Avec les images générées par l’IA, le monde devient ma représentation, par Sylvie Bourgeois Harel
Cette petite fille dans mes bras, c'est moi, je dois avoir 3 ans. Cette photo que j'ai, bien sûr, demandé à une IA pourrait illustrer un texte sur "comment guérir son enfant intérieur". J'aurais aussi pu demander à un graphiste de me la faire sur Photoshop. Avant d'écrire, je travaillais dans la communication, j'ai donc, pendant des années, collaboré avec des graphistes qui maîtrisaient Photoshop. Je savais exactement ce que je voulais obtenir. Et eux, avec leur talent, tout en restant dans mon brief de départ, me proposaient régulièrement une création à laquelle je n'aurais pas forcément pensé. Avec l'IA, c'est un peu ça aussi. En mille fois plus rapide. Et en moins coûteux. Je tiens à préciser que je ne juge pas la qualité, là n'est pas mon propos d'autant que je défendrai toujours la création humaine. J'essaye d'aborder un aspect plus philosophique. J'ai donc donné deux photos à plusieurs IA en leur demandant ce que je désirais obtenir. Rien a été décidé au hasard. Je m'en suis servie comme d'un outil. Un outil supplémentaire. Un outil nouveau pour moi. Cette photo a du sens. Parmi les plusieurs propositions que j'ai reçues, J'ai gardé celle-ci car la position enveloppante de mes bras est la plus chaleureuse, la plus maternelle, la plus pleine d'amour.
Avec l'arrivée des IA dans notre quotidien, je ne vais parler ici que des IA qui génèrent des images, me viennent plusieurs pensées et surtout des centaines de questions. Alors pour mieux réfléchir, je vais tout d'abord relire "Le Monde comme volonté et comme représentation" d'Arthur Schopenhauer. Parce que nous y sommes. « Le monde est ma représentation ». Schopenhauer commence ainsi. Pour lui, nous ne connaissons du monde que la manière dont il est pour nous et à cela la science ne peut rien opposer. Dans une conférence, Schopenhauer a expliqué : « Il faut savoir se convaincre que le monde n'est là qu'à l'état de connaissance et du même coup dépendant du sujet connaissant que chacun est pour lui-même. L'être des choses est identique à sa prise de connaissance. « Elles sont » veut dire : elles sont représentées. Vous vous dites qu'elles seraient quand même là s’il n'y avait personne pour les voir et se les représenter. Mais essayez donc un peu de vous représenter clairement ce que serait alors l'existence de ces choses. Et vous verrez aussitôt que c’est toujours une vue du monde qui vous vient en tête et jamais un monde hors de toute représentation. Vous voyez donc bien que l'être des choses consiste en leur représentation. »
Avec les IA qui génèrent des images, des images qui sont à portée de main, il suffit d'un ordinateur et de quelques minutes, nous arrivons donc dans une ère où la fiction devient la réalité. Nous avons déjà connu ça avec la peinture, le peintre peignait ce qu'il pensait être la réalité, puis avec la photo, le photographe pouvait photographier et embellir un criminel le rendant sympathique avec un beau sourire, avec la télévision bien sûr.
Aujourd'hui, nous avons franchi une étape supplémentaire. En effet, chacun, grâce à Internet, est un récepteur comme auparavant où il n'y avait que le peintre qui émettait une image et des milliers de personnes qui la regardaient, pareil pour la photographie, et encore plus avec la télévision où il y a un seul pouvoir central qui émet sa vérité dans des millions de foyers. et quelle vérité ? Même Napoléon disait que l'histoire était une suite de mensonges sur lesquels tout le monde était d'accord.
La grande différence est que, depuis une trentaine d'années, nous sommes aussi devenus des émetteurs. Nous sommes donc des récepteurs et des émetteurs. Et également des répétiteurs. C'est une véritable révolution qui commence. Un véritable pouvoir aussi. À nous de savoir l'utiliser à bon escient. Mais comment le savoir que c'est à bon escient ? Ce sera là notre grand challenge individuel. Ne pas se laisser berner. Ne pas tomber dans la facilité de croire que la machine peut tout faire. Et surtout continuer d'apprendre.
Afin de bien réfléchir aux facilités et aux dangers que toutes ces technologies de pointe nous apportent, je vais aller me baigner dans la mer, faire ma grande marche au bord de l'eau, puis me poser à l'ombre d'un arbre et relire mon cher Arthur Shopenhauer. La mer, les poissons, mes copains-poulpes, les arbres ne mentent pas, eux. Ma vérité est là, auprès d'eux, dans la contemplation, l'émerveillement, la béatitude.
C'est d'ailleurs ça ma réponse aux IA (qui sont là, et au niveau mondial, et contre lesquels on ne peut pas lutter, en effet, comme dit un diction populaire : on ne peut repousser la mer avec ses bras) : afin de ne pas me laisser envahir, ni hypnotiser par la télévision ou les écrans, ou les IA, qui endorment, fragilisent et parfois même détruisent le cerveau, je passe chaque jour deux à trois heures dans la nature, c'est mon salut, ma santé, mon bonheur, ma survie, ma joie. Et je lis. La lecture est un havre de paix. De liberté aussi. Notre bien le plus précieux. Et j'aime. L'amour est un excellent médicament. Un excellent moteur aussi. Et je fais confiance à mon cerveau qui, même s'il est plus lent pour calculer que les machines, est cent mille fois plus créatif que n'importe quelle IA, en effet, nous avons la chance d'être des humains dotés de capacités merveilleuses, il suffit d'avoir l'envie, le courage, la volonté de les utiliser. Et de remercier la vie pour toutes ces qualités qu'elle nous apporte et nous offre sans avoir à passer par un abonnement ou une connexion.
Sylvie Bourgeois Harel
Arthur Schopenhauer. Écrivains et style - Sylvie Bourgeois fait son blog
Sylvie Bourgeois Harel - Arthur Schopenhauer ÉCRIVAINS ET STYLE Avant tout, il y a deux sortes d'écrivains : ceux qui écrivent pour dire quelque chose, et ceux qui écrivent pour écrire. Les pr...
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