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Sylvie Bourgeois Harel - Philippe Harel -Festival de Cannes

Sylvie Bourgeois Harel - Philippe Harel -Festival de Cannes

Ma rencontre avec Robert Pattinson au Festival de Cannes, par Sylvie Bourgeois Harel

 

Étant donné que le Festival de Cannes qui a longtemps été mon terrain de jeu favori, au point d’en écrire un livre, Sophie à Cannes, paru chez Flammarion, démarre bientôt, un souvenir me revient. Il y a une dizaine d’années, mon mari, Philippe Harel, très proche de Michel Houellebecq dont il a adapté pour le cinéma, en 1999, Extension du domaine de la lutte dans lequel il joue aux côtés de José Garcia — c’est d’ailleurs pour Michel, qui n’était pas connu à l’époque, la meilleure adaptation de ses romans —, décide d’adapter La carte et le territoire. Comme Michel, enchanté de ce projet, donne à Philippe ses droits audiovisuels, nous sommes administrativement obligés de créer une société de production. Je deviens donc productrice. Très rapidement Canal + désire financer le film ainsi qu’un producteur allemand. Il nous manque un distributeur qui, avec le montant de son MG (minimum garanti), clôturera le budget.

Je ne vais pas vous raconter dans ce texte, bien que ce soit tentant, ou peut-être alors dans un autre récit, les mille détails des tractations qui sont pourtant croustillants et précurseurs d’un système nuisible pour ceux qui, comme mon mari, veulent garder leur indépendance et leur droiture, tout simplement parce que ce n’est le propos de mon histoire. Allez, pour le plaisir, je vous raconte quand même comment une productrice et distributrice que je vais appeler M, aujourd’hui décédée, a oeuvré afin que le film ne se fasse jamais car Philippe avait refusé de monter son budget à cinq millions d’euros dont trois devaient revenir à M, genre, il ne restait plus que deux millions pour payer le tournage, les comédiens, les techniciens, Philippe, Michel, tous devaient se serrer la ceinture et la qualité du film allait en pâtir, afin qu’elle puisse se goinfrer.

 

Étant à la tête de pratiquement toutes les commissions d’aides, de financements et d’avances sur recettes, et ayant un réel pouvoir de nuisance que nous avons pu constater et subi, vexée et furieuse de ne pas toucher ce "petit" magot supplémentaire alors qu’elle était déjà, et depuis longtemps, assise sur un trésor de guerre, M a fait refuser le film partout. Nous avons même reçu, un jour, un appel téléphonique d’un producteur faisant partie d’une commission du CNC qui, dégoûté par les agissements de M, nous a expliqué comment elle avait manoeuvré par chantage et abus de pouvoir, afin qu’aucune aide ne nous soit accordés. Mais revenons au Festival de Cannes.

Comme à cause de toutes ces magouilles intra-professionnelles du milieu du cinéma français, il s’avérait impossible de produire le film sur le territoire national, je lance, à mon mari, tel un preux chevalier, au moment de sauter dans mon taxi pour aller passer quelques jours à Cannes :

— Mon chéri, je te ramène Robert Pattinson.

J’avais appris qu’il serait au Festival, mais surtout qu’il adorait Michel Houellebecq.

Je ne suis allée qu’un soir au cinéma. J’avais appelé la veille le bureau des comédiens en leur demandant s’ils voulaient bien m’inviter à la projection du lendemain bien que mon mari ne soit pas là.

— Mais oui, Sylvie, avec plaisir.

Ils ont même eu la délicatesse de me faire annoncer sur les marches. J’adore ! Je fais quelques coucous-bisous dans le grand hall réservé à ceux qui sont assis en bas de la salle, là où il faut être. Je m’assieds toute contente au 5ème rang dans le Carré Cinéma. Je me retourne et vois mon Robert Pattinson s’asseoir derrière l’équipe qui présente le film. Je l’avais oublié. Mais là durant toute la projection, je n'ai pensé qu’à lui et à comment l'aborder. Je me suis alors répèté mille fois dans ma tête : I know you like Michel Houellebecq. My husband is preparing a movie based on his novel La carte et le territoire. He would like to give you the lead role. May I speak to you for a moment ?

Une fois le film fini, après les applaudissements d’usage où toute la salle est debout, je vois mon Pattinson sortir de son rang et remonter les allées sur la droite. Je n’ai qu’une solution foncer. Alors je fonce. Je pousse mes voisins en m’excusant. J’écrase des dizaines de pieds de festivaliers toujours en m’excusant. Et je remonte les allées en écartant de ma main un tas de smokings et de robes de soirées qui se retournent vers moi l'air très énervé d'avoir osé les toucher. Un instant, je pense à la difficulté des saumons obligés de remonter les fleuves s’ils veulent trouver l’âme-soeur pour copuler et se reproduire. Les humains d'aujourd'hui ont plus de facilité grâce à Tinder et autres applis de rencontres, ils n'ont pas besoin de faire tous ces efforts pour effectuer quelques galipettes. Sont-ils plus heureux avec cette abondance de chair presque livrée à domicile ? Je n'en sais rien et ce n'est pas l'endroit pour y réfléchir.

Pour ma part, tous mes efforts fournis pour atteindre Pattinson m'ont apporté une saine satisfaction. Arrivée enfin dans son dos, le garçon est très grand, je lance ma phrase apprise par coeur : I know you like Michel Houellebecq. My husband is preparing a movie based on his novel La carte et le territoire. He would like to give you the lead role. May I speak to you for a moment ? Comme il y a beaucoup de bruit et d’effervescence, c’est ainsi, la présence de stars excite, je la répète trois fois et de plus en fort quand, soudain, le grand Pattinson se retourne vers moi et demande à ses deux gardes du corps de me laisser l’approcher. C’est top. Je suis donc tout près de ce joli Pattinson avec les deux gardes du corps qui, dorénavant, nous entourent. Je fais partie du clan ! Grâce à cette proximité ultra-protectrice qui me sépare du reste des festivaliers, je suis devenue Sylvie celle qui papote avec la star Pattinson, autant dire que je me vois déjà à Hollywood en train de me baigner dans les vagues de Malibu pendant que mon mari tourne son film. Je lui répète ma phrase magique.

— Great !!! I love the idea. And yes, I like Houellebecq, it’s a great writer. Of course, I want to read the script, me répond-il en plongeant ses beaux yeux bleus qui ont fait craquer des millions de filles dans les miens, bleus aussi.

J’avais tout prévu. Je lui propose mon petit carnet tibétain dont j’arrache régulièrement des feuilles lorsque je désire communiquer mon numéro de téléphone, ainsi que mon gros stylo Montblanc fétiche que je ne prête à personne mais, là, l’heure est importante, il en va de la carrière de mon mari, et lui demande d’écrire le mail de son agent afin que l’on puisse se mettre en contact avec lui.

Et Pattinson s’exécute. Je le remercie et m’éloigne. Assez contente de moi quand même. Arrivée en bas des marches, je téléphone, toute excitée, à mon mari :

— Je viens de parler à Robert Pattinson, il adore l’idée de jouer dans La carte et le territoire. On va envoyer le script à son agent dont il m’a donné les coordonnées. Si ça lui plaît, autant dire que le film se montera tout de suite aux États-Unis, tu le tourneras en anglais, c’est top, non ?
— C’est gentil ma chérie, me répond Philippe de sa voix blanche, je ne sais pas comment tu t’es débrouillée pour lui parler, ça ne m’étonne pas de toi, mais je ne veux pas faire ce film en anglais, il est typiquement français.

Douche froide ! Je suis partie dîner au Martinez avec mon ami Christian Sinicropi, le chef doublement étoilé qui m’avait fait le très chic cadeau de mettre un plat à mon nom qui s'appelait Un instant avec Sylvie Bourgeois au menu de la carte de La Palme d'Or, le restaurant gastronomique de l’hôtel, à qui j’ai raconté que j’avais un drôle de mari, le moins opportuniste de tout le cinéma français.

Mais quand même Robert Pattinson, il aurait pu faire un effort !

 

Sylvie Bourgeois Harel 

 

Michel Houellebecq - Sylvie Bourgeois Harel - Philippe Harel

Michel Houellebecq - Sylvie Bourgeois Harel - Philippe Harel

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GOUROU ou pourquoi le film de Yann Gozlan avec Pierre Niney n'a pas tenu sa promesse

GOUROU

ou pourquoi le film de Yann Gozlan avec Pierre Niney n'a pas tenu sa promesse

C’est vraiment gênant de constater que beaucoup de scènes du film « Gourou » ont été pompées sur le documentaire « I’m not a guru » produit en 2016, qui retrace un séminaire en Floride de la star américaine du développement personnel, Tony Robbins, comme c’est très embarrassant aussi de voir ce pauvre Pierre Niney gesticuler dans tous les sens et hurler à s’arracher la gorge pour essayer de se hisser au niveau de ce coach mondialement connu, dont il n’a ni le charisme, ni l’énergie, ni la virilité, et encore moins la capacité, ou la générosité, pour entrer en connexion avec son public.

Le réalisateur, Yann Gozlan, a tellement peu d’imagination qu’il a même choisi pour jouer le rôle de la femme de Niney, une comédienne (Marion Barbeau qui, au demeurant, est formidable), qu’il a fait ressembler comme deux gouttes d’eau à l’épouse de Tony Robbins et qui, comme elle, travaille en régie avec son mari.

Un film est une promesse. Et « Gourou » ne la tient pas. Déjà, le titre est une arnaque. Un gourou est un maître spirituel. Ici, le personnage est un coach de développement personnel, ce qui n’a rien à voir, mais c’est sûr, c’est moins vendeur sur une affiche, d’autant que le mot gourou ouvre la porte à de nombreux fantasmes et de peurs de voir ce que cela fait que d’être manipulé par un maître à penser. Fantasmes que l’on retrouve dans beaucoup d'avis où les personnes parlent surtout des effets néfastes et dangereux de la manipulation, alors que ces effets ne sont absolument pas traités dans le film. C’est fou d'ailleurs de constater à quel point les spectateurs ont parlé de l’idée de ce que aurait pu être le film, mais pas du film, ils ont parlé du sujet mais pas de la forme avec lequel il a été traité. Ils sont allés voir le film en étant intéressés par le sujet, ont été happés par ce thriller qui n'est pas mauvais en soi, et ont oublié qu'ils étaient venus voir un film sur un gourou. Quand ils sont sortis de la salle de cinéma, ils ont quand même parlé de la manipulation que pouvaient exercer certains gourous, ce qu'ils n'ont pas vus à l'écran, et ont oublié qu'ils n'avaient vus ce qu'ils étaient venus voir. C'est incroyable. À croire que la vraie manipulation se situe dans la façon mensongère dont le film a été vendu.

En effet, le scénario, que je trouve très faible et paresseux, est basé uniquement sur des ressorts dramatiques vus et revus mille fois tels que le mensonge et le crime de la mauvaise personne que le réalisateur a déjà utilisés dans son film « Un homme idéal ».

Des ressorts dramatiques qui auraient pu être appliqués à d’autres personnages qu’un gourou, pardon, un coach de développement personnel. Niney, avec le même scénario, aurait tout aussi pu être un financier qui monte un fonds d’investissement, un ingénieur, une start-up, ou un comédien qui crée une troupe de théâtre.

Ces intrigues de thriller, assez bas de gamme, empêche le film de traiter le sujet du gourou dont il nous avait pourtant fait une belle promesse. Mais cela aurait demandé un gros boulot aux scénaristes et au réalisateur de juste raconter une histoire, par exemple, un épisode marquant de la vie du gourou ou celle d’une personne qui suit ses séminaires, comment se comporte-t-elle une fois rentrée chez elle. Bref, il y a trois mille possibilités de faire un bon film sur ce thème à la mode.

Mais non, il leur a été plus facile de copier un documentaire sur une star, de faire gesticuler un comédien, de vendre leur soupe avec un mot fantasmagorique, de réer trois intrigues idiotes, et de tromper le public. Mais peut-être n’ont-ils pas confiance dans le cinéma qui comme le disait jean Gabin : pour faire un bon film, il faut d’abord une bonne histoire, ensuite une bonne histoire et après une bonne histoire.

 

Sylvie Bourgeois Harel
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Quand mon écriture devient prémonitoire...

Quand mon écriture devient prémonitoire

 

J’ai toujours eu beaucoup d’intuition. Enfant, mes frères m’appelaient Baba Yaga, cela veut dire sorcière en russe. Parce que je disais toujours ce qui allait arriver, on ne me croyait jamais, encore aujourd’hui, on ne m’écoute pas. Parce que mon père était à Moscou lorsque je suis née. Et aussi parce qu’avec mes cheveux blonds, mes yeux très clairs et mes pommettes hautes, je ressemblais à une petite Russe. À Monaco, l’été, il arrivait que des gens arrêtent ma mère dans la rue :

— Oh, quelle jolie petite fille, vous l’avez adoptée en Russie ?

Maintenant que j’écris, j’ai toujours de l'intuition, mais j'ai aussi une écriture prémonitoire, ce qui me bloque car je n’ose pas écrire certaines choses de peur qu’elles se réalisent. C’est ce qu’il m’est advenu avec mon roman Sophie à Cannes publié chez Flammarion, dans lequel mon héroïne Sophie a été invitée au Festival par sa meilleure mauvaise amie qui, au dernier moment, ne peut plus la loger. Au lieu de reprendre son TGV pour Paris, Sophie décide de rester à Cannes, mais sans savoir où dormir. D’où des situations abracadabrantes chaque soir. Ce qui m’a permis de raconter ce festival que je connais par coeur et que j’ai toujours vécu de façon très privilégiée, que ce soit avec mon mari réalisateur ou avec mon ex qui était dans la distribution de films américains, en étant logée au Carlton, et en ayant accès aux plus belles soirées et aux meilleures places au Palais dans les rangs Cinéma juste devant l’équipe qui présente son film.

Quelques années après la parution de mon livre, je descends seule au Festival de Cannes. Mon mari n’a plus envie de venir. Moi, j’adore. Plutôt, j’adorais. C’était mon terrain de jeux favori. Mais depuis les confinements, l’ambiance et l’organisation se sont tellement dégradées que je n’ai plus envie d’y aller. Donc, je passe trois jours à Cannes, c’est super, je m’amuse beaucoup, je revois plein d’amis, puis je termine mon séjour à Nice. Mais l’avant-veille de mon retour à Paris, j’ai de nouveau un gros désir de Cannes. J’appelle le protocole pour savoir s’il veulent bien m’inviter pour le film de 19 heures :

— Mais je serai seule, Philippe est à Paris, vous voulez quand même de moi ?
— Bien sûr madame Harel. Où dois-je vous faire déposer votre place ?
— Je passerai la chercher, ça me permettra de vous remercier de vive-voix.

Ravie, je jette une paire d’escarpins dans un sac, et je saute dans un train. Arrivée à Cannes, je file au show-room de mon ami Christophe Guillarmé pour lui emprunter une robe de soirée. J’en choisi une superbe en soie qui m’arrive au genou, À Cannes, je ne porte jamais de robe longue, je les laisse aux comédiennes. Puis, je file déjeuner sur la terrasse Chopard au Martinez. L'après-midi, je vais me faire coiffer et maquiller dans la suite Franck Provost où sa fille Olivia me reçoit toujours adorablement. C’est presque un boulot à plein temps d’être belle pour la montée des marches.

Mais j’ai un souci. Le dernier train pour Nice est à 20h45. J’ai deux solutions. Soit je monte les marches, je fais plein de coucous bisous dans le grand hall, je m’assieds à mon siège réservé avec mon nom dessus, et je sors de la salle dès que la lumière s’éteint. J’aurais ainsi juste le temps de passer me changer au Martinez où j’ai laissé mes fringues de la journée chez le concierge, de rendre ma robe de princesse à Christophe, et d’aller à la gare. Soit je demande à Éric qui ne savait pas comment me remercier pour les nombreux services que je lui avais rendus, si son assistante Julie veut bien m’accompagner à Nice après ma projection. Éric me dit oui. Julie aussi. Comme je l’adore, je l’invite à dîner avec moi au patio Canal. Si elle le désire, on pourra aussi faire un tour chez Albane, la boîte de nuit très privée où tout le cinéma français se retrouve, puis on rentrera à Nice, Julie dormira à la maison. Tout est bien organisé. Ma soirée tant désirée peut commencer.

Mais une fois dans la salle du Palais, mon intuition me dit que Julie va me faire faux bond. Je lui envoie un texto. Pas de réponse. J’en envoie un à Éric. Pas de réponse. Un autre au meilleur ami d’Éric qui dort chez lui. Pas de réponse. Leurs trois portables sont coupés. Il est 20 heures. C’est trop tard pour le train. Je regarde donc le film. Quand celui-ci est fini, leurs trois portables sont toujours coupés. Je me retrouve donc comme mon héroïne Sophie, toute seule à Cannes, et sans savoir où dormir. En dernier recours, je pourrais toujours prendre un taxi, mais ils sont hors de prix.

Heureusement, Dominique Desseigne vient m’embrasser :

— Tu dînes quelque part ? me demande-t-il.
— Comme je suis seule, je vais aller grignoter avec mes copines au Patio de Canal.
— J’y vais aussi, joins-toi à nous, je serai avec un couple d’amis.

Je passe une excellente soirée avec Dominique et ses amis. J’essaye de temps en temps d’appeler Julie, Éric et son meilleur copain, mais leurs portables sont toujours coupés. Ils m’ont vraiment plantée. Au moment de nous séparer, j’explique ma situation en riant et surtout en faisant le parallèle avec mon roman.

— Mon hôtel est complet, mais j’ai une suite, viens, tu prendras le deuxième lit, me propose Dominique qui est propriétaire du Majestic, un des palaces sur la Croisette.

— Merci, mais je ne préfère pas.

Dans mon roman, Sophie a accepté de dormir, en tout bien tout honneur, dans la chambre d’un producteur qui n’a pas arrêté de lui gratter le dos toute la nuit. Même si je sais que Dominique est très poli et qu'il ne tentera rien, je suis mariée, je ne peux pas me permettre de passer la nuit dans sa suite.

— Venez dormir sur notre yacht, me dit Hélène, notre Mangusta est au mouillage.

Même pas, je réponds, non, je ne veux pas vous déranger. J’accepte aussitôt avec un grand oui et un grand merci. Je suis sauvée. Mon héroïne Sophie aussi a été sauvée par un couple qui l’a invitée à dormir sur leur yacht.

À bord de leur youyou qui est venu nous chercher, le nez au vent, admirant les lumières de Cannes qui s'éloignent, je deviens mon héroïne, c'est exactement les situations que j'ai décrites quelques années plus tôt, attablée à mon bureau dans mon appartement de Saint-Germain-des-Prés.

Arrivée à bord, je demande au marin de me réveiller à 8 heures du matin et de me déposer au ponton du Martinez.

Le lendemain, avec ma robe de soirée, mes escarpins de 9 aux pieds, mon chignon décoiffé, genre, j’ai passé la nuit avec un mec qui m’a jeté à l’aube, ou que j’ai quitté avant qu’il ne se réveille, je vis la même honte que mon héroïne qui, durant tout mon roman, a laissé sa valise chez le concierge du Carlton, n’arrêtant pas de faire des allers-retours chaque fois qu’elle avait besoin de se changer Comme elle, je vais donc me changer dans les toilettes, puis je file raconter mon histoire à Olivier, mon copain-directeur du bar qui m’offre un sublime petit-déjeuner sur la terrasse.

Confortablement assise devant mon orange pressée, un pain au chocolat et une brioche, je me dis que, finalement, c’est vraiment chouette ce Festival de Cannes. Et puisque mon écriture est prémonitoire, j’e demande au serveur une feuille de papier sur laquelle je m'empresse de rédiger mon désir le plus cher afin qu’il se réalise.

Sylvie Bourgeois Harel

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Adieu Lionel Chouchan

Adieu Lionel Chouchan
 
J’ai connu Lionel Chouchan en 1986. Je venais de donner ma démission de chez Moon Line, une société de sacs en PVC créée par des amis. J’avais promis à un copain rencontré chez Castel de lui apporter le bagage qu’il avait acheté. J’arrive donc chez Promo 2000. À l’accueil, je suis reçue par une jolie rousse avec laquelle je parle pendant deux heures et qui finit par me proposer de travailler avec elle, en tant que stagiaire, pour une soirée sponsorisée par Killian’s. Au bout d’un mois, Sylvie qui vit avec Lionel veut m’embaucher. Lionel me reçoit. Et me propose un contrat. Que je refuse aussitôt.
— Je ne peux pas te donner ma liberté pour un salaire aussi bas.
— Je ne peux pas faire plus, me répond-il, étonné que je refuse ce poste.
— Tu sais ce qu’on va faire, comme ça me plaît de travailler dans la communication, je vais me mettre en free-lance, et tu me donneras des missions en fonction des besoins de ta boîte. Mais attention, je ne suis l’assistante de personne et surtout pas celle de tes vieilles rombières qui adoreraient me soumettre et me martyriser, je les ai vus faire, elles sont odieuses avec toutes tes jeunes et jolies employées.
La plus jalouse était une Francine que j’appelais Face de rat tellement elle était laide et pointue dont l’heure de gloire avait été de s-u-c-e-r la b-i-t-e de Claude Brasseur qui, d’ailleurs, n’a jamais été très regardant de qui lui s-u-ç-ai-t la b-i-t-e du moment qu’on la lui s-u-ç-a-i-t. Ça m’amusait beaucoup de me moquer de Face de rat d'autant que le mari de sa fille était fou amoureux de moi.
Lionel a accepté le deal. J’ai donc plusieurs fois travaillé pour lui, sans horaires, ni contraintes, mais avec le même sens et la même exigence du boulot bien fait.
Avec Lionel et sa compagne Sylvie qu’il a fini par épouser, nous sommes vite devenus très amis, d’autant que mon nouvel amoureux travaillait chez Sony Pictures, nous allions donc tous les ans présenter des films au festival de Deauville que Lionel avait créé avec André Halimi, et à celui d’Avoriaz qu’il avait créé pour lancer la station que venait de construire Jean Vuarnet et Gérard Brémond, le fondateur de Pierres et Vacances.
Je n’ai que des bons souvenirs de ces deux festivals, j’ai dansé pieds nus chez Régine avec Julia Roberts qui adorait être pieds nus, j’ai joué au foot dans le couloir du Royal avec Kiefer Sutherland alors fiancé à Julia Roberts, j’ai pris par la main le génial réalisateur Mankiewicz, tout vieux, coincé dans la file d’attente, que personne n’avait reconnu, pour le faire entrer dans la salle de cinéma, j’ai mangé du caviar dans un igloo que Charles avait fait construire pour la promotion d’un film.
C’était l’époque où les majors américaines étaient des seigneurs. Charles organisait des soirées grandioses pour recevoir ses stars, on s'amusait beaucoup, on riait beaucoup, les idées les plus folles étaient les bienvenues.
Je me souviens aussi d’avoir conseillé Lionel, lors d’un festival d’Avoriaz, de faire en sorte que son jury donne le Grand Prix à La Famille Adams que Charles distribuait avec un budget de pub d’environ 10 millions.
— Gérard Brémond en a marre que, depuis ces dernières années, ce soit toujours des petits films mal distribués qui sont primés. Il va finir par arrêter de financer ton festival. Tandis qu’avec La Famille Adams, il sera content de voir le nom d’Avoriaz briller sur des centaines d’affiches 4X3 un peu partout en France.
— C’est ce qu’il t’a dit ?
— Il n’a pas besoin de me le dire, c’est ce que j’ai lu dans sa tête.
Le soir de la remise des prix, le jury a primé un film avec un tout petit budget. Très mignon, et comprenant qu’il devait sauver son festival, Lionel est monté sur scène pour annoncer un prix spécial pour La Famille Adams, mais évidemment seul le Grand Prix avait de l’importance. L’année d’après, Gérard Brémond a arrêté de sponsoriser le festival qui a été transféré à Gérardmer.
Pour tous ces bons moments, tous ces jolis souvenirs, toutes les fois où il m’a demandé de m’occuper de la presse de ses livres, ce que je lui ai refusé systématiquement, ou de faire la plaquette de présentation de Public Système, la nouvelle société qu'il avait créée avec ses associés,, ce que j’avais également refusé, oui, j’ai beaucoup dit non dans ma vie professionnelle, je suis bien triste de son départ. Je n’oublierai pas son amitié, nos fous-rires, sa créativité et ses beaux yeux bleus qui n’avaient d’yeux que pour sa belle Sylvie que j’embrasse tendrement et qui doit être bien triste d’avoir perdu l’amour de sa vie.
 
Sylvie Bourgeois Harel
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Adieu Jean-Noël Fenwick

Adieu Jean-Noël Fenwick

Je viens seulement d‘apprendre le décès de Jean-Noël Fenwick, survenu le 3 mai 2024, à l'âge de 73 ans. J’ai connu Jean-Noël en 1998. Le jour où j’ai arrêté de travailler dans la communication, je voulais, dorénavant, faire de la production de films, le cousin de mon amie d’enfance me téléphone et me propose de m’associer dans la société de production qu’il a créée, il y a trois ans, avec cinq copains. Je réponds oui. Sans réfléchir.

 

Tout va très vite. Une semaine plus tard, nous signons les contrats. Le lendemain, je pars à un festival de scénaristes à Aix-en-Provence. Je ne connais personne excepté un pote qui m’emmène au cocktail d’ouverture. La soirée terminée, les invités se dirigent vers leur hôtel, Le Roi René. Je les suis. Je dors dans un autre hôtel, mais j’ai envie de connaître le programme du lendemain.

 

Je suis seule, un peu perdue, dans le hall. Mon pote drague une fille au bar. Pour le laisser tranquille, je m’assieds avec un groupe qui s'est installé dans le salon. Leur conversation tourne sur les relations hommes-femmes. Chacun qui y va de son avis. C’est assez drôle. Joëlle Goron et Valérie Guignabodet, hélas décédée en 2016, deux scénaristes-stars pour la télévision, expliquent avec fierté leur indépendance et qu’elles refusent, qu’au restaurant, les hommes payent pour elles. Ce à quoi, toute de rose vêtue, avec ma mini-jupe et mes talons, je réponds de ma petite voix douce et quasi enfantine, que si un homme ne veut pas m’entretenir, je suis incapable de faire l’amour avec lui. Les filles se retournent et me dévisagent, interloquées, tandis qu’un grand mec, plutôt pas mal, se lève, fasciné, et me demande qui je suis.

 

— Je m’appelle Sylvie.

— Et que fais-tu Sylvie ?

— Je suis productrice depuis une heure, je lui réponds pour bien montrer mon ignorance en ce domaine.

— Veux-tu être ma productrice Sylvie ? Je m’appelle Jean-Noël Fenwick, j’ai écrit Les Palmes de Monsieur Schutz.

— Bravo, quel succès votre pièce, j’avais invité mes parents à la voir, ils avaient adoré.

— Je viens d’adapter une autre de mes pièces Potins d’enfer en film que je veux réaliser. Mon producteur est Yves Rousset-Rouard, qui a produit, entre autres, Emmanuelle et Les Bronzés, mais je préférerais travailler avec toi. J'aimerais également que tu deviennes la troisième femme de ma vie, la première était Charlotte de Turckheim, se vante-t-il.

— Faites-moi d’abord lire votre scénario !

— Nous avons déjà six millions de Canal+, ajoute-t-il.

 

Au lieu de lui répondre que j’adorerais être l’assistante de l’assistante de l’assistante de son producteur afin d’apprendre le métier, d’autant que je dois gagner ma vie, maintenant que j’ai arrêté la communication, je lui lance :

 

— Super ! Si vous m’obtenez un rendez-vous à Canal+ la semaine prochaine et qu’ils acceptent de nous donner de l’argent, je suis partante.

 

Le groupe nous regarde, médusé, par cet échange peu habituel.

 

Durant tout le week-end, Jean-Noël, qui n’arrête pas d’inhaler son spray antiasthmatique, me cherche partout en demandant, comme un fou, à chaque invité s’il ne m’aurait pas vue, ce qui devient vite le gimmick des festivaliers.

 

De mon côté, après avoir accepté de déjeuner avec lui le lendemain pour parler de son projet, je me cache. En effet, Jean-Noël qui, au demeurant, est très sympathique, est grand,  imposant, insistant, têtu, épris, et sûr de pouvoir me séduire alors que je lui ai annoncé avoir un amoureux. Quant à Joëlle et Valérie, le samedi soir, dans la boîte de nuit, elles n’arrêtent pas de me dire, en riant, que finalement c’est super de se faire payer des verres par les garçons et que, promis, elles vont tester leur pouvoir sur les hommes en s’habillant, comme moi, en rose.

 

De retour à Paris, le désir de Jean-Noël de me conquérir lui donnant des ailes, il me téléphone pour m’annoncer, tout fier, que nous avons rendez-vous vendredi après-midi chez Canal+. Mes deux associés majoritaires sont impressionnés. Depuis trois ans qu’ils ont monté leur boîte, ils n’ont jamais obtenu un rendez-vous important. Dans le taxi, je les admire. Ils sont très beaux, plus jeunes que moi, superbement habillés. Et ravis que Canal accepte de financer le film à hauteur de cinq millions, moins que Rousset-Rouard car nous sommes des débutants, mais quand même cinq millions de francs, c’est génial.

 

Les semaines suivantes sont moins géniales. Jean-Noël me suis partout et cherche à tout instant à me voler un baiser dans chaque recoin du bureau ou dans ma voiture quand je dois le déposer. Je ne lui en veux pas, je peux comprendre qu’il soit tombé amoureux de moi. Pour le convaincre de ne plus me désirer, chaque fois qu’il veut me voir, je lui propose de déjeuner ou de dîner à La Maison du Caviar, l’une de nos cantines préférées avec mon amoureux, et je reste focus sur le fait que je suis uniquement sa productrice. Le montant conséquent des additions que je lui laisse régler, finit par espacer nos rendez-vous. Ouf, ma stratégie a marché.

 

L'agent de Jean-Noël me téléphone régulièrement afin que nous prenions une option sur son scénario. N'ayant pas envie d'avancer le moindre argent pour le moment, je finis par lui dire :

 

—  Jean-Marc, tout le travail psychologique que je fournis auprès de Jean-Noël qui, avouez-le, est nécessaire afin qu'il devienne réalisateur, et toute la réécriture que je lui apporte sur son scénario, ont également un coût. Si vous voulez, on fait un échange marchandises, mon tarif contre le sien, ça vous va ?

— Celle-là, on ne me l'avait jamais faite.

— Vous n'avez jamais travaillé avec moi, Jean-Marc.

 

Après avoir obtenu gratuitement une option avec l'agent de Jean-Noël, du côté de mes associés, c’est plus compliqué. Ils veulent absolument que je leur trouve un distributeur, il est vrai que grâce à mon amoureux qui travaille dans la distributions de films américains, je les connais tous amicalement, et de l’argent chez France 2 ou France 3. Ce que je refuse catégoriquement.

 

— Maintenant, les garçons, nous allons être sérieux, et nous mettre vraiment au boulot, je m’évertue à leur expliquer. Vous avez bénéficié de ma chance du débutant, mais ça ne suffit pas, il faut y ajouter du travail. Sachez que jamais je n’irai demander de l’argent à qui que ce soit avec le scénario de Jean-Noël qui est mauvais. En revanche, j’ai parlé avec Sony Hardware qui est d’accord de nous prêter pendant deux mois leur première caméra numérique dédiée au cinéma qui coûte une fortune. Ce serait leur premier film entièrement tourné avec cette technique qui, j'en suis sûre, va révolutionner l’industrie cinématographique.

 

Je leur expose alors mon idée qui consiste à tourner durant l’été Potins d’enfer avec seulement les cinq millions de Canal+, chez Belle-Maman, c’est ainsi que je surnommais la mère de Jean-Noël, qui avait un château près d’Avignon, avec une équipe réduite de douze personnes, d’autant que nous n’avions besoin que de trois comédiens car il s’agissait d’un huit-clos dans une sorte de purgatoire. Nous avions Marie Trintignant et Julien Cafaro, je ne m’inquiétais pas pour trouver le troisième. Deux de mes associés, dont Julien, hélas décédé en 2021, qui maîtrisaient le numérique pour la télévision assisteraient Jean-Noël. Et tous les soirs, avec Jean-Noël, Belle-Maman, et les comédiens, je réécrirais de façon collégiale, mêlant fous-rires et improvisations, puisque Potins d’enfer était une comédie, les scènes du lendemain. À l’époque, je ne savais que je savais écrire, mais j’étais très inspirée par ma volonté de réussir ce film.

 

— Comme ça, en novembre, une fois que le film sera monté, nous aurons un ovni qui sera très drôle. Et là, je vous promets que je trouve un distributeur.

 

Mes associés n’ont jamais accepté mon idée. Ils ont préféré continué de me harceler afin que leur organise des rendez-vous avec des distributeurs ou des télés, ce que je refusais catégoriquement. Professionnellement, j’ai toujours gagné ma vie en étant un gage de qualité, je ne me voyais pas vendre un projet auquel je ne croyais pas.

 

Un mois plus tard, je leur propose de produire le premier film d’Arthus de Perguern, hélas décédé en 2013. Arthus voulait que je sois sa productrice, appréciant mes remarques sur son scénario. Après le rendez-vous avec son agent, devant la somme à avancer pour acheter les droits, mes associés ont refusé le projet alors que j’étais sûre que le film se monterait facilement. En effet, Grégoire Moulin  contre l’humanité est sorti au cinéma en 2000.

 

— Ça fait beaucoup de morts, ajoute à l’instant mon mari à qui je viens de lire mon texte.

— Ben oui.

 

J’ai très rapidement quitté mes associés qui ne croyaient pas en mes qualités de productrice.  Ils n'ont jamais réussi à monter le film de Jean-Noël, mais ont couché avec toutes ses copines comédiennes. Faut dire qu'ils étaient très beaux.

 

De mon côté, il m’aura fallu attendre cinq ans et d’autres déconvenues que je raconterai peut-être plus tard,  ainsi que la publication de mon premier roman, Lettres à un monsieur, en 2003, pour prendre conscience que je savais écrire.

 

Sylvie Bourgeois Harel

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Adieu Brigitte Bardot, par Sylvie Bourgeois Harel

Adieu Brigitte Bardot

 

J’ai reçu de nombreux messages me demandant pourquoi je n’avais rien écrit sur Brigitte Bardot. Je n’ai rien écrit parce que j’avais plutôt envie de lui rendre un hommage en agissant. J’aurais aimé profiter du projecteur installé sur le port de Saint-Tropez devant chez Sénéquier et le Gorille, et projeter, le lendemain de son décès, le lundi, ou un autre jour, à 18 heures, sur les murs des immeubles, à l’emplacement du spectacle actuel de Noël, une série de photos d’elle, tout en diffusant sa chanson La Madrague. Puis, la corne de brume du port aurait sonné ainsi que toutes celles des bateaux présents, pendant trois minutes.

C’est très beau la corne de brume. C’est puissant. Émouvant. Ça inspire le voyage, le départ, l’inquiétude, le deuil. Ça impose le silence. Un silence pour dire merci à Brigitte Bardot. Pour la féliciter. Pour l’accompagner. Pour l’honorer. Pour la glorifier. Un silence à la hauteur de sa vie, de sa beauté, de sa générosité, de son aura, de son charme, de son charisme.

J’aurais demandé aux bergers du ranch de la Mène, présents sur la place de la Garonne, de venir nous rejoindre avec leur lama, leur âne, leurs chèvres, leurs moutons et même leur adorable sanglier bien élevé qui trotte avec ses petits sabots comme une danseuse sur ses pointes. De nombreuses personnes auraient emmené leurs chiens, peut-être même leurs chats, leurs lapins ou leurs perroquets. Les deux carrioles avec leurs chevaux de traie se seraient garées à nos côtés. Des torches, des briquets, des bougies auraient illuminé nos regards. Des vaporisations de Jicky de Guerlain, le parfum préféré de Brigitte Bardot, auraient été diffusés.

Voilà, j’aurais adoré pouvoir réunir nos amis les animaux, les Tropéziens, les vacanciers, les admirateurs, tout ceux qui ont aimé et aiment encore Brigitte Bardot, dans ce simple adieu qui lui aurait certainement plu, elle qui avait quitté le luxe et les mondanités pour venir vivre simplement à Saint-Tropez, pieds nus l’été à se balader dans les rues, à danser sur les plages, à faire son marché, une beauté naturelle parmi la beauté de ce village face à la mer qu’elle aimait tant.

Cette chaleureuse communion imaginaire avec nos amis les animaux autour d'un adieu local à Brigitte Bardot existe dorénavant en mots, et restera dans mon coeur, j’espère également dans le vôtre.

Sylvie Bourgeois Harel

Adieu Brigitte Bardot, par Sylvie Bourgeois Harel
Adieu Brigitte Bardot, par Sylvie Bourgeois Harel
Adieu Brigitte Bardot

Adieu Brigitte Bardot

Adieu Brigitte Bardot, par Sylvie Bourgeois Harel
Adieu Brigitte Bardot, par Sylvie Bourgeois Harel
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Chroniques du monde d'avant - 6 - Les César créés par Georges Cravenne

Chroniques du monde d'avant - 6 -

Les César créés par Georges Cravenne

À 18 ans, de Besançon où j'habitais chez mes parents, j'envoie une lettre à Georges Cravenne, le créateur des César, des Molière, des 7 d’Or, dans laquelle, je lui exprime mon désir de travailler avec lui car je trouve formidable sa façon de promouvoir le cinéma français. Il ne m'a jamais répondu.

« Sept ans plus tard, je vis avec son fils aîné, Charles. Nous nous sommes rencontrés chez Castel. Nous étions ravis de faire partie des 1% de couples rencontrés en boîte de nuit. Nous avons vécu quinze ans ensemble. Charles est d’ailleurs toujours dans ma vie. Avec mon mari, ils s’adorent. Cela a été mon ambition et mon travail de faire en sorte que mon ex et mon mari soient amis. J’ai du mal à éliminer les bonnes personnes de ma vie, je préfère les additionner, et que l’on fasse groupe tous ensemble autour de l’amour que l’on se porte. D’ailleurs, à l’instant où j’écris ces quelques lignes, Charles est à la maison en train de nous cuisiner un risotto délicieux. Il cuisine aussi bien qu’un grand chef. 

Georges Cravenne que j’avais sollicité et qui ne m’a jamais répondu est donc devenu mon beau-père. On s’appréciait beaucoup. À l’époque, je travaillais en free-lance dans la communication. Je ne voulais pas être embauchée à plein temps. Je n’aimais que les missions ponctuelles, synonymes de liberté. Georges m’embauchait alors régulièrement pour gérer les invitations lors des César, des Molière et des 7 d’Or. C’était très rigolo. Le téléphone n’arrêtait pas de sonner. Tout Paris voulait y assister. Étant donné que j’étais la plus jeunes, ses vieilles assistantes, Colette, Anne, Micheline, Jacqueline, Yvette, me passait systématiquement les demandes les plus saugrenues, surtout celles qui revenaient chaque année, à l’instar de celles de Monique Lang qui me harcelait afin que son mari, Jack, soit bien assis dans l’angle des caméras pour qu’il soit vu plusieurs fois à la télévision lors de la retransmission en direct de l’émission. 

De son côté, Georges, qui avait créé en 1975 l’Académie des arts et techniques du cinéma, s’occupait des stars françaises et américaines. Il les connaissait toutes. Son préféré était Kirk Douglas qui avait épousé Anne, sa petite amie, ce qui les avait soudés à vie. Comme Charles et mon mari. Des êtres généreux qui savent aller au-delà de la jalousie. Qui ont compris que le lien créé par l’amour est ce qu’il y a de plus fort. De mon côté, j’invitais mes parents, mes frères et, en cachette, de nombreux amis comédiens qui rêvaient de participer à la soirée. 

La cérémonie était longue, mais elle avait de la tenue, de l’élégance, de la classe. On n’était pas là pour rigoler, mais pour mettre à l’honneur le cinéma français. Tout était conçu et pensé pour offrir du rêve. Pour donner envie d’aller voir les films. Pour apporter de l’émotion. Je me souviendrai toujours de Bernard Blier, qui, lors de son hommage, était arrivé en chaise roulante dans les coulisses. Il était très malade, mais avait tenu à être présent. Au moment d’entrer en scène, comme par miracle, guidé par son amour pour son métier et son respect pour le public, sans l’aide de personne, il s’était levé afin de se présenter debout à la salle qui lui avait immédiatement fait une standing ovation. Tout le monde était en larmes. Vingt-cinq jours plus tard, Bernard mourrait. Il avait été digne jusqu’au bout. 

Si je devais résumer en quelques mots la fascination que Georges Cravenne avait pour le cinéma, ce serait justement la dignité, mais aussi le respect, le talent, l’honneur, l’élégance. Georges vénérait les comédiens, les réalisateurs, les producteurs. Hormis les César, les Molière et les 7 d’Or, il organisait les plus prestigieuses avant-premières de Paris ainsi que les soirées les plus spectaculaires pour faire parler d’un nouveau produit, d’une nouvelle marque. Dès les débuts dans son métier de Relations Publiques, il avait inventé de créer l’évènement en invitant les personnes les plus célèbres associées aux plus riches, le tout dans des décors extraordinaires, fastueux et étonnants, afin d’obtenir le journal de 20 heures et un maximum de presse, les journalistes et photographes conviés étant fascinés par ce melting-pot mondain prêt à tout pour s’amuser car les soirées de Georges savaient marier humour et tenue. 

Pour en revenir aux César, un autre joli souvenir date de 1990. Lorsque Kirk Douglas arrive au théâtre des Champs-Élysées, tous les visages sont emprunts d’admiration. Après avoir monté les escaliers, avant de répondre à une interview d’Antenne 2, il s’est retourné en riant et a offert son plus beau sourire et sa célèbre fossette aux invités médusés. On avait à la fois Spartacus, Van Gogh, le Colonel Dax des Sentiers de la gloire, et le côté tendre et complice du meilleur ami de Georges. 

Après la cérémonie, un grand dîner très chic nous attendait au Fouquet’s. J’installais mes parents qui venaient spécialement de Besançon pour la soirée. J’étais fière de les avoir avec moi. Mon père qui était très drôle arrivait à sympathiser avec des producteurs américains alors qu’il ne parlait pas un mot d’anglais. Tout était dans le style et la gestuelle !

Une fois tous les invités partis, avec Charles, Georges et Daniel Bart, son fidèle assistant, nous nous asseyions aux côtés de Maurice Casanova, l’adorable et rigolo propriétaire des lieux, un Corse, grand amoureux des stars lui aussi, et nous faisions le débriefing de la soirée. Les anecdotes pleuvaient. On riait, soulagés qu’elle soit réussie. Georges décompressait. Il souriait enfin. Au moment de récupérer nos manteaux au vestiaire, il remerciait Charles de sa présence. Charles travaillait dans la distribution de films américains, chez Columbia-Tristar, mais se libérait chaque année pour aider son père.

Parmi les choses  entendues sur les César, voici quelques petites précisions : 

Jean-Paul Belmondo a longtemps boudé la cérémonie, vexé  que Georges n’ait pas demandé à son père sculpteur ( jeune, ma maman posait pour lui afin de payer ses études, elle est d’ailleurs en ange dans la cathédrale d’Amiens ) de créer la statuette. Mais Georges a préféré choisir son ami César dont le nom avait la même consonance que les Oscar, et qui rappelait également le grand Marcel Pagnol. 

Georges a toujours déclaré avoir créé les César par rapport aux Oscar. Il voulait la même cérémonie pour la promotion du cinéma français. La seule différence était que les Américains votaient uniquement dans leurs catégories, les acteurs pour les acteurs, les scénaristes pour les scénaristes… Georges avait tenu à ce que toute la profession vote pour toutes les catégories. 

Georges n’a jamais dévoilé les résultats que pourtant il connaissait dès 16 heures lorsqu’il les découvrait chez l’huissier. Il repartait avec toutes les enveloppes cachetées qui n’étaient ouvertes que durant la cérémonie. Même Alain Delon qui le lui avait demandé, pourtant très proche de Georges, n’a jamais su à l’avance s’il avait le César ou pas. Une seule fois, Georges a cédé pour les 7 d’Or, sous la pression du patron de la chaîne de télévision qui diffusait la cérémonie. Il a donc appelé dans l’après-midi les animateurs qui recevraient un prix. Résultat, la moitié de la salle était vide. Ceux qui n’avaient pas de prix n’avaient pas daigné se déplacer, ne serait-ce que pour féliciter leurs collègues. Georges s’était juré de ne plus jamais recommencer.

Georges vieillissant, ses enfants, à ma grande déconvenue et malgré mes insistances, n’ont pas voulu reprendre le flambeau, a vendu sa société. Canal+ , puis France TV, se sont emparés des César. Le ton a changé. Fini l’élégance qui n’était, soi-disant, plus à la même mode. Dorénavant, il fallait se moquer, faire rire, faire jeune. Comme si se moquer, faire rire, faire jeune, était synonymes de qualité ! On est alors passé du grandiose à la blagounette et au ricanement. Des blagounettes tristes et du ricanement irrespectueux. Des blagounettes pas drôles. Ils ont tué l’excellence, le talent, l’élégance. 

Pauvre Georges qui, comme le dit si bien Charles, se retournerait dans sa tombe s’il était encore vivant » ! 

Sylvie Bourgeois Harel

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Chroniques du monde d'avant - 2 - Festival de Cannes, Georges Wilson

Chroniques du monde d'avant - 2 - Festival de Cannes, Georges Wilson

Nous sommes en mai 1989 (ou 88 je ne sais plus).

Je suis au Festival de Cannes. Je travaille en free-lance dans la communication depuis trois ans. Je suis embauchée par un éditeur de vidéo qui lance sa collection dans laquelle il désire rassembler toutes les Palmes d’Or.

Avec Josée qui connaît tout le monde dans le cinéma, nous devons lui organiser des déjeuners au Majestic et quelques montées des marches. C’est ainsi que je rencontre Georges Wilson qui veut absolument me revoir à Paris d’autant que je lui ai confié mes désirs enfouis d’être comédienne, mes cours de théâtre chez Jean-Laurent Cochet, mon amour des textes, de la scène, du jeu.

Il m’invite à déjeuner dans un restaurant à deux pas du théâtre de l’œuvre, dans le 9ème, dont il est le directeur artistique. Il me raconte son passé, ses souvenirs, Jean Vilar, le TNP. Commence alors une jolie amitié.

Il m’appelle régulièrement, prend souvent de mes nouvelles, me demande de venir le voir au théâtre où il passe ses journées. On rit beaucoup. On s’amuse à rejouer des scènes de « Je ne suis pas rappaport », une pièce américaine que j’avais adorée, dans laquelle avec Jacques Dufilho, ils étaient deux vieux sur un banc à évoquer la solitude, la vieillesse, la mort.

Puis un jour, Georges me parle de son projet qui lui tient à cœur depuis longtemps, il désire monter Eurydice, une pièce de Jean Anouilh, mais c’est dur, il ne trouve pas les financements, malgré sa carrière. Il se plaint que les relations aient changé, il va avoir 70 ans, il a l’impression que maintenant c’est place aux jeunes dans le métier.

Soudain au cours d’un déjeuner, son visage s’éclaircit, il me propose de jouer Eurydice. Avec mon visage de tanagra, comme il aime me surnommer, je serai parfaite, fine, jolie, fragile, insouciante, profonde, les compliments pleuvent. Il m’offre le texte. Je rentre chez moi, émue, j’appelle ma maman. Je ne dors pas de la nuit. J’ai arrêté les cours de théâtre depuis cinq ans. Je vous expliquerai pourquoi ( je ne sais d’ailleurs pas pourquoi, je sais seulement comment j’ai tout arrêté ), mais c’est une autre histoire.

Avec Georges, nous nous voyons régulièrement, je connais le texte par cœur. Il me parle de la mise en scène qu’il imagine, son fils Lambert sera Orphée, mon amoureux jaloux, et lui, le père. Il assurera la mise en scène. Au théâtre de l’œuvre bien sûr.

Néanmoins, Georges est inquiet pour l’argent. Il a l’impression que tout est devenu plus difficile, que son nom ne suffit plus pour monter un projet, qu’on ne lui fait plus confiance. Il a peur d’être fini. Il en souffre. Ses 70 ans reviennent souvent dans nos discussions. Il a cinq ans de plus que mon père. Mon père qui d’ailleurs, soudain, arrive dans la conversation, alors que nous rêvons d’Eurydice depuis au moins six mois. Un peu énervé, alors que Georges a toujours été un homme adorable, il me demande quand est-ce que je vais enfin lui présenter mon père qui pourrait certainement nous aider.

– Mon papa, je lui réponds, je te le présente volontiers, il sera ravi de faire ta connaissance, ma maman aussi d’ailleurs, elle était tellement triste que j’arrête le théâtre, mais en quoi peut-il t’aider ?

– En tant que directeur de l’OBC, je pense qu’il peut me trouver des financements.

– L’OBC ?

– Oui, la Banque du Cinéma.

– Ah non, Georges, il y a erreur, mon papa est architecte et habite à Besançon.

– Mais pourquoi Josée m’a-t-elle dit à au festival de Cannes que ton père était le directeur de l’OBC ?

– Je n’en sais rien, moi, tu prends quoi comme dessert ?

Ce jour-là, Georges n’a pas pris de dessert. C’était également la dernière fois que je le voyais. Quand je l’appelais au théâtre, on ne me le passait plus. Je suis allée plusieurs fois le voir, mais on me répondait toujours qu’il était occupé. Un peu plus tard, j’ai appris qu’il avait donné le rôle à Sophie Marceau.

Sylvie Bourgeois Harel

Comme on me l’a souvent demandé, je précise que sur la photo c’est moi et pas Sophie Marceau à laquelle je ressemble sur l’image de mon composite que j’avais fait faire lorsque je prenais mes cours de théâtre auprès de Jean-Laurent Cochet, un grand professeur qui a formé entre autres Fabrice Luchini, Gérard Depardieu, Sabine Azéma, Richard Berry…

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À partir de quel moment notre monde a-t-il commencé à s'écrouler ?

À partir de quel moment notre monde a-t-il commencé à s'écrouler ?
L’autre jour, en entrant dans un grand magasin pour acheter un ordinateur, en voyant tout le service d’ordre à l’entrée, puis le jeune vendeur qui me conseillait de ne pas changer le mien, mais qui m’a demandé au bout de quinze minutes d’aller à l’autre bout de la boutique où il me rejoindra pour continuer notre conversation car ils n’ont pas le droit de rester longtemps au même endroit et avec le même client, j’ai réalisé que notre monde s’était vraiment écroulé.
Quand exactement, je ne sais pas, peut-être cela s’est fait doucement, subrepticement, mais une chose est sûre, aujourd’hui, je ne pourrais jamais refaire tout ce que j’ai fait lorsque je travaillais en free-lance dans la communication.

Plus jamais, par exemple, je ne pourrais faire atterrir les Tortues Ninja sur la plage du Carlton, durant le Festival de Cannes, à l’heure du déjeuner, afin de créer l’événement, et ça en a été un, les télévisions du monde entier ont repris les images de mon cameraman, c’était en mai 1991, sans autorisation bien sûr car je ne les aurais jamais obtenues, mais avec une équipe solide et ultra compétente de champions que ce challenge amusait.

En effet, c’était un véritable défi car les costumes, les mêmes qui avaient servi aux comédiens durant le tournage du film, pesaient 70 kilos chacun, et il ne fallait pas rester plus de quinze minutes dedans, tant l’épaisseur du plastique et de la mousse avec lesquels ils étaient fabriqués provoquaient une transpiration si intense que cela nécessitait ensuite plusieurs heures de séchage.

Mes parachutistes, des mecs super, ont tout accepté et surtout d’atterrir avec une vision réduite car les têtes des Tortues Ninja, non seulement étaient énormes et lourdes, mais avec des tout petits trous pour les yeux, ils ne voyaient presque rien. Avec leurs amis du Club aéronautique de Cannes-Mandelieu, on a balisé, au dernier moment pour ne pas dévoiler la surprise, un espace sur la plage afin de sécuriser l’atterrissage qui a vraiment créé l’événement.

C’était ça Cannes ! Pour promouvoir les films, il fallait être inventif, faire toujours plus, étonner, émouvoir.

Et mes Tortues Ninja ont eu un succès fou qui a dépassé les espérances d’UGC-Fox, le distributeur du film. Sur la Croisette où je les ai ensuite promenées assises à l’arrière d’un coupé que Mercedes m’avait prêtée pour la journée (est-ce que l’on peut encore se faire prêter un Roadster Mercedes juste pour s’amuser, je ne pense pas… ), les gens étaient hystériques, criaient leurs noms, Léonardo, Raphaël, Michelangelo, Donatello, leur demandaient des autographes, et mes parachutistes stoïques tenaient le coup dans leurs costumes à mourir de chaleur.

Puis après une courte pause dans un local que j’avais loué pas loin où un déjeuner leur a été servi, au cours duquel on a essayé de sécher avec des sèche-cheveux l’intérieur des costumes qui étaient trempés, hop, de nouveau dans les costumes encore mouillés qui puaient, hop, dans la Mercedes, cette fois, avec un chauffeur. Grâce à mon amoureux, j’ai réussi à nous faire inscrire dans le cortège officiel, hop, direction le Palais du Festival où je leur ai fait monter les marches. Les photographes et la foule étaient hystériques de voir les Tortues Ninja, à crier de nouveau leurs noms tandis que mes parachutistes étaient toujours parfaits à jouer le jeu sans se plaindre depuis des heures qui ont largement dépassé les quinze minutes recommandées, dans leurs costumes tellement trempés qu’ils sont devenus deux fois plus lourds, je les tenais par la main car ils ne voyaient carrément plus rien, tant leur transpiration coulait sur leurs yeux.

Le PDG de Columbia avec qui j’étais amie et qui distribuait le film, m’a engueulé en haut des marches où il attendait le réalisateur et ses comédiens car mes Tortues Ninja avaient volé la vedette de toutes les stars américaines venues soutenir le jeune John Singleton considéré comme le nouveau génie d’Hollywood avec son film BOYZ’N IN THE WOOD, mais le soir lorsque nous avons tous dîné ensemble chez Tétou, à Golfe Juan, la bouillabaisse la plus chic durant le Festival (Tétou, une institution familiale qui a disparu sous le coup de la loi du Littoral… ), il a éclaté de rire, car c’était ça Cannes, une équipe de seigneurs, et bravo à celui qui créait l’événement du jour !

Pour en revenir à Apple, un autre exemple d’une chose que je ne pourrais plus jamais réaliser. Nous sommes en 1994, je travaille pour Sony Software sur les premiers CD-Rom. J’organise à l’hôtel Raphaël une conférence de presse, sauf que Sony n’a pas d’ordinateur à me prêter. Peu importe, je gare ma petite Rover verte en double file devant la belle boutique Apple, avenue Georges V, je mets les warnings, et avec ma mini-jupe et mes bottes, je leur explique mon problème. Dix minutes plus tard, je sors avec trois Mac prêtés avec juste ma signature et le nom de Sony griffonnés sur un bout de papier, que les vendeurs m’installent dans ma voiture pendant que j’invite le directeur du magasin et son équipe à mon petit-déjeuner de presse. Le lendemain, je ramène les trois Mac que j’ai continué de leur emprunter durant un an, chaque fois que Sony sortait un nouveau CD-Rom, comme par exemple, les fiches-cuisine en partenariat avec le magazine Elle, je refaisais une conférence au Raphaël et il me fallait des ordis.

Est-ce moi qui avais une capacité de persuasion ou est-ce que les rapports humains étaient plus simples, et surtout basés sur une confiance, une compétence, une assurance, un amour du travail bien fait ?

Quoi qu’il en soit, quand je vois qu’on ne peut plus entrer nulle part sans se faire fouiller son sac ou que des gens ont peur dès que quelqu’un tousse dans un train, je suis contente d’avoir fait le choix de quitter Paris que j’aime pourtant follement pour venir vivre dans le Sud, près de la nature, au bord de la Méditerranée.

Sylvie Bourgeois Harel.

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SHORT ROUGE

SHORT ROUGE

Nous sommes en février 2007. Il pleut. Il fait froid. Dans la vitrine parisienne du magasin Diesel, à deux pas de chez nous, à Saint-Germain-des-Prés, mon mari voit sur un mannequin un short rouge, taille haute, très bien coupé, dans un joli coton épais.

– Qu’est-ce que tu serais belle avec ce short rouge, me dit-il, viens, je te l’offre.
– Merci, je lui réponds, mais ça ne m’amuse pas d’acheter un short d’été au mois de février.

C’est mon côté enfant, dès que j’ai un vêtement nouveau, je veux le porter immédiatement, donc compliqué de porter un short rouge en plein hiver.

– Et puis, il est trop cher pour un short, j’ajoute.
– On s’en fout, il est beau.

Mon mari me prend par la main et m’entraîne dans le magasin.

La taille 34 que je fais est sur le mannequin en vitrine. Je dis à la vendeuse qui veut le déshabiller, qu’il n’y a pas d’urgence, nous habitons à deux pas, nous reviendrons. Mon mari est terriblement déçu que je ne veuille pas essayer ce short rouge qui lui plaît temps. Depuis trois ans que nous nous connaissons, alors qu’il est plutôt un intellectuel sombre et pessimiste, il adore faire les magasins avec moi et m’acheter plein de vêtements. Ça l’amuse de jouer à la poupée avec moi, je crois. De mon côté, je dis toujours oui, j’adore les habits. Mais là, je ne sais pas pourquoi, je ne veux pas de ce short rouge. Et rien ne peut me faire changer d’avis.

Le temps passe. Régulièrement, mon mari, qui est en préparation de son nouveau film, me demande si je suis allée chez Diesel acheter le short. À chaque fois, je lui trouve une excuse bidon : c’était fermé, je n’ai pas eu le temps, j’irai demain. Il se propose alors de m’accompagner le prochain samedi quand il aura du temps. Mais je refuse. Je n’arrive pas à me l’expliquer, je suis littéralement contre cet achat. Et puis, je me trouve trop vieille pour le porter.

Début mai, nous arrivons à Saint-Tropez pour le tournage du film de mon mari qui débute le lendemain. À peine le taxi nous dépose au Pandaï Palais, l’hôtel où nous devons séjourner pendant deux mois, mon mari repère la boutique Diesel.

– Super ma chérie, allons acheter ton short rouge.

Je l’essaye, en effet, ce short me va hyper bien. Mais je n’en veux toujours pas. Sans aucune raison.

– Et ne t’avise pas de me l’acheter en cachette, je dis assez autoritairement à mon mari en sortant de la boutique, ça ne me fera pas plaisir, je le rapporterai immédiatement.

Je ne sais pas pourquoi, je fais une fixette sur ce short alors que j’adore les shorts, les habits, les cadeaux, mais ce short rouge qui me va pourtant divinement bien avec sa taille haute, je n’en veux pas.

Voyant que mon mari affiche une mine toute triste, je m’adoucis.

– Ce short, c’est un attrape-mecs, je lui dis, comme je ne vais pas te voir pendant tes deux mois de tournage, je ne veux pas le porter toute seule, sans toi, dans Saint-Tropez. Si tu veux me l’offrir, il faut que tu m’offres la semaine de vacances qui va avec, je le taquine sachant que c’est impossible, après les deux mois à Saint-Tropez, il a encore quatre semaines de tournage à Paris, puis trois mois de montage.

Dix jours plus tard, l’un des acteurs principaux attrape dans la mer une pneumo-bronchiolite. Le médecin des assurances du cinéma arrive en urgence de Paris par le premier avion. Verdict : le tournage doit être arrêté pendant deux se-maines. C’est une catastrophe. Les villas, les yachts, les places au port, les hôtels, ont été loués à dates fixes. C’est impossible de tout repousser aussi longtemps. Le tournage peut être arrêté une semaine, mais pas deux. Deux semaines, c’est la mort du film qui serait immédiatement mis en sinistre.

Le comédien adorable essaye de négocier avec le médecin. Il veut un traitement de cheval afin d’être d’attaque dans une semaine. Celui-ci accepte. Il reviendra dans sept jours pour décider de son état de santé et du sort du film.

En sortant de sa réunion avec la production, mon mari d’un calme olympien par rapport à l’arrêt de son film me prend la main :

– La voilà, Sylvie, ta semaine de vacances. Viens, on va acheter ton short rouge.

Vu la situation, je ne peux rien dire. On arrive chez Diesel et là, boum patatras, la vendeuse nous annonce que la taille 34 a été vendue. J’essaye le 36 mais il est trop grand. Désolée, je me tourne vers mon mari qui est assis, la tête dans les mains, catastrophé. Son film arrêté, il assume, mais le short rouge que l’on ne peut pas acheter, il est totalement démoralisé, pire que si l’univers s’était abattu sur lui.

D’un air vraiment malheureux, il me dit :

– Tu étais si belle dans ce short rouge !

Son cri d’amour me brise le cœur. J’ai peur d’avoir tout détruit. C’est rare d’être autant aimée par un homme qui vous trouve belle encore à mon âge. Je ne suis plus toute jeune. Je me sens soudain idiote de ne pas avoir voulu offrir à mon ma-ri qui m’aime passionnément ce mini-plaisir, et de m’être battue avec autant de ténacité contre l’achat de ce short rouge.

Affolée à l’idée qu’il ne m’aime plus, je demande à la vendeuse de me trouver un 34 n’importe où en France et de me le faire venir, je suis prête à tout pour conso-ler mon mari.

Ouf, un short en 34 est disponible dans la boutique de Cannes. Le lendemain, un assistant qui désirait aller au festival est allé me le chercher. Et ouf, le film n’a été arrêté qu’une semaine. Il a donc pu être terminé. Je traverse d’ailleurs quelques scènes avec mon short rouge que la costumière, voulant faire plaisir à mon mari, était également allée acheter sans nous le dire !

Depuis, quand mon mari, ou quelqu’un d’autre, me fait un cadeau, même si ça ne me plaît pas, je dis oui. Un grand oui. Et je souris. Et tous les étés, je porte mon short rouge » !

Sylvie Bourgeois Harel 

SHORT ROUGE
https://youtu.be/SkhFvg_MhQs?si=TfNDBJ2IBYojj8HQ

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  • : Sylvie Bourgeois fait son blog
  • : Sylvie Bourgeois Harel, écrivain, novelliste, scénariste, romancière Extrait de mes romans, nouvelles, articles sur la nature, la mer, mes amis, mes coups de cœur
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  • Sylvie Bourgeois Harel
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  • écrivain, scénariste, novelliste

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