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Alexandre Drubigny - Sylvie Bourgeois

Alexandre Drubigny - Sylvie Bourgeois

Adieu mon cher Alexandre Drubigny !


Je viens à l'instant d'apprendre que tu aurais décidé de partir à la recherche d'un monde que l'on ne connaît pas. Toi, le précurseur, le découvreur, l'aventurier, le pondeur d'idées, le dynamique, le si pressé et si rigolo garçon que j'ai connu en 1993, grâce à Jean-Jacques Goldman, ton éternel optimisme t'aurait donc guidé trop rapidement vers la mort, comme si celle-ci allait être mieux que notre vie sur terre.

Notre rencontre avait été si éblouissante, si drôle, si tendre, si professionnelle aussi, avec toi, il fallait aller vite, je me souviens que tu m'avais complimenté sur mon côté rapide et organisé, que j'ai adoré observer ton brillant parcours dans lequel tout semblait te réussir.

À l'époque, je travaillais en free-lance dans la communication, un de mes clients était Sony Publishing. Je devais m'occuper du premier CD-Rom que l'on créait. Jean-Jacques Goldman avait accepté que nous adaptions une des chansons de son album Rouge. La condition sine qua non était qu'il fallait travailler avec Alexandre Drubigny. Tu étais, je crois, chez NRJ. Deux minutes plus tard, tu me retrouvais dans un studio de la Plaine Saint-Denis sur le tournage des images prévues pour le CD-Rom. Le soir-même, je recevais un énorme bouquet de roses. Tu voulais me remerciais. En effet, grâce à ce tournage, tu avais rencontré Nicolas Plisson de Canal+, co-producteur du CD-Rom. Nicolas t'a tellement apprécié qu'il t'a embarqué avec lui dans les grande aventures de Canal+. Les roses, c'était plutôt à Jean-Jacques Goldman que tu aurais dû les envoyer. C'est lui qui avait remarqué ton talent. Moi, j'ai juste apprécié ton amitié et ton caractère si enjoué.

Je n'ai pas trouvé sur Internet des photos de toi. Je ne sais pas pourquoi. Comme si tu avais fait un grand ménage avant ton long voyage, que tu les avais ou fait toutes retirées, comme si tu voulais qu'on t'oublie, ce qui est impossible, je n'ai pas envie de t'oublier. J'ai donc emprunté sur Linkedin une photo de Marie-Claire Margossian qui, elle aussi, est très attristée par ton décès. Nous avions à peu près ces têtes si enfantines lorsque nous nous sommes rencontrés. Adieu Alexandre !

Sylvie Bourgeois Harel

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Sylvie Bourgeois Harel - Gigaro - novembre 2025

Sylvie Bourgeois Harel - Gigaro - novembre 2025

Papa est mort, une nouvelle de Sylvie Bourgeois Harel

"Papa est mort. Dorénavant, je suis riche. Très riche. Mais je n’ai plus de papa. En même temps, je ne l’ai jamais vraiment connu. Ma douleur n’a pas été la même que lorsque j’ai perdu Yvan. Yvan, c’était mon chien depuis je suis enfant. Il est décédé l’été dernier, j’ai pleuré sans m’arrêter. Il connaissait tout de moi, mes secrets, mes doutes, mes chagrins. Tandis que mon papa, il ne savait rien de mes attentes, de son absence, de mon manque.

Alors, oui, j’ai pleuré, mais contrairement à Yvan pour lequel j’ai pleuré sur le trop plein d’amour qu’il m’avait donné, pour mon père, j’ai pleuré sur le vide de notre relation. Un vide que je ne pourrais plus jamais combler. Un trou. Un trou béant. Voilà, j’ai pleuré sur ce trou béant qui s’ouvrait devant moi. Un trou géant que l’argent ne pourra jamais compenser. Je n’ai pas de souvenirs à mettre dedans, ou alors si peu.

Je me souviens des rares occasions où il est venu me garder à la maison quand ma mère s’était faite opérer. J’étais encore petit. Ma mère était malade de la maladie de ne pas avoir de mari. Ni de papa pour son fils. Ni d’homme dans son lit. Elle m’avait expliqué que je ne devais pas avoir peur qu’elle meure. Elle m’avait même acheté un livre qui racontait, en images, comment les enfants devaient réagir face à la maladie de leurs parents. Je l’avais jeté. Je ne voulais pas de livre. Je voulais une maman en bonne santé et un papa assis devant la télé, comme les parents de mon meilleur copain lorsqu’ils m’invitaient à dîner.

Les sept fois où ma mère est partie à l’hôpital, mon père est venu me garder à la maison. Je ne suis jamais allé chez lui. Chez lui, il y a sa femme qui me déteste et ses jumelles plus âgées avec lesquelles je n’ai jamais joué. J’étais content qu’il s’occupe de moi. Très content même. Très content, mais horrifié. Horrifié car s’il était là, c’était parce que ma mère était malade. C’était comme si je devais choisir entre une mère en bonne santé et un père absent, ou bien, une mère malade et un père à la maison.

Une nuit, j’avais dix ans, j’ai ardemment prié pour que ma mère meure ainsi mon papa serait obligé de s’occuper de moi. J’entrais enfin en vainqueur dans sa belle maison qui est dix fois plus grande que la nôtre. Sa femme serait obligée de me faire à manger et les jumelles de jouer avec moi. Je devenais un roi dans mon nouveau chez-moi. D’un côté, cette nouvelle perspective d’aller vivre, avec mon chien Yvan, chez mon père, me mettait en joie, mais de l’autre, je voyais la tombe sombre de ma mère dans le noir d’un cimetière. Cela m’avait plongé dans une angoisse terrifiante. Je ne pouvais plus respirer d’autant qu’une petite voix me forçait à choisir entre mon père et ma mère. Alors lequel préfères-tu ? insistait-elle, avançant toutes sortes d’arguments pour m’influencer à choisir mon père : regarde, ajoutait-elle, tu te disputes souvent avec ta maman, avoue que tu ne l’aimes pas tant que ça, en plus, elle n’est pas très jolie, elle ne te fait pas bien à manger, elle t’embête à toujours te demander de ranger ta chambre ou de faire tes devoirs, tandis que ton papa, au moins, lui, il te fiche la paix. Et puis, il est beau. C’est bien simple, tout le monde l’adore, et il ne te questionne jamais à savoir si tu as une fiancée ou si tu as appris ta leçon.

Au réveil, j’ai failli demander à aller en pension. Mais quand j’ai compris que je ne verrai plus Yvan, je me suis tu. J’ai passé mon enfance à me taire. Lorsque je voyais ma mère couchée dans son lit d’hôpital qui me souriait pour me rassurer que tout allait bien, je me taisais. Le soir, lorsque mon père me préparait des coquillettes au jambon, je me taisais. Je crois que ça l’arrangeait car il se taisait aussi. Nous étions deux silencieux qui n’avons jamais eu le courage de nous parler.

Notre silence ne durait jamais très longtemps. Dès que ma mère rentrait de l’hôpital, il était aussitôt remplacé par l’absence de mon père, le manque, l’abandon, le rêve d’un papa avec qui je serais allé au cinéma ou skier. Les premiers jours, j’en voulais terriblement à ma mère d’avoir guérie si vite. Je m’en voulais aussi de ne pas avoir trouvé le moyen de rompre le silence avec mon père. Mais j’avais trop de mots dans ma tête pour un enfant, trop de mots à lui dire, trop de mots qui se bousculaient, qui créaient un chaos dans mon cerveau. Surtout, je n’arrivais pas à lui demander pourquoi il ne m’aimait pas au point de m’emmener, ne serait-ce qu’une journée, me promener avec lui. On aurait embarqué Yvan qui aurait été ravi.

Mon père repartait alors dans sa grosse voiture, emportant avec lui son silence. De mon côté, pour ne pas pleurer, je m’enfermais dans ma chambre et je me griffais les bras de rage. De colère. D’amour. De haine. Je me griffais jusqu’au sang. Puis, je prenais les ciseaux à ongles et je me rayais les cuisses. Des rayures qui signaient mon malheur, qui racontaient mon incompréhension, qui gravaient dans ma chair mes questionnements.

Ce matin, à son enterrement, devant son cercueil, je suis devenu le silence de mon père. Je ne dis pas un mot. Je ne pleure pas. Je ne suis pas triste. Son silence est maintenant gravé dans l’éternité. Je suis juste hébété lorsque des personnes que je connais pas viennent m’embrasser, étonnées que je sois son fils. Ma mère me pousse alors un peu sur le devant comme un trophée. Elle pense avoir gagné alors qu’elle vient de perdre son fils. J’ai 18 ans. Je m’appelle Antoine. Je vais hériter. Je vais devenir riche. Très riche. Mais je ne veux pas de cet argent qui a volé mon enfance.

Soudain, j’entends la voix de mon père. Mon père rompt son silence, pour la première fois, alors qu’il est mort depuis cinq jours. Je me rapproche discrètement de son cercueil. Il me dit qu’il m’a toujours aimé. Il me demande pardon de ne pas avoir su me parler. Il était en colère contre ma mère. Il ne l’a jamais aimée. Il l’a prise par vengeance. Par déception. Par désespoir. L’amour de sa vie venait de se marier. Il n’avait pas su la garder. Elle était si jeune. Il l’a laissée partir. Il a tellement souffert qu’il a pensé mourir. Ma mère était là. Il l’a prise pour rester vivant. Il lui a demandé d’avorter. Il a crié. Hurlé. Elle a résisté.

— Et tu es né, continue la voix de mon père. Tu étais mignon, un très joli bébé, mais je te voyais comme une punition d’avoir perdu mon amour. Je suis désolé. Mais maintenant, d’où je suis, je peux enfin te parler. Je suis libéré.

La procession commence. Le cercueil s’éloigne. Je reste sur place. Je ne bouge pas. Je veux entendre encore cette voix. La voix de mon père qui m’aime. Je ne suis pas triste. Je ne pleure pas. Je suis heureux. Son silence est gravé dans l’éternité. Mais ce silence me parle. Son silence me grandit. Son silence m’apaise. Je pense à Yvan. Quand il me léchait les mains pour me signifier qu’il comprenait mon chagrin. Je pense aux coquillettes-jambon que mon père me préparait. Je pense au sang sur mes bras qui racontait ma douleur.

Je suis heureux. J’ai un papa."

Sylvie Bourgeois Harel

Sylvie Bourgeois Harel - Gigaro - novembre 2025

Sylvie Bourgeois Harel - Gigaro - novembre 2025

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Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez

Du haut de ma tour d’ivoire plantée dans un Saint-Tropez qui arbore déjà les couleurs de l’été, entre deux bains de mer, ne pouvant plus effectuer mes longues marches à cause de mon entorse à la cheville et de mon pied cassé, je me suis mise à penser. Bien m’en a pris. En voulant partager sur Facebook mon inquiétude quant aux futures évolutions que désirent les instigateurs de la loi sur l’aide à mourir voté en mai 2025, qui reprend des propositions datant de 2023 sur l’euthanasie et le suicide assisté, j’ai constaté plusieurs choses :

- qu’il est malsain voire dangereux que l’euthanasie en fin de vie et le suicide assisté soient assimilés dans la même loi car cela crée de nombreuses confusions dans l’esprit des gens
- que cette confusion a été voulue par les instigateurs de cette loi. Ainsi en parlant avec (fausse) émotion et (fausse) compassion de l’euthanasie en fin de vie des personnes âgées qui souffrent, ils veulent faire passer, dans un deuxième temps, aussi facilement qu’une lettre à la poste, la notion de suicide assisté qui sera alors proposé aux plus fragiles et aux plus démunis comme les jeunes déprimés ou les malades psychiatriques ( je ne fais que reprendre les mots et les arguments du Dr Touraine qui a travaillé à l’initiative de cette loi, que vous pouvez écouter dans ses interviews )
- que la Loi Clayes-Leonetti conçue pour accompagner les personnes en fin de vie est finalement peu connue. Tous ceux qui le désirent peuvent la signer, de préférence quand tout va bien, en prévention
- qu’il existe donc deux clans bien distincts : ceux qui, comme moi, aiment la vie, et ceux qui aiment la mort, mais de préférence celle des autres

Puisque cette loi a été votée, en attendant que le sénat donne son avis, je vais donc pousser plus loin ma réflexion à partir des paroles de ce Docteur Touraine qui explique très clairement que dès que la loi sera promulguée, ils continueront coûte que coûte leur combat afin que le suicide assisté soit proposé également aux jeunes déprimés et aux malades mentaux afin, ajoute-t-il, que ces pauvres gens aient, eux aussi, le droit de mourir. Sauf que mourir n’est pas un droit puisque nous allons tous mourir, c’est d’ailleurs notre seule certitude. Et c’est une décision à ne pas prendre à la légère, comme le disait Kafka : « L’éternité, c’est long surtout à la fin ».

Dans ma réflexion, on est bien d’accord que je ne parle que du suicide assisté qui sera proposé aux jeunes et aux malades mentaux, et pas de la fin de la vie en hôpital des personnes âgées qui souffrent. D’autant que de ce côté, j’ai géré la mort de ma mère à l’ancienne. Elle est morte d’un cancer généralisé dans mes bras, à la maison où j’avais fait installer l’hospitalisation à domicile ( un service formidable d’ailleurs ). Jamais je n’aurais sous-traité la mort de ma mère à un hôpital ou à qui que ce soit. Je voulais qu’elle soit avec moi. Elle le voulait aussi. C’était le dernier cadeau que je pouvais lui offrir. Un cadeau avec une charge émotionnelle énorme et une responsabilité toute aussi énorme. Pendant les six mois de la fin de sa vie, j’ai donc fait le choix de réduire drastiquement mon activité professionnelle afin d’être constamment avec elle, j’ai également abandonné mes dîners, mes soirées, mes week-ends et mes voyages. Ma seule priorité était ma mère. J’ai pris sa mort en pleine face. J’ai vu sa mort de près. J’ai vu la mort de près. J’avais 33 ans. Durant les six mois que j’ai passé auprès d’elle afin de l’accompagner le mieux que j’aie pu aux portes de l’au-delà, c’est mon devoir d’enfant à celle qui m’a donnée la vie, mon respect de fille vis-à-vis de sa mère, mon amour pour ma maman que j’adorais, qui se sont exprimés. C’est également ainsi que j’ai pu continuer de vivre sans culpabilité, avec mon chagrin oui, mais sans culpabilité de ne pas avoir fait ce que je devais faire.

Aujourd’hui où il devient très rare que des parents meurent de vieillesse chez eux ou chez leurs enfants, le plus souvent, ils sont déposés dans des ephads ou confiés à des hôpitaux, attention, je ne juge personne, ce sont des choix personnels et intimes, c’est juste un constat, ma réflexion sur le suicide assisté que désire proposer ceux qui ont travaillé sur cette loi m’apporte une question fondamentale : pourquoi demander aux médecins qui ont prononcé le Serment d’Hippocrate qui leur interdit de donner la mort, de soudain être obligés de la donner aux personnes qui demanderaient un suicide assisté ?

Comme je suis écrivain, j’aime utiliser les mots justes. Puisque cette loi sur le suicide assisté parle de tuer ceux qui désirent mourir, les investigateurs de cette loi devraient créer un nouveau métier, enfin plus exactement remettre au goût du jour, un métier qui a longtemps existé et qui a disparu en France en 1981, celui de bourreau. Dans le dictionnaire, la définition de bourreau est celui qui exécute les peines corporelles ordonnées par une cour de justice et spécialement la peine de mort. Il suffirait de changer quelques mots pour réactualiser cette définition. Le bourreau deviendrait alors celui qui exécute la mort d’une personne quarante-huit heures après que celle-ci l’aurait explicitement exprimé au cours d’un entretien et dans un local conçu à cet effet.

Il y aurait donc un CAP de bourreau, ainsi les médecins ne seraient pas obligés de trahir leur Serment d’Hippocrate, et les amateurs de la mort des autres pourraient, s’ils le désirent, devenir, eux aussi; bourreaux.

Quant à moi, je vais rejoindre le monde de ceux qui, comme moi, aiment la vie et qui préfèrent aider les jeunes déprimés à l’apprécier plutôt que de les inciter à se suicider, et par la même occasion, je vais aller me baigner dans ma belle Méditerranée ensoleillée que j’adore et pour laquelle, chaque jour, je remercie le ciel et les dieux de l’avoir créée.

Sylvie Bourgeois Harel

Et voici mon texte que j'avais publié quelques jours plus tôt sur Facebook :

Si je n’avais pas raté mon suicide, je serais morte, et je le regretterai. Oui, du fond de ma tombe ou du haut du ciel, je ne sais pas ce que l’on devient lorsque l’on meurt, ni si l’on advient d'ailleurs quelque chose, mais ce qui est sûr, c’est que je regretterai profondément toutes mes années vécues depuis, mes joies comme mes peines, mes drames comme mes bonheurs, je regretterai tout et je passerai l’éternité à me traiter d’idiote d’avoir avalé, à 20 ans, les nombreux comprimés de Temesta trouvés dans les tables de nuit de mes parents qui en prenaient, tous les soirs, au moment de se coucher pour mieux dormir.

 
Même si ma volonté de mourir pour en finir avec ma souffrance d’être à contre-courant, de ne pas comprendre mes choix destructeurs, de fuir ceux qui m’aimaient, datait de plusieurs mois, peut-être même de plusieurs années, certainement depuis que j’ai été abusée enfant (ce n’était pas mon papa), mon passage à l’acte est né dans une pulsion. Une urgence. Soudain, je n’ai plus vu d’autre solution à ma vie que la mort. Ma mort.
 
Quand ma mère m’a trouvée inconsciente depuis trente-six heures, elle pensait au début que j’étais très fatiguée, elle a appelé le médecin de famille qui a demandé à rester seul avec moi. Au bout d’une trentaine de minutes, étonnée qu’il ne sorte pas de ma chambre, elle a ouvert la porte qu’il avait pris le soin de fermer, et a vu le bon docteur la tête plongée dans mes seins. Furieuse, elle lui a demandé de partir et m’a rhabillée. Ce n’est que le lendemain que j’ai ouvert un oeil. Une de ses amies médecin m’a alors conduite à l’hôpital où l’on m’a fait un lavage d’estomac.
 
Tout ça pour dire que je trouve effrayant qu’une loi légalisant le suicide assisté et l'euthanasie ait été adoptée aussi facilement par l’Assemblée Nationale le 27 mai 2025, sans avoir consulté au préalable l'ensemble des Français, ne serait-ce que par un référendum, d’autant que la loi Léonetti, votée le 22 avril 2005, est très bien conçue. Chacun peut signer ce protocole qui consiste à refuser l’acharnement thérapeutique. Les unités de soins palliatifs dans les hôpitaux sont également là pour accompagner en douceur les malades en fin de vie. Unités de soins palliatifs qu'il faudrait d'ailleurs augmenter, certains départements n'en ont toujours pas.
 
Mais ce qui m'inquiète surtout, c'est cette notion de suicide assisté. Je ne vais donc pas parler de l'euthanasie en fin de vie qui, pour moi, est un autre sujet. Je pense d'ailleurs qu'il aurait été plus raisonnable de séparer les deux objets qui sont totalement différents, d'un côté l'euthanasie en fin de vie et de l'autre le suicide assisté.
 
Je me suis posée toutes sortes de questions sur cette loi. Chaque fois que mon coeur frémit d'inquiétude, je cherche à comprendre. J'ai donc cherché à savoir qui était le député Olivier Forlani qui l'a proposée. Et qui était son entourage qui a travaillé avec lui sur ce projet. C'est ainsi que je suis tombée sur le docteur Jean-Louis Touraine. Et j'ai eu peur lorsque j'ai écouté une de ses vidéos qui est visible de tous dans laquelle il explique très clairement et très simplement que cette loi était pour eux une première étape, mais que dès qu’ils auront mis un pied dans la porte, je reprends ses mots, ils augmenteront régulièrement et chaque année cette loi de plusieurs amendements afin d'avoir la possibilité de proposer ensuite le suicide assisté aux jeunes qui sont déprimés, aux malades mentaux, aux malades atteints d’Alzheimer et à tous ceux qui sont faibles et démunis.
 
Là, j'ai été effarée de voir comment à partir d'images fortes et de témoignages émouvants de personnes gravement malades qui souffrent, ceux qui ont proposé cette loi parlent, soudain, et de façon tout à fait normale, voire presque décontractée, d'autres cas de figure qui n'ont rien à faire dans une loi qui est censée aider à améliorer la fin de vie des personnes âgées qui souhaitent partir plus vite. Je le répète, la loi Léonetti est là pour encadrer ses fins de vie. Mais il faut remplir les papiers quand on est en état de le faire. Peut-être est-ce alors difficile pour certains de le faire ? Mais , dans ce cas, c'est dangereux de demander à une loi de sous-traiter ce manque de décision personnel et intime.
 
Dans sa vidéo, Touraine, sous couvert de bons sentiments, ne dit pas comment ils feront pour obtenir le consentement des malades psychiatriques ou d'Alzheimer lorsqu'ils leur proposeront le suicide assisté car c'est leur but.
 
J'avoue que j'ai eu un frisson dans le dos en écoutant les propos de ce docteur Touraine d'autant que l'on sait tous qu'Hitler avait proposé ce même type de loi en septembre 1939 afin de faire faire des économies à l’Allemagne, il l'avait même appelé La mort miséricordieuse. Les prédateurs trouvent toujours des noms formidables...
 
Les députés qui ont voté cette loi ont donc dit, en deux secondes, adieu au Serment d’Hippocrate que font tous les médecins et ce depuis deux mille ans, adieu au 6ème Commandement qui dit "Tu ne tueras point", 6ème commandement qui est autant présent dans la religion juive que dans la religion chrétienne, et également adieu à la Non-assistance à personne en danger qui responsabilise chacun d'entre nous en lui demandant d'aider son prochain. Trois valeurs de solidarité et de respect, trois valeurs fondamentales de notre société afin de protéger les gens. Et quant a la notion de suicide assisté, peut-être que tous ces députés n’ont pas eu un enfant qui, à 20 ans, a eu envie de mourir poussé par une pulsion épouvantable, pulsion qui a ensuite totalement disparu.
 
Cette loi a donc le pouvoir d'intimer le contraire du Serment d'Hippocrate et le contraire du 6ème amendement, puisqu’un amendement prévoit qu'une peine de deux ans de prison et une amende de trente-mille euros peuvent être administrés aux médecins qui refuseraient de pratiquer une euthanasie ou un suicide assisté. Si on reprend les mots de Touraine et si on suit donc son raisonnement, peut-être qu’un jour le bon copain qui incitera son ami à ne pas se suicider sera condamné lui aussi ?
 
Je me pose donc de nombreuses questions à savoir si, sous prétexte de soulager la souffrance de certains malades en fin de vie, cette loi aurait, un jour, le pouvoir de criminaliser les actes des personnes bienveillantes qui oeuvrent à sauver des vies ? Et si sous prétexte de protéger ceux qui souffrent, cette loi aurait le pouvoir de tuer ? Serions-nous alors tombés ou poussés dans l’ère de la morbidité où la mort serait plus importante que la vie, où il ne serait bientôt plus nécessaire d’apprendre à vivre, mais à décider comment et où mourir, alors que paradoxalement la mort n’a jamais été autant niée.
 
Si on écoute vraiment ce qu'a dit le docteur Touraine lorsqu'il a exprimé son désir d'augmenter cette loi d'amendements afin de pouvoir bientôt proposer, en toute impunité, le suicide assisté aux jeunes déprimés, aux malades mentaux, aux malades atteints d'Alzheimer et peut-être à d'autres cas de figure, cela fait froid dans le dos de voir comment Touraine et ses acolytes arrivent, en mettant en avant des exemples de personnes âgées en fin de vie qui souffrent dans les hôpitaux, en parlant d'eux avec des trémolos de (fausse) compassion dans leur voix, à entrer en guerre contre les plus démunis en les influençant à se suicider.
 
Ah oui, j'allais oublier. Dans le texte de la loi, un délai de seulement 48 heures est demandé entre la décision de suicider et le passage à l'acte, même pas le temps que la pulsion qui fait croire que la mort peut sauver de la vie, s'en aille...
 
Sylvie Bourgeois Harel

Voici mon texte que j'avais publié quelques jours plus tôt sur Facebook :

Si je n’avais pas raté mon suicide, je serais morte, et je le regretterai. Oui, du fond de ma tombe ou du haut du ciel, je ne sais pas ce que l’on devient lorsque l’on meurt, ni si l’on advient d'ailleurs quelque chose, mais ce qui est sûr, c’est que je regretterai profondément toutes mes années vécues depuis, mes joies comme mes peines, mes drames comme mes bonheurs, je regretterai tout et je passerai l’éternité à me traiter d’idiote d’avoir avalé, à 20 ans, les nombreux comprimés de Temesta trouvés dans les tables de nuit de mes parents qui en prenaient, tous les soirs, au moment de se coucher pour mieux dormir.

Même si ma volonté de mourir pour en finir avec ma souffrance d’être à contre-courant, de ne pas comprendre mes choix destructeurs, de fuir ceux qui m’aimaient, datait de plusieurs mois, peut-être même de plusieurs années, certainement depuis que j’ai été abusée enfant (ce n’était pas mon papa), mon passage à l’acte est né dans une pulsion. Une urgence. Soudain, je n’ai plus vu d’autre solution à ma vie que la mort. Ma mort.
 
Quand ma mère m’a trouvée inconsciente depuis trente-six heures, elle pensait au début que j’étais très fatiguée, elle a appelé le médecin de famille qui a demandé à rester seul avec moi. Au bout d’une trentaine de minutes, étonnée qu’il ne sorte pas de ma chambre, elle a ouvert la porte qu’il avait pris le soin de fermer, et a vu le bon docteur la tête plongée dans mes seins. Furieuse, elle lui a demandé de partir et m’a rhabillée. Ce n’est que le lendemain que j’ai ouvert un oeil. Une de ses amies médecin m’a alors conduite à l’hôpital où l’on m’a fait un lavage d’estomac.
 
Tout ça pour dire que je trouve effrayant qu’une loi légalisant le suicide assisté et l'euthanasie ait été adoptée aussi facilement par l’Assemblée Nationale le 27 mai 2025, sans avoir consulté au préalable l'ensemble des Français, ne serait-ce que par un référendum, d’autant que la loi Léonetti, votée le 22 avril 2005, est très bien conçue. Chacun peut signer ce protocole qui consiste à refuser l’acharnement thérapeutique. Les unités de soins palliatifs dans les hôpitaux sont également là pour accompagner en douceur les malades en fin de vie. Unités de soins palliatifs qu'il faudrait d'ailleurs augmenter, certains départements n'en ont toujours pas.
 
Mais ce qui m'inquiète surtout, c'est cette notion de suicide assisté. Je ne vais donc pas parler de l'euthanasie en fin de vie qui, pour moi, est un autre sujet. Je pense d'ailleurs qu'il aurait été plus raisonnable de séparer les deux objets qui sont totalement différents, d'un côté l'euthanasie en fin de vie et de l'autre le suicide assisté.
 
Je me suis posée toutes sortes de questions sur cette loi. Chaque fois que mon coeur frémit d'inquiétude, je cherche à comprendre. J'ai donc cherché à savoir qui était le député Olivier Forlani qui l'a proposée. Et qui était son entourage qui a travaillé avec lui sur ce projet. C'est ainsi que je suis tombée sur le docteur Jean-Louis Touraine. Et j'ai eu peur lorsque j'ai écouté une de ses vidéos qui est visible de tous dans laquelle il explique très clairement et très simplement que cette loi était pour eux une première étape, mais que dès qu’ils auront mis un pied dans la porte, je reprends ses mots, ils augmenteront régulièrement et chaque année cette loi de plusieurs amendements afin d'avoir la possibilité de proposer ensuite le suicide assisté aux jeunes qui sont déprimés, aux malades mentaux, aux malades atteints d’Alzheimer et à tous ceux qui sont faibles et démunis.
 
Là, j'ai été effarée de voir comment à partir d'images fortes et de témoignages émouvants de personnes gravement malades qui souffrent, ceux qui ont proposé cette loi parlent, soudain, et de façon tout à fait normale, voire presque décontractée, d'autres cas de figure qui n'ont rien à faire dans une loi qui est censée aider à améliorer la fin de vie des personnes âgées qui souhaitent partir plus vite. Je le répète, la loi Léonetti est là pour encadrer ses fins de vie. Mais il faut remplir les papiers quand on est en état de le faire. Peut-être est-ce alors difficile pour certains de le faire ? Mais , dans ce cas, c'est dangereux de demander à une loi de sous-traiter ce manque de décision personnel et intime.
 
Dans sa vidéo, Touraine, sous couvert de bons sentiments, ne dit pas comment ils feront pour obtenir le consentement des malades psychiatriques ou d'Alzheimer lorsqu'ils leur proposeront le suicide assisté car c'est leur but.
 
J'avoue que j'ai eu un frisson dans le dos en écoutant les propos de ce docteur Touraine d'autant que l'on sait tous qu'Hitler avait proposé ce même type de loi en septembre 1939 afin de faire faire des économies à l’Allemagne, il l'avait même appelé La mort miséricordieuse. Les prédateurs trouvent toujours des noms formidables...
 
Les députés qui ont voté cette loi ont donc dit, en deux secondes, adieu au Serment d’Hippocrate que font tous les médecins et ce depuis deux mille ans, adieu au 6ème Commandement qui dit "Tu ne tueras point", 6ème commandement qui est autant présent dans la religion juive que dans la religion chrétienne, et également adieu à la Non-assistance à personne en danger qui responsabilise chacun d'entre nous en lui demandant d'aider son prochain. Trois valeurs de solidarité et de respect, trois valeurs fondamentales de notre société afin de protéger les gens. Et quant a la notion de suicide assisté, peut-être que tous ces députés n’ont pas eu un enfant qui, à 20 ans, a eu envie de mourir poussé par une pulsion épouvantable, pulsion qui a ensuite totalement disparu.
 
Cette loi a donc le pouvoir d'intimer le contraire du Serment d'Hippocrate et le contraire du 6ème amendement, puisqu’un amendement prévoit qu'une peine de deux ans de prison et une amende de trente-mille euros peuvent être administrés aux médecins qui refuseraient de pratiquer une euthanasie ou un suicide assisté. Si on reprend les mots de Touraine et si on suit donc son raisonnement, peut-être qu’un jour le bon copain qui incitera son ami à ne pas se suicider sera condamné lui aussi ?
 
Je me pose donc de nombreuses questions à savoir si, sous prétexte de soulager la souffrance de certains malades en fin de vie, cette loi aurait, un jour, le pouvoir de criminaliser les actes des personnes bienveillantes qui oeuvrent à sauver des vies ? Et si sous prétexte de protéger ceux qui souffrent, cette loi aurait le pouvoir de tuer ? Serions-nous alors tombés ou poussés dans l’ère de la morbidité où la mort serait plus importante que la vie, où il ne serait bientôt plus nécessaire d’apprendre à vivre, mais à décider comment et où mourir, alors que paradoxalement la mort n’a jamais été autant niée.
 
Si on écoute vraiment ce qu'a dit le docteur Touraine lorsqu'il a exprimé son désir d'augmenter cette loi d'amendements afin de pouvoir bientôt proposer, en toute impunité, le suicide assisté aux jeunes déprimés, aux malades mentaux, aux malades atteints d'Alzheimer et peut-être à d'autres cas de figure, cela fait froid dans le dos de voir comment Touraine et ses acolytes arrivent, en mettant en avant des exemples de personnes âgées en fin de vie qui souffrent dans les hôpitaux, en parlant d'eux avec des trémolos de (fausse) compassion dans leur voix, à entrer en guerre contre les plus démunis en les influençant à se suicider.
 
Ah oui, j'allais oublier. Dans le texte de la loi, un délai de seulement 48 heures est demandé entre la décision de suicider et le passage à l'acte, même pas le temps que la pulsion qui fait croire que la mort peut sauver de la vie, s'en aille...
 
Sylvie Bourgeois Harel
Sylvie Bourgeois à 20 ans

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  • : Sylvie Bourgeois fait son blog
  • : Sylvie Bourgeois Harel, écrivain, novelliste, scénariste, romancière Extrait de mes romans, nouvelles, articles sur la nature, la mer, mes amis, mes coups de cœur
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