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Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - La Ponche

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - La Ponche

Saint-Tropez mon amour

 

Je le répète souvent, je ne lis pas la presse, je ne regarde pas la télévision, je n’écoute pas la radio, je ne veux pas être polluée par trop de négativité. Mais hier, plusieurs amis m’ont envoyée plusieurs articles de presse qui critiquaient sévèrement Saint-Tropez. L’un, paru dans le Figaro, est écrit par un jeune philosophe d’une quarantaine d’années qui se dit aussi homme politique, ce qui, pour moi, est un oxymore, mais bon, là n’est pas le sujet. Le pauvre chéri n’a pas aimé Saint-Tropez, et il en tartine toute une page du journal. Une page pleine de poncifs et de lieux-communs, c’en est à pleurer de bêtises. Le pauvre garçon en est encore à l’arrivée de Maupassant dans le Golfe et n’a eu comme guide et référence que cette chère Danièle Thompson, titrant son article : « Saint-Trop. Je devais y passer trois jours et deux nuits. Je n’ai pas pu. J’ai fui avant l’heure. » Pour ma part, je préfère dire Saint-Tropez, je ne suis pas pressée, je n’ai pas besoin de faire de contraction d’autant que Saint-Tropez vient du chevalier Torpes qui a été béatifié car il a préféré mourir en l’an 68 plutôt qu’adjurer sa foi chrétienne.

 

Puis le pauvre biquet, en manque de style littéraire car il est aussi écrivain, sous-titre platement son article : « Les euros, les dollars, les roubles ont détruit le petit village fortifié plus sûrement, plus définitivement que les bombes du débarquement de Provence… » Quelle pauvreté et paresse d’observation. En effet, comment a-t-il pu, en quelques heures, puisqu’il a été tellement oppressé par Saint-Tropez qu’il a fui, je ne fais que reprendre ses mots, comment donc en quelques heures, a-t-il pu se faire une idée précise et approfondie de Saint-Tropez ? Non, il a préféré rester sur ses idées préconçues et éructer sa haine parce qu’il a vu dans le port deux, trois bateaux un peu trop gros.

 

Bref, ce jeune journaliste-écrivain-philosophe-homme-politique a peut-être également été effrayé d’avoir croisé quelques filles légèrement vêtues ou des Ferrari qu’il ne saurait sans doute pas conduire. Au lieu de regarder la beauté des ruelles, de la Ponche, de la mer, il a préféré regarder la merde et faire le malin en racontant qu’il a même vu un SDF se préparer pour la nuit. Puisqu’il prône dans un essai le capitalisme classique, qui est d’ailleurs une idée fort intéressante, j’espère qu’il lui a offert ses deux nuits d’hôtel qu’il n’a pas payées et dont il ne voulait pas puisque, soi-disant, il est parti en courant, ainsi ce pauvre homme aurait pu dormir dans un bon lit.

 

Dans Médiapart, c’est simple, l’article est illisible car il est rédigé en écriture inclusive. Je comprends néanmoins qu’il est question de Bernard Arnault, l’un des hommes les plus riche du monde, un Français au demeurant qui, en bon empereur du luxe qu’il est, a acheté beaucoup de territoires à Saint-tropez. Au moins, Bernard Arnault a l’intelligence d’avoir compris que la beauté de Saint-Tropez venait de son passé. Il a donc fait rénover à l’identique toutes les maisons qu’il a acquises. Il n’en a détruite aucune. Bravo et merci à lui. À sa place, des promoteurs immobiliers les auraient rasées et auraient bâti des immeubles moches d’une dizaine d’étages de haut comme cela été le cas pratiquement sur toute la côte d’Azur.

 

Médiapart parle ensuite de la plage d’un hôtel 5* qui, en effet, est assez chère, puisque ce sont les tarifs d’un 5*. Ils oublient juste de dire que Saint-Tropez compte surtout des plages publiques, la Ponche, la Fontanette, les Graniers, la Moutte, les Salins, celles avant la bouillabaisse, toutes des plages non payantes et propres, nettoyées chaque matin, la qualité de l’eau est vérifiée chaque jour aussi. Ensuite Médiapart nous assène encore sur le village de pêcheurs qu’aurait été autrefois Saint-Tropez. Premièrement, grâce aux fonds marins du Golfe de Saint-Tropez que n’affectionnent pas les gros chaluts de pêche industrielle, nos poissons sont encore pêchés artisanalement par les cinq ou six pêcheurs locaux. Certes, ils sont moins nombreux car c’est un métier difficile, mais ils existent toujours d’autant que la prudhommie de pêche de Saint-Tropez qui a été créée au 16ème siècle a été reconnue par la Commission Européenne avec le droit d’exiger des réformes.

 

Deuxièmement Saint-Tropez n’a jamais été un petit village de pêcheurs. Au XVIIIème siècle, c’était le troisième plus important port de commerce de la Méditerranée. Puis dès la fin du XIXème siècle, Saint-Tropez a été connu pour être un village festif. Les riches bourgeois descendaient de Paris pour venir s’encanailler dans les établissements de nuit de Saint-Tropez qui étaient surtout fréquentés par les marins, et dans les huit à douze bordels qui se trouvaient dans des ruelles mal famées. L’endroit a été rasé après la Seconde Guerre mondiale et deviendra la place de la Garonne. Dans les années 20, Mistinguett et la Môme Moineau, entre autres célébrités, se rendaient à Saint-Tropez pour aller danser chez Palmyre dans les bras des beaux et forts lesteurs, les hommes de quai qui chargeaient et déchargeaient les marchandises des bateaux. Les congés payés de 1936 ont ouvert Saint-Tropez à un nouveau tourisme. Et dans les années 50, les artistes de Saint-Germain-des-Près venaient y faire la fête. Certes, il y avait des pécheurs à la Ponche, mais ce n’était pas la plus grande activité économique du village. C’était juste beau et romantique pour les nantis de voir les pointus amarrés à la Ponche. C’est dans les Années 50 aussi que de nombreux Tropéziens ont vendu leur maison qui avaient pris de la valeur. Mille Tropéziens sont partis du village laissant leur paradis à de nouveaux arrivants.

 

Pour en terminer avec Médiapart, ils concluent qu’en hiver, Saint-Tropez est désert. Ce n’est pas désert, le village se repose. Et il en a bien besoin pour se remettre des excès de l’été. Il ne se repose pas longtemps, seulement deux mois et demi, du 15 novembre au 15 décembre et du 10 janvier à fin février. Deux mois et demi nécessaires également pour effectuer les travaux de rénovation. Deux mois et demi magnifiques de calme et de tranquillité où la lumière du Sud est la plus belle. Cette lumière sublime qui a inspiré les peintres Signac, Marquet, Camoin qui, eux aussi, adoraient fréquenter les bordels, notamment celui du Bar des Roses, Marquet en a même fait un tableau peignant son ami Camoin nu couché sur une prostituée à moitié nue aussi, son chapeau cachant son sexe.

 

Alors oui, en hiver, des restaurants et des boutiques sont fermés, mais il y en a suffisamment qui restent ouverts pour se nourrir et se vêtir. Et surtout la nature est là. La nature est quand même mille fois plus intéressante que les boutiques. Pourquoi tous ces journaux malveillants ne parlent pas, par exemple, des dizaines de kilomètres de promenade que l’on peut faire au bord de mer ? Et pourquoi plutôt que de dénigrer Saint-Tropez, ils ne citent pas toute la jeune génération qui oeuvrent à ouvrir des établissements de qualité ? Il y a, entre autres, Martin et son magasin vintage Saint-Martin-sur-mer, Vivian et ses restaurants chez Mamé et Lorette, Lilian et son restaurant À l’amitié, et plein d’autres. Pourquoi ils ne parlent pas d’eux qui se démènent à faire vivre un joli Saint-Tropez authentique et convivial ?

 

Si la presse, soudain, s’acharne autant sur mon beau Saint-Tropez que j’aime et où j’ai choisi de venir habiter il y a un petit peu plus de deux ans maintenant faisant de moi une Tropézienne fière de mon village, certainement l’un des plus beaux du monde, il y a certainement plusieurs raisons à ça. Déjà, nous sommes depuis plusieurs années dans l’ère de la médiocrité. C’est l’heure des médiocres, c’est leur moment de gloire, ils peuvent tous s’exprimer, on leur déroule même des tapis rouges. Sauf que Saint-Tropez est tout sauf médiocre. Il n’y a pas un village en France qui lui ressemble. Pas un. Tout le littoral méditerranéen de Menton à Perpignan est magnifique lorsque l'on est face à la mer, mais dès que l’on se retourne, on voit des barres d’immeubles horribles et désolantes. Saint-Tropez, grâce au maire Louis Fabre qui a exigé, après les bombardement de la Seconde Guerre mondiale dont parle le petit chéri du Figaro, que les immeubles du port soient reconstruits à l’identique, se battant contre les propriétaires tropéziens qui voulaient bâtir deux ou trois étages de plus. Grâce à cet homme visionnaire qui a su dire non à la spéculation immobilière, Saint-tropez a conservé son authenticité qui sent si bon le passé.

 

Saint-Tropez n’a jamais été un endroit tiède, indifférent, alors oui, tout est exacerbé, c’est peut-être plus visible qu’ailleurs parce qu’on est un tout petit village et que le monde entier veut venir s’y agglutiner, la concentration y est donc plus forte. C’est vrai aussi qu’en été, Saint-Tropez est compliqué. Nous sommes sur une presqu’île en plus. Ce qui ne facilite rien pour les milliers de voitures qui veulent y passer chaque jour. D’où des embouteillages et la foule sur le port. Mais il y ici une belle diversité de gens de toutes les classes sociales et c’est ce melting-pot qui fait le charme et l’amusement de Saint-Tropez. Alors oui, il y a de la vulgarité, mais il y a aussi les plus belles filles du monde. Tout dépend de ce que l’on a envie de regarder.

 

Beaucoup d’anciens disent que Saint-Tropez a changé. Bien sûr, mais le monde entier a changé. Et Saint-Tropez, je trouve, a su bien résister. Et doit encore résister pour cultiver sa différence, même si, aujourd’hui, il y a une forte tendance chez certains à ne pas aimer la différence et à vouloir une pensée unique. Saint-Tropez ne cédera jamais à la mondialisation. Saint-Tropez ne cédera jamais à la pression médiatique. Saint-Tropez restera unique même si ça fait chier le Figaro, Médiapart ou le Parisien qui râle car la mairie a eu la bonne idée d’offrir un concert aux Tropéziens chaque 15 août.

 

Et puis, il y a plusieurs Saint-Tropez. Chacun peut y trouver le sien. Quand le matin, je nage à La Ponche avec les quelques personnes qui, comme moi, aiment la tranquillité car on peut trouver de la tranquillité en été à Saint-Tropez, et une tranquillité liée à un exceptionnel art de vivre, je remercie le ciel, la nature et Dieu d’être venue vivre ici.

 

J’espère que la Mairie et l’Office du Tourisme ne riposteront pas à ces attaques médiatiques. Comme dit mon mari : "il faut laisser glouglouter les égouts."

 

Sylvie Bourgeois Harel

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Saint-Tropez mon amour - La Ponche - Sylvie Bourgeois Harel

Saint-Tropez mon amour - La Ponche - Sylvie Bourgeois Harel

Saint-Tropez mon amour - La Ponche

Saint-Tropez mon amour - La Ponche

Saint-Tropez mon amour - La Ponche - Sylvie Bourgeois Harel

Saint-Tropez mon amour - La Ponche - Sylvie Bourgeois Harel

Saint-Tropez mon amour - La Ponche

Saint-Tropez mon amour - La Ponche

Saint-Tropez mon amour - La Ponche - Sylvie Bourgeois Harel

Saint-Tropez mon amour - La Ponche - Sylvie Bourgeois Harel

Saint-Tropez mon amour - La Ponche - Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine

Saint-Tropez mon amour - La Ponche - Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine

Saint-Tropez mon amour - La Ponche - Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine

Saint-Tropez mon amour - La Ponche - Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine

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Ma plage de Pampelonne à Ramatuelle, je l'aime. Je l'aime à toutes les saisons, ma préférée étant l'hiver, je vais m'y baigner vers 14h quand le soleil est bien chaud, je me prépare un sandwich et un dessert que je dévore dès je sors de l'eau gelée. Le plus dur est de me déshabiller dans le froid et souvent dans le vent. Mais dès que je pénètre dans la mer, c'est fini, je ne sens plus le froid tellement c'est beau, je suis émerveillée par tant de beauté, voilà,  c'est exactement ça, j'entre sans difficulté dans l'eau parce que j'entre dans de la beauté.

En été, je vais nager à 7 heures du matin quand il n'y a personne et que l'eau est toute reposée de la nuit. je fais mes allers retours, puis je rentre à la maison, je n'aime pas voir ma plage être envahie. Au mois d'août, je n'y vais jamais. Même le matin très tôt, je sens le sable fatigué, et puis il y a très souvent une brume de chaleur qui salit tout.

Au mois de juin et de septembre, c'est délicieux, je peux rester à me prélasser sur le sable, le temps s'arrête, c'est aussi le temps des piques-niques le soir, des bains de nuit, j'adore !

 

Sylvie Bourgeois Harel - Club 55 - Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Golfe de Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel - Club 55 - Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Golfe de Saint-Tropez

Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Golfe de Saint-Tropez

Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Golfe de Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel - Club 55 - Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Golfe de Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel - Club 55 - Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Golfe de Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel - Club 55 - Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Golfe de Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel - Club 55 - Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Golfe de Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel - Club 55 - Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Golfe de Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel - Club 55 - Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Golfe de Saint-Tropez

Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Golfe de Saint-Tropez

Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Golfe de Saint-Tropez

Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Golfe de Saint-Tropez

Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Golfe de Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel - Club 55 - Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Golfe de Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel - Club 55 - Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Golfe de Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel - Club 55 - Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Golfe de Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel - Club 55 - Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Golfe de Saint-Tropez

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Jack Nicholson à Saint-Tropez - Sylvie Bourgeois

Jack Nicholson à Saint-Tropez - Sylvie Bourgeois

Jack Nicholson, un été à Saint-Tropez

 

J’ai 41 ans, je suis à Nice lorsque mon téléphone sonne, je décroche et j’entends une petite voix me dire : bonjour Sylvie, on m’a donné vos coordonnées, il paraît que vous pouvez m’aider, vous êtes voyante, c’est ça ? Euh, non, je réponds, dites-moi quand même quel est votre problème. La petite voix m’explique qu’elle souffre car son amant ne quitte pas sa maîtresse officielle alors qu’il lui promet qu’il va le faire, elle est désespérée et ne fait que pleurer. La petite voix est une héritière très riche, divorcée d’un milliardaire né dans une famille dont, me dit-elle, on ne divorce jamais, mais elle, avec sa petite voix, elle a osé partir.

 

Par chance, un ami travaille chez la maîtresse en question. Je peux donc avoir toutes les infos nécessaires sur les nombreux déplacements de l’amant, qu’il dit être strictement professionnels alors que ce sont souvent des week-ends d’amoureux avec sa maîtresse. Évidemment, la petite voix ne sait pas d’où viennent mes précieuses infos qui s’avèrent toujours justes dès qu’elle désire coincer son amant sur ses nombreux mensonges.

 

Au bout d’un mois, la petite voix que je ne connais toujours pas m’invite au George V pour me remercier. À la fin du dîner, elle me confie qu’elle est contente que nous ayons parlé philosophie car elle avait un peu peur que nous ne parlions que d’habits, ce qu’elle fait d’habitude avec ses amies. Ravie, elle m’invite à passer le mois d’août avec elle à Saint-Tropez. Euh, non, un mois c’est trop, je lui réponds, je viendrai deux ou trois jours, non, non, non, elle insiste en tapant des pieds comme une petite fille gâtée, je veux que tu viennes un mois. Je négocie deux semaines, ça me suffit.

 

La maison qu’elle a louée est sublime, les pieds dans l’eau, avec ponton privé d’où je plonge chaque matin après mon footing quotidien, à cette époque, je suis anorexique et je fais trois heures de sport par jour pour sécher mon corps. Dommage, je n’écrivais pas encore sinon je ne serais jamais sortie de ce paradis, tandis que là, dès 8 heures, je file en scooter chez Sénéquier retrouver mes copains jusqu’à l’heure du déjeuner sur une plage ou nous allons souvent en bateau.

 

La petite voix est invitée à toutes les soirées mondaines où je n’ai aucune envie de l’accompagner, les dîners placés y sont trop longs et ennuyeux, ça ne parle que d’habits, d’achats, de restaurants et de nouveaux hôtels formidaaables. Néanmoins, comme je l’adore et que je suis devenue sa poupée, je la laisse m’habiller avec ses très jolis vêtements de grandes marques, mais arrivées dans les sublimes propriétés, j’enlève discrètement nos noms des tables. Après quelques bisous et small talk, je cache la petite voix contente de retrouver ses 10 ans dans les toilettes et hop, de là, nous filons à la voiture. En route, je téléphone au cuisinier afin qu’il nous prépare des frites avec un œuf plongé dans la friteuse, un régal, et qu’il installe notre table sur le ponton. Après le repas, nous plongeons nues dans la nuit, un délice. La petite voix est heureuse que je lui apprenne ma simplicité des bons moments.

 

Un matin, la petite voix ravie qu’Yves Rénier se soit épris de moi, il ne me quitte plus et m’appelle tout le temps, décide de faire un cocktail dînatoire le soir-même en mon honneur, elle trouve ça très gai son coup de foudre alors que je n’ai jamais fait le moindre bisou à Yves avec qui d’ailleurs je suis restée très amie.

 

En début d’après-midi, Jack Nicholson débarque en short à la maison avec sa fiancée Lara Flynn Boyle, Willy Rizzo qui a amarré son Riva devant le ponton et son épouse Dominique. Autour d’un café sur la terrasse, j’explique à Jack que la petite voix a organisé un cocktail mais s’il veut avoir la paix, qu’il se sente à l’aise, il n’est pas obligé d’y participer. You are explaining to me that you would prefer I not be present ? me demande l’homme que le monde entier, j’imagine, aimerait avoir à sa table. Le ton est mis.  

 

Durant la soirée qui, évidemment, n’est pas placée, Jack, très cool, s’installe en short, chemise hawaïenne et casquette à la table des enfants et joue tranquillou avec eux. C’est top, il a fallu un certain temps avant que les invités le reconnaissent.

 

Le lendemain matin, c’est la cacophonie, tous les téléphones se mettent à sonner, même le mien, d’Eddie Barclay à Tony Murray, toute la presqu’île veut inviter Nicholson. Sentant qu’il veut être tranquille avec Lara, je lui propose de prendre ma réservation pour deux au 55, puisque qu’elle est à mon nom, aucun paparazzi ne saura qu’il va déjeuner là-bas, je lui laisse même ma BX avec mon vélo dedans, oui, chaque soir, j’allais pédaler une heure, pour être totalement incognito. Good idea, me dit-il en m’embrassant sur le front. Come with us, I invite you, you’re fun. No, no, je réponds. Pourquoi ? Je ne sais pas. Toute ma vie tient peut-être justement dans mes choix bizarres.

 

Le soir, au moment de partir dîner à l’Auberge de La Mole dont les plats sont trop copieux et trop gras pour une anorexique comme moi, je suis vautrée sur le canapé en pyjama en soie choisie par la petite voix quand Jack me demande pourquoi je ne suis pas prête. I’m tired, I said en baillant, I prefer to stay at home. Pas habitué à ce qu’on lui dise non, Jack me soulève par les épaules : Sylvie, stop always saying no. C’est très mignon de sa part. Hop, je saute dans une paire de mules en sequins de la petite voix afin de transformer mon pyjama de soie en tenue de soirée, hop, je me retrouve assise à ses côtés dans la voiture, hop, avec Lara aussi maigre que moi, au resto, c’est top, en voyant le menu foie gras, on se comprend aussitôt, hop, ni vu, ni connu, on se trouve un gentil chien pour finir nos assiettes, sauf pour le dessert, la mousse au chocolat mélangée à de la crème fraîche, aucune anorexique ne peut résister.

 

Le lendemain matin, en rentrant de mon footing, j’ai couru une heure de plus afin d’éliminer mon excès de mousse au chocolat, je retrouve la maisonnée au petit-déjeuner servi sur la terrasse quand Jack m’annonce que nous sommes invités à déjeuner chez Barclay, avant même que j’ouvre la bouche, don’t say no little girl, me dit-il en croquant dans sa tartine.

 

Dans le Riva, pendant que Dominique et Lara bronzent sur la banquette arrière, je raconte à Willy et Jack mon amour pour Schopenhauer. Soudain, je réalise que je suis en train de traduire l’un pour l’autre nos pensées philosophiques. Don't tell me you don't speak French and Willy no English, je dis à Jack en éclatant de rire. You are the first who noticed it, éclate-t-il de rire à son tour. Depuis le temps que ces deux meilleurs amis se connaissant, et bien, il ne se parlent qu’en faisant des yéé yéé franco-anglais ou des claques sur l’épaule, c’est peut-être ça d’ailleurs le secret d’une amitié qui dure, se parler par télépathie.

 

Chez Barclay, après le déjeuner, Jack m’entraîne dans le jardin pour continuer de converser sur le sens à donner à notre vie, ma question de toujours, pourquoi quelque chose plutôt que rien ? Puis nous allons tous les cinq nous baigner au mouillage devant Pampelonne, à sauter dans la mer depuis le Riva, les habituelles photos que l’on voit tous les étés dans Paris-Match.

 

Le soir, après le dîner à la maison, vautrée en robe longue de soirée sur le canapé du salon, je lance le sujet sur l’amour, le sexe et l’argent. Lara me dit que nous, les Françaises, sommes idiotes car nous donnons gratuitement aux hommes l’escalade de nos prouesses sexuelles, contrairement aux Américaines qui le monnayent, genre tu veux un blow job, ok, déjà, jamais le premier soir, et ensuite combien tu es prêt à donner pour atteindre le nirvana que tu attendras le temps qu’il faudra ? Effarée, je regarde Jack qui me montre le magnifique bracelet en diamant autour du poignet tout maigre de Lara. Ah oui, quand même, putain, je me dis, c’est sûr que je suis différente…

 

Le lendemain, Jack, Lara, Willy au volant de son joli Riva et Dominique repartent à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Sur le ponton, je leur dis de bien faire attention aux rochers qui sont un peu plus loin, que l’on ne voit pas à fleur d’eau, car vu que j’ai faites toutes les manoeuvres du bateau la veille pour accoster et repartir de chez Barclay, je crains que Willy ne soit fatigué. Une heure plus tard, le téléphone sonne, ils se sont plantés exactement au même endroit.

 

Avec Lara, nous nous écrivons quelques mails rigolos, on s’échange nos adresses de restos où l’on peut ne manger qu’une carotte et perdre encore un kilo, elle m’invite chez elle à LA, je n’y suis jamais allée. Pourquoi ? Je ne sais pas. La petite voix me demande de rester plus longtemps à Saint-Tropez, jusqu’à fin septembre, elle a prolongé la location, l’arrière-saison est superbe, elle ajoute que c’est chouette que je fasse du 35 comme elle et que je puisse porter ses habits, elle veut d’ailleurs m’emmener faire du shopping au village, bien sûr, c’est elle qui payera tout. Non, non, je lui réponds, j’ai dit deux semaines, c’est bon, je veux maintenant rentrer dans ma vie et aller m’acheter un jean XXXS chez Gap.

 

 

Nous on s'aime, une chanson de Georges Chelon

Tous les prénoms ont été changés un roman de Sylvie Bourgeois Harel

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Saint-Tropez, été 1983, ma première fois dans la presqu'île

 

J'ai 20 ans et je viens enfin, pour la première fois de ma vie, de passer deux mois idylliques, seule, avec mes parents à Besançon. Mais ce bonheur ne durera pas. Vincent, un de mes frères qui a 3 ans de plus que moi, et avec qui je viens de passer une année très dure à Cap-d’Ail où je travaillais comme hôtesse à Monaco vient de débarquer. 

Vincent est beau, gentil, intelligent, très intelligent même, mais il ne va pas bien psychologiquement. Personne ne me croit quand je dis qu’il a des problèmes psychiatriques, au contraire, je passe pour la méchante sœur qui veut le faire soigner. Cinq ans plus tard, il sera diagnostiqué schizophrène et sera interné à de multiples reprises.

Comme je ne suis pas en état de le supporter après tout ce que j’ai vécu à Cap-d’Ail, le matin, si je lui disais non, il me mordait le bras pour que je lui donne de l’argent, la nuit, il écoutait trois radios à fond, si des amis venaient dormir, il repeignait leur chambre d’onomatopées de guerrier, je décide de fuir la maison familiale où pourtant j’étais heureuse de profiter de mes parents. 

Je téléphone à l’Office de Tourisme de Deauville, Megève et Saint-Tropez, trois villes que je ne connaissais pas, mais qui me faisaient rêver, pour savoir s’il n’y aurait pas une annonce pour du travail. À Saint-Tropez, on me répond qu’en effet, une pizzeria recherche un serveur confirmé. Je convaincs le propriétaire que je suis un serveur confirmé. 

Le lendemain, je débarque avec quatre heures de retard, mon train ayant écrasé une vache, peut-être une vache qui, comme moi, s’était sentie obligée de quitter sa famille aimante pour avoir la paix, à la gare de Saint-Raphaël où le frère du patron m’engueule. 

À deux heures du matin, le chef de rang de la pizzéria m’accompagne à ma chambre derrière chez Sénéquier, j’étais logée, nourrie, et là, stupeur, il y a deux fois quatre lits superposés, avec sept personnes qui dorment déjà, le huitième lit est pour moi. Non seulement ça pue des pieds, mais il m’est impossible de me coucher dans une telle promiscuité, sans parler du popo qui doit être commun et la douche certainement aussi. 

Je retourne voir le patron qui comptait ses sous, suivie du chef de rang qui porte mes trois valises, à 20 ans, je voyageais toujours avec des tonnes de vêtements comme si ma vie en dépendait, aujourd’hui, j’ai tout simplifié, que je parte pour un mois ou trois jours, je prends toujours la même petite valise remplie de l’essentiel.

— Pouvez-vous m’indiquer un hôtel, il est hors de question que je dorme avec sept personnes qui puent des pieds, dis-je au patron qui me regarde, étonné.
— Nous sommes le 1er août, vous n’en trouverez pas.
— Je vais alors dormir chez vous.

Il me regarde encore plus étonné.

— Vous avez une pizzeria, vous devez bien avoir une maison, non ?
— Non, je vis dans un studio avec ma femme et notre bébé.

Le chef de rang avait dû me trouver mignonne, il me propose sa chambre de chef de rang, son statut de chef lui donnait le privilège de dormir seul. Il reprend mes trois valises et les dépose dans une chambre où, en effet, il n’y a qu’un seul lit mais avec une hauteur sous plafond d’un mètre quarante à tout casser, et toujours pas de popo ni de douches. Je le remercie.

J’attends qu’il soit loin et pars me promener dans Saint-Tropez à la recherche de pains au chocolat tout chauds. C’est une manie, la nuit, je mangeais des biscuits ou des pains au chocolat à la sortie des boîtes de nuit où j’adorais aller danser. Et Saint-Tropez est une boîte de nuit géante, il est trois heures du matin et c’est la fête partout, je suis conquise d’autant qu’en face du Yaca, un monsieur vend des pains au chocolat tout chauds. 

Tout en avalant mon troisième, je lui raconte mes aventures, mon frère fou, sa poule encore plus folle que lui qui, chaque jour, montait sur la branche du néflier pour pondre son œuf qui, inévitablement, s’écrasait sur la terrasse, mes parents que j’aime et que je suis triste d’avoir été obligée de quitter, la pauvre vache éprise, elle aussi, de liberté, les pieds qui puent des serveurs, le popo en commun, quand un garçon à peine plus âgé que moi qui m’écoutait, fasciné, me propose de m’emmener chez lui, ses parents ont un grand appartement à Port-Grimaud. 

J’achète quatre pains au chocolat pour remercier le chef de rang, le gentil garçon prend mes trois valises et hop me voilà enfin couchée, seule, dans un vrai lit avec des toilettes propres et une grande salle bains. 

Le lendemain matin, le gentil garçon retarde son retour à Grenoble et m’emmène faire le tour des plages afin que je trouve du travail pour le mois d’août. Je n’avais pas assez dormi, j’étais épuisée, il était vraiment gentil, il me portait sur son dos. 

À la Bouillabaisse, ils recherchent un cuisinier confirmé pour le snack. Je les convaincs que je suis un cuisinier confirmé. Par chance, je tombe sur la fille d’amis de mes parents qui travaille également là. Elle me propose de m’héberger chez sa fiancée, une riche allemande plus âgée. Le soir, après le dîner, je comprends que je dois dormir dans leur lit. Je prétexte une folle envie de sortir et file aux Caves du Roy où je danse en dormant debout car je suis exténuée de fatigue. 

Pendant trois jours, je mets un fichu sur mes cheveux et je fais des frites et des hamburgers. La nuit, je danse en dormant debout et je mange des pains au chocolat pour tenir le coup. La 4ème nuit, le monsieur me donne le téléphone de son copain qui recherche une serveuse confirmée pour son restaurant Le Planteur situé sur la plage de Pampelonne. Je le convaincs que je suis une serveuse confirmée et je commence à travailler dans ce très joli endroit où je suis logée dans un bungalow pour moi toute seule au bord de la mer où je me baigne matin et soir avec Frantz, le gentil plagiste de mon âge.

C’était une plage d’habitués bien élevés. À 11 heures, je passais entre les matelas prendre les commandes et à 13h, tout le monde était à table. Les deux patrons s'occupaient de la cuisine. L'un était petit et fluet, l'autre était baraqué, tatoué, le crâne rasé, Frantz m’avait dit que c’était un ancien légionnaire ou mercenaire, le genre à ne pas aimer être embêté. 

Un jour, comme d’habitude, j’entre dans la cuisine avec mon carnet de commandes plein, mais ils ont tellement bu la veille qu’ils sont incapables de préparer le repas. Sur la terrasse, les clients commencent à s’impatienter. En tant que serveuse confirmée, je prends les dessus et retourne dans la cuisine en tapant dans mes mains :

— Allez, hop, les mecs, je leur dis en riant, il faut vraiment vous mettre au boulot, sinon je vais avoir une mutinerie, nos vacanciers meurent de faim.

Je devais, sans m’en rendre compte, être un brin autoritaire du haut de mes 45 kilos si bien que le mercenaire-légionnaire-tatoué-baraqué-rasé m’a soulevée du sol.

— Non mais, la princesse, je rêve, tu crois vraiment que tu vas me donner des ordres, écoute bien, je n’ai jamais obéi à personne dans ma vie, et ce n’est pas une jolie poupée comme toi qui vas commencer à me transformer en toutou à sa maman.

Il m’a balancée dans la chambre froide entre les morceaux de viande et les plaquettes de beurre, et l'a refermée en râlant qu’il avait encore soif. Je n’ai eu la vie sauve que grâce au gentil Frantz qui, ne me voyant plus, s’est inquiété. Le petit patron fluet, moins prêt que son copain tatoué à commettre un crime qu'il aurait dû cacher en me cuisinant le lendemain pour ses clients afin de faire disparaître mon corps, lui a avoué où j’étais.

Sylvie Bourgeois photographiée par Vincent Bourgeois à Cap-d'Ail

Sylvie Bourgeois photographiée par Vincent Bourgeois à Cap-d'Ail

Sylvie Bourgeois Cours Jean-Laurent Cochet

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Sylvie Bourgeois et le photographe Ku Khan chez Michel Barnes

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  • : Sylvie Bourgeois Harel, écrivain, novelliste, scénariste, romancière Extrait de mes romans, nouvelles, articles sur la nature, la mer, mes amis, mes coups de cœur
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