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Mon tonton Guillaume, il est fou, c’est mon papa qui me l’a dit, alors que Guillaume, c’est le meilleur en animal et en poissons, c’est bien simple, il passe ses journées sous l’eau à inspecter les poulpes et les murènes, et même que j’adorerais l’accompagner, mais ma maman, elle ne veut pas car elle trouve que Guillaume, il n’a pas les capacités pour être responsable d’un enfant de 8 ans sous la mer. La mer, j’ai le droit d’y aller, mais seulement avec ma mamy qui est un dauphin, elle adore nager, surtout s’il y a des grosses vagues, c’est pour noyer, je crois, son chagrin d’avoir un mari paralysé qui ne peut plus parler depuis un an. Il a eu un accident de sang dans les veines de son cerveau et depuis il est sur une chaise roulante à faire hanhan chaque fois qu’il veut l’appeler. Ma mamy, ça lui fait de la peine à en fait pleurer, elle est persuadée qu’il la prend pour sa maman, alors qu’il n’y a pas si longtemps, il l’embrassait encore sur la bouche.
 
Mon papy, tout le monde l’appelle Pillon car quand j’étais petit et qu’il était encore droit comme un I, il m’a appris les mots papy et papillon le même jour, et du coup, j’ai fait la contraction ou la confusion, je ne sais plus, mais je me souviens que quand il n’était pas détruit par sa maladie, mon papy, il était libre à toujours vouloir s’envoler de sa maison, même que ma mamy, elle n’arrêtait pas de lui demander où il allait encore. Maintenant, il ne va plus nulle part, et ses anciens amis, ils ne viennent plus jamais le voir. Ils doivent se dire que ce n’est pas facile de bavarder avec un handicapé qui ne peut plus parler, alors que quand il me caresse la joue, je comprends très bien qu’il pense à moi et ça me suffit pour l’aimer.
 
La vie de ma mamy, elle est très compliquée car elle doit aussi s’occuper de Guillaume qui a la maladie de dire ses quatre vérités à tous les gens qu’il croise et après tout le monde a peur de lui ou le déteste, et ma mamy, elle est encore plus seule. Elle a bien Bobby, c’est un labrador qu’elle a acheté pour aider son mari, mais la seule chose qu’il sait faire ce couillon, c’est poser ses deux pattes sur les genoux de mon papy et le pousser très vite sur sa chaise roulante dans le couloir de la maison. Bobby, ça le fait marrer, mais mon papy, ça lui fait peur, surtout qu’il ne peut pas l’arrêter, et ma mamy, après, elle met sa tête dans ses mains en disant qu’elle n’en peut plus. Je suis encore trop petit, mais dès que je serai grand, je promènerai mon papy partout en ville, et le Bobby, je lui apprendrai à obéir et j’achèterai aussi une femme de ménage à ma mamy pour qu’elle profite un peu de son grand âge à faire autre chose que de frotter sa maison ou de nettoyer les fesses de son Pillon.
 
Mais ce n’est pas demain la veille, car hier, pendant le déjeuner, Guillaume, il a dit à mon papa qu’il était con et qu’il n’arriverait jamais à la cheville du talent de leur père, et que c’était à cause de ça qu’il n’arrêtait pas d’embêter sa femme. Mon papa, ça l’a rendu fou d’entendre ces mots surtout que la veille, il s’était encore disputé avec ma maman. Du coup il a donné un coup de poing dans l’épaule de Guillaume qui lui a jeté son verre d’eau à la figure. Ç'a dégénéré très vite pire qu’à la récré, mon papa, il s’est levé et a cassé sa chaise sur Guillaume qui s’est écroulé par terre. Ma mamy a alors hurlé que ça ne servait à rien de le taper, vu que ce n’était pas les coups qui allaient remettre ses idées à la bonne place dans son cerveau cassé. Quand Guillaume s’est relevé, il a traité mon papa de pauvre naze et il est sorti dans le jardin. Je l’ai suivi et il m’a montré sa poule qu’il vient d’acheter car il a peur que mon papa lui cache ses médicaments qu’il ne veut plus prendre dans ses aliments, alors il ne mange plus que des œufs qu’il gobe. Sauf que sa poule, je ne sais pas où il l’a trouvée, mais elle est complètement folle car tous les matins, elle fait exprès de monter sur un arbre pour pondre, du coup, ses œufs, ils se cassent avant même que Guillaume puisse les avaler. Je lui ai dit qu’il n’avait qu’à pêcher des poissons, mais il m’a répondu qu’il en était hors de question, jamais il ne mangerait ses meilleurs amis, je lui ai alors proposé d'essayer les surgelés, mais il a préféré qu’on arrête cette conversation et il m’a appris tous les noms des oiseaux que l’on a croisés, ils les aiment tous, mais son préféré, ça reste la mésange bleue, peut-être parce qu’elle a les plumes de la couleur de ses yeux.
 
Quand on est rentré à la maison, tout le monde faisait la sieste. Guillaume m’a alors fait voir les certificats médicaux que mon papa avait cachés dans un dossier, et aussi une lettre dans laquelle il avait demandé à une ambulance de venir chercher Guillaume dès le lendemain matin pour l’emmener à Saint-Julien. Guillaume m’a expliqué que c’était un asile où l’on mettait les fous, puis il a ajouté que l’hôpital psychiatrique, plus jamais, il ne voulait y retourner car après, il devait attendre des mois avant de pouvoir en ressortir, et que sa seule liberté, là-bas, c’était d’avoir le droit de fumer ses cigarettes que lui achetait sa maman, et qu’il méritait quand même d’avoir une vie meilleure que de passer ses journées à attendre la visite de sa mère dans un couloir fermé à clef et gardé par un infirmier costaud. Et qu'il ne voulait plus de tous ses médicaments et piqûres qui l'empêchaient de penser et le faisaient grossir.
 
Puis il s’est énervé que mon papa, c’était un salaud qui avait toujours été méchant avec lui. Soudain, il m’a embrassé et m’a dit au revoir mon petit, je m’en vais, je suis très triste de quitter mon papa et ma maman qui sont les deux seules personnes qui m’aiment sur cette putain de terre, mais je dois partir, je ne peux pas rester dans une maison où mon frère veut m’interner. Je lui ai demandé où il comptait aller, vu qu’il n’avait pas de métier, ni d’argent. Il m’a répondu aux États-Unis et qu’il gagnerait des sous en faisant un dessin animé sur un poisson rouge amoureux d’une mésange bleue. Et il est sorti en n'emmenant avec lui que sa combinaison de plongée.
 
Un mois plus tard, mon papy est mort. J’ai beaucoup pleuré et ma mamy aussi. Elle m’a dit que pour se consoler, on irait planter un petit sapin sur sa tombe, comme ça les racines, elles se nourriront du corps de Pillon qui est dans la même terre en dessous, et puis quand l’arbre, il aura grandi, et bien, on en coupera une branche que l’on ramènera à la maison pour avoir toujours un peu de mon papy avec nous. Mais on n’a pas eu le temps d’y aller, car ma mamy, elle est morte peu de temps après, je crois, du cancer du chagrin, elle a été mise au cimetière dans le même trou que Pillon.
 
J’ai alors écrit à Guillaume pour lui dire qu’il devait revenir à la maison pour s’occuper de Bobby, et qu’il ne devait pas le gronder qu’il lui ait tué sa poule. Puis j’ai donné l’enveloppe à ma maman pour qu’elle la poste dans la boîte des États-Unis. Elle m’a caressé la tête et m’a dit que j’étais un bon petit garçon de penser ainsi à mon oncle qui n’avait pas eu la permission du docteur de sortir de l’hôpital psychiatrique pour assister aux enterrements de son papa et de sa maman.
 
GUILLAUME fait partie des 34 nouvelles de mon recueil BRÈVES ENFANCES paru aux éditions Au Diable Vauvert .
 
 
GUILLAUME, une nouvelle de Sylvie Bourgeois. BRÈVES ENFANCES
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EN ATTENDANT QUE LES BEAUX JOURS REVIENNENT (roman que j'ai signé cécile Harel) Extrait

Je me réveille dans le bus 63 pour rentrer chez moi. Le 63 est un bus épatant. Chaque fois que je vais quelque part, il m’y emmène. À quelques sièges devant moi se trouve une dame, de dos, avec les mêmes cheveux frisés que ma mère. À force de la regarder, soudain, je suis sûre que c’est elle. Je ferme à demi les paupières et je me plais à imaginer que je ne l’ai pas vue depuis sept ans, je la retrouve par hasard. « Maman, mais que fais-tu là ? » Elle me répond qu’elle a toujours eu envie de vivre à Paris, à Saint-Germain-des-Près, et, voilà, maintenant, elle y habite, mais elle ne doit pas traîner, son nouveau mari l’attend. Il ne supporte pas qu’elle soit en retard. « Je dois y aller Marie ! » Elle me fait une bise, rapide : « Je n’ai pas le temps de rester avec toi. » Elle porte un panier de commissions et descend du bus, sans se presser, sans me poser de questions non plus. J’aurais souhaité lui dire que j’écrivais un livre sur l’amour que je lui ai toujours porté, mais au travers de mes yeux pleins de larmes, je ne la vois déjà plus.

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- J'ai l'impression d’avoir raté ma vie.

- Ben non, tu m'as rencontré.

- Et tu crois que ça fait tout ?

- Ça serait quoi pour toi une vie réussie ?

- Fais pas chier mon amour.

J'ai rencontré mon mari à un dîner où je n'étais pas invitée chez des gens que je ne connaissais pas. Dès que je l’ai vu, j’ai su que j'allais vivre avec lui, pourtant il était vert-de-gris. Immédiatement, mon sang s’est affolé, mes reins ont piaffé, ma peau m’a gratté, même mon sexe était énervé. Un sentiment d’apaisement m’a envahi et je me suis dit que c’était bien qu’il soit revenu. D’où ? Je ne sais pas. D’un autre siècle, peut-être, mon mari ressemble à un moine du moyen-âge.

Cécile Harel est mon double littéraire pour différencier deux styles d'écriture, quand j'écris au je, je prends mon inspiration dans le bas de mon ventre où il y a de la douleur, quand j'écris à la 3ème personne, je me mets à distance de mon sujet et reste dans la légèreté.

***

décembre 2015 : nouvelle couverture, nouvelle édition

septembre 2014 : parution en Allemagne chez Piper

septembre 2013 : sortie chez Pocket

août 2012 : parution aux Escales

EN ATTENDANT QUE LES BEAUX JOURS REVIENNENT (roman)
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  • : Sylvie Bourgeois fait son blog
  • : Sylvie Bourgeois Harel, écrivain, novelliste, scénariste, romancière Extrait de mes romans, nouvelles et articles sur mes coups de cœur
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