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Hélène Bourgeois (née Onimus) - 31 janvier 1926-7 juillet 1997 - Cap-d'Ail

Hélène Bourgeois (née Onimus) - 31 janvier 1926-7 juillet 1997 - Cap-d'Ail

En attendant que les beaux jours reviennent (extrait)

Roman de Sylvie Bourgeois Harel (que j'ai signé Cécile Harel)

Éditions Les Escales - Pocket - Piper (Allemagne)

... Je me réveille dans le bus 63 pour rentrer chez moi. Le 63 est un bus épatant. Chaque fois que je vais quelque part, il m’y emmène. À quelques sièges devant moi se trouve une dame, de dos, avec les mêmes cheveux frisés que ma mère. À force de la regarder, soudain, je suis sûre que c’est elle. Je ferme à demi les paupières et je me plais à imaginer que je ne l’ai pas vue depuis sept ans, je la retrouve par hasard. « Maman, mais que fais-tu là ? » Elle me répond qu’elle a toujours eu envie de vivre à Paris, à Saint-Germain-des-Près, et, voilà, maintenant, elle y habite, mais elle ne doit pas traîner, son nouveau mari l’attend. Il ne supporte pas qu’elle soit en retard. « Je dois y aller Marie ! » Elle me fait une bise, rapide : « Je n’ai pas le temps de rester avec toi. » Elle porte un panier de commissions et descend du bus, sans se presser, sans me poser de questions non plus. J’aurais souhaité lui dire que j’écrivais un livre sur l’amour que je lui ai toujours porté, mais au travers de mes yeux pleins de larmes, je ne la vois déjà plus...

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      — Bonjour madame, je suis désolée, j’ai mal à l’épaule, pourriez-vous, s’il vous plaît, mettre mon sac dans le coffre à bagages ? demande Emma poliment à une hôtesse de l’air, en prenant place dans l’avion Paris-Nice.

 

         — Je ne suis pas habilitée à cela, répond celle-ci sur un ton méprisant.

         — Je suis confuse d’insister. Mon médecin m’a formellement interdit de soulever le bras, en plus dès que je fais le moindre mouvement, ça devient extrêmement douloureux, se justifie Emma.

 

         — Dans ce cas, il fallait prévoir un sac en adéquation avec votre handicap.

         — Pardon ? dit Emma, déconcertée par l’arrogance de l’hôtesse.

 

Fragilisée par de récentes crises de spasmophilie, Emma est à deux doigts de pleurer.

 

         — Nous n’avons pas le droit de porter les bagages des passagers, en cas d’accident, nous ne serions pas assurés, ajoute l’hôtesse.

         — N’importe quoi.

 

Emma préfère ne rien ajouter pour ne pas envenimer la situation. Apercevant un steward pas loin, elle l’appelle. Mais celui-ci ne l’entend pas (ou fait semblant de ne pas l’entendre).

 

         — Vous bloquez la circulation, madame, s’obstine l’hôtesse.

 

Emma se souvient du conseil de Charlotte, sa nouvelle meilleure amie : Ne laisse jamais personne te maltraiter. Décidée à garder son calme, elle s’assied en silence et pose son sac sur ses genoux.

 

         — Vous ne pouvez pas voyager de cette façon. C’est dangereux en cas de turbulences.

         — Sincèrement, je ne vois pas d’autre solution.

         — Très bien, je vais chercher le commandant de bord.

 

Emma n’en revient pas. Décidément ce week-end de mariage démarre mal, soupire-t-elle. Deux minutes plus tard, l’hôtesse réapparaît, suivie du pilote.

 

         — Bonjour ! dit Emma en souriant. Vous êtes bien aimable de venir à mon secours.

         — C’est interdit de voyager avec votre sac sur les genoux, marmonne celui-ci.

         — Je suis désolée de me répéter, mais je suis dans l’incapacité physique de le ranger et comme aucun membre de l’équipage ne veut m’aider, dites-moi ce que je dois faire.

         — Puisque vous refusez d’obtempérer, je vais être dans l’obligation de vous faire débarquer.

 

Refusant de se laisser démonter par cette situation aberrante, Emma prend le parti de jouer la carte de la dérision et invente un gros mensonge en se faisant passer pour une femme dilettante, pétée de tunes. Maman célibataire d’un petit Benjamin de 5 ans qui n’a plus de papa, elle joint difficilement les deux bouts avec son salaire du CNRS depuis qu’elle milite et donne une partie de ses revenus dans une association humanitaire.

 

         — Pas de soucis, chef ! essaye-t-elle de plaisanter. En revanche, si je quitte cet avion, il faudra faire descendre tous les passagers pour effectuer une reconnaissance des bagages. J’ai deux valises en soute. Vous ne voudriez pas prendre le risque de décoller avec une bombe cachée dans l’une d’elles ? Ça va durer au bas mot deux heures.

 

Emma n’a aucune valise en soute. Mais l’idée d’effrayer l’hôtesse et le pilote l’amuse terriblement. Encore un conseil de Charlotte : Refuse d’accorder à quiconque le droit d’avoir un pouvoir de nuisance sur toi, et quand tu ne sais plus comment réagir, choisis de résister par l’humour. Rire est souvent la seule réponse pour sortir la tête haute d’une situation humiliante, cela t’évitera de céder à la colère. Alors, Emma se lance.

 

         — De mon côté, je m’en fiche, j’ai tout mon temps. J’ai pris cet avion, j’aurais tout aussi bien pu en réserver un pour Marrakech ou Rome, je ne travaille pas, si vous saviez à quel point je m’ennuie dans la vie, alors je voyage, ça m’occupe.

 

Un homme d’affaires (plutôt pas mal, note Emma), agacé que l’avion puisse prendre du retard, saisit le sac d’Emma et le range dans le coffre à bagages, puis se retourne vers le pilote.

 

         — Ce n’est pas bientôt fini vos conneries ? Allez, rentrez dans votre cabine et faites décoller ce zinc !

 

Le commandant de bord baragouine quelques mots incompréhensibles, puis retourne dans sa niche tel un chien puni à qui l’on aurait donné une tape sur le museau. L’hôtesse l’imite et disparaît.

 

Emma, bluffée par l’aplomb du businessman, le félicite aussitôt.

 

         — Merci, vous êtes mon Zorro ! Grâce à des hommes comme vous, on peut espérer que le genre humain n’est pas totalement foutu.

         — Si. Croyez-moi, on est trop nombreux sur terre. Des réactions violentes, comme celle-ci, vont être de plus en plus courantes.

         — Que faire alors ?

         — Avoir un gun, de l’argent et du pouvoir. Pourquoi croyez-vous que le pilote ne m’a rien dit alors que j’ai été plutôt grossier ? Il a senti que j’étais plus puissant que lui. La vie n’est qu’un rapport de force, une lutte de territoire.

         — Mince alors, j’ai tout faux, j’ai tout misé sur la bienveillance. Avec votre raisonnement, je devrais être morte depuis longtemps.

         — Vous êtes en état de survie comme tous vos semblables trop gentils. Prenez soin de vous, je dois rejoindre mon siège et ma femme. Emma regrette qu’il ne prenne pas place à ses côtés, elle aurait aimé lui parler pour se laver de son altercation avec cette idiote d’hôtesse. D’habitude, elle déteste ce genre d’homme pressé qui dévore les heures à la recherche de toujours plus de rentabilité. Mais celui-ci semble différent, se dit Emma, presque humain, à moins, se reprend-elle aussitôt, qu’il n’ait résolu mon conflit avec le pilote uniquement pour son confort personnel afin que l’avion atterrisse à l’heure. En plus, il est marié. À croire que tous les hommes bien le sont. Et les moins bien aussi, conclut Emma en fermant les yeux.

 

Déçue, elle respire profondément et essaye de méditer en chassant ses pensées comme si elles étaient d’affreux nuages. Mais l’image de son père mort il y a une quinzaine d’années lui revient sans cesse en mémoire. Bouleversée de réaliser que cet homme chéri lui manque toujours terriblement, elle se souvient de leurs fabuleux week-ends en forêt au cours desquels il lui apprenait à construire, suivant les saisons, une cabane ou un igloo et comment, la veille de sa mort, comme s’il avait eu l’intuition que c’était sa dernière nuit, il lui avait transmis son don de barreur de feu. Un don du ciel hérité de son propre père. Il le mettait à profit quand, pompier bénévole, après avoir sauvé des blessés d’un incendie, il soulageait leurs brûlures dans l’ambulance qui les menait à l’hôpital.

 

*

 

Au moment de monter dans le bus pour Antibes, Emma réalise qu’elle a oublié sa veste avec son porte-feuille dans l’avion. Affolée à l’idée de perdre ses papiers et sa carte de crédit, elle court jusqu’au stand de la compagnie qui s’apprête à fermer.

 

         — Ouf ! J’arrive à temps. Je suis désolée, j’ai oublié ma veste dans l’avion. Auriez-vous l’amabilité de la récupérer ?

         — Vous avez une pièce d’identité ?

         — Oui… Dans ma veste.

         — Il faut alors faire une réclamation sur Internet. On vous répondra sous un mois.

         — Ce n’est pas possible. Sans argent, je peux dire adieu à mon week-end.

 

Face à l’impassibilité de l’hôtesse, Emma s’entête.

 

         — Regardez, l’avion est encore sur la piste, je le vois au bout de votre couloir. Il y en a pour une minute. S’il vous plaît, ça m’arrangerait vraiment.

         — Je ne peux rien pour vous, c’est le protocole. D’ailleurs, nous sommes fermés.

 

Vlan ! L’employée pose sur son comptoir une affichette Closed en baissant les yeux afin d’éviter le regard d’Emma qui saisit le panneau et le jette dans la poubelle.

 

         — Voilà ! Vous êtes à nouveau ouvert, c’est génial, non ?

         — Mais enfin, madame, vous exagérez, vous n’aviez qu’à pas oublier votre veste.

         — Je vais vous avouer un terrible secret, je suis bête. Effroyablement bête. Je suis la neuneu de service, celle qui oublie toujours tout. Je vis dans un drame perpétuel à courir constamment après mes affaires. Alors, soit vous faites une loi qui interdit aux neuneus de mon espèce de prendre l’avion, soit vous m’aidez à récupérer ma veste dans laquelle j’ai toute ma vie.

 

         — Puisque vous ne voulez rien entendre, j’appelle la police.

 

Une minute plus tard, deux policiers de la brigade anti-terroristes (il fallait au moins ça !) s’approchent d’Emma.

 

         — Vos papiers, s’il vous plaît.

         — C’est un gag ou quoi ? répond Emma.

 

À deux doigts de péter les plombs, elle choisit d’exploser de rire (merci Charlotte).

 

         — Vous voulez être arrêtée pour outrage à agents ?

         — Pas du tout, justement, je me tue à expliquer à cette dame que mes papiers sont…

 

Emma n’a pas le temps de terminer sa phrase. Un steward passe avec sa veste sous le bras. Elle se précipite à sa rencontre.

 

         — C’est ma veste ! C’est ma veste !

 

Effrayé, il recule d’un pas.

 

         — Je ne crois pas madame, c’est celle de ma collègue.

         — Pas du tout, s’offusque Emma, c’est la mienne, je l’ai achetée cinq euros à une Somalienne au marché des biffins à Montreuil.

         — Vous avez vos papiers ?

         — Mon portefeuille est dans la poche de droite, vérifiez, je m’appelle Emma Granier.

 

Pendant que le steward constate qu’elle dit vrai, Emma devient songeuse.

 

         — Je peux vous poser une question ?

Sans attendre sa réponse, Emma poursuit.

 

         — Si vous n’aviez pas pensé qu’elle appartenait à

votre collègue, vous l’auriez rapportée avec vous ?

         — Non, les femmes de ménage s’en seraient chargées, elles l’auraient mise aux objets trouvés et vous l’auriez récupérée sous un mois.

         — Vous savez pourquoi notre monde s’écroule inexorablement ?

         — Pardon ?

 

C’est vrai, quoi, se dit Emma en s’éloignant, avant c’était agréable de prendre l’avion, aujourd’hui, c’est l’enfer, on est fouillé, suspecté, maltraité, humilié. C’est à n’y plus rien comprendre ! Ou alors je vieillis mal et n’arrive pas à m’intégrer dans ce monde devenu trop formaté. Et surtout que l’on n’arrête de me parler de protocole pour justifier tous ces règlements absurdes !

 

*

 

Installée au fond du bus, Emma revit la scène avec l’hôtesse et regrette de ne pas avoir pris le temps de lui expliquer sa conception des rapports humains pour essayer de la faire évoluer. J’aurais dû lui dire, réfléchit Emma, je comprends tout à fait que vous soyez obligée d’obéir au protocole établi par la compagnie qui vous emploie sous peine de vous faire  licencier pour faute grave. Mais il existe une autre façon d’agir qui consiste à s’épauler entre personnes de même condition. Si vous et moi, deux femmes qui doivent avoir, à peu de choses près, un salaire identique à la fin du mois, nous ne nous soutenons pas un tant soit peu, qui va s’occuper de nous ? Personne. À plus forte raison, si notre position sociale n’est pas très élevée, nous devrions apprendre à nous comporter comme les grands de ce monde qui n’hésitent pas à se donner des coups de main pour conserver leur puissance. Quand Bill Clinton a un souci, il téléphone à Obama. On appelle cela un réseau. Pour nous, les petits de la société, ça devrait être pareil. Au lieu de râler et de rester dans le chacun pour soi, notre unique solution pour accéder au bonheur est de résister en s’entraidant, en plus c’est valorisant de se sentir utile. Croyez-moi, il faut rétablir la solidarité. Et la compassion. Si nous campons sur nos positions,nous sommes foutus. Nous resterons toujours des esclaves. Et je conclurai, ajoute Emma s’imaginant aussi grandiloquente que Jaurès, vous m’aidez aujourd’hui, mademoiselle, en allant récupérer ma veste, demain, c’est peut-être moi ou ma semblable qui vous aidera. Emma souffle, perplexe. Elle sait très bien que ces beaux discours pacifistes (que cette cruche d’hôtesse n’aurait de toute façon pas compris et dont Charlotte moque le côté militant pas forcément convaincant) ne servent à rien. Jaurès, lui-même, n’a-t-il pas fini assassiné ?

 

 

 

 

J'AIME TON MARI (roman)
J'AIME TON MARI (roman)
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Sylvie Bourgeois - Besançon - Inauguration Exa - Pierre Bourgeois

Sylvie Bourgeois - Besançon - Inauguration Exa - Pierre Bourgeois

En fin d’après-midi, j’ai demandé à ma maman la permission d’aller au village avec ma copine Sandrine pour acheter des bonbons. Elle m’a dit oui et de ne pas traîner. Je me suis habillée avec mon short en coton rayé rose et vert qui fait un peu comme une culotte mais qui est quand même un short et mes sandales que ma maman m’a achetées chez Bailly. Elles sont très belles. Quand je les ai essayées, j’avais retenu ma respiration et fait le vœu que ma maman dise oui. Elle m’a juste demandé si j’étais sûre que je n’allais pas me tordre les pieds avec. J’ai dix ans et ce sont mes premières compensées.

 

Quand nous sommes arrivés au Miramar, c’est l’immeuble qui délimite la fin de notre quartier d’été où il n’y a que des maisons de vacances au bord de la mer, un monsieur nous a abordé. Bonjour, je suis un ami de vos papas, il nous a dit. Ah bon ? On lui a répondu sans s’intéresser à lui. Mais il a insisté qu’il connaissait bien nos papas, et nos mamans aussi et il s’est mis entre nous deux. Et comment ils vont vos papas ? Il nous a demandé. Et vos mamans ? Et nous, comme on est polies avec les amis de nos parents, on lui a répondu qu’ils allaient très bien d’autant plus qu’il était grand et un peu terrifiant.

 

Soudain, j’ai senti la main du monsieur dans mon short qui faisait un peu culotte, mais qui était quand même un short. J’ai regardé Sandrine, mais elle était partie à lui raconter sa vie avec ses quatre sœurs. J’ai essayé de l’interrompre, mais elle regardait droit devant elle à continuer de parler en faisant la maligne car c’est le genre de copine à vite faire la maligne. Ca ne m’étonnerait pas d’ailleurs qu’elle ait déjà embrassé un garçon en cachette de ne me l’avoir dit car une année de vacances d’été, on s’adore, et l’année d’après, on se déteste, c’est parce qu’elle est jalouse que je sois fille unique avec mes parents qui sont très beaux. Forcément, elle m’envie, et en même temps, je la comprends, je préfère ma vie à la sienne.

 

Soudain les doigts du copain de mon papa ont caressé mon minou et ont même essayé de rentrer dedans. Quelle drôle d’idée, je me suis dit et je n’ai pas osé lui demander ce qu’il faisait car j’avais peur de me faire gronder par mon papa qui aime que je sois bien élevée. Le monsieur, il avait des ongles mal coupés et qui devaient certainement être sales car j’ai senti une boule remonter dans ma gorge. J’ai même eu mal au cœur et je ne pouvais plus respirer tant j’étais oppressée, quand soudain j’ai pensé je ne sais pas comment à lui demander le prénom de mon papa qu’il connaissait si bien. Il m’a répondu Léon, puis Roger, puis Bernard tout en allant encore plus loin dans mon short et très vite et ça commençait à m’énerver vraiment cette intrusion. Quand j’ai compris qu’il ne connaissait pas mon papa et donc qu’il n’y avait aucune raison qu’il caresse mon minou, j’ai pris la main de Sandrine et je l’ai entraînée à courir très vite avec moi jusqu’à ma maison. Tant pis pour mes bonbons.

 

J’ai couru jusqu’à ma maman et je lui ai tout raconté. Elle a hurlé. Puis elle est allée chercher mon papa et m’a demandé de lui montrer où tout cela s’était passé. On a laissé Sandrine car elle n’avait pas eu les doigts du monsieur dans sa culotte. Faut dire qu’elle est beaucoup moins jolie que moi car elle a du poil sur les fesses et aussi de la moustache parce qu’elle est très brune. Je trouve d’ailleurs que pour une petite fille, c’est plus joli d’être blonde avec les yeux bleus comme moi, la preuve, le monsieur, il ne s’y est pas trompé.

 

Avec mes parents, on est rentré partout dans les immeubles pour chercher le monsieur que ma maman appelle le satyre. Puis quand on est allé dans un bar-tabac pour parler avec le patron, soudain, je l’ai vu passer dans la rue. J’ai essayé de le montrer à mes parents, mais je n’y arrivais pas tellement j’étais sans voix. Finalement, j’ai réussi à tirer la manche de ma maman et elle a compris que c’était lui. Elle lui a aussitôt couru après, suivi de mon papa, puis du patron et aussi de tous les clients qui voulaient savoir ce qu’il se passait. Finalement, ils ont réussi à l’attraper et ma maman lui a posé plein de questions, elle était remontée comme ce n’était pas possible. Après un moment, il s’est avéré que c’était un pauvre garçon qui passait ses vacances tout seul. Un garçon pas très malin d’après ce que j’ai compris. Enfin quand même suffisamment malin pour comprendre qu’un short c’est bien pratique pour y mettre sa main. Ils ont discuté pendant longtemps même qu’à un moment, je me suis dit que j’avais le temps d’aller m’acheter mes bonbons. Mais les gendarmes sont arrivés et on est rentré à la maison.

 

Le soir, j’ai eu le droit de dormir dans le lit de ma maman qui m’a expliqué ce qu’était un satyre et que je ne devais plus jamais forcément croire ce que me disaient les grands et que même si elle m’avait éduqué le respect des adultes, et bien, parfois il y en avait comme ce pauvre garçon qu’il ne fallait pas écouter. Et que dorénavant pour tout simplifier, je ne devais plus jamais parler à qui que ce soit que je ne connaissais pas s’il était âgé que moi. Je lui ai répondu que je pouvais aussi me mettre à détester tous les garçons, comme ça je ne ferais plus jamais de confusion et ce serait encore plus pratique pour mon éducation. Que c’était même la meilleure solution.

 

Ce fut ma plus belle nuit. J’adore dormir avec ma maman. Ca ne m’arrive pas assez souvent. Le satyre, il peut bien revenir, comme ça mon papa, il dormira encore sur le divan.

 

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Sylvie Bourgeois Harel - Club 55 - Ramatuelle - Plage de Pampelonne

Sylvie Bourgeois Harel - Club 55 - Ramatuelle - Plage de Pampelonne

Lettres à un monsieur

Roman - Editions Blanche - 2003 - Sylvie Bourgeois

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EXTRAIT :

Je suis voluptueusement abandonnée sur mon lit à faire l’amour avec mes mots qui sont les seuls amis à qui je peux confier mon intimité. Enfermée sur ces pages de papier pour t’exprimer mes rêves de sexualité, mon esprit imprégné de ta sensualité voudrait lécher les verbes tels que sucer, pénétrer, haleter, savourer, cambrer, écarter, soupirer, mouiller, succomber.

Mon sexe s’ouvre pour y faire entrer des mots tels que ravissement, émotion, enchantement, chaleur, emballement, gaieté, abandon détermination, révélation.

Mon émoi à ton égard cherche dans mes pensées les mots pour te fantasmer et ne pas risquer d’être frustrée par ta manière de me désirer. C’est une autre façon de te faire l’amour.

Je t’ai rêvé me pénétrer. Tu étais dans mon cerveau excité et passionné à le caresser. Cette extraordinaire et rare sollicitation me provoquait une inconnue et douce sensation de plénitude. Glissant dans cette masse nerveuse qui, sur ton passage, s’embellissait, se dynamisait, se réveillait, tu voulais tout sentir, tout toucher, tout connaître de ce monde inconnu qui s’offrait à toi avec une volupté confondante.

Ta curiosité a réussi à ouvrir certaines portes que je croyais avoir fermées à jamais d’où se sont délicieusement échappés les mots sérénité, calme, assurance, quiétude, paix, félicité.

Excité par mes gémissements de plaisir qui résonnaient telle une symphonie, tu as joui dans ma tête, arrosant avec délectation ce noyau fertile qui t’attendait pour se développer, se dévoiler et se révéler.

Puis tu es redevenu homme, homme sur moi, épuisé par cette victoire non conventionnelle. Mes seins se sont alors extraordinairement gonflés pour mieux t’accueillir, t’honorer, te soulager.

Léger comme une plume, mon corps s’enivrait de toi pour que chaque grain de ma peau te soit le plus délicieux des massages.

Assis sur ton visage, mon sexe s’est pressé fortement à ta bouche afin de filtrer pour toi l’air que tu respires.

Je t’ai sucé avec tendresse, délicatesse, exigence, concentration, douceur, protection. Chaque recoin de ta verge était sollicité. Ma salive qui bavait tant et si bien, a formé une vague géante de plaisir et a noyé ton sexe dans un tourbillon d’ivresse. Tes genoux fléchissaient. Ton corps tremblait. Ta bouche me réclamait. Je te suçais avec une fougue nouvelle, témoin de mon tempérament révélé.

Ma passion à te désirer a pénétré ton sexe et les mots sur lesquels je me suis masturbée pour les préparer à être le sensuel reflet de mes pensées sont entrés dans ton esprit créant de fabuleux frissons jusqu’alors inconnus.

Ces mots tels que confiance, sentiment, sincérité, amour, intuition, allégresse lui ont insufflé de vivre heureux. Une boule de feu d’une énergie incommensurable a envahi ta tête et a brûlé à jamais tes insatisfactions, tes frustrations, tes craintes. La puissance de ce plaisir rêvant de te faire crier de bonheur a anéanti tous les usurpateurs qui t’enferment.

Ces jouissances nouvelles, fulgurantes, libératrices prennent leur source dans un espace merveilleux qui s’appelle liberté, douceur, désir, plaisir, respect, vérité.

 

Sylvie Bourgeois - Philippe Harel - Prix Marie-Claire - Hôtel Montalembert

Sylvie Bourgeois - Philippe Harel - Prix Marie-Claire - Hôtel Montalembert

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Sylvie Bourgeois Harel - Var-Matin - par Christophe Caïetti -Interview

Sylvie Bourgeois Harel - Var-Matin - par Christophe Caïetti -Interview

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - Var-Matin - Hôtel de Paris - par Laurent Amalric

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - Var-Matin - Hôtel de Paris - par Laurent Amalric

Cécile Harel / Sylvie Bourgeois Harel - Hôtel de Paris - Saint-Tropez

Cécile Harel / Sylvie Bourgeois Harel - Hôtel de Paris - Saint-Tropez

Saint-Tropez. Lecture de Sylvie Bourgeois chez Daniel Crémieux. La lettre économique et politique de PACA
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- J'ai l'impression d’avoir raté ma vie.

- Ben non, tu m'as rencontré.

- Et tu crois que ça fait tout ?

- Ça serait quoi pour toi une vie réussie ?

- Fais pas chier mon amour.

J'ai rencontré mon mari à un dîner où je n'étais pas invitée chez des gens que je ne connaissais pas. Dès que je l’ai vu, j’ai su que j'allais vivre avec lui, pourtant il était vert-de-gris. Immédiatement, mon sang s’est affolé, mes reins ont piaffé, ma peau m’a gratté, même mon sexe était énervé. Un sentiment d’apaisement m’a envahi et je me suis dit que c’était bien qu’il soit revenu. D’où ? Je ne sais pas. D’un autre siècle, peut-être, mon mari ressemble à un moine du moyen-âge.

Cécile Harel est mon double littéraire pour différencier deux styles d'écriture, quand j'écris au je, je prends mon inspiration dans le bas de mon ventre où il y a de la douleur, quand j'écris à la 3ème personne, je me mets à distance de mon sujet et reste dans la légèreté.

***

décembre 2015 : nouvelle couverture, nouvelle édition

septembre 2014 : parution en Allemagne chez Piper

septembre 2013 : sortie chez Pocket

août 2012 : parution aux Escales

EN ATTENDANT QUE LES BEAUX JOURS REVIENNENT (roman)
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Le  meilleur ami de mon papa est comédien. Il s'appelle Daniel et il passe souvent à la télévision. On le voit aussi sur plein d'affiches de cinéma. Il est très connu et, dans la rue, les gens l'arrêtent pour lui demander des autographes. Il gagne beaucoup d'argent. C'est bien simple son appartement, il est tellement grand qu'on pourrait y mettre une piscine. D'ailleurs, je crois qu'il va s'en faire installer une parce que son docteur lui a dit que pour soulager son dos, la natation, c'était ce qu'il y avait de mieux. Mon papa aussi est comédien. Mais ce n’est pas pareil. Personne ne le connaît et l’on vit dans un trois pièces, à Créteil.

Mes parents avaient comme projet, enfin surtout ma mère, que Daniel soit mon parrain, mais Daniel, il n'a jamais trouvé de date où il était sûr d'être disponible. Le temps a passé et maintenant que j'ai 10 ans, pfut, ça fait un peu tard. Mais ma mère ne désespère pas. Moi ça ne me dérangerait pas surtout pour les cadeaux et pour la célébrité si jamais il y avait ma photo dans Paris-Match. Mais Daniel n'a pas l'air convaincu de la nécessité de me faire baptiser. Peut-être qu'il me trouve nulle et qu'il aurait préféré être le parrain de la fille de Vanessa Paradis. En même temps, vu qu'elle habite aux États-Unis, je ne vois pas pourquoi elle choisirait Daniel.

Ce soir, Daniel vient dîner à la maison. Ma mère, toute la journée, elle a cuisiné. Ça fait une éternité que mon papa ne l'a pas vu. Il est tout excité. Forcément, un meilleur ami que l'on ne voit jamais ! Ma mère n'a pas arrêté de répéter à mon père qu'il ne devait pas oublier de demander à Daniel de le pistonner pour obtenir un rôle dans son prochain film, et que d’ailleurs, il lui devait bien ça pour toutes les fois où il l'avait aidé quand il n'avait pas d'argent.

Mon papa s’est alors mis à crier que, bon sang de bonsoir, jamais, mais jamais, il ne lui demandera quoi que ce soit. Que Daniel savait très bien qu’il était comédien et si, un jour, celui-ci pouvait l’aider, eh bien, il le ferait de lui-même, sans qu’il n’ait à le lui demander, voilà. Et même si c'était vrai qu’il l’avait hébergé pendant deux ans, eh bien, il l'avait fait par amitié. Par amitié pour son meilleur ami. Voilà. Ma mère lui a répondu qu'il était bête et qu'il se ferait toujours avoir tellement il était bête. Et elle a ajouté que, dans la vie, si l’on ne demandait jamais rien, eh bien, l’on n’avait rien. Et que Daniel quand il était pauvre, il ne s’était pas gêné pour lui emprunter sa voiture. Et quand il la lui avait rendue toute cassée, eh bien ça ne l’avait pas gêné non plus de ne pas lui payer les réparations. Mon papa s'est alors encore plus énervé et il a tapé dans le mur du salon en hurlant à ma mère qu'il n'aimait pas, mais pas du tout, quand elle ressassait ces vieilles histoires du passé. Que ça le rendait fou !

N’empêche, a ajouté ma mère, n’empêche que lui, il vit dans un 600 mètres carrés pendant que nous, on croule sous les dettes. Puis elle est partie dans la cuisine en demandant à mon père comment il comptait payer le loyer et que si ça continuait, eh bien, elle allait divorcer. Allez continue, a répondu mon papa en se mettant la tête dans ses mains, continue de me faire passer pour un minable. Surtout devant la petite, c’est bien. C’est vraiment bien.

Soudain la porte d’entrée a sonné. Tous les deux se sont aussitôt calmés. Ah Daniel ! Bonjour ! Comment vas-tu ? lui a dit ma mère en le faisant entrer avec son plus beau sourire. Mon père a eu un peu plus de mal à redevenir normal. Salut, salut vieux, entre, entre, assieds-toi, ça me fait plaisir de te voir. Ça fait longtemps que l’on ne s’est pas vu. Ça remonte à quand la dernière fois ? À une éternité ? Non ?

Daniel s'est assis sur le fauteuil et nous, en face sur le canapé. On l’a regardé. Il paraissait plus vieux qu’à la télé. Alors comment ça va mon gars? lui a demandé mon papa. Mal, très mal, a répondu Daniel, qu’à mon école, j’appelle mon parrain histoire de frimer devant Isabelle, la fille du médecin. Depuis qu’elle a joué dans une pub, elle se croit comédienne. Ça m’énerve !

- J'enchaîne film sur film, a continué Daniel. Je suis épuisé. Je n'en peux plus. Je pense que je vais arrêter le cinéma.

- Ah bon, mais pourquoi? a voulu savoir mon papa.

- Parce que maintenant, plus personne ne me parle normalement, a répliqué Daniel en soupirant. Et puis pendant les tournages, tu ne fais qu’attendre. C’est long, tu ne peux pas t’imaginer ! Et quand enfin, tu entends moteur, tu as tellement attendu que tu n’as même plus envie de jouer.

- Ben alors, mon petit gars, a essayé de l’aider mon papa, il faut te ressaisir.

- Non, je t’assure, lui a répondu Daniel en mettant ses pieds sur la table basse où ma maman venait d’apporter l’apéritif, je suis déprimé, terriblement déprimé. En plus, tous les jours, je reçois des projets de films, tu te rends compte ? Il n’y a pas un jour où je ne reçois pas de proposition, je n’en peux plus, ça me fout trop la pression.

Puis il a allumé une cigarette en expliquant qu’il avait les boules car sa femme ne voulait pas l’accompagner sur son prochain tournage parce qu'il y aurait sa maîtresse, alors qu’il lui avait toujours tout payé. Quand ma mère a ouvert une bouteille de champagne en faisant les gros yeux à mon père, du genre, c’est le moment de lui parler, vas-y, Daniel lui a demandé si elle n’aurait pas plutôt du whisky. Et en laissant tomber ses cendres sur la moquette. Il a ajouté que ça lui faisait vraiment plaisir de nous voir. Si, si, nous ne pouvions pas imaginer combien ça lui faisait du bien de voir des gens qui n’étaient pas de son métier, parce que le cinéma, ça rendait les gens fous. Là, mon père, il a fait un hochement de tête pour lui rappeler que lui aussi était comédien. Mais Daniel n’a rien vu et il a poursuivi. Qu’il payait trop d’impôts et que son chien était devenue une star. Si, si, les coiffeurs l’adorent, ils lui font même des couettes. Et comme son chien adore faire le cabot, il le fait toujours passer devant la caméra, ahahah ! Puis après, Daniel nous a raconté pleins d’histoires dans lesquelles il a imité ses copains comédiens. Ça nous a bien fait marrer.

- Mais ce n’est pas le tout, a soudain dit Daniel, faut que j’y aille.

- Maintenant ? lui a demandé ma maman, mais on n’a pas encore dîné.

- Ah mais, j’étais juste venu prendre l’apéritif. Tu ne lui as pas dit, Bruno, à ta femme que je ne prenais que l’apéritif ? Tu ne lui as pas dit ?

- Ben non, tu m’as dit que tu venais dîner, vu que cela faisait une éternité. Reste encore un peu, Babeth a tout préparé, a insisté mon papa.

- Non, non, je ne peux vraiment pas, a répondu Daniel en se levant, j’ai une soirée. J’ai horreur de ça, mais c’est le passage obligé. Faut se montrer. Je préférerais vraiment passer la soirée avec vous, mais, j’ai promis à Lucie, c’est mon petit cœur, de lui présenter mon producteur pour qu’elle ait un rôle dans mon prochain film. 

Ma mère a alors toussé pour faire comprendre à mon père qu’il fallait qu’il se décide à lui parler, mais il a profité que Daniel avait déjà enchaîné pour se taire.

- C’est fou la vie. Je n’ai jamais été aussi malheureux depuis que j’ai réussi. Tu te souviens Bruno combien on était heureux quand on jouait au café-théâtre ? On se levait tard, mais on l’espérait notre succès. On y croyait.

- Toi, tu te levais tard, lui a rétorqué mon papa, moi, je travaillais tôt pour payer notre loyer.

- Oh la la, s’est soudain énervé Daniel. Où vas-tu chercher tout ça mon petit gars ? Moi, je me souviens qu’on était bien, c’est tout. Et je n’ai pas raison de ne me souvenir que du bon? Hein ? Allez trinquons plutôt ! Trinquons au nom de notre amitié ! 

- Dis-moi Daniel, je lui ai demandé tout de go, je voudrais que tu me fasses un cadeau car tu es un peu mon parrain, même si nous ne sommes pas passés devant monsieur le curé et que tu ne m’as jamais rien offert.

- Mais ce que tu veux, m’a répondu Daniel, ce que tu veux ma puce. Promis, le mois prochain, je viens te chercher et on ira dans le magasin de ton choix. Promis !

- Non, je lui ai dit, je le préférerais maintenant mon cadeau. Tu sais, je ne suis qu’une enfant et les enfants, c’est bien connu, on n’a pas la même notion du temps que les grands. Voilà, je voudrais que tu viennes me chercher demain à la sortie de l’école. Ça n’est pas très compliqué et ça me ferait bien marrer. 

Le lendemain, j’ai attendu Daniel, mais il n’est jamais vu.

 

 

 

 

 

DANIEL (nouvelle) - BREVES ENFANCES - Editions AU DIABLE-VAUVERT
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MORPHINE

Une nouvelle de Sylvie Bourgeois Harel

 

Elle s’est réveillée et m’a regardée. Longtemps. Puis elle s’est rendormie. Dans son sommeil, je l’ai entendue dire putain de bordel de merde. Elle protestait, je pense, d’être encore en vie.

Elle est arrivée ce matin. Avec ses beaux yeux bleus. Des beaux yeux bleus et un visage d’enfant. D’un enfant pas souriant. L’infirmière aurait préféré mettre cette jeune femme qui venait de tenter de se suicider dans une autre chambre, mais l’hôpital était bondé. Elle m’a dit qu’après tout cela lui ferait peut-être du bien de passer quelques jours auprès de moi. De moi qui allais mourir et qui m’accrochais à la vie. Moi dont l’optimisme suscitait l’admiration du personnel médical qui prenait soin de mon corps malade. De mon corps qui avant d’être perfusé, piqué, dégradé était si joli. Je me souviens de l’affolement qu’il créait dans les yeux des hommes. Aujourd’hui, des trous, des crevasses, des gerçures, pas un endroit où ma peau ne soit esquintée et douloureuse. Si je me bats autant contre la maladie, c’est que je ne veux pas mourir avant de connaître le grand amour. Le vrai, le bel amour. Des fiancés, des aventures, j’en ai eu. Comme tout le monde. Mais le grand amour, jamais.

Je me suis tue et j’ai attendu. Qu’elle se réveille la désireuse d’éternité. À la fin de la journée, elle a commencé à bouger un peu, la demandeuse de mort. Et à parler. À raconter. Pourquoi elle s’était suicidée. Un homme, son mari la trompait, la battait et avait même essayé de la tuer en la poussant dans les escaliers. Elle l’aimait et lui avait pardonné. Il ne l’aimait plus et voulait la quitter. D’où les médicaments. Et maintenant qu’elle était toujours en vie, elle ne savait pas ce qu’elle allait faire de tout ce temps non désiré.

Cette fille me fascinait tant elle avait la capacité de parler sans s’arrêter. J’étais exténuée et l’écouter me reposait. Je n’avais pas à la questionner, ni à la relancer. Elle parlait toute seule, sans cesse. Et qu’elle avait besoin d’admirer un homme pour l’aimer. Et que le sien était admirable. Qu’il avait réussi professionnellement. Qu’il était beau, enfin pas vraiment beau comme on l’entend dans les magazines, mais beau comme elle aimait qu’un homme soit. Je lui ai demandé ce qu’elle pouvait trouver d’admirable chez un homme qui la battait. Elle ne m’a pas répondu. J’ai ajouté que si j’avais la chance d’avoir un amoureux, ce ne serait pas sa réussite que j’aurais admirée chez lui, mais plutôt sa capacité à m’aimer, quoiqu’il m’arrive. J’aurais trouvé par exemple admirable qu’un homme continue de m’aimer malgré ma maladie. Elle m’a regardée sans comprendre, puis elle a continué. Elle s’était ratée, mais elle recommencerait. Les médecins auraient beau s’acharner pour lui redonner le goût de la vie, la prochaine fois, elle ne se louperait pas.

Un peu plus tard, elle m’a demandé pourquoi j’étais à l’hôpital. Une leucémie, je lui ai répondu, j’ai une leucémie. C’est grave ? Elle a ajouté. Et avant même que je lui dise que la mienne était mortelle, elle s’est endormie. Avec sa tête d’enfant pas content.

C’est mal foutu la vie, elle m’a dit en se réveillant, j’aurais pu te donner la mienne. Ce serait bien si on pouvait donner sa vie que l’on ne veut plus à ceux qui en ont besoin. Elle ferait bien un deal - elle parlait comme ça - avec l’hôpital pour qu’elle ait le droit de se suicider dans une de leurs chambres et qu’ensuite les médecins récupèrent ses organes pour les transplanter à leurs malades. Mais elle était sûre qu’ils n’accepteraient jamais. Pourtant ça lui plairait. En plus, ce serait une première. Et puis comme ça, au moins, elle donnerait à sa mort le sens qu’elle n’avait pas réussi à donner à sa vie. Mais bon faut pas rêver, elle répétait, avec son visage d’enfant pas méchant.

Le lendemain, mes taux sanguins se sont effondrés. J’ai dû partir dans une chambre immunisée. Il me fallait un donneur pour une greffe de moelle osseuse. J’ai trente-deux ans et je ne veux pas mourir. La suicidée a trente-deux ans aussi, elle ne doit pas mourir. L’éternité, les ténèbres, ça me fait peur. L’idée que je n’ai pas eu le temps de devenir quelqu’un, ni de terminer ma dernière sculpture, me donne envie de pleurer. De pleurer doucement. Je me console ainsi. Je n’ai plus mes parents. La suicidée voit la mort comme un soulagement. Je l’envie presque. J’ai demandé à l’infirmière d’aller me la chercher. Qu’elle m’égaye un peu avec ses histoires de décès prématuré.

L’infirmière m’a dit qu’elle s’était remise et avait demandé à retourner dans la vie, dans sa vie, chez son mari. Elle avait même accepté d’être suivi par un psy. Je lui ai demandé de me la retrouver. Qu’elle vienne me distraire avec ses envies de morbidité. Je voulais revoir encore une fois son visage d’enfant innocent.

Je lutte, mais je me sens faiblir. Je suis toute maigre. Je ne peux plus rien avaler et à peine respirer. Aucun donneur n’est compatible. Je lutte, mais je ne vais pas gagner. Je le sais. Je le sens. Mes jours sont comptés. Je le sais. Je sens la paix s’installer en moi. L’image de ma maman me revient de plus en plus souvent. Elle a les bras tendus vers moi et me sourit en m’appelant doucement. Mes heures sont comptées, je le sais, je le sens, mais plus la morphine que l’on m’a augmentée.

J’attends la suicidée. Je veux la voir pour lui dire au revoir. Je veux la voir pour lui dire de vivre. Pour elle. Pour moi. Je veux la voir. C’est mon dernier espoir. Je veux la voir ma suicidée avec sa tête d’enfant inconséquent.

L’infirmière vient de m’annoncer qu’elle a tué son mari avant de se tirer une balle dans la tête. C’est sa maman qui a trouvé l’appartement plein de sang. Pauvre bébé qui désirait être aimée. Pauvre petite suicidée. Ma suicidée. Ma petite suicidée que je vais bientôt retrouver.

 Sylvie Bourgeois Harel - Château de La Mole - 2019

Sylvie Bourgeois Harel - Château de La Mole - 2019

Sylvie Bourgeois Harel - Château de La Mole - Var - 83310 - Massif des Maures

Sylvie Bourgeois Harel - Château de La Mole - Var - 83310 - Massif des Maures

Château de La Mole - 2019 - Massif des Maures - 83310 La Mole - Var

Château de La Mole - 2019 - Massif des Maures - 83310 La Mole - Var

Château de La Mole - Massif des Maures - 83310 La Mole - Var

Château de La Mole - Massif des Maures - 83310 La Mole - Var

Sylvie Bourgeois Harel - Château de La Mole - été 2019 - Massif des Maures ) Var - 83310 La Mole

Sylvie Bourgeois Harel - Château de La Mole - été 2019 - Massif des Maures ) Var - 83310 La Mole

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                  BREVES ENFANCES        

                                        Recueil de 34 nouvelles
                                 Éditions Au diable vauvert. 2009

4ème de couverture

 

Trente-quatre enfants se racontent. Trente-quatre portraits en creux de familles décomposées ou recomposées. Trente-quatre regards doux et avertis sur les adultes que nous sommes. Sylvie Bourgeois a su saisir ces innocences écourtées par une maturité acquise trop vite, leur lucidité et leur immense capacité d'amour et de pardon.

 

"C'est peut-être ça être de la même famille, se tenir serrés sans se parler et attendre que le temps passe jusqu'à ce que l'on devienne très vieux."

 

Nouvelliste et romancière, Sylvie Bourgeois a publié plusieurs livres. Scénariste, elle a notamment co-écrit Les randonneurs à Saint-Tropez avec son mari Philippe Harel.

 

 

                 

                                                                                     

 

 

 

 

 

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  • : Sylvie Bourgeois Harel, écrivain, novelliste, scénariste, romancière Extrait de mes romans, nouvelles, articles sur la nature, la mer, mes amis, mes coups de cœur
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