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Adieu Jean-Noël Fenwick

Adieu Jean-Noël Fenwick

Je viens seulement d‘apprendre le décès de Jean-Noël Fenwick, survenu le 3 mai 2024, à l'âge de 73 ans. J’ai connu Jean-Noël en 1998. Le jour où j’ai arrêté de travailler dans la communication, je voulais, dorénavant, faire de la production de films, le cousin de mon amie d’enfance me téléphone et me propose de m’associer dans la société de production qu’il a créée, il y a trois ans, avec cinq copains. Je réponds oui. Sans réfléchir.

 

Tout va très vite. Une semaine plus tard, nous signons les contrats. Le lendemain, je pars à un festival de scénaristes à Aix-en-Provence. Je ne connais personne excepté un pote qui m’emmène au cocktail d’ouverture. La soirée terminée, les invités se dirigent vers leur hôtel, Le Roi René. Je les suis. Je dors dans un autre hôtel, mais j’ai envie de connaître le programme du lendemain.

 

Je suis seule, un peu perdue, dans le hall. Mon pote drague une fille au bar. Pour le laisser tranquille, je m’assieds avec un groupe qui s'est installé dans le salon. Leur conversation tourne sur les relations hommes-femmes. Chacun qui y va de son avis. C’est assez drôle. Joëlle Goron et Valérie Guignabodet, hélas décédée en 2016, deux scénaristes-stars pour la télévision, expliquent avec fierté leur indépendance et qu’elles refusent, qu’au restaurant, les hommes payent pour elles. Ce à quoi, toute de rose vêtue, avec ma mini-jupe et mes talons, je réponds de ma petite voix douce et quasi enfantine, que si un homme ne veut pas m’entretenir, je suis incapable de faire l’amour avec lui. Les filles se retournent et me dévisagent, interloquées, tandis qu’un grand mec, plutôt pas mal, se lève, fasciné, et me demande qui je suis.

 

— Je m’appelle Sylvie.

— Et que fais-tu Sylvie ?

— Je suis productrice depuis une heure, je lui réponds pour bien montrer mon ignorance en ce domaine.

— Veux-tu être ma productrice Sylvie ? Je m’appelle Jean-Noël Fenwick, j’ai écrit Les Palmes de Monsieur Schutz.

— Bravo, quel succès votre pièce, j’avais invité mes parents à la voir, ils avaient adoré.

— Je viens d’adapter une autre de mes pièces Potins d’enfer en film que je veux réaliser. Mon producteur est Yves Rousset-Rouard, qui a produit, entre autres, Emmanuelle et Les Bronzés, mais je préférerais travailler avec toi. J'aimerais également que tu deviennes la troisième femme de ma vie, la première était Charlotte de Turckheim, se vante-t-il.

— Faites-moi d’abord lire votre scénario !

— Nous avons déjà six millions de Canal+, ajoute-t-il.

 

Au lieu de lui répondre que j’adorerais être l’assistante de l’assistante de l’assistante de son producteur afin d’apprendre le métier, d’autant que je dois gagner ma vie, maintenant que j’ai arrêté la communication, je lui lance :

 

— Super ! Si vous m’obtenez un rendez-vous à Canal+ la semaine prochaine et qu’ils acceptent de nous donner de l’argent, je suis partante.

 

Le groupe nous regarde, médusé, par cet échange peu habituel.

 

Durant tout le week-end, Jean-Noël, qui n’arrête pas d’inhaler son spray antiasthmatique, me cherche partout en demandant, comme un fou, à chaque invité s’il ne m’aurait pas vue, ce qui devient vite le gimmick des festivaliers.

 

De mon côté, après avoir accepté de déjeuner avec lui le lendemain pour parler de son projet, je me cache. En effet, Jean-Noël qui, au demeurant, est très sympathique, est grand,  imposant, insistant, têtu, épris, et sûr de pouvoir me séduire alors que je lui ai annoncé avoir un amoureux. Quant à Joëlle et Valérie, le samedi soir, dans la boîte de nuit, elles n’arrêtent pas de me dire, en riant, que finalement c’est super de se faire payer des verres par les garçons et que, promis, elles vont tester leur pouvoir sur les hommes en s’habillant, comme moi, en rose.

 

De retour à Paris, le désir de Jean-Noël de me conquérir lui donnant des ailes, il me téléphone pour m’annoncer, tout fier, que nous avons rendez-vous vendredi après-midi chez Canal+. Mes deux associés majoritaires sont impressionnés. Depuis trois ans qu’ils ont monté leur boîte, ils n’ont jamais obtenu un rendez-vous important. Dans le taxi, je les admire. Ils sont très beaux, plus jeunes que moi, superbement habillés. Et ravis que Canal accepte de financer le film à hauteur de cinq millions, moins que Rousset-Rouard car nous sommes des débutants, mais quand même cinq millions de francs, c’est génial.

 

Les semaines suivantes sont moins géniales. Jean-Noël me suis partout et cherche à tout instant à me voler un baiser dans chaque recoin du bureau ou dans ma voiture quand je dois le déposer. Je ne lui en veux pas, je peux comprendre qu’il soit tombé amoureux de moi. Pour le convaincre de ne plus me désirer, chaque fois qu’il veut me voir, je lui propose de déjeuner ou de dîner à La Maison du Caviar, l’une de nos cantines préférées avec mon amoureux, et je reste focus sur le fait que je suis uniquement sa productrice. Le montant conséquent des additions que je lui laisse régler, finit par espacer nos rendez-vous. Ouf, ma stratégie a marché.

 

L'agent de Jean-Noël me téléphone régulièrement afin que nous prenions une option sur son scénario. N'ayant pas envie d'avancer le moindre argent pour le moment, je finis par lui dire :

 

—  Jean-Marc, tout le travail psychologique que je fournis auprès de Jean-Noël qui, avouez-le, est nécessaire afin qu'il devienne réalisateur, et toute la réécriture que je lui apporte sur son scénario, ont également un coût. Si vous voulez, on fait un échange marchandises, mon tarif contre le sien, ça vous va ?

— Celle-là, on ne me l'avait jamais faite.

— Vous n'avez jamais travaillé avec moi, Jean-Marc.

 

Après avoir obtenu gratuitement une option avec l'agent de Jean-Noël, du côté de mes associés, c’est plus compliqué. Ils veulent absolument que je leur trouve un distributeur, il est vrai que grâce à mon amoureux qui travaille dans la distributions de films américains, je les connais tous amicalement, et de l’argent chez France 2 ou France 3. Ce que je refuse catégoriquement.

 

— Maintenant, les garçons, nous allons être sérieux, et nous mettre vraiment au boulot, je m’évertue à leur expliquer. Vous avez bénéficié de ma chance du débutant, mais ça ne suffit pas, il faut y ajouter du travail. Sachez que jamais je n’irai demander de l’argent à qui que ce soit avec le scénario de Jean-Noël qui est mauvais. En revanche, j’ai parlé avec Sony Hardware qui est d’accord de nous prêter pendant deux mois leur première caméra numérique dédiée au cinéma qui coûte une fortune. Ce serait leur premier film entièrement tourné avec cette technique qui, j'en suis sûre, va révolutionner l’industrie cinématographique.

 

Je leur expose alors mon idée qui consiste à tourner durant l’été Potins d’enfer avec seulement les cinq millions de Canal+, chez Belle-Maman, c’est ainsi que je surnommais la mère de Jean-Noël, qui avait un château près d’Avignon, avec une équipe réduite de douze personnes, d’autant que nous n’avions besoin que de trois comédiens car il s’agissait d’un huit-clos dans une sorte de purgatoire. Nous avions Marie Trintignant et Julien Cafaro, je ne m’inquiétais pas pour trouver le troisième. Deux de mes associés, dont Julien, hélas décédé en 2021, qui maîtrisaient le numérique pour la télévision assisteraient Jean-Noël. Et tous les soirs, avec Jean-Noël, Belle-Maman, et les comédiens, je réécrirais de façon collégiale, mêlant fous-rires et improvisations, puisque Potins d’enfer était une comédie, les scènes du lendemain. À l’époque, je ne savais que je savais écrire, mais j’étais très inspirée par ma volonté de réussir ce film.

 

— Comme ça, en novembre, une fois que le film sera monté, nous aurons un ovni qui sera très drôle. Et là, je vous promets que je trouve un distributeur.

 

Mes associés n’ont jamais accepté mon idée. Ils ont préféré continué de me harceler afin que leur organise des rendez-vous avec des distributeurs ou des télés, ce que je refusais catégoriquement. Professionnellement, j’ai toujours gagné ma vie en étant un gage de qualité, je ne me voyais pas vendre un projet auquel je ne croyais pas.

 

Un mois plus tard, je leur propose de produire le premier film d’Arthus de Perguern, hélas décédé en 2013. Arthus voulait que je sois sa productrice, appréciant mes remarques sur son scénario. Après le rendez-vous avec son agent, devant la somme à avancer pour acheter les droits, mes associés ont refusé le projet alors que j’étais sûre que le film se monterait facilement. En effet, Grégoire Moulin  contre l’humanité est sorti au cinéma en 2000.

 

— Ça fait beaucoup de morts, ajoute à l’instant mon mari à qui je viens de lire mon texte.

— Ben oui.

 

J’ai très rapidement quitté mes associés qui ne croyaient pas en mes qualités de productrice.  Ils n'ont jamais réussi à monter le film de Jean-Noël, mais ont couché avec toutes ses copines comédiennes. Faut dire qu'ils étaient très beaux.

 

De mon côté, il m’aura fallu attendre cinq ans et d’autres déconvenues que je raconterai peut-être plus tard,  ainsi que la publication de mon premier roman, Lettres à un monsieur, en 2003, pour prendre conscience que je savais écrire.

 

Sylvie Bourgeois Harel

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Buzz Aldrin

Buzz Aldrin

 

La Pleine Lune du Loup me fait penser à une rencontre lunaire. Nous sommes fin 2003 ou début 2004, mon premier livre, Lettres à un monsieur, venait d’être publié. Comme il s’agissait de lettres érotiques destinées à un homme qui avait des problèmes d’impuissance, j’avais attiré autour de moi tout un aéropage de messieurs très mondains, très riches, et plus tout jeunes, qui avaient été séduits par le style généreux, compréhensif et sensuel de mon écriture.

 

Ce soir-là, je suis donc invitée par un vieux gentleman aristo à un cocktail très chic dans des salons somptueux. Je ne connais personne. Je m’ennuie gentiment vers le buffet à picorer un ou deux toasts au saumon quand un Américain aux cheveux blancs vient me saluer, suivi d’une femme blonde, toute fine et élégante.

 

— We get the impression that you’re just as bored as we are.

— And not just a little, admit, it’s not very funny here, je leur réponds, ravie de papoter un peu en anglais.

— Let me introduce myself, my name is Buzz Aldrin, the man who came from the moon, and this is my wife, Loïs.

— Nice to meet you. I’m Sylvie from Saint-Germain-Saint-Prés.

— Great ! Tell me about life in Saint-Germain-des-Prés, I love this place.

 

Alors, je leur raconte le Café de Flore, Castel, l’église Saint-Sulpice, les bords de Seine, la Librairie des Femmes. Au bout d’une demi-heure de fous rires, Buzz m’invite à déjeuner avec eux le lendemain au Ritz.

 

— Great ! j’acquiesce dans un grand sourire avant de filer justement au Flore que je trouvais plus amusant que ce cocktail qui n’avait plus d’intérêt puisque j’avais terminé tous les toasts au saumon.

 

Le lendemain à 13 heures, j’arrive toute contente au restaurant du Ritz où Buzz et Loïs m’attendent. Le déjeuner est très joyeux. Je suis en train de terminer mon chariot de desserts quand j’aperçois le vieil aristo de la veille qui nous rejoint et s’assied à notre table. Je comprends qu’il avait dû m’espionner lorsque j’avais parlé avec Buzz qui était quand même la star de la soirée, et entendre le lieu de notre rendez-vous. D'où son incrustation. Devant l’air étonné de Buzz, il se présente et commence à lui poser plein de questions à propos de son voyage sur la lune. Lassé de devoir encore parler, certainement pour la cent millième fois d'Apollo II, de Neil Armstrong et de leur alunissage, mon astronaute se ferme. Mais l'aristo ne voit rien. Il ajoute  qu’il organise des conférences dans son château où il produit un très bon cognac, il en a d’ailleurs apporté une bouteille qu’il lui offre, et qu’il aimerait l’inviter.

 

Bref, je vois mon "cosmonaute" se décomposer. L'ennui se lit sur son visage. Fini pour lui le charme de notre déjeuner impromptu où nous nous sommes racontés des bêtises d’adolescents qui nous faisaient bien rire. Très rapidement et très poliment, Buzz prend congé de l’aristo et me donne ses coordonnées.

 

— Let’s stay in touch, Sylvie, it’s was a pleasure.

 

L’aristo, vexé du départ précipité de Buzz Aldrin, se tourne vers moi.

 

— Votre déjeuner a dû être passionnant, Sylvie, il vous a raconté son voyage sur la lune ?

— Ben non.

— Comment ça, vous ne l’avez pas questionné sur son exploit ?

— Ben non.

— Mais de quoi lui avez-vous parlé alors ? Il avait l’air si content de faire votre connaissance.

— Ben de moi, évidemment !

 

Sylvie Bourgeois Harel

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Chroniques du monde d'avant - 7 - Lettres à un monsieur - 2003

Chroniques du monde d'avant (7)

Lettres à un monsieur

2003 

Lorsque mon premier livre, Lettres à un monsieur, a été publié en octobre 2003, aux Éditions Blanche, mon éditeur était tout content de m’obtenir une interview sur une radio nationale avec sa copine ancienne star du porno devenue animatrice d'une émission sur la sexualité qui cartonnait.

— Tu vas voir, elle va t’adorer.

Je suis sceptique, professionnellement, je n’ai jamais eu d’aide venant d’une femme. Certaines m’ont appréciée, ont même eu des coups de coeur pour moi, mais très rapidement, m’ont mis des bâtons dans les roues à la hauteur des qualités qu’elles me reconnaissaient avoir. Néanmoins, j’y vais pleine de bonne volonté. L'animatrice m’explique qu’elle me gardera pendant les deux heures que dure son émission de radio dont le thème sera conforme à celui de mon livre, à savoir l’impuissance sexuelle masculine.

En effet, Lettres à un monsieur sont des lettres érotiques destinées à un homme qui a bien des soucis à exprimer sa virilité, ce qui m’avait valu un important lectorat masculin d’hommes de plus de 50 ans qui me trouvait très généreuse, très tolérante, très compréhensive. C’est ainsi que j’ai découvert que dans les textes érotiques, certains lecteurs peuvent confondre les mots et celle qui les a écrits, moi en l’occurence.

L'animatrice m’explique également que je peux prendre la parole quand bon me semble lorsque des auditeurs lui demanderont des conseils. Je suis ravie. Avant d’écrire ce livre, je voulais présenter une émission de télé sur la sexualité. J’étais devenue très pointue sur le sujet. Mais c’est une autre histoire que je raconterai une autre fois.

Au bout d’une heure d’émission où tout se passait très bien, un monsieur prend la parole :

— Je n’ai pas fait l’amour depuis onze ans. Ma femme a quitté notre maison quand nos trois garçons avaient douze, dix et sept ans. Elle nous a abandonnés du jour au lendemain. Nous ne l’avons plus jamais revue. Je me suis alors entièrement consacré à l’éducation de mes enfants. J’ai sacrifié ma vie sentimentale pour eux. Je ne le regrette pas. Aujourd’hui, je suis très fier d’eux. Ils font des grandes études, l’un en Médecine, l’autre en Droit et le dernier vient de partir en faculté au Canada. J’aimerais avoir, de nouveau, une amoureuse, mais j’ai peur de ne plus savoir comment me comporter dans un lit.

L'animatrice prend alors la parole. À l’époque, je dis à l’époque car il y a vraiment eu un avant et un après mon passage dans son émission, donc à l’époque, elle était très hard avec un vocabulaire proche de celui du porno, le domaine où elle a commencé en tant qu’actrice. Je vous prie donc, par avance, de m’excuser de la vulgarité des propos qui vont suivre, mais ils ne sont que le reflet des siens, c’était genre : tu n’as qu’à prendre un go-de, te le mettre dans le c-u-l.., te bran-ler…, etc…

À mon tour, je prends le micro et dis à ce monsieur de ma petite voix douce que le sacrifice qu’il a fait de sa vie sentimentale afin de donner la meilleure éducation et une excellente structure à ses trois fils, est formidable. Que s’il rencontre une femme qui lui plaît, et qu’il le lui raconte, elle ne pourra qu’être admirative de l’homme bien qu’il est. Elle sera obligatoirement séduite.

— Si elle a envie d’aller plus loin, c’est elle qui vous prendra par la main. Sa tendresse vous guidera à vous redonner confiance. Ses caresses réanimeront votre virilité que vous avez enfouie. Et tous vos anciens gestes reviendront comme par magie.

Et voilà que le monsieur se met à pleurer :

— Oh qu’est-ce que vous êtes gentille, Sylvie. Pourquoi ce n’est pas vous que l’on entend plus souvent à la radio ?

Je me tourne en souriant vers l'animatrice qui me fusille du regard avec ses deux yeux transformés en deux kalachnikovs, genre, ma petite chérie, ce n’est pas demain la veille que je vais t’inviter de nouveau dans mon émission et te laisser me voler la vedette.

En effet, malgré l’amitié qu’elle partageait avec mon éditeur, mon savoir dans les bons conseils sexuels, mon deuxième roman sorti, quelques mois plus tard, chez Fayard, qui traitait de l’anorgasmie chez les femmes, l'animatrice ne m’a plus jamais invitée.

Mais comme elle est intelligente, elle a compris ce que j’avais fait et a mis, par la suite, beaucoup de Sylvie dans ses propos qui sont devenus moins pornographiques, moins hards, moins techniques, mais beaucoup plus psychologiques, comme j’aime à le faire, avec énormément d'empathie, dès que l’on me confie un problème. Bravo à elle.

Sylvie Bourgeois Harel

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Sylvie Bourgeois Harel au Café de Flore

Sylvie Bourgeois Harel au Café de Flore

Je suis voluptueusement abandonnée sur mon lit à faire l’amour avec mes mots qui sont mes seuls amis à qui je peux confier mon intimité. Enfermée sur ces pages de papier pour t’exprimer mes rêves de sensualité, mon esprit imprégné de ta sensualité voudrait lécher les verbes tels que sucer, pénétrer, haleter, savourer, cambrer, écarter, soupirer, mouiller, succomber.

 

Mon sexe s’ouvre pour y faire entrer des mots tels que ravissement, émotion, enchantement, chaleur, emballement, gaieté, abandon détermination, révélation.

 

Mon émoi à ton égard cherche dans mes pensées les mots pour te fantasmer et ne pas risquer d’être frustrée par ta manière de me désirer. C’est une autre façon de te faire l’amour.

 

Je t’ai rêvé me pénétrer. Tu étais dans mon cerveau excité et passionné à le caresser. Cette extraordinaire et rare sollicitation me provoquait une inconnue et douce sensation de plénitude. Glissant dans cette masse nerveuse qui, sur ton passage, s’embellissait, se dynamisait, se réveillait, tu voulais tout sentir, tout toucher, tout connaître de ce monde inconnu qui s’offrait à toi avec une volupté confondante.

 

Ta curiosité a réussi à ouvrir certaines portes que je croyais avoir fermées à jamais d’où se sont délicieusement échappés les mots, sérénité, calme, assurance, quiétude, paix, félicité.

 

Excité par mes gémissements de plaisir qui résonnaient telle une symphonie, tu as joui dans ma tête, arrosant avec délectation ce noyau fertile qui t’attendait pour se développer, se dévoiler et se révéler.

 

Puis tu es redevenu homme, homme sur moi, épuisé par cette victoire non conventionnelle. Mes seins se sont alors extraordinairement gonflés pour mieux t’accueillir, t’honorer, te soulager.

 

Léger comme une plume, mon corps s’enivrait de toi pour que chaque grain de ma peau te soit le plus délicieux des massages.
Assis sur ton visage, mon sexe s’est pressé fortement à ta bouche afin de filtrer pour toi l’air que tu respires.

 

Je t’ai sucé avec tendresse, délicatesse, exigence, concentration, douceur, protection. Chaque recoin de ta verge était sollicité. Ma salive qui bavait tant et si bien, a formé une vague géante de plaisir et a noyé ton sexe dans un tourbillon d’ivresse. Tes genoux fléchissaient. Ton corps tremblait. Ta bouche me réclamait. Je te suçais avec une fougue nouvelle, témoin de mon tempérament révélé.

 

Ma passion à te désirer a pénétré ton sexe et les mots sur lesquels je me suis masturbée pour les préparer à être le sensuel reflet de mes pensées sont entrés dans ton esprit créant de fabuleux frissons jusqu’alors inconnus.

 

Ces mots tels que confiance, sentiment, sincérité, amour, intuition, allégresse lui ont insufflé de vivre heureux. Une boule de feu d’une énergie incommensurable a envahi ta tête et a brûlé à jamais tes insatisfactions, tes frustrations, tes craintes. La puissance de ce plaisir rêvant de te faire crier de bonheur a anéanti tous les usurpateurs qui t’enferment.

 

Ces jouissances nouvelles, fulgurantes, libératrices prennent leur source dans un espace merveilleux qui s’appelle liberté, douceur, désir, plaisir, respect, vérité.

 

Sylvie Bourgeois

Lettres à un monsieur

Editions Blanche (octobre 2003)

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Sylvie Bourgeois Harel - Club 55 - Ramatuelle - Plage de Pampelonne

Sylvie Bourgeois Harel - Club 55 - Ramatuelle - Plage de Pampelonne

Lettres à un monsieur

Roman - Editions Blanche - 2003 - Sylvie Bourgeois

lettres-monsieur.jpg

EXTRAIT :

Je suis voluptueusement abandonnée sur mon lit à faire l’amour avec mes mots qui sont les seuls amis à qui je peux confier mon intimité. Enfermée sur ces pages de papier pour t’exprimer mes rêves de sexualité, mon esprit imprégné de ta sensualité voudrait lécher les verbes tels que sucer, pénétrer, haleter, savourer, cambrer, écarter, soupirer, mouiller, succomber.

Mon sexe s’ouvre pour y faire entrer des mots tels que ravissement, émotion, enchantement, chaleur, emballement, gaieté, abandon détermination, révélation.

Mon émoi à ton égard cherche dans mes pensées les mots pour te fantasmer et ne pas risquer d’être frustrée par ta manière de me désirer. C’est une autre façon de te faire l’amour.

Je t’ai rêvé me pénétrer. Tu étais dans mon cerveau excité et passionné à le caresser. Cette extraordinaire et rare sollicitation me provoquait une inconnue et douce sensation de plénitude. Glissant dans cette masse nerveuse qui, sur ton passage, s’embellissait, se dynamisait, se réveillait, tu voulais tout sentir, tout toucher, tout connaître de ce monde inconnu qui s’offrait à toi avec une volupté confondante.

Ta curiosité a réussi à ouvrir certaines portes que je croyais avoir fermées à jamais d’où se sont délicieusement échappés les mots sérénité, calme, assurance, quiétude, paix, félicité.

Excité par mes gémissements de plaisir qui résonnaient telle une symphonie, tu as joui dans ma tête, arrosant avec délectation ce noyau fertile qui t’attendait pour se développer, se dévoiler et se révéler.

Puis tu es redevenu homme, homme sur moi, épuisé par cette victoire non conventionnelle. Mes seins se sont alors extraordinairement gonflés pour mieux t’accueillir, t’honorer, te soulager.

Léger comme une plume, mon corps s’enivrait de toi pour que chaque grain de ma peau te soit le plus délicieux des massages.

Assis sur ton visage, mon sexe s’est pressé fortement à ta bouche afin de filtrer pour toi l’air que tu respires.

Je t’ai sucé avec tendresse, délicatesse, exigence, concentration, douceur, protection. Chaque recoin de ta verge était sollicité. Ma salive qui bavait tant et si bien, a formé une vague géante de plaisir et a noyé ton sexe dans un tourbillon d’ivresse. Tes genoux fléchissaient. Ton corps tremblait. Ta bouche me réclamait. Je te suçais avec une fougue nouvelle, témoin de mon tempérament révélé.

Ma passion à te désirer a pénétré ton sexe et les mots sur lesquels je me suis masturbée pour les préparer à être le sensuel reflet de mes pensées sont entrés dans ton esprit créant de fabuleux frissons jusqu’alors inconnus.

Ces mots tels que confiance, sentiment, sincérité, amour, intuition, allégresse lui ont insufflé de vivre heureux. Une boule de feu d’une énergie incommensurable a envahi ta tête et a brûlé à jamais tes insatisfactions, tes frustrations, tes craintes. La puissance de ce plaisir rêvant de te faire crier de bonheur a anéanti tous les usurpateurs qui t’enferment.

Ces jouissances nouvelles, fulgurantes, libératrices prennent leur source dans un espace merveilleux qui s’appelle liberté, douceur, désir, plaisir, respect, vérité.

 

Sylvie Bourgeois - Philippe Harel - Prix Marie-Claire - Hôtel Montalembert

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