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Les gigantesques paquebots de croisières qui polluent la Méditerranée

Et si nous parlions de ces gigantesques paquebots de croisières qui polluent la Méditerranée ?

Deux à trois fois par semaine, en été, je suis catastrophée de voir ces gigantesques paquebots stationner devant Saint-Tropez, au beau milieu de l’une des plus belles baies du monde.

Je suis catastrophée et inquiète. Inquiète pour la pollution que ces navires aux dimensions démesurées créent dans la mer. 

Je vais vous raconter une histoire. Un couple sonne à la porte d’une jolie maison entourée d’un beau jardin. Le lieu n’est pas grand, mais il est vraiment sublime. Quand les propriétaires ouvrent, le couple leur dit qu’ils ont eu un coup de coeur pour leur maison et qu’ils aimeraient l’acheter. Les propriétaires refusent. Le couple propose un bon prix. Les propriétaires refusent de nouveau. Le couple double le prix. Les propriétaires hésitent. Le couple quadruple le prix. Les propriétaires réfléchissent, mais refusent quand même. Le couple leur fait alors une proposition financière mirobolante. Les propriétaires finissent pas accepter en disant qu’en effet, c’est une proposition financière qu’ils ne peuvent pas refuser. Qu’avec tout cet argent, ils vont pouvoir s’acheter une maison plus grande et peut-être même encore plus belle. 

Le couple tout content s’installe alors dans leur nouvelle maison. Quelques jours plus tard, survient la fin du monde. Le couple qui avait le pouvoir de voyager dans le temps, en allant dans le futur, avait vu que la fin du monde allait arriver, et qu’une seule maison serait épargnée. Celle qu’ils ont achetée.

Cette métaphore correspond bien à ce qu’il se passe aujourd’hui dans mon beau pays. Mon pays qui est un paradis. Mon pays qui s’appelle la côte d’Azur où je suis née, à Monaco. Mon pays qui s’appelle aujourd’hui le Golfe de Saint-Tropez et plus particulièrement Saint-Tropez où j’habite dorénavant. Saint-Tropez que j’aime passionnément. Mon pays trop souvent pollué par ces gigantesques paquebots qui peuvent accueillir, suivant les compagnies, jusqu’à 6000 personnes.

Á bord de ces véritables villes flottantes, se trouvent des casinos inspirés de ceux de Las Vegas, une dizaine de piscines, des halls en marbre, des restaurants, des cinémas, des salles de jeux. La décoration est clinquante, brillante. Elle n’a rien à voir avec l’authenticité, le charme et les couleurs provençales de ma Méditerranée sur laquelle ces monstres marins naviguent, salissant tout sur leur passage.

Le credo des constructeurs de ces monstres marins est que leurs clients ne doivent jamais s’ennuyer. C’est amusant, lorsque je m’assieds au bord de la mer et que je la contemple, je ne m’ennuie jamais. Au contraire, je suis dans l’émerveillement face à la beauté de cet infini bleu. Ah oui, c’est vrai, j’oubliais que les clients de ces gigantesques paquebots ne voient pas vraiment la mer, puisque pour ne pas qu’ils s’ennuient, je reprends les arguments des constructeurs, ils sont, la plupart du temps, dans les restaurants ou dans les salles de cinéma, de concert, de jeux vidéo, et même de simulation de conduite de F1, ou à plonger dans les piscines, tout est là pour les divertir. Finalement, la mer ne leur sert pas à grand-chose, juste à promener leur ennui. 

Et puis, imaginez si chaque passager descendait à Saint-Tropez pour faire popo à terre, la station d’épuration risquerait de sauter, elle n’est pas conçue pour autant de monde. Ce ne serait alors plus le joli Saint-Tropez luxueux, ce serait une infection insalubre qu’il faudrait des mois à réparer avec des interdictions de se baigner et des odeurs nauséabondes. Je ne voudrais jamais voir ça. Nous avons déjà suffisamment d’insalubrités à terre à gérer l'été, créées par la chaleur, l'afflux de touristes, les embouteillages, l’hygiène qui laisse parfois à désirer, en effet, beaucoup de gens sont sales et irresponsables déposant leurs poubelles un peu partout dans le village, les services de nettoyage ne passant pas assez souvent dans la journée, les déchets s'envolant alors dans les rues pour terminer dans la mer.

Que faire alors pour que ces paquebots monstrueux ne viennent plus polluer nos eaux, plus salir notre paradis, plus détruire notre lieu de vie ? D’ailleurs quand j’en parle autour de moi, toutes les personnes, que ce soit des Tropéziens, des touristes, des étrangers, des saisonniers, tous sont d’accord pour dire que ces énormes paquebots sont un danger pour la Méditerranée qui est déjà suffisamment polluée. Je n’ai jamais entendu quelqu’un me dire que c’était bien.

David Lisnard, le maire de Cannes, et président de l’Association des maires de France, essaye d'agir dans ce sens. Il demande à ce que les tous les maires de la Côte d’Azur dont les communes sont au bord de la Méditerranée, puissent obtenir le droit d’interdire à ces énormes paquebots, mais aussi aux bâtiments commerciaux et aux navires-plateformes de restauration et de loisirs nautiques, d’escaler en face de leurs villes, une décision qui estt du ressort du domaine maritime, donc exclusivement de l’état. 

Les arguments de David Lisnard sont probants. Même s’il reconnaît que ces énormes paquebots peuvent apporter des retombées économiques, il est surtout conscient qu’ils enlaidissent les baies et qu’ils constituent un véritable problème de pollution.

De son côté, Christian Estrosi, maire de Nice, au nom de l'urgence climatique, la protection de la biodiversité marine, la promotion d'un tourisme raisonné et la protection du patrimoine, a  émis un arrêté le 9 juillet 2025 pour interdire d'escale à Nice les paquebots de plus de 450 passagers et de limiter dans la baie de Villefranche, le nombre de navires transportant plus de 2 500 passagers à 65 par an et un seul par jour. Mais le dimanche 13 juillet, le tribunal administratif de Nice, saisi par le préfet des Alpes-Maritime,a suspendu l'arrêté pris par Christian Estrosi, argumentant que celui-ci n’était pas compétent pour édicter de telles mesures et que seul le préfet des Alpes-Maritimes pouvait, dans le cadre de ses pouvoirs de police du plan d'eau, organiser les entrées, les sorties et les mouvements des navires.

J’espère que David Lisnard et Christian Estrosi pourront continuer leur combat pour lutter contre le tourisme de masse, un tourisme de masse qu'il est grand temps de repenser différemment. Mon rêve serait de créer une réserve naturelle dans le Golfe de Saint-Tropez afin de préserver ce paradis unique au monde. Ce serait, certes, radical, mais pourquoi ne pas être radical lorsqu’on a la chance de vivre dans de la beauté ? En effet, que resterait-il de Saint-Tropez si jamais la mer devenait polluée au point de ne plus pouvoir s’y baigner ? Ce serait dramatique. Pourquoi ne pas essayer d’arrêter maintenant l’escalade catastrophique de la pollution quand il en est encore temps ? Et puis, il est toujours bon de rappeler que dans le monde entier, chaque année, ce surplus de flotte maritime qu'elle soit touristique, commerciale, de transports ou militaire, tue plus de 20000 baleines par an. La baleine, comme chacun ne sait peut-être pas, est l'animal essentiel à notre survie. Déjà, elle capte énormément de carbone, encore plus que les forêts amazoniennes, mais ses déjections nourrissent le phytoplancton qui nourrit, à son tour, le zooplancton qui produit des quantités énormes d'oxygène. 

Comme le disait Oscar Wilde : Les gens connaissent le prix de toute chose et la valeur d’aucune. Et comme le dit mon histoire qui apporte plusieurs thèmes intéressants de réflexion, les anciens propriétaires ont gagné beaucoup d’argent, mais avec cet argent, ils n’ont pas pu acheter de rester en vie. Ou encore, ils habitaient un paradis qu’ils ont vendu au plus offrant. À leur décharge, ils ne savaient pas qu’ils habitaient dans un paradis, alors que nous, les Tropéziens, nous le savons ».

Sylvie Bourgeois Harel

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Sylvie Bourgeois Harel - Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Club 55 - Golfe de Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel - Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Club 55 - Golfe de Saint-Tropez

Pourquoi je suis contre l’écriture inclusive  

Notre première valeur, c’est la liberté !

Et la liberté, c’est la pensée. La pensée est directe comme une flèche.

Lorsque j’écris un roman, je suis tendue comme un arc. Je suis concentrée pour trouver la phrase la plus précise, la plus rapide, celle qui va retranscrire exactement ma pensée. Comme une fulgurance. Ça peut me prendre des heures. Je suis aussi concentrée que si je tirais à l’arc afin que ma phrase remplie d’intentions et d’émotions touche en plein cœur mon lecteur. Tant que je ne suis pas sûre du résultat, je ne laisse pas ma phrase-flèche partir. Idem pour la grammaire, la conjugaison ou la ponctuation, je peux réfléchir des heures sur la place d’une virgule ou sur une question de syntaxe.

Ces précisions vont apporter toute sa richesse et ses subtilités à mon texte. C’est passionnant ! Il m’est impossible d’ajouter un -e ou un é-es à un participe passé, c’est comme si vous demandiez à un peintre d’ajouter du bleu à son tableau car le syndicat des couleurs primaires demande l’égalité entre toutes les tonalités d’une palette. C’est absurde et criminel de vouloir tuer ainsi la langue française et notre liberté de penser qui est notre seul allié.

Oui, je refuse cette débilité de l’écriture inclusive qui vise à plonger ces utilisateurs dans une confusion alarmante, proche d’une certaine forme d’hystérie, alors que justement notre langue française, qui a toujours été très équilibrée entre le féminin et le masculin, détient une richesse de mots, d’adjectifs, de verbes qui nous permet d’affiner et d’enrichir notre pensée. D’ailleurs, seule la fluidité de notre langage peut lutter contre la violence. En effet, celui qui sait s’exprimer avec calme et précision n’a aucune envie de se battre. À contrario, celui qui n’a pas les bons mots va employer sa force physique pour faire taire son adversaire, ou l’insulter.

Heureusement, je ne suis pas la seule à lutter contre cette folie. Le lundi 30 octobre 2023, les sénateurs ont approuvé un projet de loi visant à interdire l’écriture inclusive dans tous les documents officiels, publics et privés, les actes juridiques, les contrats de travail ou encore les règlements intérieurs.

Cette proposition désire également interdire tous les mots grammaticaux qui constituent des néologismes faits de contraction tels que iel ou celleux.

Cette proposition de loi, adoptée par le Sénat, visant à protéger la langue française des dérives de l’écriture inclusive, n° 1816, a été déposée le mardi 31 octobre 2023. Depuis, elle a été renvoyée à la Commission des Affaires Culturelles et de l’Éducation. Affaire donc à suivre !

Sur ce, je vais aller écrire au bord de la Méditerranée des phrases sans emphase, ravie d’écrire encore souvent à l’ancienne, avec un crayon de papier et une feuille de cahier, même si je ne quitte jamais mon ordinateur, et sans obéir à ces conneries de propagande qui veulent nous mettre des taudis dans la tête, alors qu’il suffit de s’émerveiller devant la beauté de la nature, du ciel ou de la mer, pour revenir dans le bon sens et l’amour. D’ailleurs, tous les textos, mails, messages, posts Facebook ou Instagram que je reçois écrits en écriture inclusive, c’est bien simple, je les mets à la poubelle !

Vive la littérature, vive la pensée, vive la liberté !

Sylvie Bourgeois Harel

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Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - La Ponche

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - La Ponche

Saint-Tropez mon amour

 

Je le répète souvent, je ne lis pas la presse, je ne regarde pas la télévision, je n’écoute pas la radio, je ne veux pas être polluée par trop de négativité. Mais hier, plusieurs amis m’ont envoyée plusieurs articles de presse qui critiquaient sévèrement Saint-Tropez. L’un, paru dans le Figaro, est écrit par un jeune philosophe d’une quarantaine d’années qui se dit aussi homme politique, ce qui, pour moi, est un oxymore, mais bon, là n’est pas le sujet. Le pauvre chéri n’a pas aimé Saint-Tropez, et il en tartine toute une page du journal. Une page pleine de poncifs et de lieux-communs, c’en est à pleurer de bêtises. Le pauvre garçon en est encore à l’arrivée de Maupassant dans le Golfe et n’a eu comme guide et référence que cette chère Danièle Thompson, titrant son article : « Saint-Trop. Je devais y passer trois jours et deux nuits. Je n’ai pas pu. J’ai fui avant l’heure. » Pour ma part, je préfère dire Saint-Tropez, je ne suis pas pressée, je n’ai pas besoin de faire de contraction d’autant que Saint-Tropez vient du chevalier Torpes qui a été béatifié car il a préféré mourir en l’an 68 plutôt qu’adjurer sa foi chrétienne.

 

Puis le pauvre biquet, en manque de style littéraire car il est aussi écrivain, sous-titre platement son article : « Les euros, les dollars, les roubles ont détruit le petit village fortifié plus sûrement, plus définitivement que les bombes du débarquement de Provence… » Quelle pauvreté et paresse d’observation. En effet, comment a-t-il pu, en quelques heures, puisqu’il a été tellement oppressé par Saint-Tropez qu’il a fui, je ne fais que reprendre ses mots, comment donc en quelques heures, a-t-il pu se faire une idée précise et approfondie de Saint-Tropez ? Non, il a préféré rester sur ses idées préconçues et éructer sa haine parce qu’il a vu dans le port deux, trois bateaux un peu trop gros.

 

Bref, ce jeune journaliste-écrivain-philosophe-homme-politique a peut-être également été effrayé d’avoir croisé quelques filles légèrement vêtues ou des Ferrari qu’il ne saurait sans doute pas conduire. Au lieu de regarder la beauté des ruelles, de la Ponche, de la mer, il a préféré regarder la merde et faire le malin en racontant qu’il a même vu un SDF se préparer pour la nuit. Puisqu’il prône dans un essai le capitalisme classique, qui est d’ailleurs une idée fort intéressante, j’espère qu’il lui a offert ses deux nuits d’hôtel qu’il n’a pas payées et dont il ne voulait pas puisque, soi-disant, il est parti en courant, ainsi ce pauvre homme aurait pu dormir dans un bon lit.

 

Dans Médiapart, c’est simple, l’article est illisible car il est rédigé en écriture inclusive. Je comprends néanmoins qu’il est question de Bernard Arnault, l’un des hommes les plus riche du monde, un Français au demeurant qui, en bon empereur du luxe qu’il est, a acheté beaucoup de territoires à Saint-tropez. Au moins, Bernard Arnault a l’intelligence d’avoir compris que la beauté de Saint-Tropez venait de son passé. Il a donc fait rénover à l’identique toutes les maisons qu’il a acquises. Il n’en a détruite aucune. Bravo et merci à lui. À sa place, des promoteurs immobiliers les auraient rasées et auraient bâti des immeubles moches d’une dizaine d’étages de haut comme cela été le cas pratiquement sur toute la côte d’Azur.

 

Médiapart parle ensuite de la plage d’un hôtel 5* qui, en effet, est assez chère, puisque ce sont les tarifs d’un 5*. Ils oublient juste de dire que Saint-Tropez compte surtout des plages publiques, la Ponche, la Fontanette, les Graniers, la Moutte, les Salins, celles avant la bouillabaisse, toutes des plages non payantes et propres, nettoyées chaque matin, la qualité de l’eau est vérifiée chaque jour aussi. Ensuite Médiapart nous assène encore sur le village de pêcheurs qu’aurait été autrefois Saint-Tropez. Premièrement, grâce aux fonds marins du Golfe de Saint-Tropez que n’affectionnent pas les gros chaluts de pêche industrielle, nos poissons sont encore pêchés artisanalement par les cinq ou six pêcheurs locaux. Certes, ils sont moins nombreux car c’est un métier difficile, mais ils existent toujours d’autant que la prudhommie de pêche de Saint-Tropez qui a été créée au 16ème siècle a été reconnue par la Commission Européenne avec le droit d’exiger des réformes.

 

Deuxièmement Saint-Tropez n’a jamais été un petit village de pêcheurs. Au XVIIIème siècle, c’était le troisième plus important port de commerce de la Méditerranée. Puis dès la fin du XIXème siècle, Saint-Tropez a été connu pour être un village festif. Les riches bourgeois descendaient de Paris pour venir s’encanailler dans les établissements de nuit de Saint-Tropez qui étaient surtout fréquentés par les marins, et dans les huit à douze bordels qui se trouvaient dans des ruelles mal famées. L’endroit a été rasé après la Seconde Guerre mondiale et deviendra la place de la Garonne. Dans les années 20, Mistinguett et la Môme Moineau, entre autres célébrités, se rendaient à Saint-Tropez pour aller danser chez Palmyre dans les bras des beaux et forts lesteurs, les hommes de quai qui chargeaient et déchargeaient les marchandises des bateaux. Les congés payés de 1936 ont ouvert Saint-Tropez à un nouveau tourisme. Et dans les années 50, les artistes de Saint-Germain-des-Près venaient y faire la fête. Certes, il y avait des pécheurs à la Ponche, mais ce n’était pas la plus grande activité économique du village. C’était juste beau et romantique pour les nantis de voir les pointus amarrés à la Ponche. C’est dans les Années 50 aussi que de nombreux Tropéziens ont vendu leur maison qui avaient pris de la valeur. Mille Tropéziens sont partis du village laissant leur paradis à de nouveaux arrivants.

 

Pour en terminer avec Médiapart, ils concluent qu’en hiver, Saint-Tropez est désert. Ce n’est pas désert, le village se repose. Et il en a bien besoin pour se remettre des excès de l’été. Il ne se repose pas longtemps, seulement deux mois et demi, du 15 novembre au 15 décembre et du 10 janvier à fin février. Deux mois et demi nécessaires également pour effectuer les travaux de rénovation. Deux mois et demi magnifiques de calme et de tranquillité où la lumière du Sud est la plus belle. Cette lumière sublime qui a inspiré les peintres Signac, Marquet, Camoin qui, eux aussi, adoraient fréquenter les bordels, notamment celui du Bar des Roses, Marquet en a même fait un tableau peignant son ami Camoin nu couché sur une prostituée à moitié nue aussi, son chapeau cachant son sexe.

 

Alors oui, en hiver, des restaurants et des boutiques sont fermés, mais il y en a suffisamment qui restent ouverts pour se nourrir et se vêtir. Et surtout la nature est là. La nature est quand même mille fois plus intéressante que les boutiques. Pourquoi tous ces journaux malveillants ne parlent pas, par exemple, des dizaines de kilomètres de promenade que l’on peut faire au bord de mer ? Et pourquoi plutôt que de dénigrer Saint-Tropez, ils ne citent pas toute la jeune génération qui oeuvrent à ouvrir des établissements de qualité ? Il y a, entre autres, Martin et son magasin vintage Saint-Martin-sur-mer, Vivian et ses restaurants chez Mamé et Lorette, Lilian et son restaurant À l’amitié, et plein d’autres. Pourquoi ils ne parlent pas d’eux qui se démènent à faire vivre un joli Saint-Tropez authentique et convivial ?

 

Si la presse, soudain, s’acharne autant sur mon beau Saint-Tropez que j’aime et où j’ai choisi de venir habiter il y a un petit peu plus de deux ans maintenant faisant de moi une Tropézienne fière de mon village, certainement l’un des plus beaux du monde, il y a certainement plusieurs raisons à ça. Déjà, nous sommes depuis plusieurs années dans l’ère de la médiocrité. C’est l’heure des médiocres, c’est leur moment de gloire, ils peuvent tous s’exprimer, on leur déroule même des tapis rouges. Sauf que Saint-Tropez est tout sauf médiocre. Il n’y a pas un village en France qui lui ressemble. Pas un. Tout le littoral méditerranéen de Menton à Perpignan est magnifique lorsque l'on est face à la mer, mais dès que l’on se retourne, on voit des barres d’immeubles horribles et désolantes. Saint-Tropez, grâce au maire Louis Fabre qui a exigé, après les bombardement de la Seconde Guerre mondiale dont parle le petit chéri du Figaro, que les immeubles du port soient reconstruits à l’identique, se battant contre les propriétaires tropéziens qui voulaient bâtir deux ou trois étages de plus. Grâce à cet homme visionnaire qui a su dire non à la spéculation immobilière, Saint-tropez a conservé son authenticité qui sent si bon le passé.

 

Saint-Tropez n’a jamais été un endroit tiède, indifférent, alors oui, tout est exacerbé, c’est peut-être plus visible qu’ailleurs parce qu’on est un tout petit village et que le monde entier veut venir s’y agglutiner, la concentration y est donc plus forte. C’est vrai aussi qu’en été, Saint-Tropez est compliqué. Nous sommes sur une presqu’île en plus. Ce qui ne facilite rien pour les milliers de voitures qui veulent y passer chaque jour. D’où des embouteillages et la foule sur le port. Mais il y ici une belle diversité de gens de toutes les classes sociales et c’est ce melting-pot qui fait le charme et l’amusement de Saint-Tropez. Alors oui, il y a de la vulgarité, mais il y a aussi les plus belles filles du monde. Tout dépend de ce que l’on a envie de regarder.

 

Beaucoup d’anciens disent que Saint-Tropez a changé. Bien sûr, mais le monde entier a changé. Et Saint-Tropez, je trouve, a su bien résister. Et doit encore résister pour cultiver sa différence, même si, aujourd’hui, il y a une forte tendance chez certains à ne pas aimer la différence et à vouloir une pensée unique. Saint-Tropez ne cédera jamais à la mondialisation. Saint-Tropez ne cédera jamais à la pression médiatique. Saint-Tropez restera unique même si ça fait chier le Figaro, Médiapart ou le Parisien qui râle car la mairie a eu la bonne idée d’offrir un concert aux Tropéziens chaque 15 août.

 

Et puis, il y a plusieurs Saint-Tropez. Chacun peut y trouver le sien. Quand le matin, je nage à La Ponche avec les quelques personnes qui, comme moi, aiment la tranquillité car on peut trouver de la tranquillité en été à Saint-Tropez, et une tranquillité liée à un exceptionnel art de vivre, je remercie le ciel, la nature et Dieu d’être venue vivre ici.

 

J’espère que la Mairie et l’Office du Tourisme ne riposteront pas à ces attaques médiatiques. Comme dit mon mari : "il faut laisser glouglouter les égouts."

 

Sylvie Bourgeois Harel

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Des tics et des tocs

Des tics et des tocs

 

Je m’appelle Frédérique et je suis pleine de tics et de tocs. Je n’ai jamais vraiment compris la différence. La seule chose que je sais, c’est que mes tics et mes tocs, mes tic-tocs, comme je les appelle, m’accompagnent partout. Depuis que j’ai 8 ans. Depuis que j’ai vieilli en une nuit. Ils sont mes amis. Mes gardes du corps. Mes bouées de sauvetage. Ils me rassurent et me font oublier.  Tout oublier. Grâce à eux, je redeviens une petite fille qui voudrait que sa maman ne l’ait jamais laissée seule chez son tonton. Ce n’était pas de sa faute. Elle ne pouvait pas savoir. Elle était partie se faire opérer d’un sein dans une clinique de Strasbourg, et mon papa n’était pas là. J’avais un papa, mais il n’était jamais là, Je l’appelais mon papa pas là. D’où l’idée de mon tonton pour me garder.

 

Mon tonton qui, au moment d’aller me coucher, a glissé sa main dans mon pantalon et n’a plus arrêté. Il m’a dit qu’on allait prier très fort pour que ma maman ne meure pas. Que pour bien prier, on devait être très près, très proches, très serrés. Puis il a retiré mon pantalon tout en faisant chut avec sa main posée sur ma bouche afin que je ne crie pas. Je n’ai pas osé bouger puisque si je bougeais et priais mal, ma maman allait mourir. Et puis c’était mon tonton quand même. Le frère aîné de ma maman. Celui qui me servait de papa quand le mien n’était pas là. Alors, comme j’aimais ma maman, même si ça ne me plaisait pas du tout, mais pas du tout, tous ces doigts de tonton dans ma culotte qu’il a fait glisser le long de mes jambes jusqu’à ce que je me retrouve toute nue, je me suis tue. Je ne voulais pas qu’elle meure.

 

Soudain, mon ventre s’est fracassé. J’ai hurlé. Hurlé tellement j’ai eu mal. C’était pire que tout. Pire que lorsque je m’étais brûlée les fesses en m’essayant sur un radiateur électrique. Pire que lorsque deux filles à la récré ont enroulé la corde à sauter autour de mon cou parce que j’étais meilleure qu’elles et ont tiré chacune de leur côté. Pire que lorsque je suis tombée sur le nez à vélo. Je n’ai pas de mot pour décrire cette boule de feu qui s’est emparée de mon sexe. Mes yeux se sont embués. Toute ma vie de petite fille heureuse s’est s’écroulée. J’ai eu la sensation que tout était fini pour moi. Tout était fini. Plus jamais, je ne pourrais aller jouer avec Nathalie après l’école, plus jamais je ne rigolerais des blagues de Christophe, plus jamais je ne voudrais que mon papa pas là me prenne dans ses bras. Plus jamais. Plus jamais. Tout était fini.

 

Mon tonton tout entier était entré en moi. Sa chemise frottait mon visage. De plus en vite. De plus en plus douloureusement. Alors pour ne plus avoir mal et pour que ma maman ne meure pas, j’ai décidé de mourir. Du haut de mes 8 ans, de tout ce que je pouvais savoir de la mort, je suis morte. J’ai donné ma vie pour que vive ma maman. Puis je me suis envolée dans les cieux. Je me suis envolée loin de mon corps, loin de mon pantalon qui gisait au sol, loin de mon tonton qui respirait si bruyamment sur moi. Je suis morte cette nuit-là.

 

Aujourd’hui, j’ai 58 ans, et mon sexe est toujours mort. Je ne ressens ni douleur, ni plaisir. Je suis morte à 8 ans, mais mon tonton a continué de vivre comme si de rien n’était, à venir déjeuner tous les dimanches à la maison, a emprunté de l’argent à ma maman parce qu’il n’en avait jamais assez. Moi, avec mon corps mort, je me taisais. Il m’avait fait promettre de me taire sinon ma maman finirait sous terre mangée par les vers.

 

Je me souviens aussi qu’il m’a portée jusque dans la baignoire et a fait couler de l’eau sur mes jambes. Il les a nettoyées avec une éponge pleine de sang qu’il a jetée. Puis il m’a séchée et m’a embrassée sur les cheveux en me prenant la tête. Je suis retournée me coucher. Je n’avais plus de larmes pour pleurer. Le lendemain, je ne suis pas allée à l’école, ni le jour suivant. Tonton a été très gentil avec moi, il m’a achetée du chocolat au lait avec des noisettes et une robe. Le chocolat, je l’ai vomi, et la robe, le premier jour où je l’ai portée, j’ai fait exprès de la tâcher avec de la confiture de fraises afin que ma maman comprenne que tout ce rouge à la hauteur du bas de mon ventre, ce n’était pas normal pour une petite fille. Mais elle n’a pas compris, elle m’a seulement grondée que tonton n’avait pas beaucoup d’argent et que cette robe lui avait coûtée beaucoup de sous.

 

Trois jours plus tard, lorsque ma maman est rentrée de l’hôpital, j’ai enfin pu retourner chez moi. Dès que j’ai passé le pas de la porte avec mon secret que je devais porter toute ma vie, une voix est descendue du ciel, la voix d’un ange, une voix venue me sauver. Elle m’a dit de toucher le mur. Cinq fois. Que si je touchais le mur cinq fois de suite et le plus souvent possible avec le grand doigt du milieu de ma main droite, plus jamais, mais plus jamais, ma maman ne retomberait malade, et plus jamais mon tonton ne retirerait mon pantalon.

 

Le lendemain matin, alors que je n’arrivais pas à avaler mon bol de chocolat chaud que ma maman m’avait préparée en raison du chocolat au lait avec des noisettes que mon tonton m’avait offert et que j’avais vomi, la voix est redescendue du ciel. Elle m’a dit de continuer de toucher le mur avec mon doigt et de toucher aussi mon nez avec ma lèvre supérieure et de le faire toujours cinq fois de suite. Je lui ai obéi. Elle a ajouté que cela me protégerait de mon tonton et de tous les garçons qui voudront retirer mon pantalon.

 

Dès que j’ai senti le velouté de ma lèvre supérieure toucher le bout de mon nez, j’ai éprouvé une douceur dans mon coeur. Un bonheur s’est emparé de mon cerveau. Un soulagement délicat comme un soupir m’a plongée dans un état de félicité comme lorsque je me réfugiais dans les bras de ma maman. J’ai même eu faim. C’était extraordinaire. C’était délicieux. C’était unique. Pendant une seconde, j’ai oublié les doigts de tonton. J’ai oublié mon pantalon mort sur le plancher. J’ai oublié ma douleur qui a fracassé mon zizi. Je n’ai jamais eu de zizi, les zizis c’est pour les garçons, mais ma maman qui a été élevée avec des garçons dont tonton a toujours appelé ça zizi. Alors je fais pareil, je dis zizi. Plus je touchais mon nez avec ma lèvre supérieure, plus je me sentais moins mourir.

 

Je suis alors partie à l’école en n’arrêtant pas de toucher le bout de mon nez avec ma lèvre supérieure et tous les murs ou grilles de maison ou poteaux de signalisation avec mon majeur. C’était bon. C’était bien. C’était mieux qu’une amie. En chemin, la voix venue du ciel, une voix qui n’était ni féminine, ni masculine, juste une voix divine à la sonorité encourageante qui me donnait confiance, m’a proposé un nouveau marché : en plus de toucher les murs avec mon majeur et le bout de mon nez avec ma mère supérieure, je devais aussi toucher le bout de mon pied droit avec ma main droite. Elle a ajouté que je pouvais le faire de deux manières différentes : soit je soulevais ma jambe droite vers l’arrière et je me penchais légèrement afin que ma main droite puisse toucher le bout de mon pied, soit je me baissais au sol pour le toucher. Elle me laissait le choix, mais il fallait que je le fasse toujours cinq fois de suite. Ça m’a plu d’avoir le choix. J’ai également choisi de ne plus jamais aller chez tonton, je me suis dit en arrivant à l’école. J’ai fait ça jusqu’à mes 17 ans. Les murs, le nez, mon pied, le sol, je n’arrêtais pas. Je trouvais toujours un prétexte, une excuse, si j’étais accompagnée. Oh j’ai perdu un bout de papier, je dois le ramasser. Oh ce mur a une drôle de consistance. Oh j’aime bien faire des grimaces, celle-là, c’est ma préférée.

 

À 17 ans, j’ai alors demandé à la voix divine et protectrice si je pouvais arrêter de toucher mon nez avec ma lèvre supérieure et de toucher mon pied avec ma main. Elle m’a répondu oui, mais qu’à la place, je devais tout en gardant la tête droite, tourner mes  yeux le plus possible vers la droite. Et le plus souvent possible et toujours cinq fois de suite. Ça et toucher les murs sont restés ma protection. Plus tard, j’ai appris que cinq était mon chiffre de vie que j’ai obtenu en additionnant le jour, le mois et mon année de naissance. La voix du ciel était donc vraiment divine pour l'avoir  su avant moi. La même voix qui guide mes sculptures aujourd’hui.

 

Aujourd’hui, j’ai 58 ans, je sculpte, je suis heureuse, j’ai mes périodes d’angoisse et de doutes, mon sexe est toujours mort au plaisir, et j’ai encore mes tics et mes tocs, mes tics-tocs, comme je dis en riant à mon compagnon quand il me voit toucher cinq fois le mur de notre maison lorsque je pars à mon atelier le matin. Je n’ai pas fait d’enfant afin qu’il n’ait jamais à croiser la route d’un tonton si je devais aller à l’hôpital. Je déteste le chocolat au lait avec des noisettes, et je n’ose pas refaire le geste de toucher le bout de mon nez avec ma lèvre supérieure tellement j’ai peur de reprendre gout à cet état de sérénité et de douceur qu’il me procurait. C’était même plus qu’un état de sérénité et de douceur, c’était un plaisir. Un véritable plaisir. Un plaisir rien qu’à moi. Un plaisir que je n’avais pas à donner, ni à partager.  Un plaisir intime entre ma douleur et moi. Comme une jouissance. Ma jouissance. Si je recommençais ne serait-ce qu’une fois, je sais que je n’arrêterais plus jamais tellement c’était bon.

 

J’ai 58 ans et je vis avec mes tics et mes tocs, mes tic-tocs, qui sont toujours mes amis, ma protection, ma superstition. Parfois, j’essaye de les arrêter. Mais c’est impossible. Je n’y arrive pas. Mais ils ne m’empêchent pas de vivre. Bien au contraire, ils m’aident, ils me soutiennent, ils me comprennent. Ils sont les seuls à savoir pour tonton. Ma maman est morte l’année dernière. Je ne lui ai jamais rien dit. J’attends que tonton meurt pour en parler, pour raconter, pour l’accuser. Tant qu’il est vivant, j’ai trop peur. Ce jour-là, peut-être que je me mettrai enfin à renaître.

 

Sylvie Bourgeois Harel

 

 

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Voici un long extrait d'un article de Michel Houellebecq paru dans Le Figaro dans lequel il expose son opposition au projet de la loi créant un droit à "l'aide à mourir" qui englobe l'euthanasie et le suicide assisté :
"Proposition numéro 1 : personne n’a envie de mourir. On préfère en général une vie amoindrie à pas de vie du tout ; parce qu’il reste de petites joies. La vie n’est-elle pas de toute façon, par définition presque, un processus d’amoindrissement? Et y a-t-il d’autres joies que de petites joies (cela mériterait d’être creusé)?
Proposition numéro 2 : personne n’a envie de souffrir. J’entends, de souffrir physiquement. La souffrance morale a ses charmes, on peut même en faire un matériau esthétique (et je ne m’en suis pas privé). La souffrance physique n’est rien d’autre qu’un enfer pur, dénué d’intérêt comme de sens, dont on ne peut tirer aucun enseignement. La vie a pu être sommairement (et faussement) décrite comme une recherche du plaisir ; elle est, bien plus sûrement, un évitement de la souffrance ; et à peu près tout le monde, placé devant une alternative entre une souffrance insoutenable et la mort, choisit la mort.
Proposition numéro 3, la plus importante: on peut éliminer la souffrance physique. Début du XIXe siècle: découverte de la morphine ; un grand nombre de molécules apparentées sont apparues depuis lors. Fin du XIXe siècle: redécouverte de l’hypnose ; demeure peu utilisée en France.
L’omission de ces faits peut expliquer à lui seul les sondages effarants en faveur de l’euthanasie (96 % d’opinions favorables, si je me souviens bien). 96 % des gens comprennent qu’on leur pose la question: «Préférez-vous qu’on vous aide à mourir ou passer le restant de vos jours dans des souffrances épouvantables?», alors que 4 % connaissent réellement la morphine et l’hypnose ; le pourcentage paraît plausible.
Les partisans de l’euthanasie se gargarisent de mots dont ils dévoient la signification à un point tel qu’ils ne devraient même plus avoir le droit de les prononcer. Dans le cas de la «compassion», le mensonge est palpable. En ce qui concerne la «dignité», c’est plus insidieux. Nous nous sommes sérieusement écartés de la définition kantienne de la dignité en substituant peu à peu l’être physique à l’être moral (en niant la notion même d’être moral?), en substituant à la capacité proprement humaine d’agir par obéissance à l’impératif catégorique la conception, plus animale et plus plate, d’état de santé, devenu une sorte de condition de possibilité de la dignité humaine, jusqu’à représenter finalement son seul sens véritable.
Dans ce sens je n’ai guère eu l’impression, tout au long de ma vie, de manifester une dignité exceptionnelle ; et je n’ai pas l’impression que ce soit appelé à s’améliorer. Je vais finir de perdre mes cheveux et mes dents, mes poumons vont commencer à partir en lambeaux. Je vais devenir plus ou moins impotent, plus ou moins impuissant, peut-être incontinent, peut-être aveugle. Au bout d’un certain temps, un certain stade de dégradation physique une fois atteint, je finirai forcément par me dire (encore heureux si on ne me le fait pas remarquer) que je n’ai plus aucune dignité.
Bon, et alors? Si c’est ça, la dignité, on peut très bien vivre sans ; on s’en passe. Par contre, on a tous plus ou moins besoin de se sentir nécessaires ou aimés ; à défaut estimés — voire admirés, dans mon cas c’est possible. Ça aussi, c’est vrai, on peut le perdre ; mais, là, on n’y peut pas grand-chose ; les autres jouent à cet égard un rôle tout à fait déterminant. Et je me vois très bien demander à mourir juste dans l’espoir qu’on me réponde: «Mais non mais non, reste avec nous» ; ce serait tout à fait dans mon style. Et en plus j’avoue cela sans la moindre honte. La conclusion, j’en ai peur, s’impose: je suis un être humain absolument dépourvu de toute dignité.
Un élément de baratin habituel consiste à affirmer que la France est «en retard» sur les autres pays. L’exposé des motifs de la proposition de loi qui va prochainement être déposée en faveur de l’euthanasie est à cet égard comique: cherchant les pays par rapport auxquels la France serait «en retard», ils ne trouvent que la Belgique, la Hollande et le Luxembourg ; je ne suis pas franchement impressionné.
La suite de l’exposé des motifs consiste en un enfilage de citations d’Anne Bert, présentées comme «d’une force admirable», mais qui ont plutôt eu sur moi l’effet malencontreux d’éveiller le soupçon. Ainsi, quand elle affirme: «Non, l’euthanasie ne relève pas de l’eugénisme» ; il est pourtant patent que leurs partisans, du «divin» Platon aux nazis, sont exactement les mêmes. De même, lorsqu’elle poursuit: «Non, la loi belge sur l’euthanasie n’a pas encouragé les spoliations d’héritage» ; j’avoue que n’y avais pas pensé, mais maintenant qu’elle en parle…
Immédiatement après, elle lâche carrément le morceau en affirmant que l’euthanasie «n’est pas une solution d’ordre économique». Il y a pourtant bel et bien certains arguments sordides que l’on ne rencontre que chez des «économistes», pour autant que le terme ait un sens. C’est bien Jacques Attali qui a insisté lourdement, dans un ouvrage déjà ancien, sur le prix que coûte à la collectivité le maintien en vie des très vieilles personnes ; et il n’est guère surprenant qu’Alain Minc, plus récemment, soit allé dans le même sens, Attali c’est juste Minc en plus bête (sans même parler du guignol de Closets, qui est comme le singe des deux précédents, leur Jean Saucisse).
Les catholiques résisteront de leur mieux, mais, c’est triste à dire, on s’est plus ou moins habitués à ce que les catholiques perdent à chaque fois. Les musulmans et les juifs pensent sur ce sujet, comme sur bien d’autres sujets dits «sociétaux» (vilain mot), exactement la même chose que les catholiques ; les médias s’entendent en général fort bien à le dissimuler. Je ne me fais pas beaucoup d’illusions, ces confessions finiront par plier, par se soumettre au joug de la «loi républicaine» ; leurs prêtres, rabbins ou imams accompagneront les futurs euthanasiés en leur disant que là c’est pas terrible, mais que demain sera mieux, et que même si les hommes les abandonnent, Dieu va s’occuper d’eux. Admettons.
Du point de vue des lamas, la situation est sans doute encore pire. Pour tout lecteur conséquent du Bardo Thödol, l’agonie est un moment particulièrement important de la vie d’un homme, car elle lui offre une dernière chance, même dans le cas d’un karma défavorable, de se libérer du samsara, du cycle des incarnations. Toute interruption anticipée de l’agonie est donc un acte franchement criminel ; malheureusement, les bouddhistes interviennent peu dans le débat public.
Demeurent les médecins, en qui j’avais fondé peu d’espérance, sans doute parce que je les connaissais mal, mais il est indéniable que certains d’entre eux résistent, se refusent obstinément à donner la mort à leurs patients, et qu’ils resteront peut-être l’ultime barrière. Je ne sais pas d’où ça leur vient, ce courage, c’est peut-être juste le respect du serment d’Hippocrate: «Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion». C’est possible ; ça a dû être un moment important, dans leurs vies, la prononciation publique de ce serment. En tout cas c’est beau, ce combat, même si on a l’impression que c’est un combat «pour l’honneur». Ce ne serait d’ailleurs pas exactement rien, l’honneur d’une civilisation ; mais c’est bien autre chose qui est en jeu, sur le plan anthropologique c’est une question de vie ou de mort. Je vais, là, devoir être très explicite: lorsqu’un pays – une société, une civilisation – en vient à légaliser l’euthanasie, il perd à mes yeux tout droit au respect. Il devient dès lors non seulement légitime, mais souhaitable, de le détruire ; afin qu’autre chose — un autre pays, une autre société, une autre civilisation — ait une chance d’advenir."
Michel Houellebecq
Mes inquiétudes sur le suicide assisté inclu dans la loi sur l'euthanasie et l'aide à mourir
Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez

Du haut de ma tour d’ivoire plantée dans un Saint-Tropez qui arbore déjà les couleurs de l’été, entre deux bains de mer, ne pouvant plus effectuer mes longues marches à cause de mon entorse à la cheville et de mon pied cassé, je me suis mise à penser. Bien m’en a pris. En voulant partager sur Facebook mon inquiétude quant aux futures évolutions que désirent les instigateurs de la loi sur l’aide à mourir voté en mai 2025, qui reprend des propositions datant de 2023 sur l’euthanasie et le suicide assisté, j’ai constaté plusieurs choses :

- qu’il est malsain voire dangereux que l’euthanasie en fin de vie et le suicide assisté soient assimilés dans la même loi car cela crée de nombreuses confusions dans l’esprit des gens
- que cette confusion a été voulue par les instigateurs de cette loi. Ainsi en parlant avec (fausse) émotion et (fausse) compassion de l’euthanasie en fin de vie des personnes âgées qui souffrent, ils veulent faire passer, dans un deuxième temps, aussi facilement qu’une lettre à la poste, la notion de suicide assisté qui sera alors proposé aux plus fragiles et aux plus démunis comme les jeunes déprimés ou les malades psychiatriques ( je ne fais que reprendre les mots et les arguments du Dr Touraine qui a travaillé à l’initiative de cette loi, que vous pouvez écouter dans ses interviews )
- que la Loi Clayes-Leonetti conçue pour accompagner les personnes en fin de vie est finalement peu connue. Tous ceux qui le désirent peuvent la signer, de préférence quand tout va bien, en prévention
- qu’il existe donc deux clans bien distincts : ceux qui, comme moi, aiment la vie, et ceux qui aiment la mort, mais de préférence celle des autres

Puisque cette loi a été votée, en attendant que le sénat donne son avis, je vais donc pousser plus loin ma réflexion à partir des paroles de ce Docteur Touraine qui explique très clairement que dès que la loi sera promulguée, ils continueront coûte que coûte leur combat afin que le suicide assisté soit proposé également aux jeunes déprimés et aux malades mentaux afin, ajoute-t-il, que ces pauvres gens aient, eux aussi, le droit de mourir. Sauf que mourir n’est pas un droit puisque nous allons tous mourir, c’est d’ailleurs notre seule certitude. Et c’est une décision à ne pas prendre à la légère, comme le disait Kafka : « L’éternité, c’est long surtout à la fin ».

Dans ma réflexion, on est bien d’accord que je ne parle que du suicide assisté qui sera proposé aux jeunes et aux malades mentaux, et pas de la fin de la vie en hôpital des personnes âgées qui souffrent. D’autant que de ce côté, j’ai géré la mort de ma mère à l’ancienne. Elle est morte d’un cancer généralisé dans mes bras, à la maison où j’avais fait installer l’hospitalisation à domicile ( un service formidable d’ailleurs ). Jamais je n’aurais sous-traité la mort de ma mère à un hôpital ou à qui que ce soit. Je voulais qu’elle soit avec moi. Elle le voulait aussi. C’était le dernier cadeau que je pouvais lui offrir. Un cadeau avec une charge émotionnelle énorme et une responsabilité toute aussi énorme. Pendant les six mois de la fin de sa vie, j’ai donc fait le choix de réduire drastiquement mon activité professionnelle afin d’être constamment avec elle, j’ai également abandonné mes dîners, mes soirées, mes week-ends et mes voyages. Ma seule priorité était ma mère. J’ai pris sa mort en pleine face. J’ai vu sa mort de près. J’ai vu la mort de près. J’avais 33 ans. Durant les six mois que j’ai passé auprès d’elle afin de l’accompagner le mieux que j’aie pu aux portes de l’au-delà, c’est mon devoir d’enfant à celle qui m’a donnée la vie, mon respect de fille vis-à-vis de sa mère, mon amour pour ma maman que j’adorais, qui se sont exprimés. C’est également ainsi que j’ai pu continuer de vivre sans culpabilité, avec mon chagrin oui, mais sans culpabilité de ne pas avoir fait ce que je devais faire.

Aujourd’hui où il devient très rare que des parents meurent de vieillesse chez eux ou chez leurs enfants, le plus souvent, ils sont déposés dans des ephads ou confiés à des hôpitaux, attention, je ne juge personne, ce sont des choix personnels et intimes, c’est juste un constat, ma réflexion sur le suicide assisté que désire proposer ceux qui ont travaillé sur cette loi m’apporte une question fondamentale : pourquoi demander aux médecins qui ont prononcé le Serment d’Hippocrate qui leur interdit de donner la mort, de soudain être obligés de la donner aux personnes qui demanderaient un suicide assisté ?

Comme je suis écrivain, j’aime utiliser les mots justes. Puisque cette loi sur le suicide assisté parle de tuer ceux qui désirent mourir, les investigateurs de cette loi devraient créer un nouveau métier, enfin plus exactement remettre au goût du jour, un métier qui a longtemps existé et qui a disparu en France en 1981, celui de bourreau. Dans le dictionnaire, la définition de bourreau est celui qui exécute les peines corporelles ordonnées par une cour de justice et spécialement la peine de mort. Il suffirait de changer quelques mots pour réactualiser cette définition. Le bourreau deviendrait alors celui qui exécute la mort d’une personne quarante-huit heures après que celle-ci l’aurait explicitement exprimé au cours d’un entretien et dans un local conçu à cet effet.

Il y aurait donc un CAP de bourreau, ainsi les médecins ne seraient pas obligés de trahir leur Serment d’Hippocrate, et les amateurs de la mort des autres pourraient, s’ils le désirent, devenir, eux aussi; bourreaux.

Quant à moi, je vais rejoindre le monde de ceux qui, comme moi, aiment la vie et qui préfèrent aider les jeunes déprimés à l’apprécier plutôt que de les inciter à se suicider, et par la même occasion, je vais aller me baigner dans ma belle Méditerranée ensoleillée que j’adore et pour laquelle, chaque jour, je remercie le ciel et les dieux de l’avoir créée.

Sylvie Bourgeois Harel

Et voici mon texte que j'avais publié quelques jours plus tôt sur Facebook :

Si je n’avais pas raté mon suicide, je serais morte, et je le regretterai. Oui, du fond de ma tombe ou du haut du ciel, je ne sais pas ce que l’on devient lorsque l’on meurt, ni si l’on advient d'ailleurs quelque chose, mais ce qui est sûr, c’est que je regretterai profondément toutes mes années vécues depuis, mes joies comme mes peines, mes drames comme mes bonheurs, je regretterai tout et je passerai l’éternité à me traiter d’idiote d’avoir avalé, à 20 ans, les nombreux comprimés de Temesta trouvés dans les tables de nuit de mes parents qui en prenaient, tous les soirs, au moment de se coucher pour mieux dormir.

 
Même si ma volonté de mourir pour en finir avec ma souffrance d’être à contre-courant, de ne pas comprendre mes choix destructeurs, de fuir ceux qui m’aimaient, datait de plusieurs mois, peut-être même de plusieurs années, certainement depuis que j’ai été abusée enfant (ce n’était pas mon papa), mon passage à l’acte est né dans une pulsion. Une urgence. Soudain, je n’ai plus vu d’autre solution à ma vie que la mort. Ma mort.
 
Quand ma mère m’a trouvée inconsciente depuis trente-six heures, elle pensait au début que j’étais très fatiguée, elle a appelé le médecin de famille qui a demandé à rester seul avec moi. Au bout d’une trentaine de minutes, étonnée qu’il ne sorte pas de ma chambre, elle a ouvert la porte qu’il avait pris le soin de fermer, et a vu le bon docteur la tête plongée dans mes seins. Furieuse, elle lui a demandé de partir et m’a rhabillée. Ce n’est que le lendemain que j’ai ouvert un oeil. Une de ses amies médecin m’a alors conduite à l’hôpital où l’on m’a fait un lavage d’estomac.
 
Tout ça pour dire que je trouve effrayant qu’une loi légalisant le suicide assisté et l'euthanasie ait été adoptée aussi facilement par l’Assemblée Nationale le 27 mai 2025, sans avoir consulté au préalable l'ensemble des Français, ne serait-ce que par un référendum, d’autant que la loi Léonetti, votée le 22 avril 2005, est très bien conçue. Chacun peut signer ce protocole qui consiste à refuser l’acharnement thérapeutique. Les unités de soins palliatifs dans les hôpitaux sont également là pour accompagner en douceur les malades en fin de vie. Unités de soins palliatifs qu'il faudrait d'ailleurs augmenter, certains départements n'en ont toujours pas.
 
Mais ce qui m'inquiète surtout, c'est cette notion de suicide assisté. Je ne vais donc pas parler de l'euthanasie en fin de vie qui, pour moi, est un autre sujet. Je pense d'ailleurs qu'il aurait été plus raisonnable de séparer les deux objets qui sont totalement différents, d'un côté l'euthanasie en fin de vie et de l'autre le suicide assisté.
 
Je me suis posée toutes sortes de questions sur cette loi. Chaque fois que mon coeur frémit d'inquiétude, je cherche à comprendre. J'ai donc cherché à savoir qui était le député Olivier Forlani qui l'a proposée. Et qui était son entourage qui a travaillé avec lui sur ce projet. C'est ainsi que je suis tombée sur le docteur Jean-Louis Touraine. Et j'ai eu peur lorsque j'ai écouté une de ses vidéos qui est visible de tous dans laquelle il explique très clairement et très simplement que cette loi était pour eux une première étape, mais que dès qu’ils auront mis un pied dans la porte, je reprends ses mots, ils augmenteront régulièrement et chaque année cette loi de plusieurs amendements afin d'avoir la possibilité de proposer ensuite le suicide assisté aux jeunes qui sont déprimés, aux malades mentaux, aux malades atteints d’Alzheimer et à tous ceux qui sont faibles et démunis.
 
Là, j'ai été effarée de voir comment à partir d'images fortes et de témoignages émouvants de personnes gravement malades qui souffrent, ceux qui ont proposé cette loi parlent, soudain, et de façon tout à fait normale, voire presque décontractée, d'autres cas de figure qui n'ont rien à faire dans une loi qui est censée aider à améliorer la fin de vie des personnes âgées qui souhaitent partir plus vite. Je le répète, la loi Léonetti est là pour encadrer ses fins de vie. Mais il faut remplir les papiers quand on est en état de le faire. Peut-être est-ce alors difficile pour certains de le faire ? Mais , dans ce cas, c'est dangereux de demander à une loi de sous-traiter ce manque de décision personnel et intime.
 
Dans sa vidéo, Touraine, sous couvert de bons sentiments, ne dit pas comment ils feront pour obtenir le consentement des malades psychiatriques ou d'Alzheimer lorsqu'ils leur proposeront le suicide assisté car c'est leur but.
 
J'avoue que j'ai eu un frisson dans le dos en écoutant les propos de ce docteur Touraine d'autant que l'on sait tous qu'Hitler avait proposé ce même type de loi en septembre 1939 afin de faire faire des économies à l’Allemagne, il l'avait même appelé La mort miséricordieuse. Les prédateurs trouvent toujours des noms formidables...
 
Les députés qui ont voté cette loi ont donc dit, en deux secondes, adieu au Serment d’Hippocrate que font tous les médecins et ce depuis deux mille ans, adieu au 6ème Commandement qui dit "Tu ne tueras point", 6ème commandement qui est autant présent dans la religion juive que dans la religion chrétienne, et également adieu à la Non-assistance à personne en danger qui responsabilise chacun d'entre nous en lui demandant d'aider son prochain. Trois valeurs de solidarité et de respect, trois valeurs fondamentales de notre société afin de protéger les gens. Et quant a la notion de suicide assisté, peut-être que tous ces députés n’ont pas eu un enfant qui, à 20 ans, a eu envie de mourir poussé par une pulsion épouvantable, pulsion qui a ensuite totalement disparu.
 
Cette loi a donc le pouvoir d'intimer le contraire du Serment d'Hippocrate et le contraire du 6ème amendement, puisqu’un amendement prévoit qu'une peine de deux ans de prison et une amende de trente-mille euros peuvent être administrés aux médecins qui refuseraient de pratiquer une euthanasie ou un suicide assisté. Si on reprend les mots de Touraine et si on suit donc son raisonnement, peut-être qu’un jour le bon copain qui incitera son ami à ne pas se suicider sera condamné lui aussi ?
 
Je me pose donc de nombreuses questions à savoir si, sous prétexte de soulager la souffrance de certains malades en fin de vie, cette loi aurait, un jour, le pouvoir de criminaliser les actes des personnes bienveillantes qui oeuvrent à sauver des vies ? Et si sous prétexte de protéger ceux qui souffrent, cette loi aurait le pouvoir de tuer ? Serions-nous alors tombés ou poussés dans l’ère de la morbidité où la mort serait plus importante que la vie, où il ne serait bientôt plus nécessaire d’apprendre à vivre, mais à décider comment et où mourir, alors que paradoxalement la mort n’a jamais été autant niée.
 
Si on écoute vraiment ce qu'a dit le docteur Touraine lorsqu'il a exprimé son désir d'augmenter cette loi d'amendements afin de pouvoir bientôt proposer, en toute impunité, le suicide assisté aux jeunes déprimés, aux malades mentaux, aux malades atteints d'Alzheimer et peut-être à d'autres cas de figure, cela fait froid dans le dos de voir comment Touraine et ses acolytes arrivent, en mettant en avant des exemples de personnes âgées en fin de vie qui souffrent dans les hôpitaux, en parlant d'eux avec des trémolos de (fausse) compassion dans leur voix, à entrer en guerre contre les plus démunis en les influençant à se suicider.
 
Ah oui, j'allais oublier. Dans le texte de la loi, un délai de seulement 48 heures est demandé entre la décision de suicider et le passage à l'acte, même pas le temps que la pulsion qui fait croire que la mort peut sauver de la vie, s'en aille...
 
Sylvie Bourgeois Harel

Voici mon texte que j'avais publié quelques jours plus tôt sur Facebook :

Si je n’avais pas raté mon suicide, je serais morte, et je le regretterai. Oui, du fond de ma tombe ou du haut du ciel, je ne sais pas ce que l’on devient lorsque l’on meurt, ni si l’on advient d'ailleurs quelque chose, mais ce qui est sûr, c’est que je regretterai profondément toutes mes années vécues depuis, mes joies comme mes peines, mes drames comme mes bonheurs, je regretterai tout et je passerai l’éternité à me traiter d’idiote d’avoir avalé, à 20 ans, les nombreux comprimés de Temesta trouvés dans les tables de nuit de mes parents qui en prenaient, tous les soirs, au moment de se coucher pour mieux dormir.

Même si ma volonté de mourir pour en finir avec ma souffrance d’être à contre-courant, de ne pas comprendre mes choix destructeurs, de fuir ceux qui m’aimaient, datait de plusieurs mois, peut-être même de plusieurs années, certainement depuis que j’ai été abusée enfant (ce n’était pas mon papa), mon passage à l’acte est né dans une pulsion. Une urgence. Soudain, je n’ai plus vu d’autre solution à ma vie que la mort. Ma mort.
 
Quand ma mère m’a trouvée inconsciente depuis trente-six heures, elle pensait au début que j’étais très fatiguée, elle a appelé le médecin de famille qui a demandé à rester seul avec moi. Au bout d’une trentaine de minutes, étonnée qu’il ne sorte pas de ma chambre, elle a ouvert la porte qu’il avait pris le soin de fermer, et a vu le bon docteur la tête plongée dans mes seins. Furieuse, elle lui a demandé de partir et m’a rhabillée. Ce n’est que le lendemain que j’ai ouvert un oeil. Une de ses amies médecin m’a alors conduite à l’hôpital où l’on m’a fait un lavage d’estomac.
 
Tout ça pour dire que je trouve effrayant qu’une loi légalisant le suicide assisté et l'euthanasie ait été adoptée aussi facilement par l’Assemblée Nationale le 27 mai 2025, sans avoir consulté au préalable l'ensemble des Français, ne serait-ce que par un référendum, d’autant que la loi Léonetti, votée le 22 avril 2005, est très bien conçue. Chacun peut signer ce protocole qui consiste à refuser l’acharnement thérapeutique. Les unités de soins palliatifs dans les hôpitaux sont également là pour accompagner en douceur les malades en fin de vie. Unités de soins palliatifs qu'il faudrait d'ailleurs augmenter, certains départements n'en ont toujours pas.
 
Mais ce qui m'inquiète surtout, c'est cette notion de suicide assisté. Je ne vais donc pas parler de l'euthanasie en fin de vie qui, pour moi, est un autre sujet. Je pense d'ailleurs qu'il aurait été plus raisonnable de séparer les deux objets qui sont totalement différents, d'un côté l'euthanasie en fin de vie et de l'autre le suicide assisté.
 
Je me suis posée toutes sortes de questions sur cette loi. Chaque fois que mon coeur frémit d'inquiétude, je cherche à comprendre. J'ai donc cherché à savoir qui était le député Olivier Forlani qui l'a proposée. Et qui était son entourage qui a travaillé avec lui sur ce projet. C'est ainsi que je suis tombée sur le docteur Jean-Louis Touraine. Et j'ai eu peur lorsque j'ai écouté une de ses vidéos qui est visible de tous dans laquelle il explique très clairement et très simplement que cette loi était pour eux une première étape, mais que dès qu’ils auront mis un pied dans la porte, je reprends ses mots, ils augmenteront régulièrement et chaque année cette loi de plusieurs amendements afin d'avoir la possibilité de proposer ensuite le suicide assisté aux jeunes qui sont déprimés, aux malades mentaux, aux malades atteints d’Alzheimer et à tous ceux qui sont faibles et démunis.
 
Là, j'ai été effarée de voir comment à partir d'images fortes et de témoignages émouvants de personnes gravement malades qui souffrent, ceux qui ont proposé cette loi parlent, soudain, et de façon tout à fait normale, voire presque décontractée, d'autres cas de figure qui n'ont rien à faire dans une loi qui est censée aider à améliorer la fin de vie des personnes âgées qui souhaitent partir plus vite. Je le répète, la loi Léonetti est là pour encadrer ses fins de vie. Mais il faut remplir les papiers quand on est en état de le faire. Peut-être est-ce alors difficile pour certains de le faire ? Mais , dans ce cas, c'est dangereux de demander à une loi de sous-traiter ce manque de décision personnel et intime.
 
Dans sa vidéo, Touraine, sous couvert de bons sentiments, ne dit pas comment ils feront pour obtenir le consentement des malades psychiatriques ou d'Alzheimer lorsqu'ils leur proposeront le suicide assisté car c'est leur but.
 
J'avoue que j'ai eu un frisson dans le dos en écoutant les propos de ce docteur Touraine d'autant que l'on sait tous qu'Hitler avait proposé ce même type de loi en septembre 1939 afin de faire faire des économies à l’Allemagne, il l'avait même appelé La mort miséricordieuse. Les prédateurs trouvent toujours des noms formidables...
 
Les députés qui ont voté cette loi ont donc dit, en deux secondes, adieu au Serment d’Hippocrate que font tous les médecins et ce depuis deux mille ans, adieu au 6ème Commandement qui dit "Tu ne tueras point", 6ème commandement qui est autant présent dans la religion juive que dans la religion chrétienne, et également adieu à la Non-assistance à personne en danger qui responsabilise chacun d'entre nous en lui demandant d'aider son prochain. Trois valeurs de solidarité et de respect, trois valeurs fondamentales de notre société afin de protéger les gens. Et quant a la notion de suicide assisté, peut-être que tous ces députés n’ont pas eu un enfant qui, à 20 ans, a eu envie de mourir poussé par une pulsion épouvantable, pulsion qui a ensuite totalement disparu.
 
Cette loi a donc le pouvoir d'intimer le contraire du Serment d'Hippocrate et le contraire du 6ème amendement, puisqu’un amendement prévoit qu'une peine de deux ans de prison et une amende de trente-mille euros peuvent être administrés aux médecins qui refuseraient de pratiquer une euthanasie ou un suicide assisté. Si on reprend les mots de Touraine et si on suit donc son raisonnement, peut-être qu’un jour le bon copain qui incitera son ami à ne pas se suicider sera condamné lui aussi ?
 
Je me pose donc de nombreuses questions à savoir si, sous prétexte de soulager la souffrance de certains malades en fin de vie, cette loi aurait, un jour, le pouvoir de criminaliser les actes des personnes bienveillantes qui oeuvrent à sauver des vies ? Et si sous prétexte de protéger ceux qui souffrent, cette loi aurait le pouvoir de tuer ? Serions-nous alors tombés ou poussés dans l’ère de la morbidité où la mort serait plus importante que la vie, où il ne serait bientôt plus nécessaire d’apprendre à vivre, mais à décider comment et où mourir, alors que paradoxalement la mort n’a jamais été autant niée.
 
Si on écoute vraiment ce qu'a dit le docteur Touraine lorsqu'il a exprimé son désir d'augmenter cette loi d'amendements afin de pouvoir bientôt proposer, en toute impunité, le suicide assisté aux jeunes déprimés, aux malades mentaux, aux malades atteints d'Alzheimer et peut-être à d'autres cas de figure, cela fait froid dans le dos de voir comment Touraine et ses acolytes arrivent, en mettant en avant des exemples de personnes âgées en fin de vie qui souffrent dans les hôpitaux, en parlant d'eux avec des trémolos de (fausse) compassion dans leur voix, à entrer en guerre contre les plus démunis en les influençant à se suicider.
 
Ah oui, j'allais oublier. Dans le texte de la loi, un délai de seulement 48 heures est demandé entre la décision de suicider et le passage à l'acte, même pas le temps que la pulsion qui fait croire que la mort peut sauver de la vie, s'en aille...
 
Sylvie Bourgeois Harel
Sylvie Bourgeois à 20 ans

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La Bravade de Saint-Tropez

La Bravade de Saint-Tropez
 
Tous les ans, les 16, 17 et 18 mai, à Saint-Tropez, nous fêtons la Bravade, une fête autant religieuse que militaire, en hommage au Chevalier Torpes, martyr chrétien qui donna son nom au village, ainsi qu'aux hommes, Génois et Tropéziens, qui, durant un siècle, défendirent avec bravoure le village des nombreuses attaques maritimes fomentées par les barbaresques.
 
Côté militaire, tout a commencé en 1441. Le roi René donne les terres désertées depuis 1388 de l'actuel Golfe de Saint-Tropez à Jean de Cossa, seigneur de Grimaud, en lui intimant l'ordre de repeupler Saint-Tropez dont les habitants, lassés d’être régulièrement envahis par les pirates et autre ennemis, s’étaient réfugiés dans les campagnes loin du littoral.
 
Le 15 octobre 1470, Cossa signe une convention avec Raphaël Garezzo, seigneur de Pornassio, afin que celui-ci envoie vingt-et-une familles génoises vivre à Saint-Tropez. Ces vingt-et-un chefs de famille, que des nobles, ont donc emmené avec eux leur femme, leurs enfants, leurs cousins, leurs oncles, leurs serviteurs, paysans, boulangers, marins, soldats, mais aussi des mauvais garçons qu'ils ont pu faire sortir du bagne car il leur fallait des hommes costauds, sans peur, et qui surtout savaient se battre. C'est d'ailleurs pour cette raison que certains s'appelaient, par exemple, Quindici qui veut dire quinze en italien. Ces bagnards n'ayant plus d'identité, ils ont donc été enregistrés sous le chiffre de leur matricule de prisonnier qui avait été gravé au fer à rouge sur leur avant-bras.
 
En échange d'une franchise fiscale, d'une immunité totale (pour les bagnards), d'une exonération d'impôts et d'une autonomie en armes, ces Italiens devaient rebâtir le port, construire des remparts, et surtout défendre la cité.
 
C’est ainsi que sans aucune contrainte royale, bénéficiant d'une totale liberté, une véritable communauté solidaire et unie - la mairie achetait le blé pour le redistribuer équitablement, donnait de l'argent aux filles-mères pour subvenir à leurs besoins -, s'est alors établie. Petit à petit, les Tropéziens sont revenus vivre dans leur village, s'alliant avec ces Génois pour le meilleur et pour le pire. Afin qu'il n'y ait aucun dérapage de prise de pouvoir, dès 1558, chaque Lundi de Pâques, un Capitaine de Ville était nommé pour seulement un an. Sa mission était de former et de diriger la milice locale.
 
Mais le 20 juillet 1672, Louis XIV décida de stopper cette fabuleuse organisation. Une garnison royale fut dépêchée pour remplacer la milice locale. Le roi exigea également le paiement des impôts. Les Tropéziens, furieux de perdre leur indépendance, leur liberté et leurs privilèges financiers, alors qu’ils avaient su repousser tout seuls et vaillamment, de nombreux ennemis, décidèrent de continuer de nommer chaque année, à chaque lundi de Pâques, à titre honorifique, un Capitaine de Ville, afin que les générations suivantes n'oublient jamais leur bravoure et leur courage. Encore aujourd'hui, un Capitaine de Ville est nommé le Lundi de Pâques pour un an, et défile en tête de la Bravade.
 
Côté religieux, la Bravade honore Saint Torpes. Nous sommes le 29 avril de l'an 68. Lors de l'inauguration, à Pise, d'un temple dédié à la déesse Diane, l'Empereur Néron, qui était polythéiste, demande au chef de sa garde personnelle, le Chevalier Torpes, d'adjurer sa foi chrétienne. Celui-ci refuse. Furieux, Néron le fait flageller, mais le poteau auquel il était attaché, tombe tuant le bourreau. Néron le fait alors jeter aux fauves, mais ceux-ci se couchent aux pieds de Torpes. Néron ordonne sa décapitation. Le corps sans tête du chevalier est mis dans une barque avec un coq et un chien censés le dévorer.
 
La barque a dérivé sur le fleuve Arno, puis a rejoint la Méditerranée et a fini par s'échouer le 17 mai de la même année sur la plage d’Héracléa avec, à son bord, le corps intact du Chevalier Torpes qui est devenu le Saint-Patron de Saint-Tropez à qui il donna son nom. Le coq s'est s'envolé vers des champs de lin, donnant son nom au village de Cogolin et le chien donna son nom à celui de Grimaud qui veut dire vieux chien en provençal.
 
Les bravadeurs qui font partie de l’association Les Amis de la Bravade défilent de façon très protocolaire en uniformes militaires anciens, tandis que les femmes, en tenues provençales, dansent. Entre les coups de tromblons qui résonnent dans tout le village, la clique joue du fifre et des tambours. Quant à Torpes, son buste, après être sortt de façon très solennelle de l’église, prend la tête d’une longue procession religieuse dans les ruelles. Des messes sont également prévues avec bénédiction des armes et des bouquets de fleurs rouge et blanches. Le rouge et le blanc étant les couleurs de la cité, tous les Tropéziens s'habillent ainsi.
 
La Bravade est la fête des résistants, un hymne à la liberté.
 
C'est bruyant, joyeux, sérieux et émouvant.
 
Sylvie Bourgeois Harel
Bravade de Saint-Tropez - Sylvie Bourgeois Harel et Marcelline l'aubergine

Bravade de Saint-Tropez - Sylvie Bourgeois Harel et Marcelline l'aubergine

Bravade de Saint-Tropez - Sylvie Bourgeois Harel

Bravade de Saint-Tropez - Sylvie Bourgeois Harel

Bravade de Saint-Tropez - Sylvie Bourgeois Harel et Marcelline l'aubergine

Bravade de Saint-Tropez - Sylvie Bourgeois Harel et Marcelline l'aubergine

Bravade de Saint-Tropez - Sylvie Bourgeois Harel

Bravade de Saint-Tropez - Sylvie Bourgeois Harel

Bravade de Saint-Tropez - Sylvie Bourgeois Harel

Bravade de Saint-Tropez - Sylvie Bourgeois Harel

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La voix - Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - La Ponche

La voix - Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - La Ponche

La Voix

 

Je suis bien chez toi

 

 

Je suis bien chez toi. Tu ne le sais peut-être pas mais je suis là pour toi. Je te vois. Je te sens. C’est toi qui vas me réparer. C’est toi qui vas le dire. C’est toi qui vas l’écrire. Je l’aimais. Je n’ai fait que l’aimer. Toute ma vie. Et encore aujourd’hui. Mais il est parti. Il est parti dans les ténèbres.

 

Et depuis je le cherche. Je ne fais que le chercher. On nous dit que l’on se retrouve toujours mais ce n’est pas vrai. Ça fait des années que je le cherche et je ne sais toujours pas où il est. J’ai beau l’appeler, lui parler, crier son nom, c’est le néant qui m’apparaît comme s’il n’avait existé. Pourtant, je l’ai vu. Je l’ai eu dans mes bras. Je l’ai embrassé. Je l’ai laissé entrer. Je l’ai aimé. Puis il a disparu.

 

Mais je ne l’ai jamais oublié. Je ne me suis jamais mariée. Je l’ai attendu toute ma vie. Et encore aujourd’hui. Je l’attends. En le cherchant. Dans le néant. C’est grand le néant, Sylvie. J’ai souvent eu peur de tout cet infini. Je n’ai pas d’enfant. Pas de parents. Pas de grands-parents. Je suis comme une mauvaise herbe qui aurait poussé là où elle n’aurait pas dû. Je l’ai attendu. Et je l’attends encore.

 

Mais aujourd’hui je suis revenue. Je suis revenue pour que tu dises au monde entier que ce n’est pas vrai, on ne se retrouve pas toujours. Que l’on peut se rater. Ici et là-bas. Et que c’est un drame qui fait très mal de se rater.

 

Alors ma petite Sylvie aujourd’hui, je suis revenue et je suis là pour toi. Je vais te raconter les histoires de l’au-delà. Les histoires de là-haut et toi tu m’écriras une nouvelle vie. Une vie dans laquelle je serais heureuse. Une vie dans laquelle il m’aimera. Une vie dans laquelle il m’embrassera et me prendra la main.

 

Je ne te quitterai pas. Je veillerai sur toi comme j’aurais aimé veiller sur lui. Tu nous écriras des enfants, un jardin, des rires, des baisers et pourquoi pas un voyage en Inde. Sur un tapis volant. Un tapis volant pour nous préparer à l’éternité. On ne s’y prépare pas assez à l’éternité. On est trop pressés. Toujours trop pressés. Alors que c’est ça la vie, c’est l’éternité, c’est la lumière et les ténèbres. C’est terrifiant et léger. Beau et alarmant. Angoissant et reposant. Tout dépend de comment tu t’es préparé.

 

À force de le chercher, j’ai tout raté. Mais je vais t’aider. Je vais tout te raconter. Le diable et les anges. Les démons et les dieux. Le mal et le bien. Je vais tout te dire et, toi, chaque matin,  tu m’écriras mon amoureux qui me tient par la main.

 

Sylvie Bourgeois Harel

 

 

Ce texte est un extrait de mon prochain livre LA VOIX qui paraîtra début juin 2026.
Vous pouvez me contacter sur mon mail : slvbourgeois@wanadoo.fr.
Ou au 0680644633.
La voix - Sylvie Bourgeois Harel

La voix - Sylvie Bourgeois Harel

La voix - Sylvie Bourgeois Harel - 4ème de couv

La voix - Sylvie Bourgeois Harel - 4ème de couv

Plage de Pampelonne - Ramatuelle

Plage de Pampelonne - Ramatuelle

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SHORT ROUGE

SHORT ROUGE

Nous sommes en février 2007. Il pleut. Il fait froid. Dans la vitrine parisienne du magasin Diesel, à deux pas de chez nous, à Saint-Germain-des-Prés, mon mari voit sur un mannequin un short rouge, taille haute, très bien coupé, dans un joli coton épais.

– Qu’est-ce que tu serais belle avec ce short rouge, me dit-il, viens, je te l’offre.
– Merci, je lui réponds, mais ça ne m’amuse pas d’acheter un short d’été au mois de février.

C’est mon côté enfant, dès que j’ai un vêtement nouveau, je veux le porter immédiatement, donc compliqué de porter un short rouge en plein hiver.

– Et puis, il est trop cher pour un short, j’ajoute.
– On s’en fout, il est beau.

Mon mari me prend par la main et m’entraîne dans le magasin.

La taille 34 que je fais est sur le mannequin en vitrine. Je dis à la vendeuse qui veut le déshabiller, qu’il n’y a pas d’urgence, nous habitons à deux pas, nous reviendrons. Mon mari est terriblement déçu que je ne veuille pas essayer ce short rouge qui lui plaît temps. Depuis trois ans que nous nous connaissons, alors qu’il est plutôt un intellectuel sombre et pessimiste, il adore faire les magasins avec moi et m’acheter plein de vêtements. Ça l’amuse de jouer à la poupée avec moi, je crois. De mon côté, je dis toujours oui, j’adore les habits. Mais là, je ne sais pas pourquoi, je ne veux pas de ce short rouge. Et rien ne peut me faire changer d’avis.

Le temps passe. Régulièrement, mon mari, qui est en préparation de son nouveau film, me demande si je suis allée chez Diesel acheter le short. À chaque fois, je lui trouve une excuse bidon : c’était fermé, je n’ai pas eu le temps, j’irai demain. Il se propose alors de m’accompagner le prochain samedi quand il aura du temps. Mais je refuse. Je n’arrive pas à me l’expliquer, je suis littéralement contre cet achat. Et puis, je me trouve trop vieille pour le porter.

Début mai, nous arrivons à Saint-Tropez pour le tournage du film de mon mari qui débute le lendemain. À peine le taxi nous dépose au Pandaï Palais, l’hôtel où nous devons séjourner pendant deux mois, mon mari repère la boutique Diesel.

– Super ma chérie, allons acheter ton short rouge.

Je l’essaye, en effet, ce short me va hyper bien. Mais je n’en veux toujours pas. Sans aucune raison.

– Et ne t’avise pas de me l’acheter en cachette, je dis assez autoritairement à mon mari en sortant de la boutique, ça ne me fera pas plaisir, je le rapporterai immédiatement.

Je ne sais pas pourquoi, je fais une fixette sur ce short alors que j’adore les shorts, les habits, les cadeaux, mais ce short rouge qui me va pourtant divinement bien avec sa taille haute, je n’en veux pas.

Voyant que mon mari affiche une mine toute triste, je m’adoucis.

– Ce short, c’est un attrape-mecs, je lui dis, comme je ne vais pas te voir pendant tes deux mois de tournage, je ne veux pas le porter toute seule, sans toi, dans Saint-Tropez. Si tu veux me l’offrir, il faut que tu m’offres la semaine de vacances qui va avec, je le taquine sachant que c’est impossible, après les deux mois à Saint-Tropez, il a encore quatre semaines de tournage à Paris, puis trois mois de montage.

Dix jours plus tard, l’un des acteurs principaux attrape dans la mer une pneumo-bronchiolite. Le médecin des assurances du cinéma arrive en urgence de Paris par le premier avion. Verdict : le tournage doit être arrêté pendant deux se-maines. C’est une catastrophe. Les villas, les yachts, les places au port, les hôtels, ont été loués à dates fixes. C’est impossible de tout repousser aussi longtemps. Le tournage peut être arrêté une semaine, mais pas deux. Deux semaines, c’est la mort du film qui serait immédiatement mis en sinistre.

Le comédien adorable essaye de négocier avec le médecin. Il veut un traitement de cheval afin d’être d’attaque dans une semaine. Celui-ci accepte. Il reviendra dans sept jours pour décider de son état de santé et du sort du film.

En sortant de sa réunion avec la production, mon mari d’un calme olympien par rapport à l’arrêt de son film me prend la main :

– La voilà, Sylvie, ta semaine de vacances. Viens, on va acheter ton short rouge.

Vu la situation, je ne peux rien dire. On arrive chez Diesel et là, boum patatras, la vendeuse nous annonce que la taille 34 a été vendue. J’essaye le 36 mais il est trop grand. Désolée, je me tourne vers mon mari qui est assis, la tête dans les mains, catastrophé. Son film arrêté, il assume, mais le short rouge que l’on ne peut pas acheter, il est totalement démoralisé, pire que si l’univers s’était abattu sur lui.

D’un air vraiment malheureux, il me dit :

– Tu étais si belle dans ce short rouge !

Son cri d’amour me brise le cœur. J’ai peur d’avoir tout détruit. C’est rare d’être autant aimée par un homme qui vous trouve belle encore à mon âge. Je ne suis plus toute jeune. Je me sens soudain idiote de ne pas avoir voulu offrir à mon ma-ri qui m’aime passionnément ce mini-plaisir, et de m’être battue avec autant de ténacité contre l’achat de ce short rouge.

Affolée à l’idée qu’il ne m’aime plus, je demande à la vendeuse de me trouver un 34 n’importe où en France et de me le faire venir, je suis prête à tout pour conso-ler mon mari.

Ouf, un short en 34 est disponible dans la boutique de Cannes. Le lendemain, un assistant qui désirait aller au festival est allé me le chercher. Et ouf, le film n’a été arrêté qu’une semaine. Il a donc pu être terminé. Je traverse d’ailleurs quelques scènes avec mon short rouge que la costumière, voulant faire plaisir à mon mari, était également allée acheter sans nous le dire !

Depuis, quand mon mari, ou quelqu’un d’autre, me fait un cadeau, même si ça ne me plaît pas, je dis oui. Un grand oui. Et je souris. Et tous les étés, je porte mon short rouge » !

Sylvie Bourgeois Harel 

SHORT ROUGE
https://youtu.be/SkhFvg_MhQs?si=TfNDBJ2IBYojj8HQ

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Vive les minijupes !

Vive les minijupes !

 

 

L’autre jour, sur un groupe WhatsApp qui me relie un peu à Paris que j’ai quitté, il y aura bientôt trois ans, une amie nous questionnait à savoir s’il était possible de porter des minijupes lorsque nous vieillissions. Comme j’aime m’exprimer sur les futilités qui structurent mon quotidien, mais qui vont finalement bien au-delà de la futilité puisqu’elles parlent de notre intimité, je lui ai répondu que ce n’était pas une histoire d’âge, mais plutôt de l’énergie que nous désirions encore mettre dans notre rapport à la séduction. J’ai ajouté que je ne portais plus de minijupe depuis au moins dix ans. Que j’avais abandonné les minijupes, les talons de 9, les maquillages excessifs, pour un look plus serein, plus en accord avec mon nouvel état d’esprit apaisé et doux.

 

Puis j’ai réfléchi. J’ai adoré porter des minijupes. Très courtes. Au ras des fesses. Je faisais raccourcir toutes les jupes de mes tailleurs. Je m’en cousais aussi dans du tissu tubulaire sur lesquels j’ajoutais des galons de couleurs différentes de chaque côté. J’en ai eu des roses, des bleues, des fleuries de chez Irié, des en jean, en cuir, en daim, même en panthère de chez Irié toujours en coton stretch. Je déteste la jupe qui arrive à mi-cuisse. Elle  casse la silhouette. Si ça doit être court, autant que ça soit très court ! Ma mère me disait que le short, très court aussi, et la minijupe, étaient ce qui m’allait le mieux. En hiver, je portais mes minijupes avec des bottes et des collants en cachemire, une merveille. En été, avec des boots de cowboy sur des jambes bronzées. En minijupe, je me sentais libre et sexy. Avec mes minijupes, j’estimais envoyer une sorte de clin d’oeil joyeux. Les hommes n’y étaient pas insensibles. En revanche, je n’ai jamais porté de minijupe si je devais prendre un métro ou aller dans un endroit pas sécurisé. Il ne faut pas exagérer. Certains hommes rustres et peu éduqués, hélas, peuvent prendre cet habillement pour une invitation et avoir des gestes déplacés. J’avais de la chance d’habiter, de travailler et de fréquenter que des beaux quartiers parisiens où toutes les excentricités vestimentaires étaient permises et même appréciées.

 

Dans ma féminité, lorsque je choisissais mes habits, le matin, j’ai toujours eu besoin d’envoyer des messages liés à une certaine forme de complicité, comme un jeu, qui n’étaient en aucun cas des messages liés à une certaine forme de séduction. Je ne cherchais absolument pas à consommer ou à accumuler les aventures. Je n’ai d’ailleurs jamais eu d’aventures. Vous voyez comme quoi ce que l’on pourrait prendre pour des futilités nous entraîne rapidement à parler de notre intimité. J’ai donc porté des milliers de minijupes, mais je n’ai jamais eu d’aventure. Je n’aime que les hommes fous de moi. Quand on arrive à m’embrasser, ça dure des années, peut-être même des siècles. Mes minijupes n’étaient pas non plus un message de provocation, non, elles étaient plutôt un message joli et joyeux, qui disait, je sens bon, je suis jolie, je suis heureuse, alors vas-y, mon coco, balance ton compliment ! Et c’est très agréable de recevoir des compliments, même d’inconnus dans la rue. En effet, j’avais l’impression que mes minijupes avaient le pouvoir de mettre le coeur des hommes que je croisais en joie.  C’est pas mal d’arriver à créer de la joie avec seulement un tout petit bout de tissu !

 

Pour en revenir à la minijupe, la styliste anglaise Mary Quant l’a inventée en 1962, en s’inspirant des tenues de plage légères que les femmes portaient l’été à Saint-Tropez. Dès 1958, elle a alors commencé à raccourcir de plus en plus ses jupes jusqu’à ne laisser que dix centimètres sous les fesses. Puis André Courrèges l’a popularisée en France en 1965. À eux deux, ils ont révolutionné la garde-robe des femmes. Ils leur ont offert un vent de liberté. Comme disait Mary Quant, il est plus facile de courir après un bus en minijupe qu’avec une jupe-crayon. Coco Chanel, qui n’a jamais dû prendre  le bus, a décrié la minijupe. Pour elle, c’était vulgaire d’en porter une à Paris. À la limite à la campagne, pourquoi pas, ajoutait-elle, tout le monde s’en fout à la campagne de comment vous vous habillez. N’empêche, depuis, il n’y a pas eu un seul défilé Chanel sans minijupe qui est devenue un basique.

 

Parmi les anecdotes racontées par mes vieux amis qui sillonnaient dans l’entourage de François Mitterrand, le gang des minijupes, c’est ainsi que les hommes l’avaient surnommé, sévissait ardemment. Ce groupe de femmes journalistes politiques arrivaient en minijupes dans l’avion présidentiel lors des voyages officiels, une tenue certainement efficace pour obtenir plus facilement des renseignements sur des dossiers classés top secrets ! L’homme est fragile et les politiques encore plus, me répétaient-ils en riant ! 

 

Quand à André Courréges, je l’ai ramené, une nuit, chez lui, il y a une vingtaine d’années. Je rentrais chez moi à Neuilly-Saint-James, en face du bois de Boulogne, lorsque j’ai vu un petit monsieur, très fin, habillé tout en rose, avec des grandes lunettes, se promener tout seul dans l’allée en bordure des arbres. Je l’ai tout de suite reconnu. Je l’ai fait monter dans ma voiture. Il avait l’ait complètement hébété. Son épouse m’a dit qu’il se perdait souvent. Je l’ai remercié pour ses minijupes, ses bottes plates, ses blousons courts de toutes les couleurs et ses minis sacs légers. 

 

Alors, c’est décidé, à partir d’aujourd’hui, pour rendre hommage à toutes les femmes sur terre qui n’ont pas le droit de s’habiller comme elles le désirent et encore moins de porter des minijupes, je vais de nouveau en porter. Même quand je serai très vieille, je serai une écrivain digne en minijupe, ce sera très amusant. Ce sera mon nouveau style en hommage également à la liberté. Et puis cela fera plaisir à ma maman qui me regarde depuis les cieux.

 

Sylvie Bourgeois Harel

 

Vive les minijupes !
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Sylvie Bourgeois Harel - Lily of the Valley - La Croix Valmer

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ÉMILIE

 

“Je m’appelle Émilie et j’ai le cerveau en bouillie. À l’instant encore, je viens de trouver la porte de mon réfrigérateur ouverte. Je l’ai regardée un instant, interloquée, ne comprenant pas pourquoi elle était ouverte. Je vis seule dans ma maison. Personne n’est venu me rendre visite. Et je ne suis pas retournée dans ma cuisine de la journée. En effet, j’ai été tellement occupée que je n’ai pas trouvé le temps de m’arrêter, ne serait-ce qu’un instant, pour me préparer un déjeuner. Puis je me suis souvenue que j’avais ouvert mon réfrigérateur ce matin pour sortir mon pot de confiture de framboises afin de me faire une tartine histoire d’accompagner ma deuxième tasse de thé que je n’ai pas bu puisqu’elle est toujours sur la table à côté de ma tartine beurrée et de mon pot de confiture que je n’ai pas ouvert, alors qu’il est presque 18 heures.

 

Lorsque j’ai compris que j’avais laissé mon réfrigérateur ouvert pendant plus de sept heures, je me suis effondrée sur mon canapé et je me suis mise à pleurer. À pleurer à chaudes larmes. À appeler ma maman, comme je le faisais enfant, sauf que je ne suis plus une enfant, j’ai 59 ans, et ma maman est morte, il y a cinq ans. J’ai alors téléphoné à Amandine, ma meilleure amie. Elle m’a dit de respirer doucement, que ce n’était pas bien grave. Et pour me faire rire, Amandine sait toujours me faire rire, elle m’a demandé si, cette fois, j’avais bien refermé la porte de mon réfrigérateur. Puis, elle m’a conseillée de prendre un papier et un crayon et d’écrire tout ce que j’avais fait dans la journée. 

 

Je me suis alors souvenue qu’en voyant la couleur de ma confiture, j’ai pensé à ma culotte de couleur framboise justement que j’avais posée dans le lavabo de ma salle de bains et que je n’avais toujours pas lavée. Je lave ma lingerie à la main. C’est le seul moyen pour la préserver longtemps et ne pas l’abimer. Et je dis réfrigérateur, jamais frigidaire qui, comme tout le monde le sait, est une marque de réfrigérateur, une marque, certes, qui est passée dans le langage courant, mais ma mère m’a appris que c’était aux détails d’un langage châtié que l’on reconnaissait les dames.

 

Je ne sais pas si je suis une dame, mais en me rendant dans ma salle de bains pour laver ma culotte, j’ai reçu sur mon téléphone que j’avais dans la poche de ma veste, une notification comme quoi un certain Jacky avait commenté ma publication sur Facebook. C’est Amandine qui m’a conseillée de m’inscrire sur Facebook lorsque mon mari m’a quittée. Non pas pour trouver un homme, mais pour avoir des contacts sociaux. J’avoue que c’est très rigolo. J’y passe des heures. Je regarde tout. Je lis tout. Je commente tout.

 

De mon côté, je ne publie que des photos de Benjamin, mon chat tigré qui m’a adoptée lorsque Julien est parti. Benjamin a tout compris de la vie, et de la mienne aussi. Il a compris qu’il y avait une place vide à prendre dans mon lit, il s’y est installé, et le soir, comme je le faisais pour Julien qui était très gourmand, je prépare à mon Benjamin chéri un bon petit plat à base de crevettes ou de poulet. C’est un amour. Benjamin pas Julien. Comme il a beaucoup de succès sur Facebook, Benjamin pas Julien qui ne publie que des photos de lui, heureux avec sa nouvelle femme, comme pour me narguer ou faire croire que nos vingt-sept années de mariage n’ont jamais existé, j’ai aussi créé un compte Instagram. J’allais répondre à ce Jacky qui me demandait l’âge de Benjamin quand réfléchir à l’âge de mon chat que je ne connais pas, m’a fait penser au mien que je connais bien et aussi à ma carte d’identité que je dois renouveler. 

 

J’ai donc pris mon ordinateur pour faire une demande en ligne, mais au moment d’ouvrir le site du service public, j’ai préféré répondre au mail que ma fille qui vit en Nouvelle-Zélande m’avait envoyé durant la nuit. J’allais lui écrire que j’aimerais bien lui rendre visite à Noël, mais avant de lui faire une fausse joie, j’ai voulu regarder les prix des billets d’avion pour Auckland où elle habite avec son mari. Je suis alors tombée sur un article qui titrait qu’il n’y avait pas de serpent en Nouvelle-Zélande, ce qui est une bonne nouvelle car j’en ai une trouille bleue. 

 

Parlant de trouille, je me suis alors rendue dans ma chambre pour évaluer si je pouvais réparer seule mon volet qui ferme mal, elle est au rez-de- chaussée, je ne voudrais pas qu’un individu mal intentionné pénètre la nuit pour me cambrioler, même s’il n’y a plus rien à prendre, Julien a tout pris. Je devrais peut-être acheter un chien de garde, mais alors seulement à mon retour d’Auckland, je ne saurais pas quoi en faire pendant mon voyage, je ne pourrais pas le laisser à Amandine qui a déjà un Husky très jaloux. Je suis donc descendue à la cave chercher des outils pour réparer mon volet lorsque je suis tombée sur mes chaussures de ski, je skiais beaucoup lorsque j’étais jeune, c’est d’ailleurs le seul sport où j’étais excellente. C’est ce qui avait plu à Julien lorsqu’il m’a connue à la montagne, j’étais plus rapide que lui. Ça l’a épaté, il m’a embrassée, puis c’est allé très vite entre nous, notre fille est née, nous nous sommes mariés, et il m’a quittée. 

 

Mes chaussures de ski étaient pleines de poussière, je les ai apportées dans mon jardin pour les nettoyer avec un chiffon. C’est ainsi que j’ai découvert que mon citronnier était rempli de cochenilles. J’en ai écrasé une avec le chiffon, c’est étrange lorsque l’on écrase ces petites boules blanches, ça fait des tâches orange comme si la cochenille avait du sang orange. Les extraterrestres ont peut-être aussi du sang orange, je me suis dit en allant chercher du vinaigre blanc et du papier absorbant pour tuer ces horribles insectes qui ont envahi mon citronnier. Le vinaigre blanc est épatant, je nettoie tout avec. Et je ne dis jamais Sopalin, mais papier absorbant, ma mère avait peut-être raison, je suis une dame.

 

C’est alors que j’ai reçu une notification sur Instagram comme quoi ma voisine avait liké une photo de Benjamin, les pattes en l’air, certainement pour se faire pardonner d’avoir demandé à la mairie de brûler les herbes, qu’elle se permet d’appeler des mauvaises herbes, qui poussent sur le trottoir devant ma maison alors que ce sont des résistantes très émouvantes, d’avoir trouvé la force de pousser dans le goudron. Une petite faille, de la lumière, un peu d’eau de pluie, et hop, elles ont grandi comme moi lorsque Julien m’a quittée. En effet, c’est dans les failles de mon cœur brisé que j’ai puisé la force de continuer de vivre sans son amour.

 

J’ai alors imaginé ma voisine pas gentille face à des extraterrestres au sang orange. Ça m’a fait rire. Sur mon téléphone, j’ai tapé extraterrestre. Je suis tombée sur une interview qui avait l’air passionnante d’un Jean-Pierre Petit, très bel homme au demeurant, c’est un amoureux comme cela qu’il me faudrait rencontrer, je me suis dit en m’asseyant au soleil. Un instant, j’ai cru que j’étais, moi aussi, une petite plante résistante à qui le moindre rayon de lumière avait le pouvoir de lui redonner espoir. 

 

C’est la faim qui m’a sortie de ma rêverie, et le froid aussi, il était presque 18 heures. Je suis donc allée dans ma cuisine pour grignoter un bout de fromage et préparer les crevettes de Benjamin, lorsque j’ai découvert la porte de mon réfrigérateur ouverte. En relisant tout ce que j’avais fait dans la journée, j’ai de nouveau pleuré. Ma culotte couleur framboise n’est toujours pas lavée, je n’ai pas répondu à ce Jacky qui est presque aussi beau, en plus jeune, que le Jean-Pierre Petit des extraterrestres, je n’ai pas fait ma demande de carte d’identité, je n’ai pas répondu à ma fille, je n’ai pas réservé mon billet d’avion pour Auckland, je n’ai pas lu l’article sur les serpents non présents en Nouvelle-Zélande, je n’ai pas réparé mon volet, je n’ai pas nettoyé mes chaussures de ski, je n’ai pas retiré la cochenille de mon citronnier, je n’ai pas liké la publication de ma voisine pour lui faire comprendre que je ne lui en voulais pas, je n’ai pas écouté l’interview de Jean-Pierre Petit, je n’ai pas bu mon thé de ce matin, ni mangé ma tartine beurrée, je n’ai rien fait de la journée, et pourtant je suis épuisée tellement je n’ai pas arrêté.”

 

Sylvie Bourgeois Harel

Émilie fait partie des 19 nouvelles de mon recueil On oublie toujours quelque chose.

Pour le commander, vous pouvez m’envoyer un message à : slvbourgeois@wanadoo.fr

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - La Ponche

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - La Ponche

Sylvie Bourgeois Harel - Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Golfe de Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel - Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Golfe de Saint-Tropez

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  • : Sylvie Bourgeois fait son blog
  • : Sylvie Bourgeois Harel, écrivain, novelliste, scénariste, romancière Extrait de mes romans, nouvelles, articles sur la nature, la mer, mes amis, mes coups de cœur
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  • écrivain, scénariste, novelliste

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