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Dix femmes vivent en moi

Dix femmes vivent en moi

 

Dix femmes vivent en moi. Je le sais, je les ai comptées, puis identifiées. Suivant les événements, les personnes, les situations, les urgences, les lieux, l'une d'entre elles prend le pouvoir sur les autres. Il y a :

- Sylvette, la femme-enfant
- La Fugueuse, celle qui, depuis mes 8 ans, désire toujours fuir, partir ailleurs
- Cosette, justement, cette petite-fille de 8 ans qui a vu son innocence être fracassée et qui, depuis, peut redevenir totalement anéantie face à certains bourreaux
- La Reine-mère, quand je suis dans un groupe, j'avoue que j'aime bien prendre le pouvoir, conséquence, je ne suis jamais en groupe, en effet, prendre le pouvoir ne m'intéresse absolument pas
- Castro, là, ce n'est plus une question de pouvoir mais d'autorité quand il y a une urgence, un danger, un danger surtout pour autrui, j'agis et personne ne peut se mettre sur mon chemin
- Sissi Impératrice, oui, j'adore les jolis lieux et me faire gâter
- Tout-Terrain, mais je sais aussi apprécier un pique-nique sur une jolie plage ou dormir dans le désert
- L'Amoureuse, je suis une grande amoureuse
- La guérisseuse, j'aime aider, comprendre, soigner
- La travailleuse, j'ai commencé à travailler à 12 ans et j'écrirai jusqu'à la fin de mes jours

Heureusement, mon mari les aime toutes.

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Sylvie Bourgeois Harel

Sylvie Bourgeois Harel

 

Si l'on regarde cette photo, nous voyons une maman avec ses deux petites filles. Si je vous dis que c'est moi aujourd'hui avec moi lorsque j'étais bébé et moi lorsque j'avais 10 ans, la photo prend un tout autre sens.

 

Comme en tant qu'écrivain, j'aime travailler sur l'intime en partant de mon propre intime puisque c'est celui que je connais le mieux — c'est d'ailleurs en parlant de mon propre intime que les lecteurs arrivent à s'identifier, en effet, j'estime que mon rôle est de mettre des mots sur des sensations simples que l'on traverse tous ou que l'on va tous traverser, l'enfance, l'amour, la mort, la joie, les parents, la douleur, le rire, la perte, le manque, l'incompréhension... —, j'ai créé cette photo de la même façon que je crée des romans ou des nouvelles.

 

L'image devient mot. Elle devient presque une fiction tout en n'étant pas une fiction. Elle devient une mémoire. Elle devient intemporelle. Elle devient de la pensée. Elle devient écriture et parole. L'écriture et la parole dans lesquelles l'on s'accorde dans une même phrase de pouvoir parler du passé, d'un passé proche ou très lointain, d'aujourd'hui, et également du futur. Sans que cela ne choque personne. Sans que cela ne nuise à la compréhension du récit, au contraire, ces allers-retours dans le temps apportent une précision nécessaire à l'histoire. Cette photo apporte peut-être une précision nécessaire à la femme que je suis aujourd'hui.

 

Pendant quelques instants, en la regardant, je revis mon enfance. j'adoucis mon enfance. Et je me mets à aimer le bébé et la petite fille que j'étais.

 

Sylvie Bourgeois Harel

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Sylvie Bourgeois Harel - Philippe Harel -Festival de Cannes

Sylvie Bourgeois Harel - Philippe Harel -Festival de Cannes

Ma rencontre avec Robert Pattinson au Festival de Cannes, par Sylvie Bourgeois Harel

 

Étant donné que le Festival de Cannes qui a longtemps été mon terrain de jeu favori, au point d’en écrire un livre, Sophie à Cannes, paru chez Flammarion, démarre bientôt, un souvenir me revient. Il y a une dizaine d’années, mon mari, Philippe Harel, très proche de Michel Houellebecq dont il a adapté pour le cinéma, en 1999, Extension du domaine de la lutte dans lequel il joue aux côtés de José Garcia — c’est d’ailleurs pour Michel, qui n’était pas connu à l’époque, la meilleure adaptation de ses romans —, décide d’adapter La carte et le territoire. Comme Michel, enchanté de ce projet, donne à Philippe ses droits audiovisuels, nous sommes administrativement obligés de créer une société de production. Je deviens donc productrice. Très rapidement Canal + désire financer le film ainsi qu’un producteur allemand. Il nous manque un distributeur qui, avec le montant de son MG (minimum garanti), clôturera le budget.

Je ne vais pas vous raconter dans ce texte, bien que ce soit tentant, ou peut-être alors dans un autre récit, les mille détails des tractations qui sont pourtant croustillants et précurseurs d’un système nuisible pour ceux qui, comme mon mari, veulent garder leur indépendance et leur droiture, tout simplement parce que ce n’est le propos de mon histoire. Allez, pour le plaisir, je vous raconte quand même comment une productrice et distributrice que je vais appeler M, aujourd’hui décédée, a oeuvré afin que le film ne se fasse jamais car Philippe avait refusé de monter son budget à cinq millions d’euros dont trois devaient revenir à M, genre, il ne restait plus que deux millions pour payer le tournage, les comédiens, les techniciens, Philippe, Michel, tous devaient se serrer la ceinture et la qualité du film allait en pâtir, afin qu’elle puisse se goinfrer.

 

Étant à la tête de pratiquement toutes les commissions d’aides, de financements et d’avances sur recettes, et ayant un réel pouvoir de nuisance que nous avons pu constater et subi, vexée et furieuse de ne pas toucher ce "petit" magot supplémentaire alors qu’elle était déjà, et depuis longtemps, assise sur un trésor de guerre, M a fait refuser le film partout. Nous avons même reçu, un jour, un appel téléphonique d’un producteur faisant partie d’une commission du CNC qui, dégoûté par les agissements de M, nous a expliqué comment elle avait manoeuvré par chantage et abus de pouvoir, afin qu’aucune aide ne nous soit accordés. Mais revenons au Festival de Cannes.

Comme à cause de toutes ces magouilles intra-professionnelles du milieu du cinéma français, il s’avérait impossible de produire le film sur le territoire national, je lance, à mon mari, tel un preux chevalier, au moment de sauter dans mon taxi pour aller passer quelques jours à Cannes :

— Mon chéri, je te ramène Robert Pattinson.

J’avais appris qu’il serait au Festival, mais surtout qu’il adorait Michel Houellebecq.

Je ne suis allée qu’un soir au cinéma. J’avais appelé la veille le bureau des comédiens en leur demandant s’ils voulaient bien m’inviter à la projection du lendemain bien que mon mari ne soit pas là.

— Mais oui, Sylvie, avec plaisir.

Ils ont même eu la délicatesse de me faire annoncer sur les marches. J’adore ! Je fais quelques coucous-bisous dans le grand hall réservé à ceux qui sont assis en bas de la salle, là où il faut être. Je m’assieds toute contente au 5ème rang dans le Carré Cinéma. Je me retourne et vois mon Robert Pattinson s’asseoir derrière l’équipe qui présente le film. Je l’avais oublié. Mais là durant toute la projection, je n'ai pensé qu’à lui et à comment l'aborder. Je me suis alors répèté mille fois dans ma tête : I know you like Michel Houellebecq. My husband is preparing a movie based on his novel La carte et le territoire. He would like to give you the lead role. May I speak to you for a moment ?

Une fois le film fini, après les applaudissements d’usage où toute la salle est debout, je vois mon Pattinson sortir de son rang et remonter les allées sur la droite. Je n’ai qu’une solution foncer. Alors je fonce. Je pousse mes voisins en m’excusant. J’écrase des dizaines de pieds de festivaliers toujours en m’excusant. Et je remonte les allées en écartant de ma main un tas de smokings et de robes de soirées qui se retournent vers moi l'air très énervé d'avoir osé les toucher. Un instant, je pense à la difficulté des saumons obligés de remonter les fleuves s’ils veulent trouver l’âme-soeur pour copuler et se reproduire. Les humains d'aujourd'hui ont plus de facilité grâce à Tinder et autres applis de rencontres, ils n'ont pas besoin de faire tous ces efforts pour effectuer quelques galipettes. Sont-ils plus heureux avec cette abondance de chair presque livrée à domicile ? Je n'en sais rien et ce n'est pas l'endroit pour y réfléchir.

Pour ma part, tous mes efforts fournis pour atteindre Pattinson m'ont apporté une saine satisfaction. Arrivée enfin dans son dos, le garçon est très grand, je lance ma phrase apprise par coeur : I know you like Michel Houellebecq. My husband is preparing a movie based on his novel La carte et le territoire. He would like to give you the lead role. May I speak to you for a moment ? Comme il y a beaucoup de bruit et d’effervescence, c’est ainsi, la présence de stars excite, je la répète trois fois et de plus en fort quand, soudain, le grand Pattinson se retourne vers moi et demande à ses deux gardes du corps de me laisser l’approcher. C’est top. Je suis donc tout près de ce joli Pattinson avec les deux gardes du corps qui, dorénavant, nous entourent. Je fais partie du clan ! Grâce à cette proximité ultra-protectrice qui me sépare du reste des festivaliers, je suis devenue Sylvie celle qui papote avec la star Pattinson, autant dire que je me vois déjà à Hollywood en train de me baigner dans les vagues de Malibu pendant que mon mari tourne son film. Je lui répète ma phrase magique.

— Great !!! I love the idea. And yes, I like Houellebecq, it’s a great writer. Of course, I want to read the script, me répond-il en plongeant ses beaux yeux bleus qui ont fait craquer des millions de filles dans les miens, bleus aussi.

J’avais tout prévu. Je lui propose mon petit carnet tibétain dont j’arrache régulièrement des feuilles lorsque je désire communiquer mon numéro de téléphone, ainsi que mon gros stylo Montblanc fétiche que je ne prête à personne mais, là, l’heure est importante, il en va de la carrière de mon mari, et lui demande d’écrire le mail de son agent afin que l’on puisse se mettre en contact avec lui.

Et Pattinson s’exécute. Je le remercie et m’éloigne. Assez contente de moi quand même. Arrivée en bas des marches, je téléphone, toute excitée, à mon mari :

— Je viens de parler à Robert Pattinson, il adore l’idée de jouer dans La carte et le territoire. On va envoyer le script à son agent dont il m’a donné les coordonnées. Si ça lui plaît, autant dire que le film se montera tout de suite aux États-Unis, tu le tourneras en anglais, c’est top, non ?
— C’est gentil ma chérie, me répond Philippe de sa voix blanche, je ne sais pas comment tu t’es débrouillée pour lui parler, ça ne m’étonne pas de toi, mais je ne veux pas faire ce film en anglais, il est typiquement français.

Douche froide ! Je suis partie dîner au Martinez avec mon ami Christian Sinicropi, le chef doublement étoilé qui m’avait fait le très chic cadeau de mettre un plat à mon nom qui s'appelait Un instant avec Sylvie Bourgeois au menu de la carte de La Palme d'Or, le restaurant gastronomique de l’hôtel, à qui j’ai raconté que j’avais un drôle de mari, le moins opportuniste de tout le cinéma français.

Mais quand même Robert Pattinson, il aurait pu faire un effort !

 

Sylvie Bourgeois Harel 

 

Michel Houellebecq - Sylvie Bourgeois Harel - Philippe Harel

Michel Houellebecq - Sylvie Bourgeois Harel - Philippe Harel

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Sophie à Megève, une comédie de Sylvie Bourgeois Harel

Sophie à Megève

 

une comédie de Sylvie Bourgeois Harel

extrait 

 

Avant de dîner au Cintra, la plus vieille brasserie de Megève, Henri les entraîne à un vernissage. Un monde fou se presse pour regarder des petits dessins vaguement inspirés de ceux de Crumb, en beaucoup moins bien. Un gamin de 25 ans à tout casser est la star du cocktail. Les amis de ses parents se précipitent pour le féliciter, l’embrasser, lui tapoter les épaules, lui frotter la tête, qui aurait cru ça de toi ? Qu’est-ce qu’on s’est fait comme souci à ton sujet ! 

 

Un peu plus loin, un playboy bronzé explique à un cheptel de zibelines et de renards argentés qu’il adore vivre dans les Hampton’s, car il n’y a pas de pauvres.

 

         – C’est bien simple, si vous ne possédez pas de maison, c’est impossible d’y aller ! 

 

Sophie, pensive, observe son gynécologue s’avancer vers elle, un grand sourire aux lèvres.

 

         – Bonjour chère amie ! Comment allez-vous depuis ce dîner chez… chez… aidez-moi, je ne me souviens plus de la dernière fois où nous nous sommes vus, lance-t-il en l’embrassant chaleureusement.

         – J’avais les jambes écartées dans votre cabinet, je suis une de vos patientes.

 

Écarlate, il se confond en excuses. Heureusement, un homme grisonnant s’avance vers Sophie et la libère de ce malentendu. 

 

         – Voilà le résultat quand l’argent envahit le domaine réservé aux artistes, dit Sophie. Ce gosse a dû avoir envie d’exister, ce qui est légitime, mais au lieu de bosser à l’école, il a choisi la facilité de se prétendre peintre alors que de toute évidence, il est dénué de talent. Et ses parents, trop contents qu’il ait survécu à la drogue, à l’alcool, lui offrent les moyens de se croire quelqu’un alors qu’il n’est pas doué. Je les imagine perclus d’admiration pour leur rejeton qui, enfant, devait gribouiller au stylo Bic des cahiers entiers de petits soldats et de scènes de guerre. Et comme ces gens-là n’ont aucune culture, malgré ce qu’ils prétendent, ils crient au génie. Ça me rend dingue que l’on expose ces débilités. 

 

         – C’est mon beau-fils.

 

Sans se démonter, Sophie lui demande du tac au tac ce qu’il en pense.

 

         –  Voulez-vous que je vous le présente ?

         – Laissez-le prendre son pied. C’est son quart d’heure de gloire. La question que l’on doit se poser, c’est de savoir si cet usurpateur qui existe grâce à vos moyens financiers prend la place d’un vrai artiste ou non ? À Saint-Tropez, j’avais vu la même chose avec une princesse de mes fesses qui avait exposé ses photos de vacances, elle les avait attachées avec des pinces à linge pour faire bohème. Vous me direz, Saint-Tropez n’est pas le meilleur endroit pour découvrir de l’art. Mais c’est pareil dans la musique, le cinéma, la littérature, les fils et filles à papa pourrissent la sincérité, le seul con dans l’histoire est le pauvre idiot qui paye sa place de ciné ou de concert et doit assister à ce déferlement de nullité. Vous ne voulez pas plutôt m’apporter une coupe de champagne ?

         – Je ne sais pas pourquoi, mais je vous trouve différente des autres femmes de cette assemblée.

         – Normal, je suis la seule pauvre.

         – Dans vos yeux, je lis que votre vie intérieure est riche.

         – Stop, on arrête tout, votre réponse est trop convenue, je ne peux pas continuer sur ce registre. 

         – Arrêtez de me taquiner, vous vous appelez comment ?

         – Sophie et je n’ai pas de mari.

 

Oups ! se dit-elle, je suis barge de répondre ça. 

 

         – Je peux alors vous inviter à déjeuner ?

 

Exactement ce qu’elle ne voulait pas entendre !

 

         – Volontiers ! 

 

Exactement ce qu’elle ne voulait pas dire ! 

 

Ce n’est pas la première fois que ses paroles ne lui obéissent pas. C’est peut-être le signe que je suis très déprimée ? se demande Sophie en buvant cul sec sa coupe.

 

         – Au moins, vous n’êtes pas compliquée ! Je me présente, Jean-Guillaume Tuffier. 

         – Des constructions navales ?

         – Exactement.

         – Et vous tenez cette entreprise de votre père ?

         – Qui la tenait lui-même de son propre père. 

         – Dingue ! se moque-t-elle.

         – N’est-ce pas ?

         – Je ne suis pas jalouse, mais ça me fout les boules les gens comme vous qui n’ont comme mérite que d’avoir hérité. À Megève, j’ai l’impression de ne voir que ça.

         – J’ai commencé à travailler tôt et durement, on ne m’a fait aucun cadeau, se justifie Jean-Guillaume.

         – Le mythe du gamin riche qui doit soi-disant démarrer en bas de l’échelle ne m’a jamais fait chialer. C’est quand même plus facile d’avoir le droit d’engueuler les ouvriers de son père et de rentrer dans une baraque à plusieurs millions d’euros avec du personnel que de trimer pour de vrai et de se coucher dans un studio pourri où vous devez laver vous-même votre sol et vos draps car vous n’avez pas de fric. Vous avez, ne serait-ce qu’une fois, mis la table ou passé la serpillière ?

         – Non, mais je suis un cuisinier qui se défend.

         – Oui, histoire d’épater vos copains !

         – Pourquoi êtes-vous en colère, Sophie ?

         – N’insistez pas, je ne déjeunerai pas avec vous.

         – Vous êtes pétillante, j’adore. On dit après-demain au Fer à cheval ? À 13 heures ?

         – Pourquoi pas demain ?

         – Je dois aller à Genève.

         – Chercher des pépettes ?

         – Non, des cigares.

         – Chez Gérard ?

         – Je vois que vous connaissez vos classiques.

         – Et ensuite, vous irez au Velvet vous taper une pute. Certaines, paraît-il, passent leur journée à tremper dans du lait d’ânesse pour avoir la peau douce. Vous m’en ramènerez une ?

         – Vous êtes insensée, mais vous me plaisez.

         – Parce que je ne coûte pas 2 000 euros ?

         – Vous verrez, leurs diots au vin blanc sont fameux.

         – Je suis plutôt filets de perche du lac Léman, mais bon.

Sophie à Megève, couverture

Sophie à Megève, couverture

Sophie à Megève - 4ème de couverture

Sophie à Megève - 4ème de couverture

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Chroniques du monde d'avant (9), mon deuxième roman, L'amour libre chez Fayard

Chroniques du monde d'avant (9), mon deuxième roman, L'amour libre chez Fayard

Nous sommes il y a une vingtaine d’années. Mon premier livre "Lettres à un monsieur" vient de sortir en librairie. Je décide d’en écrire immédiatement un deuxième. Que je termine très rapidement. Je le propose à mon éditeur qui me répond qu’il le publiera volontiers en octobre prochain.

— Et pourquoi pas plutôt en mai ? lui demande mon impatience.
— Parce que l’on ne sort pas deux livres d’un auteur dans la même année.

Plutôt que d’être contente qu’il accepte de publier mon deuxième roman, je sors de son bureau en bougonnant. Je n’ai aucune notion des impératifs et des contraintes de l’édition, je ne vois que mon désir d’avoir un deuxième livre publié en mai. Arrivée chez moi, je téléphone au gentil Alexandre qui m’avait glissé, après ma signature à l’Écume des Pages, la librairie collée au Café de Flore, à Saint-Germain-des-Prés où il travaillait, qu’un éditeur très important était venu.

— Comment s’appelait-il ?
— Raphaël Sorin, il était chez Flammarion et vient d’arriver chez Fayard.

Je l’appelle aussitôt. Par chance, son assistante est absente ce jour-là, le standard me le passe directement.

— Bonjour monsieur Sorin, je suis Sylvie Bourgeois, vous ne me connaissez pas mais comme le mois dernier vous êtes venu à l’Écume des Pages à la signature de mon premier roman, "Lettres à un monsieur", je me suis dit que vous vouliez faire ma connaissance. Voulez-vous que l’on prenne un café demain matin au Flore ?

Le lendemain matin, à 9 heures, je suis en terrasse du Flore avec Raphaël Sorin, hélas aujourd’hui décédé. Je n’ose pas lui dire que j’aimerais bien lui faire lire mon deuxième manuscrit qui est terminé. Nous parlons de tout. Et aussi de Michel Houellebecq.

— Vous savez qu’il va faire son prochain roman avec vous, je lui annonce sans rien savoir des projets de Michel Houellebecq que je ne connaissais pas encore personnellement, mais dont j’avais lu et surtout aimé tous ses livres et poèmes.
— J’adorerais, mais il est obligé de le faire chez Flammarion, me répond Sorin.
— Oui, mais il le fera avec vous chez Fayard.
— C’est impossible, c’est moi qui ai verrouillé son contrat chez Flammarion, il n’a aucune option de sortie.
— N’empêche, il le fera avec vous chez Fayard, j’insiste sûre de moi. Et puis quand on a un éditeur comme vous, on n’a pas envie de l’abandonner, j’ajoute pour le flatter.

Plus que de le flatter, j’avais surtout envie de lui faire plaisir. Le bonhomme me plaisait. Comme m’avait plu mon premier éditeur. Deux amoureux de la littérature. Deux amoureux des mots. Deux amoureux des auteurs. Deux éditeurs à l’ancienne. Et quant à ma certitude que Michel Houellebecq signerait sont prochain roman chez Fayard, elle venait d’une voix qui m’avait dicté ces mots. Était-ce de l’intuition, de la clairvoyance, de la prédiction, de la prémonition ou de la prophétie, je ne saurai jamais, toujours est-il qu’un an plus tard, Houellebecq a réussi à rompre son contrat ultra verrouillé chez Flammarion pour rejoindre Raphaël Sorin chez Fayard. Mais ça, c'est une autre histoire.

Revenons à moi, le lendemain de mon joyeux rendez-vous au Flore avec Sorin, je désire ardemment lui faire lire mon deuxième manuscrit. Je lui téléphone. Sauf que son assistante a repris son travail. C’est elle qui décroche.

— On ne doit pas appeler directement les éditeurs, m’engueule-t-elle. Si vous avez un manuscrit à nous faire lire, déposez-le au service des manuscrits, on vous répondra sous trois mois. Si on ne vous répond pas, c’est que votre livre ne nous intéresse pas.

Et elle raccroche. Je rappelle aussitôt, forte du sourire ravi de Sorin lorsque je lui avais fait ma voyance prophétique concernant Houellebecq. Je retombe sur l’assistance excédée

— Pouvez-vous s’il vous plaît juste dire à Raphaël Sorin que Sylvie Bourgeois aimerait lui parler ? Merci.

Trois minutes plus tard, Raphaël me téléphone.

— Je peux vous faire lire mon manuscrit ?
— Bien sûr, apportez-le moi demain matin, à 9 heures, au Flore. On reprendra un café.

Cinq jours plus tard, Sorin m’appelle.

— J’ai adoré votre livre, vous avez un vrai talent Sylvie, votre écriture est sincère, franche, rapide, drôle, elle existe, elle prend toute sa place, je vous édite, il sortira en avril.

En avril ! Un mois avant ma date du mois de mai que j’avais tant désirée ! Youpi ! Je me sens la reine du monde. D’autant que la première phrase que j’avais écrite lorsque j’avais commencé ce roman était : je veux rencontrer le futur homme de ma vie, vivre, travailler et fusionner avec lui. Quelques semaines plus tard, je rencontrai celui qui allait devenir mon mari. Je suis donc persuadée qu’il suffit que je crie mes désirs ou que je les écrive, de travailler bien sûr à leurs accomplissements, je suis une travailleuse acharnée, ça me convient parfaitement, et que ma nouvelle vie liée à l’écriture va être belle et facile.

Mais c’est sans compter sur les jalousies ou les passions que je peux susciter. L’assistante de Sorin qui ne devait pas apprécier que son patron, le grand éditeur tant respecté dans le monde de l’édition, m’invite à déjeuner trois fois par semaine au Chai de l’Abbaye, sa cantine, où il prend plaisir à me raconter mille anecdotes avec ses auteurs favoris comme Patrick Manchette ou Charles Bukowski, a pris beaucoup de retard. Tant et si bien qu’un matin, Sorin, très énervé, m’appelle.

— On se voit au Flore dans une demi-heure.
— Bien chef.

Assis à l’intérieur, à la table près de la caisse, je n’ai plus un Sorin gentil et attentionné, mais un Sorin en colère.

— Je suis furieux Sylvie, mon assistante s’est plainte que vous repoussiez sans cesse vos rendez-vous de travail avec elle sur votre texte.
— Absolument pas, Raphaël, c’est elle qui les annule au dernier moment et les remet à deux semaines plus tard.
— Pourquoi ne me l’avez-vous pas dit ? se calme-t-il.
— Parce que je n’ai jamais dénoncé personne à l’école, je ne vais pas commencer aujourd'hui.
— Je vous crois, Sylvie, ça m’étonnait aussi de vous, je vais lui passer un savon, n’empêche, à cause de tout ça, votre livre ne sera jamais prêt pour le mois d’avril comme je l’avais prévu, il sortira le 2 juin.

Le 2 juin, je croise chez Fayard celui qui est censé être mon attaché de presse, une valise à la main.

— Je pars en vacances. Votre livre est mort. On se sort jamais le roman d’un auteur pas connu en juin, les journalistes travaillent déjà sur les livres qui paraîtront en septembre pour la rentrée littéraire. Le seul qui vous recevra est Patrick Poivre d’Arvor. C'est déjà pas mal, c'est une télé. Je vous emailerai l’horaire et l'adresse du studio d’enregistrement, l'émission aura lieu la semaine prochaine. C’est un deal que nous avons avec lui, lorsqu’il a demandé à Fayard d’éditer Claire Castillon, sa petite amie de l'époque, en échange, il a promis de recevoir tous nos auteurs.

À suivre…

Sylvie Bourgeois Harel

 

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Chroniques du monde d'avant - 7 - Lettres à un monsieur - 2003

Chroniques du monde d'avant (7)

Lettres à un monsieur

2003 

Lorsque mon premier livre, Lettres à un monsieur, a été publié en octobre 2003, aux Éditions Blanche, mon éditeur était tout content de m’obtenir une interview sur une radio nationale avec sa copine ancienne star du porno devenue animatrice d'une émission sur la sexualité qui cartonnait.

— Tu vas voir, elle va t’adorer.

Je suis sceptique, professionnellement, je n’ai jamais eu d’aide venant d’une femme. Certaines m’ont appréciée, ont même eu des coups de coeur pour moi, mais très rapidement, m’ont mis des bâtons dans les roues à la hauteur des qualités qu’elles me reconnaissaient avoir. Néanmoins, j’y vais pleine de bonne volonté. L'animatrice m’explique qu’elle me gardera pendant les deux heures que dure son émission de radio dont le thème sera conforme à celui de mon livre, à savoir l’impuissance sexuelle masculine.

En effet, Lettres à un monsieur sont des lettres érotiques destinées à un homme qui a bien des soucis à exprimer sa virilité, ce qui m’avait valu un important lectorat masculin d’hommes de plus de 50 ans qui me trouvait très généreuse, très tolérante, très compréhensive. C’est ainsi que j’ai découvert que dans les textes érotiques, certains lecteurs peuvent confondre les mots et celle qui les a écrits, moi en l’occurence.

L'animatrice m’explique également que je peux prendre la parole quand bon me semble lorsque des auditeurs lui demanderont des conseils. Je suis ravie. Avant d’écrire ce livre, je voulais présenter une émission de télé sur la sexualité. J’étais devenue très pointue sur le sujet. Mais c’est une autre histoire que je raconterai une autre fois.

Au bout d’une heure d’émission où tout se passait très bien, un monsieur prend la parole :

— Je n’ai pas fait l’amour depuis onze ans. Ma femme a quitté notre maison quand nos trois garçons avaient douze, dix et sept ans. Elle nous a abandonnés du jour au lendemain. Nous ne l’avons plus jamais revue. Je me suis alors entièrement consacré à l’éducation de mes enfants. J’ai sacrifié ma vie sentimentale pour eux. Je ne le regrette pas. Aujourd’hui, je suis très fier d’eux. Ils font des grandes études, l’un en Médecine, l’autre en Droit et le dernier vient de partir en faculté au Canada. J’aimerais avoir, de nouveau, une amoureuse, mais j’ai peur de ne plus savoir comment me comporter dans un lit.

L'animatrice prend alors la parole. À l’époque, je dis à l’époque car il y a vraiment eu un avant et un après mon passage dans son émission, donc à l’époque, elle était très hard avec un vocabulaire proche de celui du porno, le domaine où elle a commencé en tant qu’actrice. Je vous prie donc, par avance, de m’excuser de la vulgarité des propos qui vont suivre, mais ils ne sont que le reflet des siens, c’était genre : tu n’as qu’à prendre un go-de, te le mettre dans le c-u-l.., te bran-ler…, etc…

À mon tour, je prends le micro et dis à ce monsieur de ma petite voix douce que le sacrifice qu’il a fait de sa vie sentimentale afin de donner la meilleure éducation et une excellente structure à ses trois fils, est formidable. Que s’il rencontre une femme qui lui plaît, et qu’il le lui raconte, elle ne pourra qu’être admirative de l’homme bien qu’il est. Elle sera obligatoirement séduite.

— Si elle a envie d’aller plus loin, c’est elle qui vous prendra par la main. Sa tendresse vous guidera à vous redonner confiance. Ses caresses réanimeront votre virilité que vous avez enfouie. Et tous vos anciens gestes reviendront comme par magie.

Et voilà que le monsieur se met à pleurer :

— Oh qu’est-ce que vous êtes gentille, Sylvie. Pourquoi ce n’est pas vous que l’on entend plus souvent à la radio ?

Je me tourne en souriant vers l'animatrice qui me fusille du regard avec ses deux yeux transformés en deux kalachnikovs, genre, ma petite chérie, ce n’est pas demain la veille que je vais t’inviter de nouveau dans mon émission et te laisser me voler la vedette.

En effet, malgré l’amitié qu’elle partageait avec mon éditeur, mon savoir dans les bons conseils sexuels, mon deuxième roman sorti, quelques mois plus tard, chez Fayard, qui traitait de l’anorgasmie chez les femmes, l'animatrice ne m’a plus jamais invitée.

Mais comme elle est intelligente, elle a compris ce que j’avais fait et a mis, par la suite, beaucoup de Sylvie dans ses propos qui sont devenus moins pornographiques, moins hards, moins techniques, mais beaucoup plus psychologiques, comme j’aime à le faire, avec énormément d'empathie, dès que l’on me confie un problème. Bravo à elle.

Sylvie Bourgeois Harel

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Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - La Ponche

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - La Ponche

La Voix
 
Écoute le silence...
 
Reste là. Écoute. Écoute le silence. Écoute la solitude. Écoute le noir. Observe. Observe le silence. Observe sa lenteur. Observe sa blancheur. Il n’est pas pressé. Regarde. Regarde autour de toi. Regarde le malheur. Le malheur de ceux qui n’ont pas compris. Qui ne veulent pas comprendre. Qui ne veulent pas entendre. Je le lui avais dit, mais il ne m’a pas écoutée. Je l’avais prévenu, mais il ne m’a pas crue. J’ai voulu le réveiller, mais il m’a repoussée. Et depuis il pleure. Il souffre. Il erre. Il erre. Et je ne peux rien y faire. Écoute les moments. Il y a des moments pour tout. Écoute les heures. Écoute la forêt. Écoute la mer. Elles savent tout. Ne t’endors pas. Veille. Surveille. Admire. Admire la joie. Admire les sourires. Les rires. La vérité est là. Il était mon mari, mon ami, je l’aimais. Puis il a tué. Il a tué notre enfant. Il a tué sa pureté. Il a tué son innocence. Il a tué sa beauté. Détruit son avenir. Elle était si jolie. Toute petite et toute fine. Gaie et chantante. Jamais capricieuse. Elle disait toujours oui. Elle lui a dit oui, c’était son papa. Elle ne s’est pas méfiée. Elle ne m’a pas appelée. Il était son père. Son univers. Son repère. Il l’a emmenée en enfer. Dans l’enfer des enfants trompés. Dans l’enfer de l’enfance niée. Elle n’a pas pleuré. Ou alors je ne l’ai pas entendue. Ce n’est que la troisième nuit que je me suis réveillée. Et que j’ai vu l’inacceptable. L’impensable. L’horreur. Le crime. La mort. La mort de ma petite fille. Ma petite fille devenue une femme. Elle n’avait que huit ans. Son père était sur elle. Sa main sur sa bouche. Sa jolie bouche qui avait mangé des cerises et du gâteau au chocolat dans l’après-midi. Elle était inerte, morte, étonnée, interdite, flattée, douloureuse. J’ai failli m’écrouler. Mon monde s’écroulait. J’ai revu l’accouchement, puis ma vie s’est arrêtée. Mon âge est parti. Il ne m’a pas entendue. Il était sur elle. La recouvrant de toute sa beauté. Mon mari était beau. La tuant de toute sa grandeur. L’écrasant de toute sa responsabilité. C’est une larme qui m’a alertée. Une larme qui a coulé sur ma joue. Une larme qui m’a réveillée. Qui m’a montré le chemin. Il faisait nuit. Dans sa petite chambre, la pleine lune traversait les volets. Elle se reflétait dans une larme qui coulait des yeux de ma fille. Une larme pour me dire l’indicible. Une larme pour m’avertir. Une larme pour me mettre en colère. Je n’ai pas réfléchi. J’ai pris la chaise de bureau de mon enfant et j’ai tapé avec sur son bourreau de toutes mes forces. De toutes mes résistances qui ne voulaient pas croire ce que je venais de voir. De toute ma fragilité à n’avoir pas su la protéger. J’ai tapé avec l’aide de mon mariage foutu, de ma tromperie bafouée, de ma vie qui s’écroulait. Mes deux amours s’affrontaient. Mes deux raisons s’annihilaient. J’ai voulu mourir. Je l’ai tué. J’ai tué mon amour. J’ai tué le monstre. J’ai tué le noir. J’ai tué papa.
 
Et puis, on a dû faire comme si de rien n’était. Ma fille a continué sa vie de petite fille. Dans la violence. Dans la douceur. Dans la douleur. Plus jamais elle n’a trouvé le calme. La nuit, elle dormait avec moi. Je ne savais pas comment la consoler. Il est parti dans le salon. Il n’en a jamais parlé. Jamais demandé pardon. Il a commencé à picoler. Tout était fini. L’harmonie était finie. Partie. Achevée. Et moi, j’étais anéantie. Affaiblie. Apeurée. En colère. Mais je n’ai pas su parler. Les mots étaient trop faibles. Toujours trop faibles. Alors j’ai prié. Prié. Prié. Ma fille a grandi, mais dormait toujours dans mon lit. Mais un jour, la maison a brûlé et nous sommes morts tous les trois. Le feu nous a pris dans le sommeil. Les flammes ont lavé notre désespoir. Mais je n’en ai pas fini, la nuit, je surveille toutes les petites filles et si un méchant papa, un méchant grand frère, un méchant tonton, cousin, voisin ou ami approche, j’agis, je fais du bruit. J’allume une lumière. Je bouge un meuble. Je claque une porte. J’instaure la terreur pour sauver l’enfant car je n’ai pas pu sauver le mien. Tous les enfants sont miens dorénavant. Je suis le silence qui les observe. Je suis le noir qui les protège. Je suis le vent qui les écoute. Je suis le blanc qui surveille tous les papas, tous les frères, tous les tontons, tous les cousins, voisins et meilleurs amis, tous les faux gentils qui aiment salir l’innocence. Alors toi, Sylvie, dorénavant, écoute le silence des enfants, les silences de leurs mouvements, du mouvement de leurs cheveux, de la maladresse d’un geste, de la maladresse d’un regard, d’un sourire gêné, d’une bouche qui se déforme au lieu de rire, écoute et tu sauras et tu consoleras. Tu leur parleras. Tu leur donneras de la force. Du pouvoir. De l’espoir. Ta douceur les apaisera. Les calmera. Les consolera. Tu es la consolante. Écoute les silences. Nourris-toi de ces silences et insuffle ta force et ton amour dans tous les drames de ces enfants perdus. Sois leur naïveté. Sois leur innocence. Sois leur espoir. Dans le noir, la mort est là. Sois leur lumière et moi je serai leur maman qui les attend. Ta maman qui t’aime."
 
Sylvie Bourgeois Harel
 
Ce texte est un extrait de mon prochain livre LA VOIX qui paraîtra début juin 2026.
 
Vous pouvez me contacter sur mon mail : slvbourgeois@wanadoo.fr.
Ou par téléphone au 0680644633.
La voix - Sylvie Bourgeois Harel

La voix - Sylvie Bourgeois Harel

La voix. Sylvie Bourgeois Harel. Récit
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Des tics et des tocs

Des tics et des tocs

 

Je m’appelle Frédérique et je suis pleine de tics et de tocs. Je n’ai jamais vraiment compris la différence. La seule chose que je sais, c’est que mes tics et mes tocs, mes tic-tocs, comme je les appelle, m’accompagnent partout. Depuis que j’ai 8 ans. Depuis que j’ai vieilli en une nuit. Ils sont mes amis. Mes gardes du corps. Mes bouées de sauvetage. Ils me rassurent et me font oublier.  Tout oublier. Grâce à eux, je redeviens une petite fille qui voudrait que sa maman ne l’ait jamais laissée seule chez son tonton. Ce n’était pas de sa faute. Elle ne pouvait pas savoir. Elle était partie se faire opérer d’un sein dans une clinique de Strasbourg, et mon papa n’était pas là. J’avais un papa, mais il n’était jamais là, Je l’appelais mon papa pas là. D’où l’idée de mon tonton pour me garder.

 

Mon tonton qui, au moment d’aller me coucher, a glissé sa main dans mon pantalon et n’a plus arrêté. Il m’a dit qu’on allait prier très fort pour que ma maman ne meure pas. Que pour bien prier, on devait être très près, très proches, très serrés. Puis il a retiré mon pantalon tout en faisant chut avec sa main posée sur ma bouche afin que je ne crie pas. Je n’ai pas osé bouger puisque si je bougeais et priais mal, ma maman allait mourir. Et puis c’était mon tonton quand même. Le frère aîné de ma maman. Celui qui me servait de papa quand le mien n’était pas là. Alors, comme j’aimais ma maman, même si ça ne me plaisait pas du tout, mais pas du tout, tous ces doigts de tonton dans ma culotte qu’il a fait glisser le long de mes jambes jusqu’à ce que je me retrouve toute nue, je me suis tue. Je ne voulais pas qu’elle meure.

 

Soudain, mon ventre s’est fracassé. J’ai hurlé. Hurlé tellement j’ai eu mal. C’était pire que tout. Pire que lorsque je m’étais brûlée les fesses en m’essayant sur un radiateur électrique. Pire que lorsque deux filles à la récré ont enroulé la corde à sauter autour de mon cou parce que j’étais meilleure qu’elles et ont tiré chacune de leur côté. Pire que lorsque je suis tombée sur le nez à vélo. Je n’ai pas de mot pour décrire cette boule de feu qui s’est emparée de mon sexe. Mes yeux se sont embués. Toute ma vie de petite fille heureuse s’est s’écroulée. J’ai eu la sensation que tout était fini pour moi. Tout était fini. Plus jamais, je ne pourrais aller jouer avec Nathalie après l’école, plus jamais je ne rigolerais des blagues de Christophe, plus jamais je ne voudrais que mon papa pas là me prenne dans ses bras. Plus jamais. Plus jamais. Tout était fini.

 

Mon tonton tout entier était entré en moi. Sa chemise frottait mon visage. De plus en vite. De plus en plus douloureusement. Alors pour ne plus avoir mal et pour que ma maman ne meure pas, j’ai décidé de mourir. Du haut de mes 8 ans, de tout ce que je pouvais savoir de la mort, je suis morte. J’ai donné ma vie pour que vive ma maman. Puis je me suis envolée dans les cieux. Je me suis envolée loin de mon corps, loin de mon pantalon qui gisait au sol, loin de mon tonton qui respirait si bruyamment sur moi. Je suis morte cette nuit-là.

 

Aujourd’hui, j’ai 58 ans, et mon sexe est toujours mort. Je ne ressens ni douleur, ni plaisir. Je suis morte à 8 ans, mais mon tonton a continué de vivre comme si de rien n’était, à venir déjeuner tous les dimanches à la maison, a emprunté de l’argent à ma maman parce qu’il n’en avait jamais assez. Moi, avec mon corps mort, je me taisais. Il m’avait fait promettre de me taire sinon ma maman finirait sous terre mangée par les vers.

 

Je me souviens aussi qu’il m’a portée jusque dans la baignoire et a fait couler de l’eau sur mes jambes. Il les a nettoyées avec une éponge pleine de sang qu’il a jetée. Puis il m’a séchée et m’a embrassée sur les cheveux en me prenant la tête. Je suis retournée me coucher. Je n’avais plus de larmes pour pleurer. Le lendemain, je ne suis pas allée à l’école, ni le jour suivant. Tonton a été très gentil avec moi, il m’a achetée du chocolat au lait avec des noisettes et une robe. Le chocolat, je l’ai vomi, et la robe, le premier jour où je l’ai portée, j’ai fait exprès de la tâcher avec de la confiture de fraises afin que ma maman comprenne que tout ce rouge à la hauteur du bas de mon ventre, ce n’était pas normal pour une petite fille. Mais elle n’a pas compris, elle m’a seulement grondée que tonton n’avait pas beaucoup d’argent et que cette robe lui avait coûtée beaucoup de sous.

 

Trois jours plus tard, lorsque ma maman est rentrée de l’hôpital, j’ai enfin pu retourner chez moi. Dès que j’ai passé le pas de la porte avec mon secret que je devais porter toute ma vie, une voix est descendue du ciel, la voix d’un ange, une voix venue me sauver. Elle m’a dit de toucher le mur. Cinq fois. Que si je touchais le mur cinq fois de suite et le plus souvent possible avec le grand doigt du milieu de ma main droite, plus jamais, mais plus jamais, ma maman ne retomberait malade, et plus jamais mon tonton ne retirerait mon pantalon.

 

Le lendemain matin, alors que je n’arrivais pas à avaler mon bol de chocolat chaud que ma maman m’avait préparée en raison du chocolat au lait avec des noisettes que mon tonton m’avait offert et que j’avais vomi, la voix est redescendue du ciel. Elle m’a dit de continuer de toucher le mur avec mon doigt et de toucher aussi mon nez avec ma lèvre supérieure et de le faire toujours cinq fois de suite. Je lui ai obéi. Elle a ajouté que cela me protégerait de mon tonton et de tous les garçons qui voudront retirer mon pantalon.

 

Dès que j’ai senti le velouté de ma lèvre supérieure toucher le bout de mon nez, j’ai éprouvé une douceur dans mon coeur. Un bonheur s’est emparé de mon cerveau. Un soulagement délicat comme un soupir m’a plongée dans un état de félicité comme lorsque je me réfugiais dans les bras de ma maman. J’ai même eu faim. C’était extraordinaire. C’était délicieux. C’était unique. Pendant une seconde, j’ai oublié les doigts de tonton. J’ai oublié mon pantalon mort sur le plancher. J’ai oublié ma douleur qui a fracassé mon zizi. Je n’ai jamais eu de zizi, les zizis c’est pour les garçons, mais ma maman qui a été élevée avec des garçons dont tonton a toujours appelé ça zizi. Alors je fais pareil, je dis zizi. Plus je touchais mon nez avec ma lèvre supérieure, plus je me sentais moins mourir.

 

Je suis alors partie à l’école en n’arrêtant pas de toucher le bout de mon nez avec ma lèvre supérieure et tous les murs ou grilles de maison ou poteaux de signalisation avec mon majeur. C’était bon. C’était bien. C’était mieux qu’une amie. En chemin, la voix venue du ciel, une voix qui n’était ni féminine, ni masculine, juste une voix divine à la sonorité encourageante qui me donnait confiance, m’a proposé un nouveau marché : en plus de toucher les murs avec mon majeur et le bout de mon nez avec ma mère supérieure, je devais aussi toucher le bout de mon pied droit avec ma main droite. Elle a ajouté que je pouvais le faire de deux manières différentes : soit je soulevais ma jambe droite vers l’arrière et je me penchais légèrement afin que ma main droite puisse toucher le bout de mon pied, soit je me baissais au sol pour le toucher. Elle me laissait le choix, mais il fallait que je le fasse toujours cinq fois de suite. Ça m’a plu d’avoir le choix. J’ai également choisi de ne plus jamais aller chez tonton, je me suis dit en arrivant à l’école. J’ai fait ça jusqu’à mes 17 ans. Les murs, le nez, mon pied, le sol, je n’arrêtais pas. Je trouvais toujours un prétexte, une excuse, si j’étais accompagnée. Oh j’ai perdu un bout de papier, je dois le ramasser. Oh ce mur a une drôle de consistance. Oh j’aime bien faire des grimaces, celle-là, c’est ma préférée.

 

À 17 ans, j’ai alors demandé à la voix divine et protectrice si je pouvais arrêter de toucher mon nez avec ma lèvre supérieure et de toucher mon pied avec ma main. Elle m’a répondu oui, mais qu’à la place, je devais tout en gardant la tête droite, tourner mes  yeux le plus possible vers la droite. Et le plus souvent possible et toujours cinq fois de suite. Ça et toucher les murs sont restés ma protection. Plus tard, j’ai appris que cinq était mon chiffre de vie que j’ai obtenu en additionnant le jour, le mois et mon année de naissance. La voix du ciel était donc vraiment divine pour l'avoir  su avant moi. La même voix qui guide mes sculptures aujourd’hui.

 

Aujourd’hui, j’ai 58 ans, je sculpte, je suis heureuse, j’ai mes périodes d’angoisse et de doutes, mon sexe est toujours mort au plaisir, et j’ai encore mes tics et mes tocs, mes tics-tocs, comme je dis en riant à mon compagnon quand il me voit toucher cinq fois le mur de notre maison lorsque je pars à mon atelier le matin. Je n’ai pas fait d’enfant afin qu’il n’ait jamais à croiser la route d’un tonton si je devais aller à l’hôpital. Je déteste le chocolat au lait avec des noisettes, et je n’ose pas refaire le geste de toucher le bout de mon nez avec ma lèvre supérieure tellement j’ai peur de reprendre gout à cet état de sérénité et de douceur qu’il me procurait. C’était même plus qu’un état de sérénité et de douceur, c’était un plaisir. Un véritable plaisir. Un plaisir rien qu’à moi. Un plaisir que je n’avais pas à donner, ni à partager.  Un plaisir intime entre ma douleur et moi. Comme une jouissance. Ma jouissance. Si je recommençais ne serait-ce qu’une fois, je sais que je n’arrêterais plus jamais tellement c’était bon.

 

J’ai 58 ans et je vis avec mes tics et mes tocs, mes tic-tocs, qui sont toujours mes amis, ma protection, ma superstition. Parfois, j’essaye de les arrêter. Mais c’est impossible. Je n’y arrive pas. Mais ils ne m’empêchent pas de vivre. Bien au contraire, ils m’aident, ils me soutiennent, ils me comprennent. Ils sont les seuls à savoir pour tonton. Ma maman est morte l’année dernière. Je ne lui ai jamais rien dit. J’attends que tonton meurt pour en parler, pour raconter, pour l’accuser. Tant qu’il est vivant, j’ai trop peur. Ce jour-là, peut-être que je me mettrai enfin à renaître.

 

Sylvie Bourgeois Harel

 

 

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La voix - Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - La Ponche

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La Voix

 

Je suis bien chez toi

 

 

Je suis bien chez toi. Tu ne le sais peut-être pas mais je suis là pour toi. Je te vois. Je te sens. C’est toi qui vas me réparer. C’est toi qui vas le dire. C’est toi qui vas l’écrire. Je l’aimais. Je n’ai fait que l’aimer. Toute ma vie. Et encore aujourd’hui. Mais il est parti. Il est parti dans les ténèbres.

 

Et depuis je le cherche. Je ne fais que le chercher. On nous dit que l’on se retrouve toujours mais ce n’est pas vrai. Ça fait des années que je le cherche et je ne sais toujours pas où il est. J’ai beau l’appeler, lui parler, crier son nom, c’est le néant qui m’apparaît comme s’il n’avait existé. Pourtant, je l’ai vu. Je l’ai eu dans mes bras. Je l’ai embrassé. Je l’ai laissé entrer. Je l’ai aimé. Puis il a disparu.

 

Mais je ne l’ai jamais oublié. Je ne me suis jamais mariée. Je l’ai attendu toute ma vie. Et encore aujourd’hui. Je l’attends. En le cherchant. Dans le néant. C’est grand le néant, Sylvie. J’ai souvent eu peur de tout cet infini. Je n’ai pas d’enfant. Pas de parents. Pas de grands-parents. Je suis comme une mauvaise herbe qui aurait poussé là où elle n’aurait pas dû. Je l’ai attendu. Et je l’attends encore.

 

Mais aujourd’hui je suis revenue. Je suis revenue pour que tu dises au monde entier que ce n’est pas vrai, on ne se retrouve pas toujours. Que l’on peut se rater. Ici et là-bas. Et que c’est un drame qui fait très mal de se rater.

 

Alors ma petite Sylvie aujourd’hui, je suis revenue et je suis là pour toi. Je vais te raconter les histoires de l’au-delà. Les histoires de là-haut et toi tu m’écriras une nouvelle vie. Une vie dans laquelle je serais heureuse. Une vie dans laquelle il m’aimera. Une vie dans laquelle il m’embrassera et me prendra la main.

 

Je ne te quitterai pas. Je veillerai sur toi comme j’aurais aimé veiller sur lui. Tu nous écriras des enfants, un jardin, des rires, des baisers et pourquoi pas un voyage en Inde. Sur un tapis volant. Un tapis volant pour nous préparer à l’éternité. On ne s’y prépare pas assez à l’éternité. On est trop pressés. Toujours trop pressés. Alors que c’est ça la vie, c’est l’éternité, c’est la lumière et les ténèbres. C’est terrifiant et léger. Beau et alarmant. Angoissant et reposant. Tout dépend de comment tu t’es préparé.

 

À force de le chercher, j’ai tout raté. Mais je vais t’aider. Je vais tout te raconter. Le diable et les anges. Les démons et les dieux. Le mal et le bien. Je vais tout te dire et, toi, chaque matin,  tu m’écriras mon amoureux qui me tient par la main.

 

Sylvie Bourgeois Harel

 

 

Ce texte est un extrait de mon prochain livre LA VOIX qui paraîtra début juin 2026.
Vous pouvez me contacter sur mon mail : slvbourgeois@wanadoo.fr.
Ou au 0680644633.
La voix - Sylvie Bourgeois Harel

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La voix - Sylvie Bourgeois Harel - 4ème de couv

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Plage de Pampelonne - Ramatuelle

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Les rencontres littéraires de Monaco

Je suis née à Monaco, ce qui fait la joie des douaniers lorsque je passe une frontière, je devrais plutôt dire lorsque j’allais à l’étranger, je n’ai plus envie de voyager, pourtant Dieu sait que j’ai aimé les avions. J’avais même appris à piloter à 16 ans sur un Robin. J’étais toute petite, je n’ai grandi qu’à 17 ans, 20 cm dans l’année, l’instructeur me mettait un coussin dans le dos et un sous les fesses afin que je puisse atteindre les pédales, c’était amusant, surtout lorsque je croisais un autre monomoteur dans le ciel, j’avais l’impression d’être sur une mobylette volante. J’adorais faire les atterrissages. Les décollages étaient plus simples, il suffisait de mettre les gaz et d’approcher à moi le manche à balai. Alors que l’atterrissage, c’était tout un art. J’arrivais à les faire en douceur, ce qui me valait, à chaque fois, les félicitations de mon instructeur.

 

J’ai fait mes 16 heures, accompagnée, et devais faire mes 4 heures, seule, le matin de mes 17 ans, puis passer mon brevet dans l’après-midi, afin de faire partie des plus jeunes pilotes de France, mais deux mois plus tôt, mon père et l’un de mes frères aînés ont eu un accident d’avion, sur le même Robin, avec un pilote du Club. Le monsieur pressé de revenir à Besançon n’a pas pris la météo, une rafale de vent s’est levée, l’avion s’est transformé en feuille morte pendant dix minutes au-dessus de l’aéroport de Bâle avant de décrocher sur l’aile droite et de s’écraser sur le tarmac. L’essence coulait sur la joue de mon père coincé sous le pilote, heureusement l’avion n’a pas pris feu. Ils sont restés de longs mois à l’hôpital.

 

Fini pour moi l’avion. Déjà, il n’y avait plus d’argent à la maison, nous avons appris plus tard que l’avion n’était pas assuré, nos cotisations avaient servi aux consommations d’alcool du Club, j’avais souvent remarqué que mes instructeurs avaient un coup dans le nez quand, en vol, ils m’apprenaient les décrochages, ils riaient comme des idiots. Et puis, ma maman, dorénavant, avait trop peur pour moi, déjà que j’avais échappé par miracle à cet accident, je devais être dans l’avion, mais au dernier moment, mon cher papa ne m’a pas réveillée, c’est l’aéroclub de Bâle qui m’a réveillée à midi, ado, je pouvais dormir douze heures d’affilée, pour m’apprendre le drame.

 

Tout ça pour vous dire qu’aux frontières des pays étrangers que j’ai visités ou dans lesquelles je suis allée travailler, les douaniers adoraient que je sois née à Monaco, les princesses, les princesses, ils me répétaient avec un grand sourire. Monaco a toujours fait rêver. Et même si la principauté a énormément changé, fini les jolies maisons Belle Époque, place maintenant aux grues, à des chantiers gigantesques comme cette avancée sur la mer pour gagner six hectares, à d’immenses immeubles très hauts, certainement des prouesses architecturales, mais pas toujours très beaux, même le mythique Sporting d’hiver construit par Charles Letrosne, sur la place du Casino, a été détruit, il y a quelques années, pour être remplacé par sept tours de verre et de métal dont les balcons des uns touchent pratiquement ceux d’en face.

 

C’est un véritable déchirement pour moi chaque fois que je vais à Monaco de constater à quel point la principauté ne s’est pas battue pour sauver sa beauté et son authenticité qui ont fait son charme et sa renommée. Oui, c’est un déchirement de traverser tous ces tunnels, de ne presque plus voir la mer, d’entendre les bruits des marteaux-piqueurs, mais que voulez-vous, j’aime toujours Monaco, c’est ma patrie, c’est comme un vieil ami qui vieillit mal, je l’aime toujours et lui pardonne ses sautes d’humeur, je suis fidèle en amitié, c’est mon luxe de savoir pardonner et d’oublier le mauvais, de ne me souvenir que du bon, de ne voir que les jolies choses.

 

Alors quand j’arrive à Monaco pleine de mes souvenirs d’enfant, je me précipite dans les lieux que j’aime, le marché où je me régale avec les barbajuans de chez Roca, en entrant à gauche, le rocher resté sublime, l’Hôtel de Paris et son délicieux chocolat chaud servi avec le lait brûlant et mousseux dans deux pots en argent avec les traditionnels petits biscuits, le Yacht-Club où je peux également déguster des barbajuans et, paradoxalement, parce que je suis faite aussi de contradictions, le Monte-Carlo Bay et sa piscine-lagon géante qui me fait penser à Los-Angeles.

 

Pour toutes ces raisons mêlant amour et déceptions, lorsque le Salon du Livre de Monaco m’a invitée à présenter mes romans les samedi et dimanche 15 et 16 avril 2023, j’ai tout de suite dit oui, je ne peux que dire oui à Monaco, et quand ils m’ont rappelée pour me demander de leur animer une chaîne YouTube qu’ils désiraient créer, sans moyens, ni sous, ni matériel, ni rien du tout, j’ai aussitôt dit oui aussi, car Monaco qui m’a vue naître ne peut que m’apporter du bonheur.

Sylvie Bourgeois Harel - Principauté de Monaco - Salon du Livre 2023

Sylvie Bourgeois Harel - Principauté de Monaco - Salon du Livre 2023

Sylvie Bourgeois Harel - Principauté de Monaco - Salon du Livre 2023

Sylvie Bourgeois Harel - Principauté de Monaco - Salon du Livre 2023

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Présentation

  • : Sylvie Bourgeois fait son blog
  • : Sylvie Bourgeois Harel, écrivain, novelliste, scénariste, romancière Extrait de mes romans, nouvelles, articles sur la nature, la mer, mes amis, mes coups de cœur
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  • Sylvie Bourgeois Harel
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