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Buzz Aldrin

Buzz Aldrin

 

La Pleine Lune du Loup me fait penser à une rencontre lunaire. Nous sommes fin 2003 ou début 2004, mon premier livre, Lettres à un monsieur, venait d’être publié. Comme il s’agissait de lettres érotiques destinées à un homme qui avait des problèmes d’impuissance, j’avais attiré autour de moi tout un aéropage de messieurs très mondains, très riches, et plus tout jeunes, qui avaient été séduits par le style généreux, compréhensif et sensuel de mon écriture.

 

Ce soir-là, je suis donc invitée par un vieux gentleman aristo à un cocktail très chic dans des salons somptueux. Je ne connais personne. Je m’ennuie gentiment vers le buffet à picorer un ou deux toasts au saumon quand un Américain aux cheveux blancs vient me saluer, suivi d’une femme blonde, toute fine et élégante.

 

— We get the impression that you’re just as bored as we are.

— And not just a little, admit, it’s not very funny here, je leur réponds, ravie de papoter un peu en anglais.

— Let me introduce myself, my name is Buzz Aldrin, the man who came from the moon, and this is my wife, Loïs.

— Nice to meet you. I’m Sylvie from Saint-Germain-Saint-Prés.

— Great ! Tell me about life in Saint-Germain-des-Prés, I love this place.

 

Alors, je leur raconte le Café de Flore, Castel, l’église Saint-Sulpice, les bords de Seine, la Librairie des Femmes. Au bout d’une demi-heure de fous rires, Buzz m’invite à déjeuner avec eux le lendemain au Ritz.

 

— Great ! j’acquiesce dans un grand sourire avant de filer justement au Flore que je trouvais plus amusant que ce cocktail qui n’avait plus d’intérêt puisque j’avais terminé tous les toasts au saumon.

 

Le lendemain à 13 heures, j’arrive toute contente au restaurant du Ritz où Buzz et Loïs m’attendent. Le déjeuner est très joyeux. Je suis en train de terminer mon chariot de desserts quand j’aperçois le vieil aristo de la veille qui nous rejoint et s’assied à notre table. Je comprends qu’il avait dû m’espionner lorsque j’avais parlé avec Buzz qui était quand même la star de la soirée, et entendre le lieu de notre rendez-vous. D'où son incrustation. Devant l’air étonné de Buzz, il se présente et commence à lui poser plein de questions à propos de son voyage sur la lune. Lassé de devoir encore parler, certainement pour la cent millième fois d'Apollo II, de Neil Armstrong et de leur alunissage, mon astronaute se ferme. Mais l'aristo ne voit rien. Il ajoute  qu’il organise des conférences dans son château où il produit un très bon cognac, il en a d’ailleurs apporté une bouteille qu’il lui offre, et qu’il aimerait l’inviter.

 

Bref, je vois mon "cosmonaute" se décomposer. L'ennui se lit sur son visage. Fini pour lui le charme de notre déjeuner impromptu où nous nous sommes racontés des bêtises d’adolescents qui nous faisaient bien rire. Très rapidement et très poliment, Buzz prend congé de l’aristo et me donne ses coordonnées.

 

— Let’s stay in touch, Sylvie, it’s was a pleasure.

 

L’aristo, vexé du départ précipité de Buzz Aldrin, se tourne vers moi.

 

— Votre déjeuner a dû être passionnant, Sylvie, il vous a raconté son voyage sur la lune ?

— Ben non.

— Comment ça, vous ne l’avez pas questionné sur son exploit ?

— Ben non.

— Mais de quoi lui avez-vous parlé alors ? Il avait l’air si content de faire votre connaissance.

— Ben de moi, évidemment !

 

Sylvie Bourgeois Harel

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Chroniques du monde d'avant - 6 - Les César créés par Georges Cravenne

Chroniques du monde d'avant - 6 -

Les César créés par Georges Cravenne

À 18 ans, de Besançon où j'habitais chez mes parents, j'envoie une lettre à Georges Cravenne, le créateur des César, des Molière, des 7 d’Or, dans laquelle, je lui exprime mon désir de travailler avec lui car je trouve formidable sa façon de promouvoir le cinéma français. Il ne m'a jamais répondu.

« Sept ans plus tard, je vis avec son fils aîné, Charles. Nous nous sommes rencontrés chez Castel. Nous étions ravis de faire partie des 1% de couples rencontrés en boîte de nuit. Nous avons vécu quinze ans ensemble. Charles est d’ailleurs toujours dans ma vie. Avec mon mari, ils s’adorent. Cela a été mon ambition et mon travail de faire en sorte que mon ex et mon mari soient amis. J’ai du mal à éliminer les bonnes personnes de ma vie, je préfère les additionner, et que l’on fasse groupe tous ensemble autour de l’amour que l’on se porte. D’ailleurs, à l’instant où j’écris ces quelques lignes, Charles est à la maison en train de nous cuisiner un risotto délicieux. Il cuisine aussi bien qu’un grand chef. 

Georges Cravenne que j’avais sollicité et qui ne m’a jamais répondu est donc devenu mon beau-père. On s’appréciait beaucoup. À l’époque, je travaillais en free-lance dans la communication. Je ne voulais pas être embauchée à plein temps. Je n’aimais que les missions ponctuelles, synonymes de liberté. Georges m’embauchait alors régulièrement pour gérer les invitations lors des César, des Molière et des 7 d’Or. C’était très rigolo. Le téléphone n’arrêtait pas de sonner. Tout Paris voulait y assister. Étant donné que j’étais la plus jeunes, ses vieilles assistantes, Colette, Anne, Micheline, Jacqueline, Yvette, me passait systématiquement les demandes les plus saugrenues, surtout celles qui revenaient chaque année, à l’instar de celles de Monique Lang qui me harcelait afin que son mari, Jack, soit bien assis dans l’angle des caméras pour qu’il soit vu plusieurs fois à la télévision lors de la retransmission en direct de l’émission. 

De son côté, Georges, qui avait créé en 1975 l’Académie des arts et techniques du cinéma, s’occupait des stars françaises et américaines. Il les connaissait toutes. Son préféré était Kirk Douglas qui avait épousé Anne, sa petite amie, ce qui les avait soudés à vie. Comme Charles et mon mari. Des êtres généreux qui savent aller au-delà de la jalousie. Qui ont compris que le lien créé par l’amour est ce qu’il y a de plus fort. De mon côté, j’invitais mes parents, mes frères et, en cachette, de nombreux amis comédiens qui rêvaient de participer à la soirée. 

La cérémonie était longue, mais elle avait de la tenue, de l’élégance, de la classe. On n’était pas là pour rigoler, mais pour mettre à l’honneur le cinéma français. Tout était conçu et pensé pour offrir du rêve. Pour donner envie d’aller voir les films. Pour apporter de l’émotion. Je me souviendrai toujours de Bernard Blier, qui, lors de son hommage, était arrivé en chaise roulante dans les coulisses. Il était très malade, mais avait tenu à être présent. Au moment d’entrer en scène, comme par miracle, guidé par son amour pour son métier et son respect pour le public, sans l’aide de personne, il s’était levé afin de se présenter debout à la salle qui lui avait immédiatement fait une standing ovation. Tout le monde était en larmes. Vingt-cinq jours plus tard, Bernard mourrait. Il avait été digne jusqu’au bout. 

Si je devais résumer en quelques mots la fascination que Georges Cravenne avait pour le cinéma, ce serait justement la dignité, mais aussi le respect, le talent, l’honneur, l’élégance. Georges vénérait les comédiens, les réalisateurs, les producteurs. Hormis les César, les Molière et les 7 d’Or, il organisait les plus prestigieuses avant-premières de Paris ainsi que les soirées les plus spectaculaires pour faire parler d’un nouveau produit, d’une nouvelle marque. Dès les débuts dans son métier de Relations Publiques, il avait inventé de créer l’évènement en invitant les personnes les plus célèbres associées aux plus riches, le tout dans des décors extraordinaires, fastueux et étonnants, afin d’obtenir le journal de 20 heures et un maximum de presse, les journalistes et photographes conviés étant fascinés par ce melting-pot mondain prêt à tout pour s’amuser car les soirées de Georges savaient marier humour et tenue. 

Pour en revenir aux César, un autre joli souvenir date de 1990. Lorsque Kirk Douglas arrive au théâtre des Champs-Élysées, tous les visages sont emprunts d’admiration. Après avoir monté les escaliers, avant de répondre à une interview d’Antenne 2, il s’est retourné en riant et a offert son plus beau sourire et sa célèbre fossette aux invités médusés. On avait à la fois Spartacus, Van Gogh, le Colonel Dax des Sentiers de la gloire, et le côté tendre et complice du meilleur ami de Georges. 

Après la cérémonie, un grand dîner très chic nous attendait au Fouquet’s. J’installais mes parents qui venaient spécialement de Besançon pour la soirée. J’étais fière de les avoir avec moi. Mon père qui était très drôle arrivait à sympathiser avec des producteurs américains alors qu’il ne parlait pas un mot d’anglais. Tout était dans le style et la gestuelle !

Une fois tous les invités partis, avec Charles, Georges et Daniel Bart, son fidèle assistant, nous nous asseyions aux côtés de Maurice Casanova, l’adorable et rigolo propriétaire des lieux, un Corse, grand amoureux des stars lui aussi, et nous faisions le débriefing de la soirée. Les anecdotes pleuvaient. On riait, soulagés qu’elle soit réussie. Georges décompressait. Il souriait enfin. Au moment de récupérer nos manteaux au vestiaire, il remerciait Charles de sa présence. Charles travaillait dans la distribution de films américains, chez Columbia-Tristar, mais se libérait chaque année pour aider son père.

Parmi les choses  entendues sur les César, voici quelques petites précisions : 

Jean-Paul Belmondo a longtemps boudé la cérémonie, vexé  que Georges n’ait pas demandé à son père sculpteur ( jeune, ma maman posait pour lui afin de payer ses études, elle est d’ailleurs en ange dans la cathédrale d’Amiens ) de créer la statuette. Mais Georges a préféré choisir son ami César dont le nom avait la même consonance que les Oscar, et qui rappelait également le grand Marcel Pagnol. 

Georges a toujours déclaré avoir créé les César par rapport aux Oscar. Il voulait la même cérémonie pour la promotion du cinéma français. La seule différence était que les Américains votaient uniquement dans leurs catégories, les acteurs pour les acteurs, les scénaristes pour les scénaristes… Georges avait tenu à ce que toute la profession vote pour toutes les catégories. 

Georges n’a jamais dévoilé les résultats que pourtant il connaissait dès 16 heures lorsqu’il les découvrait chez l’huissier. Il repartait avec toutes les enveloppes cachetées qui n’étaient ouvertes que durant la cérémonie. Même Alain Delon qui le lui avait demandé, pourtant très proche de Georges, n’a jamais su à l’avance s’il avait le César ou pas. Une seule fois, Georges a cédé pour les 7 d’Or, sous la pression du patron de la chaîne de télévision qui diffusait la cérémonie. Il a donc appelé dans l’après-midi les animateurs qui recevraient un prix. Résultat, la moitié de la salle était vide. Ceux qui n’avaient pas de prix n’avaient pas daigné se déplacer, ne serait-ce que pour féliciter leurs collègues. Georges s’était juré de ne plus jamais recommencer.

Georges vieillissant, ses enfants, à ma grande déconvenue et malgré mes insistances, n’ont pas voulu reprendre le flambeau, a vendu sa société. Canal+ , puis France TV, se sont emparés des César. Le ton a changé. Fini l’élégance qui n’était, soi-disant, plus à la même mode. Dorénavant, il fallait se moquer, faire rire, faire jeune. Comme si se moquer, faire rire, faire jeune, était synonymes de qualité ! On est alors passé du grandiose à la blagounette et au ricanement. Des blagounettes tristes et du ricanement irrespectueux. Des blagounettes pas drôles. Ils ont tué l’excellence, le talent, l’élégance. 

Pauvre Georges qui, comme le dit si bien Charles, se retournerait dans sa tombe s’il était encore vivant » ! 

Sylvie Bourgeois Harel

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La joie, et si transmettre de la joie était ma mission sur terre ?

La joie, et si transmettre de la joie était ma mission sur terre ?

 

Hier, un très bon ami m’a conseillé d’écrire un livre de développement personnel sur ma façon de communiquer dans laquelle j’essaye toujours de mettre mon interlocuteur dans la joie. La joie est l’attitude la plus enthousiasmante que je connaisse. Elle ouvre le coeur. Et j’aime ouvrir les coeurs. J’aime offrir la possibilité à chacun de connaître son potentiel de joie. J’aime aussi le délivrer, le temps de notre rencontre, de sa colère, de son énervement, de sa frustration, de ses déceptions. Lui montrer également qu’il peut profiter de chaque instant et ne pas devenir une victime collatérale de l’ambiance souvent morose des grandes villes.

Lorsque j’habitais à Paris, et même lorsque j’y retourne, je parle toujours avec les chauffeurs de bus. Un jour de grève, le bus est bondé, je vais pour payer mon ticket - on pouvait encore payer en liquide ses tickets, maintenant il faut deux Passes Navigo, un pour le bus et un pour le métro car il paraît que la RATP va être privatisée et scindée en deux, les bus d’un côté, les métros de l’autre -, mais le chauffeur qui est énervé m’envoie bouler :

— Va falloir patienter, je m’occupe de la dame qui était là avant vous.

Au lieu de lui répondre sur le même ton, je lui souris et lui dis gentiment :

— Bien chef !

Estomaqué, il se retourne vers moi qui ai gardé mon sourire, il éclate de rire :

— Ce n’est pas demain la veille que ça va m’arriver d’être chef !

À partir de là, nous avons une longue conversation sur les métiers que l’on effectue pour gagner notre vie, mais qui ne doivent pas nous définir en tant qu’être humain, seules nos valeurs le peuvent.

— Vous allez où ? me demande-t-il.
— Chez Dalloyau, rue du Faubourg-Saint-Honoré.
— Ce n’est pas sur mon parcours, ça.
— Non, je marcherai un peu.
— Mais il pleut.
— Vous savez, j’ai grandi à Besançon, la pluie ne m’effraye pas.
— Taratata, une si gentille dame qui a ébloui ma journée, je vous dépose.
— Comment ça vous me déposez ?
— Je fais un petit détour et, hop, je vous dépose devant Dalloyau, c’est un magasin très chic, non ?
— Oui, ils font les meilleures viennoiseries du monde. Je vais les voir car ils m’offrent un cocktail pour la sortie de mon prochain livre.
— Je suis sûr que l’on doit souvent vous faire des cadeaux.
— Je dois reconnaître que oui, et je dis toujours merci, j’ajoute en riant.
— Je le comprends, vous incarnez la joie. Vous m’avez fait un bien fou aujourd’hui !

Alors que le chauffeur me dépose pile-poil devant chez Dalloyau, une femme âgée râle que ce n’est pas le bon trajet, pendant que sa voisine, aussi vieille qu’elle, opine de la tête. Ce à quoi, le chauffeur leur répond très aimablement que la vie est belle malgré la pluie et qu’elles n’ont pas à s’inquiéter.

Un autre jour, nous sommes invités à un mariage très mondain auquel je n’ai pas envie de me rendre. En effet, une amie épouse un homme très riche qu’elle n’aime pas. Sans la juger, célébrer cette union ne me réjouit pas.

— On prendra le bus, j’annonce à mon mari qui est en train de se préparer.

Mon mari, qui préférerait prendre un taxi, ne me contredit pas. Il sait que quand je n’ai pas envie d'aller quelque part, je l’oblige à prendre le bus.

À 21 heures, nous montons donc dans le bus. Oui, je l’oblige aussi à arriver en retard. Pendant que mon mari s’assied sur un siège au fond, je reste près du chauffeur.

— Nous allons au mariage d’une amie qui épouse un homme riche dont elle n’est pas vraiment amoureuse, ça me chagrine, je n’aime que les mariages d’amour. Mon mari, par exemple, je l’ai épousé par amour.
— Ma femme aussi, je l’ai épousée par amour, me confie-t-il, ça fait quinze ans que nous sommes ensemble, et je l’aime comme au premier jour.

Et nous voilà partis à converser sur l’amour.

— Il est où votre mariage ? me demande-t-il soudain.
— Loin, on doit marcher longtemps après l’arrêt du bus. On va arriver en retard, mais je m’en fiche, je n’ai pas envie de cautionner cette union, surtout qu’elle est très belle mon amie, elle aurait dû épouser un homme qu’elle aimait à la folie.
— Vous avez raison, vous savez quoi, je vous dépose.
— Comment ça, vous nous déposez ?
— Je vais faire un petit détour, comme ça, je vous laisse juste devant l’entrée de l’hôtel où se déroule votre mariage.
— Trop chic, merci.
— Ça me fait plaisir, ce n’est pas tous les jours que je peux parler d’amour, et encore moins au boulot, vous savez, les gens sont souvent stressés, fatigués, énervés, moi, je dois absorber toutes leurs mauvaises énergies. Tandis qu’avec vous, le trajet a été tellement joyeux.
— Je vais vous faire une confidence, je ne vais pas rester au dîner, à minuit, hop, je retire discrètement nos noms sur la table, hop, je prends mon mari par la main et, hop, on s’éclipse.
— Et hop, je serai là, me répond le chauffeur en se marrant.
— Comment ça, vous serez là, je lui demande, incrédule.
— À minuit, c’est mon dernier service, je serai devant votre hôtel.
— Chiche ?
— Chiche !
— Génial. Et vive l’amour, je lui balance en descendant du bus.

À minuit moins cinq, après avoir retiré discrètement nos noms de la table où nous devions nous installer, je prends mon mari par la main et, hop, nous quittons discrètement la réception au moment où tout le monde allait s’asseoir.

Mon mari s’apprête à héler un taxi.

— Attends un instant, s’il-te-plaît.
— Ne me dis pas que tu veux rentrer à pied.

Oui, j’adore marcher la nuit dans Paris, mon mari pas du tout.

— Non, pas ce soir, mais attends, je veux vérifier quelque chose.

Deux minutes plus tard, à minuit pile, un bus arrive dans le noir et stoppe juste devant nous. Étonné, mon mari me regarde :

— Qu’est-ce que tu as encore fait ? me questionne-t-il, incrédule.
— Promis, juré, rien, mais monte.
— Vous voyez, j’ai tenu parole ? me dit le chauffeur tout ragaillardi malgré l’heure tardive.
— Je n’en ai pas douté un seul instant, on voit que vous êtes un homme sur qui on peut compter, je lui réponds en riant.

Soudain, une dame âgée se met à râler que ce n’est pas le bon chemin. À croire qu’il y toujours une dame âgée qui râle dans les bus parisiens, peut-être une espionne de la RATP qui surveille les chauffeurs trop gentils.

Au moment de démarrer, le chauffeur reconnaît mon mari.

— Oh, c’est vous, Les Randonneurs, lui -dit-il tout content, j’adore votre film qui m’a tellement fait marrer. J’ai dû le regarder au moins dix fois. Mais vous savez, si je suis revenu vous chercher, c’est pour votre femme, ce n’est pas parce que vous êtes connu. D’ailleurs, avec votre chapeau, je ne vous avais pas remarqué. Mais votre femme, continue-t-il, vous avez bien fait de l’épouser. C’est une belle personne. Elle est gentille. Elle incarne la joie, mais surtout, ce soir, elle m’a offert le plus beau des cadeaux. Elle m’a offert la possibilité d’être libre et de faire ce que je voulais, et ça, c’est un cadeau inestimable.

 

Sylvie Bourgeois Harel

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Sylvie Bourgeois - Jean-Jacques Goldman

Sylvie Bourgeois - Jean-Jacques Goldman

Chroniques du monde d'avant - 3 - Jean-Jacques Goldman

Nous sommes en 1993.

De Jean-Jacques Goldman, je ne connais aucune chanson. Je n’ai jamais écouté de variété française. Ce qui me causait bien des soucis à la petite école quand, à la récré, les filles me demandaient quel était mon chanteur préféré, elles étaient toutes amoureuses de Claude François ou de Johnny Hallyday, moi d’aucun, je n’avais pas d’idole. Et surtout pas de Johnny Hallyday qui me cassait les oreilles lorsque mon frère aîné montait sur le rebord de la fenêtre du salon, et avec un micro branché sur la chaîne de nos parents, hurlait Que je t’aime, que je t’aime, en chantant faux, d’autant que j’étais obligée de l’écouter et de l’applaudir.

Mais un lundi matin, décidée à établir un lien social avec mes petites camarades, je leur ai dit que j’aimais bien Gérard Lenormand. En effet, le samedi soir, mes parents étaient sortis dîner chez des amis, j’avais regardé une émission dans laquelle il avait chanté La Balade des gens heureux. Ce genre de conversation ennuyeuse n’avait pas duré, je m’en foutais totalement de leurs stars, je préférais être la star de la corde à sauter, ce qui m’a valu la jalousie de deux filles qui, énervées que je gagne toujours, ont essayé de me tuer en me passant la corde autour du cou et en tirant chacune d’un côté de toutes leurs forces. Je suis tombée dans les pommes, en sang, je m’en souviens encore.

Lorsqu’à 30 ans, on me propose de m’occuper de la presse d’un beau livre dans lequel se trouve l’album Rouge de Jean-Jacques Goldman, illustré par Lorenzo Mattoti et accompagné de nouvelles de son beau-frère Sorj Chalandon, journaliste à Libération, j’accepte. Je ne sais pas que Jean-Jacques Goldman est une star.

À l’époque, je travaille dans la communication en free-lance. Je disais à mes clients que ma spécialité était de ne pas être spécialisée. J’ai de la chance. À chaque mission, un chef d’entreprise me repère. Je m’installais toujours dans sa société le temps de mon contrat.

J’ai donc mon bureau chez Sony Music depuis une heure lorsque une fille affolée vient me dire que, demain, elle m’emmène à Canal + :

— Jean-Jacques fait une télé, ajoute-t-elle, excitée, ce qu’il n’a pas fait depuis trois ans, il n’aime pas ça.

Je le comprends totalement, moi-même, je n’ai pas la télé. Je ne supporte pas l’idée que des gens que je ne connais pas parlent entre eux dans mon salon sans que je puisse leur répondre. C’est un concept inacceptable. Et puis le soir, je préfère aller danser que regarder la télé.

Le lendemain, je pénètre donc avec cette fille chez Canal + dans une loge bondée où une cinquantaine de personnes sont entassées.

— Bonjour ! lance-t-elle gaiement à Jean-Jacques Goldman qu’elle croise à l’entrée. Je suis Nathalie, tu te souviens de moi ?

Dans la voiture, elle m’avait dit que dans le milieu de la musique, tout le monde se tutoyait et s’appelait par son prénom, même ceux qui ne se connaissaient pas, qu’ils formaient en quelque sorte une famille. Je lève les yeux au ciel. Une famille, j’en ai déjà une, et les groupes, passé quatre personnes, ça me fatigue. Quant au vouvoiement, je trouve cela follement sexy autant que mes minijupes que je porte, été comme hiver, avec des vestes cintrées et décolletées.

— Non, lui répond Jean-Jacques Goldman, je ne me souviens pas.

— Mais si, insiste-t-elle, on s’est vus hier, je suis Nathalie de Sony Music, je m’occupe de la télé.

— Tu sais quoi, la prochaine fois que tu me vois, tu dis Nathalie Télé, ajoute-t-il en mimant avec ses mains un carré censé représenter un écran de télévision.

N’ayant aucune envie de lui parler, je file, sans le saluer, rejoindre son frère Robert, dont j’avais fait la connaissance la veille, et qui me fait des grands signes sympathiques.

Je suis en train d’avaler un dixième four, les petits fours étaient délicieux chez Canal+, quand un jeune assistant équipé d’un talkie-walkie arrive en tordant des fesses :

— Jean-Jacques, c’est à toi, on t’attend sur le plateau.

Toujours cette obsession de se tutoyer !

Le chanteur va pour le suivre quand, du fond de la loge, je lui crie :

— Monsieur Goldman, il y a un problème !

Je suis comme les enfants, je n’ai pas de filtre, je dis tout ce qui me passe par la tête, je suis toujours très spontanée, je ne sais pas faire autrement.

Un silence s’établit immédiatement. Tous les regards se tournent vers moi. je me dis qu’ils doivent trouver ravissant mon tailleur minijupe en drap de cachemire baby rose de chez Scooter, un ensemble que j’adore et que je porte avec des bottes plates de chez Free-Lance et des collants noirs opaques.

— On m’a dit que vous n’aviez pas fait de télévision depuis trois ans, je lui lance, mais la façon dont vous êtes habillé, ça ne va pas du tout. Votre veste est trop grande pour vos petites épaules, c’est moche, retirez-la, vous avez une jolie chemise en dessous, vous serez plus à l’aise.

Les 50 regards tournés vers moi se changent en 50 regards de haine, me faisant comprendre que je ne dois pas parler ainsi à la star qui fait vivre financièrement Sony Music France.

Jean-Jacques Goldman s’arrête à l’entrée de la loge. Pendant que l’assistant le presse de le suivre, chuchotant à son talkie-walkie que, oui, oui, il arrive, le chanteur me regarde sans dire un mot. Je suis comme dans un western lorsque les cow-boys se confrontent les yeux dans les yeux, avant de se tirer dessus, devant tout le saloon médusé qui les admirent de peur, en silence. Je me dis que ma mission de m’occuper de la sortie de son livre Rouge va s’arrêter le soir-même. Une fois de plus, j’ai parlé trop vite. Une fois de plus, j’ai été trop spontanée. Que je devrais apprendre à me taire. En même temps, je n’ai pas envie de changer ma façon d’être, j’aime bien laisser mon coeur agir et s’exprimer. De toute façon, même si je le voulais, je n’y arriverai pas.

Au bout d’une minute qui a semblé une éternité, Goldman commence à marcher vers moi. Tout doucement. Il prend son temps. Les autres s’écartent sur son passage pour le laisser passer. Il s’arrête à ma hauteur.

 — Qui es-tu ? me demande-t-il.

 — Je m’appelle Sylvie, je réponds.

De nouveau, un long silence. Très long. J’ai le temps de penser que je dois absolument acheter du lait au Monoprix de Neuilly qui ferme à 22 heures. J’ai envie de manger des crêpes. J’adore les crêpes. Mon amoureux aussi.

Soudain, Jean-Jacques Goldman retire sa veste et me sourit. Il est très charmant, je me dis, vraiment très charmant, il devrait sourire plus souvent.

— Tiens, je te la donne, continue-t-il en me la tendant, je l’ai acheté 30 francs aux Puces. Ah oui, et merci Sylvie, ajoute-t-il en plongeant son adorable sourire dans mes yeux, ça fait quinze ans que l’on n’a pas été aussi sincère avec moi, merci.

Ce n’est plus 50 regards de haine que j’ai de la part du groupe, mais 50 regards de double-haine, tous apeurés à l’idée que je leur pique leur place privilégiée auprès de la star.

Ils n’ont juste pas compris qui je suis. Jean-Jacques, si, il a tout compris. En effet, j’aime être compétente dans mon travail, m’amuser aussi en bossant, mais ensuite, je veux qu’on me foute la paix. Je fuis. Je pars. Je rentre chez moi. j’ai besoin d’être seule pour pleurer mes chagrins jamais consolés de petite fille abusée (ce n’était pas mon papa) et de jeune femme violée.

C’est ce que j’ai fait d’ailleurs. Je n’ai pas entendu la fin de l’interview. Je suis partie. J’ai quitté les 50 regards en attente de l’amour de la star, et je suis allée acheter mon lait pour mes crêpes au Monoprix de Neuilly avant qu’il ne ferme, la veste de Jean-Jacques sous le bras, dorénavant, je peux l’appeler Jean-Jacques puisqu’il m’appelle Sylvie.

Sylvie Bourgeois Harel

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Chroniques du monde d'avant - 4 - Cartier rue de la Paix

Chroniques du monde d'avant - 4 - Cartier rue de la Paix

 

J’ai 23 ans. Je suis à Paris.

Je viens de donner ma démission et je veux un nouveau travail. Plus exactement, il me faut tout de suite un nouveau travail. Je ne supporte pas de ne rien faire et surtout j’ai besoin de gagner de l’argent. Mais j’aime aussi accumuler les expériences professionnelles afin d’apprendre un maximum.

N’ayant pas fait d’études et ayant commencé à travailler très jeune, à 12 ans, je n’ai que le choix de répondre à des annonces. J’en repère une : Cartier cherche du personnel féminin pour son service après-vente. Je me rends rue de la Paix et je suis immédiatement embauchée. Les autres filles qui sont là ont eu droit, la semaine auparavant, à trois tailleurs Mugler avec les chemisiers assortis afin qu’elles soient toujours impeccables. Pour moi, c’est trop tard, il n’y a plus de budget. Je dois donc me débrouiller avec ma garde-robe qui est composée de deux vestes décolletées serrées à la taille que je mets avec des mini-jupes que je me fais moi-même avec du tissu tubulaire que j’achète au mètre et sur lequel je couds de chaque côté des galons en coton de couleur différentes. C’est très sexy. J’adore être sexy. Je les mets avec des collants opaques et des chaussures plates.

Nous sommes derrière un grand comptoir au fond du magasin où les clients viennent déposer leurs montres à réparer. Les filles mesurent toutes un mètre soixante-quatorze et portent des talons. Avec mon mètre soixante-quatre mètre et à plat, j’ai l’impression d’être vraiment tout petite. Peu importe, j’assume. De toute façon, ma vie n’est pas le jour chez Cartier, non, ma vie, c’est la nuit chez Castel où je vais danser chaque soir et m’amuser. Je rentre à 6 heures du matin, je m’écroule sur mon lit, puis je prends une douche, je change ma jupe en tubulaire et je pars au boulot en avalant deux pains au chocolat.

Très rapidement, les clients les plus importants viennent vers moi, certains même attendent afin que je les serve, je dois les faire rire, je crois, et puis, je viens de Besançon, la capitale de la montre, je m’y connais, et surtout, je ne me la pète pas tandis que les autres filles font les malines de travailler chez Cartier et de porter du Mugler qu’elles n’ont pas acheté, elles rêvent d’ailleurs toutes qu’un client fortuné les épouse.

Puis un jour arrive ce qu’ils appellent un VIP, un comédien archi connu qui fonce direct sur moi. Je lui dis que je vais appeler la directrice car je n’ai pas le droit de m’occuper de lui. C’est la règle, seule la directrice doit servir les personnalités. Il me répond non, non, vous êtes très bien. Je l’emmène donc dans l’un des quatre salons privés qui se trouvent de chaque côté.

Le lendemain, un autre VIP fonce sur moi et ainsi de suite, ils veulent absolument être servis par moi alors que je suis la plus petite derrière le grand comptoir avec ma veste décolletée marine, ma préférée, serrée à la taille, ma mini jupe en tubulaire à six francs le mètre, et mes bâillements incessants à force de ne pas dormir assez.

A la fin de la semaine, remontrance de la directrice. Je n’aime pas les remontrances d’autant que je travaille trois fois plus que les autres filles, que je suis méga compétente, et que je n’ai pas eu droit aux jolis tailleurs Mugler avec les chemisiers assortis.

Pendant trois mois, je sympathise avec plein de personnalités, des hommes, je précise. Dans les salons privés, je leur parle de la nature, des étoiles, des âmes, mes sujets favoris, ils rient et s’amusent, me confient aussi parfois leurs soucis, certains m’offrent des chocolats, du parfum, d’autres m’invitent à dîner, j’adore. Mais la directrice pas du tout, elle fulmine.

Au bout de ma période d’essai, elle me convoque dans son bureau et m’explique qu’avec mon caractère enjoué et ma spontanéité, je ne suis pas faite pour Cartier où la retenue est de rigueur. En revanche, elle me trouve si efficace qu’elle a parlé de moi à son mari qui est le patron du Comité Colbert, qui réunit toutes les grandes marques françaises du luxe, je serais parfaite pour travailler avec lui où une vraie carrière évolutive m’attend.

Au lieu de lui répondre merci madame, je vais téléphoner à votre mari, dont elle m’avait donné les coordonnées et qui attendait mon appel pour me rencontrer, je me suis mise en colère. Mais dans une vraiment grosse colère. J’étais choquée que l’on puisse me reprocher d’être souriante, spontanée et compétente. Je l’ai engueulée. Carrément engueulée, qu’elle n’avait qu’à se garder son mari pour elle, et que jamais mon sourire et ma spontanéité ne seront au service de qui ce soit.

Le lendemain, j’ai commencé mes cours de théâtre chez Jean-Laurent Cochet. Le soir, pour gagner ma vie, je travaillais au restaurant le Petit Poucet sur l’île de la Jatte, puis j’allais danser chez Castel ou aux Bains Douches avec mes mini-jupes à trois francs. J’ai gardé quelques personnalités comme amis. Et aussi mon sourire et ma spontanéité. Et je me suis achetée une chemise Mugler. Non mais !

Sylvie Bourgeois Harel

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Chroniques du monde d'avant - 1 - Tortues Ninja, Apple, Sony Music, Festival de Cannes

Chroniques du monde d'avant - 1

Tortues Ninja, Apple, Sony Music, Festival de Cannes

L’autre jour, en entrant dans un grand magasin pour acheter un ordinateur, en voyant tout le service d’ordre à l’entrée, puis le jeune vendeur qui me conseillait de ne pas changer le mien, mais qui m’a demandé au bout de quinze minutes d’aller à l’autre bout de la boutique où il me rejoindra pour continuer notre conversation car ils n’ont pas le droit de rester longtemps au même endroit et avec le même client, j’ai réalisé que notre monde s’était vraiment écroulé.

Quand exactement, je ne sais pas, peut-être cela s’est fait doucement, subrepticement, mais une chose est sûre, aujourd’hui, je ne pourrais jamais refaire tout ce que j’ai fait lorsque je travaillais en free-lance dans la communication.

Plus jamais, par exemple, je ne pourrais faire atterrir les Tortues Ninja sur la plage du Carlton, durant le Festival de Cannes, à l’heure du déjeuner, afin de créer l’événement, et ça en a été un, les télévisions du monde entier ont repris les images de mon cameraman, c’était en mai 1991, sans autorisation bien sûr car je ne les aurais jamais obtenues, mais avec une équipe solide et ultra compétente de champions que ce challenge amusait.

En effet, c’était un véritable défi car les costumes, les mêmes qui avaient servi aux comédiens durant le tournage du film, pesaient 70 kilos chacun, et il ne fallait pas rester plus de quinze minutes dedans, tant l’épaisseur du plastique et de la mousse avec lesquels ils étaient fabriqués provoquaient une transpiration si intense que cela nécessitait ensuite plusieurs heures de séchage.

Mes parachutistes, des mecs super, ont tout accepté et surtout d’atterrir avec une vision réduite car les têtes des Tortues Ninja, non seulement étaient énormes et lourdes, mais avec des tout petits trous pour les yeux, ils ne voyaient presque rien. Avec leurs amis du Club aéronautique de Cannes-Mandelieu, on a balisé, au dernier moment pour ne pas dévoiler la surprise, un espace sur la plage afin de sécuriser l’atterrissage qui a vraiment créé l’événement.

C’était ça Cannes ! Pour promouvoir les films, il fallait être inventif, faire toujours plus, étonner, émouvoir.

Et mes Tortues Ninja ont eu un succès fou qui a dépassé les espérances d’UGC-Fox, le distributeur du film. Sur la Croisette où je les ai ensuite promenées assises à l’arrière d’un coupé que Mercedes m’avait prêtée pour la journée (est-ce que l’on peut encore se faire prêter un Roadster Mercedes juste pour s’amuser, je ne pense pas… ), les gens étaient hystériques, criaient leurs noms, Léonardo, Raphaël, Michelangelo, Donatello, leur demandaient des autographes, et mes parachutistes stoïques tenaient le coup dans leurs costumes à mourir de chaleur.

Puis après une courte pause dans un local que j’avais loué pas loin où un déjeuner leur a été servi, au cours duquel on a essayé de sécher avec des sèche-cheveux l’intérieur des costumes qui étaient trempés, hop, de nouveau dans les costumes encore mouillés qui puaient, hop, dans la Mercedes, cette fois, avec un chauffeur. Grâce à mon amoureux, j’ai réussi à nous faire inscrire dans le cortège officiel, hop, direction le Palais du Festival où je leur ai fait monter les marches. Les photographes et la foule étaient hystériques de voir les Tortues Ninja, à crier de nouveau leurs noms tandis que mes parachutistes étaient toujours parfaits à jouer le jeu sans se plaindre depuis des heures qui ont largement dépassé les quinze minutes recommandées, dans leurs costumes tellement trempés qu’ils sont devenus deux fois plus lourds, je les tenais par la main car ils ne voyaient carrément plus rien, tant leur transpiration coulait sur leurs yeux.

Le PDG de Columbia avec qui j’étais amie et qui distribuait le film, m’a engueulé en haut des marches où il attendait le réalisateur et ses comédiens car mes Tortues Ninja avaient volé la vedette de toutes les stars américaines venues soutenir le jeune John Singleton considéré comme le nouveau génie d’Hollywood avec son film BOYZ’N IN THE WOOD, mais le soir lorsque nous avons tous dîné ensemble chez Tétou, à Golfe Juan, la bouillabaisse la plus chic durant le Festival (Tétou, une institution familiale qui a disparu sous le coup de la loi du Littoral… ), il a éclaté de rire, car c’était ça Cannes, une équipe de seigneurs, et bravo à celui qui créait l’événement du jour !

Pour en revenir à Apple, un autre exemple d’une chose que je ne pourrais plus jamais réaliser. Nous sommes en 1994, je travaille pour Sony Software sur les premiers CD-Rom. J’organise à l’hôtel Raphaël une conférence de presse, sauf que Sony n’a pas d’ordinateur à me prêter. Peu importe, je gare ma petite Rover verte en double file devant la belle boutique Apple, avenue Georges V, je mets les warnings, et avec ma mini-jupe et mes bottes, je leur explique mon problème. Dix minutes plus tard, je sors avec trois Mac prêtés avec juste ma signature et le nom de Sony griffonnés sur un bout de papier, que les vendeurs m’installent dans ma voiture pendant que j’invite le directeur du magasin et son équipe à mon petit-déjeuner de presse. Le lendemain, je ramène les trois Mac que j’ai continué de leur emprunter durant un an, chaque fois que Sony sortait un nouveau CD-Rom, comme par exemple, les fiches-cuisine en partenariat avec le magazine Elle, je refaisais une conférence au Raphaël et il me fallait des ordis.

Est-ce moi qui avais une capacité de persuasion ou est-ce que les rapports humains étaient plus simples, et surtout basés sur une confiance, une compétence, une assurance, un amour du travail bien fait ?

Quoi qu’il en soit, quand je vois qu’on ne peut plus entrer nulle part sans se faire fouiller son sac ou que des gens ont peur dès que quelqu’un tousse dans un train, je suis contente d’avoir fait le choix de quitter Paris que j’aime pourtant follement pour venir vivre dans le Sud, près de la nature, au bord de la Méditerranée.

Sylvie Bourgeois Harel

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BELLA LABÈQUE, LA REINE DES MASSAGES ANTI-RIDES DU VISAGE

Je souhaite beaucoup de succès à mon amie Bella Labèque qui vient d’ouvrir son nouvel Institut de Beauté au 70 rue Vaneau dans le 7ème arrondissement, à Paris, à deux pas du Bon Marché. Bella, qui est ingénieur chimiste de formation et diplômée de l'École de Cosmétologie de Moscou, est la reine des massages anti-rides du visage. 

 

Bella, qui détient une technique unique de rajeunissement naturel basée sur le double héritage des traditions de massage slave et occidental, effectue, pendant une heure, une centaine de mouvements différents qui sont, chacun, destinés à réveiller les muscles et les cellules du visage, favorisant ainsi les échanges sanguins et la production naturelle de collagène. Bella travaille autant avec ses doigts qu’avec la paume de ses mains ou ses avant-bras. C’est une véritable chorégraphie dont chaque geste correspond soit à un drainage lymphatique, à un palper-rouler, à une pression, une caresse, une détente, un point spécifique. 

 

Avec Bella, passionnée de beauté et de bien-être, c’est une danse, une arabesque, une offrande que vous faites à votre peau, tant elle aime son métier. Et surtout chez Bella Labèque, le grand luxe est que c’est Bella en personne qui vous masse. 

 

Sa méthode, dont je connais les bienfaits depuis longtemps, est, non seulement une merveille de douceur et de relaxation, mais, dès la première séance, vous ressortez de son institut avec l’épiderme “repulpé’’, pratiquement sculpté, et surtout dix ans de moins ! Vous n’avez qu’une envie, y retourner régulièrement. D’ailleurs, de nombreuses stars, dont Bella gardent secrètement l’identité, fréquentent son institut. 

 

Les massages anti-rides du visage de Bella Labèque ont de nombreux bienfaits :

  • Ils raffermissent la peau 

  • Ils reconstruisent l’élasticité du derme

  • Ils améliorent la fermeté de la structure musculaire

  • Ils relancent le métabolisme cellulaire

  • Ils débarrassent les cellules mortes

  • Ils luttent contre la couperose et la déshydratation

  • Ils donnent un effet sculptant et liftant

  • Ils réduisent les gonflements

  • Ils libèrent les tensions

  • Ils stimulent la peau en profondeur

  • Ils améliorent les contours du visage

  • Ils atténuent les rides

  • Ils tonifient la peau, la rendent plus ferme et lui donnent bonne mine

     

Maintenant que j'habite à Saint-Tropez, la première chose que je fais dès que je programme un séjour à Paris est de prendre rendez-vous chez Bella qui sait redonner immédiatement un éclat à mon visage, et également chez Dimitri Goldobine, un coiffeur d’origine russe que j’ai connu par son intermédiaire. Les deux sont mon sésame beauté qui m’aident à vieillir naturellement. En effet, je refuse de céder aux sirènes du Botox qui rend, à la longue, la peau des femmes cireuses. Vieillir, pour moi, ne veut pas dire courir après ma jeunesse en accumulant les opérations de chirurgie que j’ai du mal à nommer esthétiques tant je vois les ravages sur des centaines de personnes. Vouloir ressembler aux petites jeunes en ayant la peau lisse, qui ne correspond plus au reste du corps, est un leurre égocentrique et quelque peu illusoire. Je préfère être, à mon tour, dans la transmission et remercier le divin d’être toujours vivante. J’ai perdu tant d’amis jeunes. En revanche, je prends plaisir à m’entretenir physiquement et à entretenir mon mental en apprenant, minimum, une chose chaque jour. J’aime aussi ma capacité à m’émerveiller, après mes séances d’écriture, devant la nature et la mer. C’est ce qui m’apporte mon équilibre et ma liberté. Avancer dans ma vie est une acceptation qui me permet de jouir de chaque moment et à chaque âge. C’est ainsi que j’arrive à rester jeune de corps et d’esprit ! 

 

Sylvie Bourgeois Harel

Institut Bella Labèque. 70 rue Vaneau. 75007 Paris. Tel : 0662544942

BELLA LABÈQUE, LA REINE DES MASSAGES ANTI-RIDES DU VISAGE
BELLA LABÈQUE, LA REINE DES MASSAGES ANTI-RIDES DU VISAGE
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Comment j'ai démarré dans la communication malgré les vieilles toupies aigries qui se croyaient les reines de la Com et qui étaient odieuses avec les petites jeunes...
 
J’ai toujours aimé aider, rendre service. L’univers m’a remerciée mille fois pour cela. C’est ainsi que j’ai commencé à travailler, par le plus grand des hasards, dans la communication.
J’ai 25 ans et je viens de donner ma démission d'une boîte qui ne me plaisait pas. À l’accueil de Promo 2000 où travaillait un pote à qui j’avais promis un sac, je papote et ris pendant une heure avec une femme qui m'explique qu'elle est la petite amie du patron. Soudain, elle me propose d'être son assistante pendant deux mois, elle doit organiser une soirée pour les bières rousses Killian’s. Je dois commencer dès le lendemain. Ni une, ni deux, je lui dis oui. Elle me demande si je sais me servir d’un ordi. Je lui réponds que oui bien sûr... sauf que je n’ai jamais touché un ordi de ma vie.
Le soir-même, je file chez Mikros Images où un ami m’installe devant un Mac. Sur l’écran, un petit bonhomme tout en couleurs vives défile et explique comment ça marche. Je comprends assez vite que le Mac est très mignon, assez simple d’utilisation et je m’endors. Je me réveille à 4 heures du mat, le petit bonhomme est allé se coucher, il n’y a plus personne dans les bureaux, personne dans la rue, et comme Il est trop tard pour aller danser chez Castel, je rentre dormir quelques heures chez moi.
Le lendemain matin, je suis face à un énorme PC tout gris sur lequel je dois remplir un fichier avec les noms et les coordonnées de journalistes et d’invités. C’est très barbant et surtout je ne sais absolument pas me servir de ce PC tout gris alors que le Mac était beaucoup plus rigolo avec toutes ses couleurs.
Heureusement, je partage mon bureau avec trois mecs. Illico, je leur demande de m’aider. En une heure, l’un me remplit mon fichier, l’autre veut m’expliquer comment faire, je décline, aucune envie de savoir me servir d’un PC tout gris, et le troisième m’invite à déjeuner. Je trouve ce métier de la communication très drôle.
La soirée est un succès. Any d’Avray m’avait prêtée une perruque afin que je devienne une rousse incendiaire. Ma photo est parue dans le magazine Lui aux côtés de Wolinski et de Jacques Lanzmann, ce qui fait beaucoup rire mes parents.
À la fin des deux mois, le boss, sur les recommandations de sa petite amie, veut m’embaucher. Mais quand il m’annonce le montant assez bas de mon salaire et que je devrais travailler pour ses vieilles toupies acariâtres qui se prenaient pour les reines de la Com de Paris tout ça parce qu’elles côtoyaient deux trois célébrités, toujours les mêmes, des papys pas forcément rigolos, et qu’elles n’avaient qu’une envie, celle de me soumettre afin que je leur obéisse, je refuse.
Il était hors de question que je devienne le souffre-douleur de ces vieilles toupies aigries et jalouses que j'énervais parce que j’étais jeune et certainement très mignonne, elles me voyaient comme un danger, en effet, leurs vieilles célébrités m'avaient tout de suite adorée et invitée à déjeuner (on déjeunait beaucoup dans la Com). Si au moins, j'avais été la fille fortunée d’un des clients de l'agence qui avait envie de "bosser dans la Com", elles auraient ravalé leur jalousie, je pouvais leur être utile, mais là, non, j'étais juste une jeune femme atypique et libre, et certainement très drôle, les vieilles célébrités riaient beaucoup avec moi, qui avait besoin de gagner sa vie. D'où la traduction de danger dans leurs petites têtes de vieilles toupies de la Com.
J'ai proposé au patron de l'agence de m’embaucher en Free-Lance pour des missions précises, avec des honoraires raisonnables, et surtout pas d’horaires, pas de chefs, pas de vieilles toupies, pas de PC tout gris, en échange, je lui offrais l’assurance que le travail serait bien fait. Il a tout de suite accepté.
À partir de là, je n’ai plus arrêté de travailler. À chaque mission, je rencontrais un PDG ou un directeur d’une grosse boîte qui voulait m’embaucher. Taratata, je lui répondais, on ne m’embauche pas, liberté, liberté, mais comme ma spécialité est ne pas être spécialisée, si vous le voulez, je peux travailler pour vous en Free-Lance et pour un temps déterminé. Juste on déjeune (j'avais bien compris que c'était le nerf de la guerre), vous m'expliquez votre besoin et, hop, je me mets au travail, ah oui, j'ajoutais, et surtout je ne viendrai jamais à des réunions interminables, je n'ai pas le temps, moi, je fais mon boulot qui sera une réussite, je vous le promets, sinon vous ne m'auriez pas choisie, et ensuite j'ai plein d'autres choses à faire comme de vivre, d'aimer, rire, danser, m'amuser, je n'ai pas de temps à perdre en réunionites.
Sylvie Bourgeois Soirée Bières Killian's Rousse et alors Perrunque Any d'Avray Paris 1987

Sylvie Bourgeois Soirée Bières Killian's Rousse et alors Perrunque Any d'Avray Paris 1987

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Le Palace inauguration d ela boîte de nuit de Régine en 1991 - Sylvie Bourgeois en jupe transparente

Le Palace inauguration d ela boîte de nuit de Régine en 1991 - Sylvie Bourgeois en jupe transparente

Inauguration du Palace, la boîte de nuit de Régine, en 1991
 
Nous sommes à Paris en 1992. Mon amoureux qui ne peut pas m’accompagner me donne son invitation pour l’inauguration du Palace que Régine vient de racheter. Sur le carton est écrit : soirée transparente.
 
Pour moi, il n’y a aucun doute, cela veut dire que je dois me déguiser sur le thème de la transparence et transparence, dans ma tête, c’est être à moitié à poil tout en restant élégante et avoir une certaine classe.
 
Ni une, ni deux, je téléphone à ma copine qui me dit toujours oui dès qu’il s’agit de sortir et, hop, je file au BHV acheter du plastique à bulles, des rubans noirs, des perles, des Dim Up, des culottes noires et deux dos-nu.
 
Arrivée chez elle, je nous confectionne deux mini-jupes à godets. Je couds une perle blanche sur les rubans que je noues autour de nos cous et quatre heures plus tard, nous faisons notre entrée au Palace.
 
C’est l’hiver. Il fait méga froid. Nous laissons nos gros manteaux au vestiaire et entrons dans l’arène… où personne n’est déguisée. Nous sommes les deux seules à avoir joué le jeu de la transparence.
 
Après avoir éclaté de rire, nous avons dansé, tournoyé, jusqu’au moment où Jean-Paul Gaultier est venu nous féliciter : Bravo les filles, j’adore, j’adore !!! Puis ça a été au tour de Régine (avec qui je n’étais pas encore copine, je ne l’ai connue que très tard), de nous complimenter.
 
Comme à l’époque, j’écumais toutes les boîtes de nuit, il m’était impossible d’aller me coucher sans faire un tour chez Castel, Régine, aux Bains, au Bus Palladium , cette ambiance nocturne de fêtes, de musiques, de lumières artificielles, me rassurait, me consolait et m’amusait terriblement, nous sommes allées ensuite avec des amis au Niel’s où nos petites jupes transparentes ont également eu leur succès.
Anniversaire des 90 de Régine, la Reine de la nuit, à La Chope, le restaurant de Marcel Campion aux Puces de Paris

Anniversaire des 90 de Régine, la Reine de la nuit, à La Chope, le restaurant de Marcel Campion aux Puces de Paris

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  • : Sylvie Bourgeois Harel, écrivain, novelliste, scénariste, romancière Extrait de mes romans, nouvelles, articles sur la nature, la mer, mes amis, mes coups de cœur
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