passer deux mois idylliques, seule, avec mes parents à Besançon. Mais ce bonheur ne durera pas. Vincent, un de mes frères qui a 3 ans de plus que moi, et avec qui je viens de passer une année très dure à Cap-d’Ail où je travaillais comme hôtesse à Monaco vient de débarquer.

Vincent est beau, gentil, intelligent, très intelligent même, il fait des très belles photos, cite Deleuze et Derrida, ses profs de Fac, mais il ne va pas bien psychologiquement. Personne ne me croit quand je dis qu’il a des problèmes psychiatriques, au contraire, je passe pour la méchante sœur qui veut le faire soigner. Cinq ans plus tard, il sera diagnostiqué schizophrène et sera interné à de multiples reprises.

Comme je ne suis pas en état de le supporter après tout ce que j’ai vécu à Cap-d’Ail, le matin, si je lui disais non, il me mordait le bras pour que je lui donne de l’argent, la nuit, il écoutait trois radios à fond, si des amis venaient dormir, il repeignait leur chambre d’onomatopées de guerrier, je décide de fuir la maison familiale où pourtant j’étais heureuse de profiter de mes parents.

Je téléphone à l’Office de Tourisme de Deauville, Megève et Saint-Tropez, trois villes que je ne connaissais pas, mais qui me faisaient rêver, pour savoir s’il n’y aurait pas une annonce pour du travail. À Saint-Tropez, on me répond qu’en effet, une pizzeria recherche un serveur confirmé. Je convaincs le propriétaire que je suis un serveur confirmé.

Le lendemain, je débarque avec quatre heures de retard, mon train ayant écrasé une vache, peut-être une vache qui, comme moi, s’était sentie obligée de quitter sa famille aimante pour avoir la paix, à la gare de Saint-Raphaël où le frère du patron m’engueule.

À deux heures du matin, le chef de rang de la pizzéria m’accompagne à ma chambre derrière chez Sénéquier, j’étais logée, nourrie, et là, stupeur, il y a deux fois quatre lits superposés, avec sept personnes qui dorment déjà, le huitième lit est pour moi. Non seulement ça pue des pieds, mais il m’est impossible de me coucher dans une telle promiscuité, sans parler du popo qui doit être commun et la douche certainement aussi.

Je retourne voir le patron qui comptait ses sous, suivie du chef de rang qui porte mes trois valises, à 20 ans, je voyageais toujours avec des tonnes de vêtements comme si ma vie en dépendait, aujourd’hui, j’ai tout simplifié, que je parte pour un mois ou trois jours, je prends toujours la même petite valise remplie de l’essentiel.

— Pouvez-vous m’indiquer un hôtel, il est hors de question que je dorme avec sept personnes qui puent des pieds, dis-je au patron qui me regarde, étonné.
— Nous sommes le 1er août, vous n’en trouverez pas.
— Je vais alors dormir chez vous.

Il me regarde encore plus étonné.

— Vous avez une pizzeria, vous devez bien avoir une maison, non ?
— Non, je vis dans un studio avec ma femme et notre bébé.

Le chef de rang avait dû me trouver mignonne, il me propose sa chambre de chef de rang, son statut de chef lui donnait le privilège de dormir seul. Il reprend mes trois valises et les dépose dans une chambre où, en effet, il n’y a qu’un seul lit mais avec une hauteur sous plafond d’un mètre quarante à tout casser, et toujours pas de popo ni de douches. Je le remercie.

J’attends qu’il soit loin et pars me promener dans Saint-Tropez à la recherche de pains au chocolat tout chauds. C’est une manie, la nuit, je mangeais des biscuits ou des pains au chocolat à la sortie des boîtes de nuit où j’adorais aller danser. Et Saint-Tropez est une boîte de nuit géante, il est trois heures du matin et c’est la fête partout, je suis conquise d’autant qu’en face du Yaca, un monsieur vend des pains au chocolat tout chauds.

Tout en avalant mon troisième, je lui raconte mes aventures, mon frère fou, sa poule encore plus folle que lui qui, chaque jour, montait sur la branche du néflier pour pondre son œuf qui, inévitablement, s’écrasait sur la terrasse, mes parents que j’aime et que je suis triste d’avoir été obligée de quitter, la pauvre vache éprise, elle aussi, de liberté, les pieds qui puent des serveurs, le popo en commun, quand un garçon à peine plus âgé que moi qui m’écoutait, fasciné, me propose de m’emmener chez lui, ses parents ont un grand appartement à Port-Grimaud.

J’achète quatre pains au chocolat pour remercier le chef de rang, le gentil garçon prend mes trois valises et hop me voilà enfin couchée, seule, dans un vrai lit avec des toilettes propres et une grande salle bains.

Le lendemain matin, le gentil garçon retarde son retour à Grenoble et m’emmène faire le tour des plages afin que je trouve du travail pour le mois d’août. Je n’avais pas assez dormi, j’étais épuisée, il était vraiment gentil, il me portait sur son dos.

À la Bouillabaisse, ils recherchent un cuisinier confirmé pour le snack. Je les convaincs que je suis un cuisinier confirmé. Par chance, je tombe sur la fille d’amis de mes parents qui travaille également là. Elle me propose de m’héberger chez sa fiancée, une riche allemande plus âgée. Le soir, après le dîner, je comprends que je dois dormir dans leur lit. Je prétexte une folle envie de sortir et file aux Caves du Roy où je danse en dormant debout car je suis exténuée de fatigue.

Pendant trois jours, je mets un fichu sur mes cheveux et je fais des frites et des hamburgers. La nuit, je danse en dormant debout et je mange des pains au chocolat pour tenir le coup. La 4ème nuit, le monsieur me donne le téléphone de son copain qui recherche une serveuse confirmée pour son restaurant Le Planteur situé sur la plage de Pampelonne. Je le convaincs que je suis une serveuse confirmée et je commence à travailler dans ce très joli endroit où je suis logée dans un bungalow pour moi toute seule au bord de la mer où je me baigne matin et soir avec Frantz, le gentil plagiste de mon âge.

C’était une plage d’habitués bien élevés. À 11 heures, je passais entre les matelas prendre les commandes et à 13h, tout le monde était à table. Les deux patrons s'occupaient de la cuisine. L'un était petit et fluet, l'autre était baraqué, tatoué, le crâne rasé, Frantz m’avait dit que c’était un ancien légionnaire ou mercenaire, le genre à ne pas aimer être embêté.

Un jour, comme d’habitude, j’entre dans la cuisine avec mon carnet de commandes plein, mais ils ont tellement bu la veille qu’ils sont incapables de préparer le repas. Sur la terrasse, les clients commencent à s’impatienter. En tant que serveuse confirmée, je prends les dessus et retourne dans la cuisine en tapant dans mes mains :

— Allez, hop, les mecs, je leur dis en riant, il faut vraiment vous mettre au boulot, sinon je vais avoir une mutinerie, nos vacanciers meurent de faim.

Je devais, sans m’en rendre compte, être un brin autoritaire du haut de mes 45 kilos si bien que le mercenaire-légionnaire-tatoué-baraqué-rasé m’a soulevée du sol.

— Non mais, la princesse, je rêve, tu crois vraiment que tu vas me donner des ordres, écoute bien, je n’ai jamais obéi à personne dans ma vie, et ce n’est pas une jolie poupée comme toi avec son petit minois qui vas commencer à me transformer en toutou à sa maman.

Il m’a balancée dans la chambre froide entre les morceaux de viande et les plaquettes de beurre, et l'a refermée en râlant qu’il avait encore soif. Je n’ai eu la vie sauve que grâce au gentil Frantz qui, ne me voyant plus, s’est inquiété. Le petit patron fluet, moins prêt que son copain tatoué à commettre un crime qu'ils auraient dû cacher en me cuisinant le lendemain pour leurs clients afin de faire disparaître mon corps, lui a avoué où j’étais.

 

Sylvie Bourgeois Harel
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Adieu Brigitte Bardot, par Sylvie Bourgeois Harel

Adieu Brigitte Bardot

 

J’ai reçu de nombreux messages me demandant pourquoi je n’avais rien écrit sur Brigitte Bardot. Je n’ai rien écrit parce que j’avais plutôt envie de lui rendre un hommage en agissant. J’aurais aimé profiter du projecteur installé sur le port de Saint-Tropez devant chez Sénéquier et le Gorille, et projeter, le lendemain de son décès, le lundi, ou un autre jour, à 18 heures, sur les murs des immeubles, à l’emplacement du spectacle actuel de Noël, une série de photos d’elle, tout en diffusant sa chanson La Madrague. Puis, la corne de brume du port aurait sonné ainsi que toutes celles des bateaux présents, pendant trois minutes.

C’est très beau la corne de brume. C’est puissant. Émouvant. Ça inspire le voyage, le départ, l’inquiétude, le deuil. Ça impose le silence. Un silence pour dire merci à Brigitte Bardot. Pour la féliciter. Pour l’accompagner. Pour l’honorer. Pour la glorifier. Un silence à la hauteur de sa vie, de sa beauté, de sa générosité, de son aura, de son charme, de son charisme.

J’aurais demandé aux bergers du ranch de la Mène, présents sur la place de la Garonne, de venir nous rejoindre avec leur lama, leur âne, leurs chèvres, leurs moutons et même leur adorable sanglier bien élevé qui trotte avec ses petits sabots comme une danseuse sur ses pointes. De nombreuses personnes auraient emmené leurs chiens, peut-être même leurs chats, leurs lapins ou leurs perroquets. Les deux carrioles avec leurs chevaux de traie se seraient garées à nos côtés. Des torches, des briquets, des bougies auraient illuminé nos regards. Des vaporisations de Jicky de Guerlain, le parfum préféré de Brigitte Bardot, auraient été diffusés.

Voilà, j’aurais adoré pouvoir réunir nos amis les animaux, les Tropéziens, les vacanciers, les admirateurs, tout ceux qui ont aimé et aiment encore Brigitte Bardot, dans ce simple adieu qui lui aurait certainement plu, elle qui avait quitté le luxe et les mondanités pour venir vivre simplement à Saint-Tropez, pieds nus l’été à se balader dans les rues, à danser sur les plages, à faire son marché, une beauté naturelle parmi la beauté de ce village face à la mer qu’elle aimait tant.

Cette chaleureuse communion imaginaire avec nos amis les animaux autour d'un adieu local à Brigitte Bardot existe dorénavant en mots, et restera dans mon coeur, j’espère également dans le vôtre.

Sylvie Bourgeois Harel

Adieu Brigitte Bardot, par Sylvie Bourgeois Harel
Adieu Brigitte Bardot, par Sylvie Bourgeois Harel
Adieu Brigitte Bardot

Adieu Brigitte Bardot

Adieu Brigitte Bardot, par Sylvie Bourgeois Harel
Adieu Brigitte Bardot, par Sylvie Bourgeois Harel
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Sylvie Bourgeois Harel - Gigaro - novembre 2025

Sylvie Bourgeois Harel - Gigaro - novembre 2025

Papa est mort, une nouvelle de Sylvie Bourgeois Harel

"Papa est mort. Dorénavant, je suis riche. Très riche. Mais je n’ai plus de papa. En même temps, je ne l’ai jamais vraiment connu. Ma douleur n’a pas été la même que lorsque j’ai perdu Yvan. Yvan, c’était mon chien depuis je suis enfant. Il est décédé l’été dernier, j’ai pleuré sans m’arrêter. Il connaissait tout de moi, mes secrets, mes doutes, mes chagrins. Tandis que mon papa, il ne savait rien de mes attentes, de son absence, de mon manque.

Alors, oui, j’ai pleuré, mais contrairement à Yvan pour lequel j’ai pleuré sur le trop plein d’amour qu’il m’avait donné, pour mon père, j’ai pleuré sur le vide de notre relation. Un vide que je ne pourrais plus jamais combler. Un trou. Un trou béant. Voilà, j’ai pleuré sur ce trou béant qui s’ouvrait devant moi. Un trou géant que l’argent ne pourra jamais compenser. Je n’ai pas de souvenirs à mettre dedans, ou alors si peu.

Je me souviens des rares occasions où il est venu me garder à la maison quand ma mère s’était faite opérer. J’étais encore petit. Ma mère était malade de la maladie de ne pas avoir de mari. Ni de papa pour son fils. Ni d’homme dans son lit. Elle m’avait expliqué que je ne devais pas avoir peur qu’elle meure. Elle m’avait même acheté un livre qui racontait, en images, comment les enfants devaient réagir face à la maladie de leurs parents. Je l’avais jeté. Je ne voulais pas de livre. Je voulais une maman en bonne santé et un papa assis devant la télé, comme les parents de mon meilleur copain lorsqu’ils m’invitaient à dîner.

Les sept fois où ma mère est partie à l’hôpital, mon père est venu me garder à la maison. Je ne suis jamais allé chez lui. Chez lui, il y a sa femme qui me déteste et ses jumelles plus âgées avec lesquelles je n’ai jamais joué. J’étais content qu’il s’occupe de moi. Très content même. Très content, mais horrifié. Horrifié car s’il était là, c’était parce que ma mère était malade. C’était comme si je devais choisir entre une mère en bonne santé et un père absent, ou bien, une mère malade et un père à la maison.

Une nuit, j’avais dix ans, j’ai ardemment prié pour que ma mère meure ainsi mon papa serait obligé de s’occuper de moi. J’entrais enfin en vainqueur dans sa belle maison qui est dix fois plus grande que la nôtre. Sa femme serait obligée de me faire à manger et les jumelles de jouer avec moi. Je devenais un roi dans mon nouveau chez-moi. D’un côté, cette nouvelle perspective d’aller vivre, avec mon chien Yvan, chez mon père, me mettait en joie, mais de l’autre, je voyais la tombe sombre de ma mère dans le noir d’un cimetière. Cela m’avait plongé dans une angoisse terrifiante. Je ne pouvais plus respirer d’autant qu’une petite voix me forçait à choisir entre mon père et ma mère. Alors lequel préfères-tu ? insistait-elle, avançant toutes sortes d’arguments pour m’influencer à choisir mon père : regarde, ajoutait-elle, tu te disputes souvent avec ta maman, avoue que tu ne l’aimes pas tant que ça, en plus, elle n’est pas très jolie, elle ne te fait pas bien à manger, elle t’embête à toujours te demander de ranger ta chambre ou de faire tes devoirs, tandis que ton papa, au moins, lui, il te fiche la paix. Et puis, il est beau. C’est bien simple, tout le monde l’adore, et il ne te questionne jamais à savoir si tu as une fiancée ou si tu as appris ta leçon.

Au réveil, j’ai failli demander à aller en pension. Mais quand j’ai compris que je ne verrai plus Yvan, je me suis tu. J’ai passé mon enfance à me taire. Lorsque je voyais ma mère couchée dans son lit d’hôpital qui me souriait pour me rassurer que tout allait bien, je me taisais. Le soir, lorsque mon père me préparait des coquillettes au jambon, je me taisais. Je crois que ça l’arrangeait car il se taisait aussi. Nous étions deux silencieux qui n’avons jamais eu le courage de nous parler.

Notre silence ne durait jamais très longtemps. Dès que ma mère rentrait de l’hôpital, il était aussitôt remplacé par l’absence de mon père, le manque, l’abandon, le rêve d’un papa avec qui je serais allé au cinéma ou skier. Les premiers jours, j’en voulais terriblement à ma mère d’avoir guérie si vite. Je m’en voulais aussi de ne pas avoir trouvé le moyen de rompre le silence avec mon père. Mais j’avais trop de mots dans ma tête pour un enfant, trop de mots à lui dire, trop de mots qui se bousculaient, qui créaient un chaos dans mon cerveau. Surtout, je n’arrivais pas à lui demander pourquoi il ne m’aimait pas au point de m’emmener, ne serait-ce qu’une journée, me promener avec lui. On aurait embarqué Yvan qui aurait été ravi.

Mon père repartait alors dans sa grosse voiture, emportant avec lui son silence. De mon côté, pour ne pas pleurer, je m’enfermais dans ma chambre et je me griffais les bras de rage. De colère. D’amour. De haine. Je me griffais jusqu’au sang. Puis, je prenais les ciseaux à ongles et je me rayais les cuisses. Des rayures qui signaient mon malheur, qui racontaient mon incompréhension, qui gravaient dans ma chair mes questionnements.

Ce matin, à son enterrement, devant son cercueil, je suis devenu le silence de mon père. Je ne dis pas un mot. Je ne pleure pas. Je ne suis pas triste. Son silence est maintenant gravé dans l’éternité. Je suis juste hébété lorsque des personnes que je connais pas viennent m’embrasser, étonnées que je sois son fils. Ma mère me pousse alors un peu sur le devant comme un trophée. Elle pense avoir gagné alors qu’elle vient de perdre son fils. J’ai 18 ans. Je m’appelle Antoine. Je vais hériter. Je vais devenir riche. Très riche. Mais je ne veux pas de cet argent qui a volé mon enfance.

Soudain, j’entends la voix de mon père. Mon père rompt son silence, pour la première fois, alors qu’il est mort depuis cinq jours. Je me rapproche discrètement de son cercueil. Il me dit qu’il m’a toujours aimé. Il me demande pardon de ne pas avoir su me parler. Il était en colère contre ma mère. Il ne l’a jamais aimée. Il l’a prise par vengeance. Par déception. Par désespoir. L’amour de sa vie venait de se marier. Il n’avait pas su la garder. Elle était si jeune. Il l’a laissée partir. Il a tellement souffert qu’il a pensé mourir. Ma mère était là. Il l’a prise pour rester vivant. Il lui a demandé d’avorter. Il a crié. Hurlé. Elle a résisté.

— Et tu es né, continue la voix de mon père. Tu étais mignon, un très joli bébé, mais je te voyais comme une punition d’avoir perdu mon amour. Je suis désolé. Mais maintenant, d’où je suis, je peux enfin te parler. Je suis libéré.

La procession commence. Le cercueil s’éloigne. Je reste sur place. Je ne bouge pas. Je veux entendre encore cette voix. La voix de mon père qui m’aime. Je ne suis pas triste. Je ne pleure pas. Je suis heureux. Son silence est gravé dans l’éternité. Mais ce silence me parle. Son silence me grandit. Son silence m’apaise. Je pense à Yvan. Quand il me léchait les mains pour me signifier qu’il comprenait mon chagrin. Je pense aux coquillettes-jambon que mon père me préparait. Je pense au sang sur mes bras qui racontait ma douleur.

Je suis heureux. J’ai un papa."

Sylvie Bourgeois Harel

Sylvie Bourgeois Harel - Gigaro - novembre 2025

Sylvie Bourgeois Harel - Gigaro - novembre 2025

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Un Rodin, sinon rien

Un Rodin, sinon rien...
 
Durant cet été 2024, je suis en colère de voir ces gros objets dorés et clinquants, avec une tête de smiley qui, soi-disant, questionnent sur le rapport de l’argent et de l’amour, un des pipeaux habituels des artistes qui ont besoin de théoriser leurs lacunes et leurs laideurs qu’ils pondent de façon industrielle (mais qu’ils vendent bien sûr en édition limitée…), être érigés en œuvres d’art à Saint-Tropez, alors qu’ils ne devraient pas sortir des lieux privés des galeries qui les représentent et les vendent.
 
Étant très admirative des sculpteurs, des génies, des artistes talentueux, qui ont éduqué et forgé ma capacité de contemplation, je vis cela comme une véritable pollution visuelle.
 
Mais ce qui me désole le plus, c’est de voir les pauvres passants s’arrêter devant pour les photographier ou ricaner parce qu’ils trouvent rigolo de voir un gros bonhomme doré avec une tête de smiley, et mignon un cœur qui s’envole, pensant que c’est de l’art puisqu’on les expose de façon aussi imposante et présente, une sur le port, une autre devant l’hôtel de Paris, une devant le Musée de l'Annonciade (qui contient d'ailleurs de magnifiques toiles de Bonnard et de Kees Van Dongen), une devant le Musée de la Gendarmerie et du Cinéma, et celle-ci devant chez Sénéquier.
 
Lorsque je suis devant une œuvre d’art, une vraie, je suis fascinée. En arrêt. Le temps s’arrête. Place au divin. Place à l’éternité. Place au calme. Place à la sérénité. Place à la paix, Place à la beauté, celle qui nous survivra, celle qui traversera les siècles, celle qui nous donne une raison d’espérer.
 
Je suis gênée par toute cette confusion mercantile qui veut nous faire croire que ces objets de consommation sont des œuvres d’art. De mon côté, je ne suis pas dupe, mais je suis triste de la duperie organisée en arnaque pour tous ces gamins à qui l’on ferait mieux de montrer un coucher de soleil, d’autant qu’ils sont particulièrement sublimes depuis le port de Saint-Tropez, un des rares ports de la Méditerranée à être face au soleil couchant.
 
En plus, ces objets ont des têtes de smiley, le degré zéro de la médiocrité qui a pratiquement remplacé le langage sur les réseaux sociaux. Ces smiley qui ont déjà suffisamment inondé la pauvreté des SMS sur les smartphones. Ces smiley qui, en un quart de seconde, ont pris la place des quelques mots que les adolescents, et les plus grands aussi, auraient pu écrire pour exprimer avec délicatesse leurs émotions, leurs fous-rires, leurs émois, leur amour, leurs désirs, leurs colères.
 
Je suis également écœurée par le message mensonger, soi-disant, plein d’amour et de poésie que ces gros objets manufacturés véhiculent, alors qu’ils appartiennent à 100% à la société de consommation, et à l’arnaque du marché de l’art contemporain que l’artiste veut nous faire croire qu’il dénonce.
 
C’est malhonnête de justifier une démarche commerciale avec un argument de bons sentiments, c’est digne des plus gros prédateurs. Il veut nous faire croire qu’il est hors-système alors qu’il est totalement dans le système qui, lui, a besoin de nous faire croire qu’il existe encore des vrais artistes sincères et talentueux.
 
Saint-Tropez est suffisamment beau. Saint-Tropez n’a pas besoin de ces anecdotes brillantes qui puent le fric et l’arnaque. A Noël, le gigantesque sapin posé devant chez Sénéquier était parfait, en été, un bel olivier, un immense laurier, ou un massif de lavande, symboles de la Provence, serait parfait aussi. Ou un Rodin. Ou rien. C’est très bien rien. C’est beaucoup mieux que ces gros cacas dorés.

Sylvie Bourgeois Harel
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Agrandissement du Musée de l'Annonciade à Saint-Tropez

Agrandissement du Musée de l'Annonciade à Saint-Tropez
 
Je suis bien triste et inquiète d’apprendre que cette petite maison très ancienne de Saint-Tropez, appelée par les uns maison des torpilleurs et par d’autres, maison des douanes, va être bientôt démolie afin que soit construit, à la place, l’extension du musée de l’Annonciade qui vient d'obtenir le label de musée d'Art Moderne. 
 
Triste car le village de Saint-Tropez est beau grâce à l’authenticité de ses vieux bâtiments et de ses anciennes maisons qui reflètent si bien son passé. Un passé qui nous rassure. Un passé simple et sans chichis. Un passé qui nous rappelle un mode de vie calme et joyeux. Un passé qui rayonne dorénavant dans le monde entier. C’est ça, Saint-Tropez, et pas autre chose. C’est un équilibre fragile fait avec juste quelques pâtés de vielles maisons qui ont miraculeusement résisté à la modernité grâce à certains artistes et esthètes qui, après la Seconde Guerre mondiale, ont acheté ces vieilles demeures qu’ils ont eu le bon goût de restaurer à l’identique. Grâce aussi à la vision de Louis Fabre, le maire de l'époque, qui s’est battu afin que les bâtiments bombardés du port soient reconstruits à la même hauteur qu’à l’origine, et qu’il n’y ait aucune spéculation financière de la part des propriétaires qui auraient bien aimé bâtir deux ou trois étages de plus.
 
Outre les mille Tropéziens qui sont partis, après avoir vendu leurs biens, dans les Années 50, certains amoureux de leur village sont restés et n’ont rien changé, habitant toujours dans la demeure de leurs parents et grands-parents qu’ils conservent avec fierté, ne cédant pas aux sirènes de l’argent. 
 
Aujourd’hui, il est inutile de vouloir changer Saint-Tropez, au contraire, le seul slogan possible pour Saint-Tropez doit être : "rien ne doit changer', et encore moins de le moderniser. Moderniser Saint-Tropez est un oxymore, une insulte à sa beauté. Si on change Saint-Tropez, si on essaye de le moderniser, le village perdra son âme, son charme, sa magie. En effet, je me répète, mais cette magie ne vient que de son passé, que des vestiges de son passé, avec ses petites ruelles et ses maisons de pêcheurs de la Ponche, aux couleurs des murs et des volets toutes différentes. 
 
La seule ambition de Saint-Tropez devrait de se battre uniquement pour réussir à le figer dans le temps. Et ce n’est pas une mince affaire quand on voit toutes les constructions, plus ou moins récentes, qui ont et continuent de saccager ses alentours. Fini les potagers, les petites maisons de maçons, les champs, la verdure, qui l’entouraient. Fini cette magie, place au béton. Quelle tristesse ! D’autant que ces abords verts et fleuris faisaient partie de la magie de Saint-Tropez. 
 
Le seul mot qui doit convenir à Saint-Tropez est préservation. Préservation. Préserver. Restaurer. Protéger. Sauvegarder. Il faut de toute urgence avoir la vision d’un Louis Fabre afin de laisser à nos enfants et nos petits-enfants, ce coin de beauté unique qu’est notre village. Ça relève du devoir, de l’éthique, de la transmission. Chaque détail compte.
 
On n’a pas besoin de bâtisseurs ou d’idées soi-disant de grandeur à Saint-Tropez. Saint-Tropez est grand tel qu’il est. Dès qu’une entreprise de construction ou un promoteur immobilier y touche, à chaque fois, on perd de son authenticité. Les Tropéziens sont fiers de leur devise : Ad Usque FidelisFidèle jusqu’au bout. Alors, à notre tour, soyons fidèles à cette devise. Soyons fidèles à Saint-Tropez. Personne ne devrait s’arroger le droit de le transformer, de le moderniser, de le gâcher, de le défigurer. Et surtout au nom de quoi ? Et puis, la beauté intemporelle, féérique et magique de Saint-Tropez, que nous envie le monde entier, est précieuse. Je n’ai à ma connaissance aucun exemple d’une construction jolie et réussie qui ait été bâtie à Saint-tropez depuis 1950. Aucune. Les bâtiments d'habitation érigés après cette date sont tous hideux. 
 
Saint-Tropez est un musée, un musée certes luxueux, mais un musée tout de même. Il doit être pensé comme un musée. Il est impossible de l’agrandir indéfiniment. Il n’y a pas la place. Il est impossible également de créer de nouvelles routes puisque nous sommes une presqu’île, sinon les voitures tourneraient en rond à la queue leu leu, sans jamais pouvoir se garer. C’est mathématique et physique, du pur bon sens !
 
Il est urgent de penser Saint-Tropez dans le « moins de monde » et non pas « dans le plus de monde » qui est destructeur. Lors des siècles passés, les habitants ont su vaillamment combattre les pirates et les envahisseurs venus de toutes parts qui désiraient se l’approprier. À notre tour, sachons repousser les envahisseurs d’aujourd’hui qui s’appellent modernité, restructuration, immeubles…
 
Alors, oui, quand j’apprends que cette jolie petite maison ancienne et toute brinquebalante va être démolie au nom de l’agrandissement du musée de l’Annonciade et de sa modernité afin d’attirer plus de visiteurs, je suis inquiète. Ce musée avec ses 30000 personnes qui le visitent par an, c’est déjà énorme, pourquoi en vouloir 80000 tel que cela a été annoncé ? Oui pourquoi ? Cela me fait penser à la fable de Jean de La Fontaine, La grenouille qui se veut faire plus grosse que le boeuf
 
Comme dans toute réflexion sérieuse, j’aime revenir à la base, à la source. Donc je reviens en 1922 lorsque les peintres Paul Signac, Henri Person et André Turin, tombés amoureux du village où ils étaient venus peindre et s'installer, décidèrent de créer un Musée d’Art Moderne à Saint-Tropez, qu’ils baptisèrent le Museon Tropelen, et qu’ils installèrent dans une salle de la mairie, après avoir demandé à chacun de leurs amis qui avaient peint Saint-Tropez d’offrir une toile. Ce n’est qu’en 1937 que l’héritier et collectionneur Georges Grammont décida de réhabiliter le premier étage du bâtiment de l’Annonciade que venait de quitter un chantier naval qui, devant ses problèmes financiers, décida de ne garder que le rez-de-chaussée. En effet, la loi du libre échange provoqua beaucoup de faillites parmi cette profession, les armateurs préféraient dorénavant faire construire leurs bateaux en Grèce ou dans des pays aux prix plus compétitifs. Bref, en 1950 lorsque le chantier naval a mis définitivement la clef sous la porte, Grammont a réhabilité le bâtiment en entier. Le 7 août 1955, jour de l’inauguration, le musée de l’Annonciade était né dans sa configuration actuelle. Le pauvre Grammont qui donna 57 de ses oeuvres n’en profita pas longtemps car il décéda très rapidement après. 
 
C’est donc grâce à l’amour et à la connaissance de la peinture de Signac, de Person, de Turin et de Grammont, que ce musée existe et qu’il est merveilleusement doté de chefs d’oeuvre. C’est leur inspiration et leur désir de laisser une trace qui font la force et le caractère de ce musée. Il est essentiel de le laisser tel quel. de leur rester fidèles. Chaque été, des expositions temporaires se succèdent, nécessitant, j'imagine, un peu de déménagement et d’organisation pour les employés, mais ça fait aussi partie du charme. 
 
Et quant à cette petite maison, elle aussi fait partie du charme du lieu. Au lieu de la recouvrir de panneaux signalétiques qui ne lui font pas honneur, il serait préférable de les retirer et de ne mettre qu’un joli texte expliquant son histoire et l’histoire des chantiers naval qui ont fait la réputation de Saint-tropez où les plus belles tartanes étaient fabriquées. Et de ne surtout pas la détruire. Elle aussi fait partie du patrimoine de Saint-Tropez. On aura quoi à la place, un bâtiment bien droit, tout propre, façon Gifi ou Ikéa, quelle horreur ! Quelle désolation. Quelle pauvreté d’architecture ! Ce pauvre cher Paul Signac doit se retourner dans sa tombe !
 
Sylvie Bourgeois Harel 
Agrandissement du Musée de l'Annonciade à Saint-Tropez
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