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Sophie veut sauver la France / roman-feuilleton

Après avoir publié chez Flammarion Sophie à Cannes et Sophie au Flore, suivis deux ans plus tard par Sophie a les boules et Sophie à Saint-Tropez, avant la parution de mon prochain roman en mars 2021, j'ai eu envie de m'essayer au roman-feuilleton en vous proposant chaque jour quelques pages d'une nouvelle aventure de Sophie qui, ayant mal à son pays qu'elle considère comme le plus beau du monde, désire sauver la France. Comme le titrait Figaro Madame, Entre Rastignac et Madame Bovary, il y a Sophie. Sophie est comme Tintin, elle ne vieillira jamais. Elle aura toujours 40 ans et à chaque début d'histoire, fragilisée par une rupture amoureuse, désire enfin donner du sens à sa vie.

Sophie veut sauver la France

1

Sophie ne sait plus, ne comprend plus. Hier encore, son plus vieux copain, qu’elle a croisé rue d’Antibes, a tendu son poing pour lui dire bonjour.

— Et la prochaine fois, ton poing, tu me le fous sur la figure ?

— C’est comme ça qu’on fait aujourd’hui.

— C’est qui on ?

— Ben, tout le monde.

— Je ne connais pas tout le monde, répond Sophie, mais, toi, je te connais, et depuis le lycée, on s’est même roulés des pelles pendant presque une année, alors soit tu m’embrasses, soit tu me fais coucou de la main ou tu m’envoies un bisou en l’air, mais je ne veux pas de ton poing, c’est méga agressif, je ne suis pas un rappeur, à part ça, comment vas-tu ?

— Mal.

— Oh, je suis désolée, qu’est-ce qu’il t’arrive ?

— Avec tout ce qu’on entend aux infos, c’est angoissant.

— Tu m’as fait peur, je croyais qu’il t’était arrivé quelque chose. Éteins ta télé, tu iras mieux, sourit Sophie.

— J'ai besoin de me tenir au courant.

— Te tenir au courant de quoi ?

— De ce qu’il se passe dans le monde.

— Parce que, toi, tu sais ce qu’il se passe dans le monde ?

— Oui, c’est important, pas pour toi ?

— Si, mais à mon niveau, j'essaye surtout de me concentrer sur ce qu’il se passe dans ma rue, dans mon quartier, dans ma ville, d’ailleurs comment va ta maman ?

— Tu sais, en ce moment, dans les Ephad, la situation est compliquée.

— Parce que ta maman est dans un Ephad ? manque de s’étouffer Sophie. Je ne voudrais pas faire d’impair, ça fait tellement longtemps que je ne t’ai pas vu, mais tu habites toujours dans la sublime maison de tes parents à la Californie ?

— Bien sûr !

— Avec tout l’argent qu’ils t’ont donné, tu as largement de quoi garder ta mère chez toi, il te suffit d'embaucher deux personnes qui feront le relais, tu lui dois bien ça, en plus, elle a les moyens de les payer.

— Ma femme ne veut pas.

— Change de femme, éclate de rire Sophie, et garde ta maman chez toi. Elle était tellement belle et digne, ta mère, qu’elle doit détester l’idée de finir sa vie dans un Ehpad.

— C’est pour ça que je n’aurais jamais pu t’épouser, Sophie, pourtant Dieu sait que j’ai été amoureux de toi, mais plus jeune, déjà, tu étais ingérable.

— Parce que c’est être ingérable que de garder sa mère chez soi, s'énerve Sophie, on n’a vraiment pas les mêmes valeurs, je t'assure que si j’avais la chance d’avoir encore mes parents, ils seraient bien au chaud chez moi, et je te signale qu’il n’a jamais été question qu’on se marie.

Sophie n’a pas le temps de lui confier que, depuis un an, elle héberge dans sa vieille maison le beau-père et le demi-frère de Julien, l’homme avec lequel elle partage sa vie depuis dix ans, que son copain de lycée enchaîne.

— Même aujourd’hui tu es encore ingérable, regarde la façon dont tu portes ton masque, ça ne m’étonnerait pas que tu sois anti-masques.

— Je suis anti-rien du tout, rit Sophie.

— Alors mets-le bien sur ton nez et arrête de le soulever tout le temps pour me parler.

— Tu as peur de quoi, mon chaton ?

À suivre...

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Sophie à Ramatuelle... ou... en route vers la révolution paysanne...
Sophie à Ramatuelle... ou... en route vers la révolution paysanne...
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Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Cap-Taillat - Maison des Douaniers

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Cap-Taillat - Maison des Douaniers

J'ai 20 ans. Je fais toutes sortes de boulot depuis l'âge de 12 ans. J'ai quitté Besançon et Monaco, et je travaille depuis neuf mois chez Daniel Crémieux, une boutique pour hommes, rue Marbeuf, à Paris. Le mois de juin arrive. Mon frère aîné Max me propose de faire un aller-retour avec lui, en voiture, à Saint-Tropez pour voir un certain Patrice de Colmont qu'il avait rencontré l'année d'avant à Porto-Cervo lorsque celui-ci avait débarqué dans le port sarde qui abritait toute la jet-set afin de convaincre les propriétaires de Maxis (voiliers de 24 mètres appartenant à des milliardaires qui ne régataient qu'entre eux, pour la journée, autour de triangles olympiques,  et dans les plus beaux endroits du monde, avec 24 équipiers à bord, tous des marins hors pair. Max était skipper sur l'un d'eux) de participer à la course de la Nioulargue qu'il venait de créer. Nous arrivons à 17 h au Club 55. Patrice s'installe avec nous à une table. Les deux parlent bateaux et faisabilité. Au moment de partir, je dis à Patrice :

- C'est très joli chez vous, je viendrai bien travailler juillet, août. L'été dernier, j'ai été serveuse pendant le mois d'août chez votre voisin, à la plage du Planteur.

Si seulement j'avais eu la capacité de lui dire que durant ce même mois d'août, je m'étais fait violer pas très loin de là. Il pleuvait. On nous avait donné notre journée. J'ai fait du stop pour aller voir ma mère à Cap-d'Ail. Le chauffeur s'est éloigné de la route du bord de mer pour prendre, soi-disant, un raccourci à cause des embouteillages. En haut d'une colline, il a arrêté la voiture dans un endroit désert, et s'est jetée sur moi en pointant un cran d'arrêt sur ma gorge. Puis il m'a poussée de sa voiture en me disant que j'étais trop conne, que si j'avais été gentille, il m'aurait acheté pleins d'habits et m'aurait offert un grand coiffeur. Je suis rentrée à pied et en bus. Je n'en ai parlé à personne. Je n'ai pas porté plainte non plus. Je me sentais sale, honteuse et stupide. C'est de ma faute, je répétais en larmes sous la douche du bungalow où j'étais logée sur la plage de Pampelonne, pendant que j'essayais de me laver de cette humiliation.

- Avec plaisir, me répond Patrice, mais l'année prochaine, mon équipe est complète pour la saison.

N'ayant aucune envie d'attendre un an, je ne savais pas (et ne sais toujours pas d'ailleurs) me projeter au-delà d'un mois, j'ai insisté :

- Vous savez quoi, réfléchissez à ma proposition et je vous rappelle la semaine prochaine.

La semaine prochaine, je l'appelle :

- J'ai réfléchi, me répond Patrice, oui, je vous embauche tous les matins, vous mettrez les nappes sur les tables et ferez les bouquets.

- Ah non, ce n'est pas possible, je lui dis, j'ai besoin de travailler à temps complet, je suis pauvre, je dois gagner ma vie, et puis je vais quoi faire de mes après-midis, j'ai horreur de rester sur la plage quand il fait chaud.

- Bon, fait Patrice, rappelez-moi demain, je vais chercher une solution.

Le lendemain :

- Coucou, c'est moi ! je fais gaiement.

- Coucou, me répond Patrice aussi gaiement. Voilà j'ai trouvé une solution. J'avais un restaurant avec mon frère que nous venons de vendre. J'ai parlé aux nouveaux propriétaires qui sont d'accord pour vous embaucher le soir. Ainsi vous travaillez chez moi le matin et chez eux le soir.

- Ah non, ce n'est pas possible, je vais faire quoi dans la journée, je vous l'ai dit, j'ai horreur d'être sur la plage quand il fait chaud, et puis si je travaille chez eux le soir, je vais être fatiguée le matin chez vous, non, il me faut un travail à temps complet.

- Alors, venez chez moi, acquiesce Patrice, je vous embauche à plein temps.

Deux semaines plus tard, je commence mon travail au Club 55, au bar du restaurant. Chaque jour, Patrice me demande de déjeuner à sa table et pas avec les autres employés. Il me parle beaucoup. Je l'écoute en attendant avec impatience la fin du repas pour pouvoir aller me baigner avant de reprendre mon service. Je me baignais chaque jour avant et après mon travail. C'était très gai. Un soir, un anniversaire est organisé pour un client. Une fois que tous les invités et serveurs sont partis, Patrice, lui, ne part pas.

- Tu sais, je lui dis, tu n'es pas obligé d'attendre que l'on s'en aille, regarde, j'ai organisé près du bar un grand lit avec des draps, une couverture et des matelas. Avec Frédéric,on va dormir là. Frédéric était homosexuel et travaillait avec moi au bar. Patrice me regarde, les yeux remplis d'admiration.

- C'est toi qui as raison, me dit-il, tu as tout compris de la vie, c'est le plus beau lit qui soit.

- Tu veux dormir avec nous ?

- Oui.

- D'accord, mais avant, je vais nous préparer une omelette.

Nous avons soupé tous les trois à 2 heures du matin au milieu du Club éclairé par la lune, c'était féérique, je suis toute jeune et heureuse d'avoir su créer ce moment exceptionnel avec ces deux bonnes personnes autour de moi. Je suis heureuse mais je n'ai pas la capacité de comprendre que je suis amoureuse. Puis j'ai emmené Patrice et Frédéric se baigner. J'ai toujours besoin et envie de me baigner. Été comme hiver. Patrice s'est mis tout nu. Moi aussi du coup. Frédéric, je ne me souviens plus. Dix minutes plus tard, je m'endormais entre Frédéric et Patrice. Le lendemain matin, à 7 heures, les plagistes défilaient devant nous :

- Regardez, chut, il y a le patron qui dort avec Sylvie.

Il y a quelques mois, j'ai revu Frédéric durant cet été 2020. Il me rappelle ce souvenir.

- Tu ne savais pas que Patrice était amoureux de toi ? me demande-t-il, étonné.

- Non.

- Pourtant, au Club, tout le monde le savait.

- Sauf moi.

J'avais 20 ans. J'étais brisée par les abus que j'avais subis enfant (ce n'était pas mon papa qui était un être merveilleux), et par le viol de l'année auparavant. Je n'avais pas la capacité de comprendre que Patrice était tombé amoureux de moi en me voyant, et encore moins de comprendre que moi aussi j'étais également tombée amoureuse de lui. J'étais une jeune femme brisée qui ne savait que fuir l'amour. Je ne savais que fuir l'amour et continuer de me briser en me faisant mal.

Sylvie bourgeois Harel

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Les voyageurs sans trace - Salle Albert Raphaël - Ramatuelle

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Les voyageurs sans trace - Salle Albert Raphaël - Ramatuelle

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Le Club 55 - @ Gilles Bensimon

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Le Club 55 - @ Gilles Bensimon

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Le Club 55 - Tee-shirt de Richard Poppitti que j'ai customisé

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Le Club 55 - Tee-shirt de Richard Poppitti que j'ai customisé

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Château de La Mole - Mars 2020

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Château de La Mole - Mars 2020

Sylvie Bourgeois Harel - écrivain - Le club 55 - Ramatuelle - Pampelonne - Janvier 2021

Sylvie Bourgeois Harel - écrivain - Le club 55 - Ramatuelle - Pampelonne - Janvier 2021

Sylvie Bourgeois Patrice de Colmont Le Club 55 Ramatuelle Pampelonne

Sylvie Bourgeois Patrice de Colmont Le Club 55 Ramatuelle Pampelonne

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Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Paul Watson - Château de La Mole

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Paul Watson - Château de La Mole

Depuis que j'ai créé la chaîne YouTube Marcelline l'aubergine pour parler de la nature (j'abhorre le mot écologie qui est devenu un dogme pour faire peur aux citoyens et les assaillir de taxes abusives puisque aucune mesure véritable pour réduire la pollution industrielle au niveau mondial n'a été réellement prise), j'ai appris que l'homme a besoin du ver de terre pour vivre mais que le ver de terre n'a pas besoin de l'homme, que le requin est moins meurtrier que le moustique qui, dans les années 90, tuait une personne toutes les trente secondes, qu'un végétalien qui roule en voiture pollue moins qu'un carnivore qui circule à vélo, que les cochons mangent plus de poissons que les requins car 40% des poissons pêchés servent à nourrir les animaux d'élevage, que 80 millions de requins sont tués chaque année, qu'une baleine défèque trois tonnes de déchets par jour, lesquels déchets nourrissent le plancton, que 300000 baleines ayant été décimées au vingtième siècle, 50% du plancton a disparu, qu'il faut entre 550 à 700 litres d'eau pour produire un kilo de viande de boeuf, 1277 litres d'eau pour produire un kilo de blé, 287 litres pour un kilo de pommes de terre contre 574 litres pour un kilo de pommes de terre congelées, qu'une chasse d'eau consomme 12 litres, une douche 60 litres, qu'il faut 4900 litres par jour pour habiller, nourrir, se faire déplacer un Français, alors qu'à son domicile celui-ci ne dépense que 4% d'eau douce de la planète contre 90% qui ont utilisées pour l'agriculture et l'industrie, que la fabrication d'une voiture nécessite 400000 litres d'eau, d'une micro-puce 32 litres et d'un ordinateur 20.000 litres, que les semences OGM sont un crime contre l'humanité, que 75% du patrimoine mondial des semences anciennes et reproductibles avaient disparu, que le chat est le seul animal domestique qui peut revenir à la vie sauvage, qu'une ville doit avoir un rat par habitant pour rester saine dans son rapport gaspillage-nettoyage, que le rat s'autorégule en fonction de l'alimentation qui est à sa portée, si la nourriture se faire rare, la femelle va se refuser au mâle afin qu'il ne puisse pas la féconder, en revanche, s'ils vivent dans l'abondance, ils vont se développer en masse, que les arbres communiquent entre eux au moyen d'odeurs et de signaux électriques, que leur réseau racinaire leur permet d'échanger des informations sur les nuisibles, qu'ils peuvent ainsi mettre en place des stratégies de défense collective contre des insectes agresseurs ou une sécheresse, que les chimpanzés du Gabon utilisent cinq types de bâton ayant chacun sa fonction d'outil pour attaquer les ruches et s'emparer du miel, un pilon, un élargisseur, un perforateur, un collecteur et une cuillère, qu'ils savent anticiper et planifier les différentes étapes d'attaque, que le chevreuil peut sauter 1m50 à l'arrêt sans prendre d'élan, que les chauves-souris mangent jusqu'à 3000 moustiques par nuit, et qu'une abeille produit un gramme de miel dans toute sa vie.

Sylvie Bourgeois

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Pierre Rabhi - Lablachère. Ardèche

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Pierre Rabhi - Lablachère. Ardèche

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Paul Watson - Yana Watson - Le Club 55

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Paul Watson - Yana Watson - Le Club 55

Paul Watson - Yana Watson - Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Le Club 55

Paul Watson - Yana Watson - Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Le Club 55

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Henriette

Sylvie Bourgeois Harel

Normalement, tous les ans, on va passer Noël à Saint-Tropez, c’est là où ma maman est née au bord de la Méditerranée. C’est très joli et on se baigne dans la mer car ma maman, c’est une sirène dauphin qui sait très bien faire les crêpes. Mais cette année, on reste à Besançon parce que mon grand-père du côté de mon papa est malade, et ma maman ne veut pas laisser Henriette toute seule, même si elle a 50 ans. Henriette est grande et maigre, et ses parents sont morts quand elle avait 8 ans. Ses frères aînés, qui avaient déjà la majorité, ont dit au juge qu’ils allaient la garder et s’en occuper aussi bien que si elle était leur fille. Ils devaient avoir une drôle de notion de la famille car ils l’ont enfermée dans un placard, et ils ne la sortaient que pour lui faire faire le ménage et la violer. Ils habitaient une ferme dans le Haut-Doubs et là-bas, à part de la neige en hiver et des vaches en été, vous avez beau crier, personne ne vous entend. Le Haut-Doubs, c'est très beau, mais c'est très froid aussi. Et les paysans, c'est bien simple, ils mangent de la saucisse de Morteau avec du comté, puis ils vont se coucher à la même heure que leurs poules. Elles sont comme leurs bœufs, elles pondent leur lait très tôt.

Un jour, un de ses frères violeur est mort. Henriette, qui avait alors 45 ans, a réussi à s’échapper. Elle a couru très loin jusqu’à Pontarlier où elle s’est cachée derrière une poubelle remplie de papiers cadeaux et d’emballages de foie gras. C’était un 25 décembre, et tous ces restes de fête, ça lui a fait un peu comme un réveillon. C’est l’assistance des hôpitaux qui l’a trouvée. Elle était gelée, recroquevillée, à même pas savoir pleurer puisqu’elle n’avait jamais eu quelqu’un pour la consoler.

Quand elle s’est réchauffée, elle a commencé à venir jouer aux Dames chez mon grand-père qui était veuf. Pour la faire bénéficier de sa retraite de douanier, il l’a épousée. Mon papa n'était pas content alors qu’il est le premier à faire des bêtises, et avec des femmes qui ne sont même pas ma mère. Et quand ma maman l’apprend, elle lui crie dessus et le traite de Matou de Montrapon. Montrapon, c’est le quartier où l’on habite à Besançon. Puis elle découpe sa tête des photos de famille qui sont posées sur l’étagère à côté du téléphone, et elle accroche son pyjama avec une punaise sur la porte d’entrée qu’elle ferme à clé, comme ça, mon papa est obligé d’aller dormir à l’hôtel. Bien fait ! Si seulement il pouvait emmener mon frère aîné avec lui ! Le lendemain, il rentre tout penaud avec la même tête que mon chien quand il a fait une bêtise du genre tuer une poule. Ma maman attend trois jours, puis elle passe l’éponge car elle l’aime et lui aussi, et tout redevient comme avant, mon frère aîné recommence à m’embêter ou à m'enfermer. Faut dire, il est dans l’âge bête où à part de me demander de lui obéir, il ne fait rien de ses journées. Même mon chien ne peut plus le supporter.

Et puis un jour, je ne sais pas pourquoi, mais tout repart de plus belle. Les poules tuées, ma maman trompée, les photos découpées, les pyjamas punaisés, les portes fermées, mon papa à l'hôtel, mon frère aîné excité. Je vous jure, j’ai 8 ans comme Henriette dans son placard, et chez moi, aussi, la vie est compliquée. Chez mon grand-père nouveau marié, c’est très calme. J’y ai passé une semaine l’été dernier pour aller respirer l'air pur de la montagne parce que j’avais trop toussé durant l’année. Mon grand-père me couchait à 7 heures, encore plus tôt que les poules du Haut-Doubs alors que je ne ponds pas. J’entendais les enfants des voisins jouer dans la cour. J’avais envie de les retrouver, mais je ne disais rien parce que j’aime mon grand-père. La journée, il fabrique dans son établi des petites seilles en bois sur lesquelles il grave en italique Pontarlier, puis il les vend aux touristes de Oye-et-Pallet. Dedans, on peut y mettre ce que l’on veut, des trombones, des bonbons. Ma mamy y range son dentier sur sa table de nuit, mais ce n'est pas pratique car quand elle dort, mon chien le lui vole, et le matin, quand elle rit sans ses dents, on dirait qu’elle a 100 ans, je l'aime car c'est une grand-mère enfant qui s'amuse tout le temps.

Mais depuis un mois, mon grand-père est malade du cancer du sang à l’hôpital de Besançon, et peut-être même, m'a dit ma maman, qu’Henriette sera veuve de douanier sans pouvoir toucher à la retraite car ils ne sont pas mariés depuis assez longtemps, ce serait dommage car elle n'est pas encore habituée à être une dame de Pontarlier à dire bonjour aux commerçants. Hier, quand je suis rentrée sans frapper dans la chambre de mon grand-père, j’ai vu une infirmière qui lui plantait une aiguille dans le cœur, je ne veux pas qu’il meure.

J’ai déjà vu un mort. C’était une morte. La femme du parrain de mon frère idiot. Elle était allongée sur un canapé. On aurait dit une enfant. Quand le parrain m’a obligée d’aller l’embrasser, j’ai compris que la mort c’était aussi froid que le Haut-Doubs quand mes parents louent une ferme et qu'on se lave avec de l'eau glacée avant d'aller faire du ski de fond.

Ce soir, c’est Noël, et je ne veux pas que mon grand-père devienne gelé comme le lac de Saint-Point sur lequel je fais du patin avec juste mes bottes aux pieds, sinon Henriette sera obligée de retourner dans son placard, alors que, depuis un mois, elle ne tremble plus et ose enfin me parler. Mon Dieu, faites que mon vœu soit exaucé, et aussi que mon frère arrête de m'embêter. Mais quand j'ai levé les yeux au ciel pour regarder si Dieu m'écoutait, j'ai surtout vu mon papa qui, ayant entendu le téléphone sonner, descendait de l'escabeau où il avait accroché une étoile au sommet de notre immense sapin qui vient directement du Haut-Doubs où les sapins sont les plus hauts et les plus beaux du monde. C'était l’hôpital. Pour la première fois, j’ai vu mon papa pleurer.

Le lendemain, nous étions tellement tristes que ma maman m'a emmenée aux Founottes, c’est le quartier de Besançon où vivent entassées les familles défavorisées, et j’ai donné mon vélo bleu flambant neuf et mes jouets à des enfants nombreux qui vivaient dans une seule pièce. C'était sale et ça ne sentait pas bon, mais quand j'ai vu les sourires de tous ces petits de mon âge qui me disaient merci, je me suis sentie devenir grande et importante, et différente. J'étais le messie et je volais au paradis. J'avais chaud au coeur, et même les problèmes avec mon idiot frère aîné n'existaient plus. J’ai pensé à mon grand-père parti aux cieux, et à Henriette qui n'avait jamais eu de cadeau.

A l’école, quand les filles de ma classe m’ont demandé ce que j’avais eu à Noël, je leur ai répondu que j’avais offert à des pauvres mal habillés tous les jouets que j’avais reçus et aussi tous les anciens avec lesquels je ne m'amusais plus, et j’ai ajouté que, grâce à ma maman, j'avais appris que savoir donner était le plus beau des cadeaux.

Sylvie Bourgeois Harel

Henriette fait partie des 34 nouvelles de mon recueil  Brèves enfances paru aux Éditions au Diable Vauvert

Sylvie Bourgeois - Besançon

Sylvie Bourgeois - Besançon

Évelyne Bouix - Sylvie Bourgeois Harel - Librairie L'Ecume des Pages - Saint-Germain-des-Prés - Paris

Évelyne Bouix - Sylvie Bourgeois Harel - Librairie L'Ecume des Pages - Saint-Germain-des-Prés - Paris

Sylvie Bourgeois enfant. École rue Fanart - 25000 Besançon

Sylvie Bourgeois enfant. École rue Fanart - 25000 Besançon

Sylvie Bourgeois - Besançon

Sylvie Bourgeois - Besançon

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Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline - Le Tropézien

Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline - Le Tropézien

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Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline - Patrice de Colmont - Le Club 55 - Lumière du Sud - Les Salins - Raymond Viala - L'Escalet - Cap Taillat - Cen Paca

Le monde - Pollution aux hydrocarbures dans le Golfe de Saint-Tropez

Le monde - Pollution aux hydrocarbures dans le Golfe de Saint-Tropez

Marcelline l'aubergine - Raymond Viala - Cen Paca - L'Escalet - Cap Taillat

Marcelline et Patrice de Colmont - Le Club 55 - novembre 2018

Marcelline et Patrice de Colmont - Le Club 55 - novembre 2018

Marcelline et Sylvie Bourgeois Harel - Le Club 55 - novembre 2018

Marcelline et Sylvie Bourgeois Harel - Le Club 55 - novembre 2018

Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine - Le Club 55 - Ramatuelle - Pampelonne

Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine - Le Club 55 - Ramatuelle - Pampelonne

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Club 55 Cup 2016. Sylvie Bourgeois Harel interviewe Patrice de Colmont et Eugénia Grandchamp des Raux

Club 55 Cup 2016. Sylvie Bourgeois Harel interviewe Patrice de Colmont et Eugénia Grandchamp des Raux

Le Club 55. Patrice de Colmont, Eugénia Grandchamp des Raux et André Beaufils. 2016

Le Club 55. Patrice de Colmont, Eugénia Grandchamp des Raux et André Beaufils. 2016

Patrice de Colmont - Marcelline l'aubergine - Sylvie Bourgeois Harel - Le Club 55 - 2018

Patrice de Colmont - Marcelline l'aubergine - Sylvie Bourgeois Harel - Le Club 55 - 2018

Sylvie Bourgeois Patrice de Colmont Le Club 55 Pampelonne Voiles de Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Patrice de Colmont Le Club 55 Pampelonne Voiles de Saint-Tropez

Passionnée de mer et de bateaux à voiles, Marcelline, après avoir regardé les photos de Sylvie lorsqu’elle participait à La Nioulargue, a demandé à Patrice de Colmont de lui raconter comment il a eu l’idée de créer cette régate devenue une référence mondiale dans le milieu du nautisme où de grands navigateurs tels qu’Éric Tabarly (vainqueur entre autres de la Transat 1976 sur Pen-Duick VI), Bruno Troublé (finaliste de la Coupe America, America’s Cup, sur France III du Baron Bich et créateur de la Coupe Louis-Vuitton) ou Alain Gabbay ont participé.

Tout débute en septembre 1981. Patrice de Colmont pour s’amuser demande à son client devenu ami Dick Jason, propriétaire de Pryde, un Swan 44, s’il est capable de gagner Ikra, un 12 mètre JI appartenant à Jean Redelé et skippé par Jean Lorrain, sur un circuit allant de Saint-Tropez à la bouée de la Nioulargue pour terminer sur la plage de Pampelonne, à Ramatuelle, où un déjeuner attend les deux équipages dans son restaurant Le Club 55.

L’ambiance est tellement bonne que l’année d’après, le défi est relevé avec de nouveaux participants. Afin d’acquérir une véritable notoriété, en 1983, Patrice de Colmont, accompagné d’Alain Gouedart et de leur bande, se rendent à Porto Di Cervo, en Sardaigne, pour convaincre les onze propriétaires des prestigieux Maxi de participer à sa régate. À l’époque, les Maxi est une classe YCAYA de sloops d’environ 70 pieds, 23 à 25 mètres, jauge JOR, super légers, dont le mat est immense, appartenant à un Club très fermé de milliardaires qui avaient leur propre comité de course, leurs propres règles et ne régataient qu’ensemble dans les plus beaux endroits du monde. Il y avait Edmond de Rotshchild avec Gitana, Herbert Von Karajan avec Hélisara, Jim Kilroy avec Kialoa, William Whitehouse avec Mistress Quickly, Albert Mirlesse avec Mylène, Christian de Galéa avec Coriolan ou encore Midnight Sun.

Outre les Maxi, la Nioulargue réunissait des voiliers de tous âges, de toutes jauges, des récents, des vieux gréements, des gréements de tradition tels que Shenandoah ou La Créole, des gréements auriques, des voiliers classiques de Jauge Internationale, et les plus belles goélettes du monde telles qu’Altaïr ou Moonbean. C’était un spectacle sublime !

Malheureusement, en 1995, un accident mortel survenu entre Mariette et Taos Brett sonne la fin de cette course qui sera reprise en 1999 par La Société Nautique de Saint-Tropez sous le nom Les Voiles de Saint-Tropez.

Sylvie Bourgeois Harel - Shenandoah - La Nioulargue

Sylvie Bourgeois Harel - Shenandoah - La Nioulargue

Jean Lorrain - Patrice de Colmont - Dick Jayson - Le Club 55 - La Nioulargue - 1981

Jean Lorrain - Patrice de Colmont - Dick Jayson - Le Club 55 - La Nioulargue - 1981

Sylvie Bourgeois Harel - Agathe Miserez - Hervé Bourgeois - Max Bourgeois - Virginio Bruni Tedeschi - La Nioulargue - Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel - Agathe Miserez - Hervé Bourgeois - Max Bourgeois - Virginio Bruni Tedeschi - La Nioulargue - Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline - Patrice de Colmont - Le Club 55 - 2018 - T-shirt Richard Popitti

Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline - Patrice de Colmont - Le Club 55 - 2018 - T-shirt Richard Popitti

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Marcelline l'aubergine - Le Club 55 - T-shirt Richard Popitti

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Marcelline l'aubergine - Le Club 55 - T-shirt Richard Popitti

 

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Sylvie Bourgeois - Château de La Mole - Patrice de Colmont

Sylvie Bourgeois - Château de La Mole - Patrice de Colmont

Page 77 (extrait)... — Tu sais, dit Sophie à Géraldine, dépitée, souvent ce qui plaît aux hommes, c’est notre disponibilité. Regarde Laurent, il a couché pendant deux ans avec son assistante. Pourquoi ? Parce qu’il était un gros bourrin avec une sexualité de gros bourrin qui avait besoin de se vider les couilles régulièrement, ce qu’il ne faisait plus depuis longtemps avec bobonne. Et comme son assistante était là avec son vagin grand ouvert prêt à accueillir le puissant businessman, persuadée que la réussite professionnelle de Laurent déteindrait sur sa pauvre petite vie de merde, rêvant de tomber enceinte pour toucher du fric, il a sauté dedans. Je me demande comment il a pu coucher avec cette nana qui ne ressemble à rien, ou alors à un camion, ajoute Sophie, énervée, face à Géraldine qui ne peut pas placer un mot. En même temps, continue-t-elle sur sa lancée, c’est aussi bien qu’il ait couché avec cette fille dont il ne pouvait pas tomber amoureux, parce que s’il était sorti avec une femme comme moi, il aurait divorcé pour vivre avec elle, il aurait été heureux et je n’aurais jamais pu le récupérer. Et si je l’appelais ?...

 

Page 78 (extrait)...

— Regarde qui est là ! L’architecte ! Viens, on va boire un verre avec lui, propose Géraldine avec tact et fermeté pour calmer Sophie. Tu as raison, il est vraiment mignon. Je te laisse faire le boulot pour le brancher avec moi, ajoute-t-elle en se redonnant un coup de brosse dans ses cheveux noirs ondulés, avant de se diriger droit sur Gaspard qui hurle :

 

— Il y a trop de sexes où je veux habiter pour me limiter à un seul endroit, explique-t-il d’une voix forcée qui trahit son état d’ébriété. Tu comprends, Francesco, chaque nouvelle fille que je rencontre est une maison dans laquelle je veux loger mon intimité. Je t’assure, l’homme n’a rien inventé de mieux que le corps de la femme comme habitation. C’est la maison idéale ! Je rentre me coucher par son petit trou. Je réfléchis entre ses seins. Je crée entre ses reins. Je dessine sur ses fesses. Je construis entre ses cuisses ! Et avant de la quitter, je nidifie sa chatoune.

 

Apercevant Sophie qui le regarde horrifiée à l’entrée du café, il passe devant Géraldine sans la voir alors qu’elle s’apprêtait à lui faire la bise, et saisit Sophie dans un grand câlin pour l’entraîner à l’intérieur.

 

— Viens, ma petite colombe ! Je te paye un canon, dit-il en levant son verre.

 

Sylvie Bourgeois Harel dans le Tropézien

Sylvie Bourgeois Harel dans le Tropézien

Sylvie Bourgeois Harel - Roman Sophie à Saint-Tropez

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Patrice de Colmont, Sylvie Bourgeois, Paul Watson au Club 55 à Ramatuelle pour Le Tropézien

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Sylvie Bourgeois Harel au restaurant le Quai des Artistes à Moanco

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Sylvie Bourgeois Harel en dédicace à l'hôtel de Paris à Saint-Tropez

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Lecture de Manoëlle Gaillard

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Un jour, mon papa n'est plus jamais revenu à la maison. Ma mère n’arrêtait pas de pleurer, et même de se rouler par terre quand une de ses copines ou ma grand-mère venait la voir. Mais arrête donc de pleurer ainsi, je lui disais. Il ne reviendra jamais. Arrête de pleurer, ça ne sert à rien. Comment tu le sais qu’il ne reviendra plus, me demandait-elle, il te l’a dit ? Mais non, mais ça se voyait quand il était là que le jour où il partirait, il ne reviendrait plus. Ça se voyait. Ce n’était pas sorcier à imaginer. Et elle repartait de plus belle à pleurer. Comme si elle était la seule à être malheureuse. Moi aussi j’étais triste. Mais je n’étais pas malheureuse. Je me disais que maintenant qu’il était parti, j’aurais enfin la chance de ne l’avoir rien qu’à moi. J’ai sept ans et je n’ai jamais passé une après-midi seule avec mon papa. Ma mère, elle voulait toujours venir avec nous. Quoique l’on fasse, elle venait. Ce n’était pas marrant. Du coup, il nous suivait sans rien dire. Il s’ennuyait. Ça se voyait. Alors je lui prenais sa main et je la serrais bien fort pour lui faire comprendre que je savais qu’il n’aimait pas ma mère. Et que s’il était encore là, c’était uniquement pour moi, pour que j’aie une enfance équilibrée.

 

Je n’ai jamais vu mes parents s’embrasser ou se tenir par la main comme le font souvent les parents de ma copine Camille. Ou plein de gens dans la rue. Eux jamais. Ils se disputaient ou alors il n’y avait que ma mère qui parlait. Mon papa, il se taisait et il payait. Il m’a payé un piano, une chaîne, un ordinateur, plus de deux cents DVD, une chambre de princesse, et aussi des tas de voyages où je partais seule avec ma mère, il disait qu’il n’aimait pas les vacances, mais je crois que c’était surtout pour avoir la paix. C’est bien simple, pendant l’année, il dormait la moitié de la semaine dans un appartement à lui tout seul où ma mère n’avait pas le droit d’aller et dès qu’il arrivait chez nous, elle lui demandait de l’argent. Tout le temps. Pour moi. Elle lui disait que j’étais une enfant qui coûtait cher et qui ne mangeait que des produits bios. Alors que ce n’est pas vrai, je n’aime que les coquillettes au jambon.

 

L’autre jour, ma mère m’a dit que mon père était partie vivre avec une pute. Une pute, je sais ce que c’est, Paul mon copain d’école me l’avait expliqué. Mais je suis quand même allée vérifier sur Internet. Et là, j’ai compris pourquoi papa était parti. C’était pas la même vie qu’à la maison. C’est sûr. J’ai essayé d’imaginer mon papa s’endormir dans les gros seins de la blonde vue sur le site Putes.com. Puis j’ai montré à Paul, mon copain d’école, le genre de fiancée que mon papa avait maintenant. Il m’a dit : « Oh la vache, elle est mille fois mieux que ta mère. » Ca m’a un peu vexée car c’est ma mère, mais je dois reconnaître que Paul a raison. Ma mère, je l’aime bien, mais elle n’est pas terrible. Elle a des seins flasques qui tombent et des gros tétons marrons qui me dégoûtent un peu. J’espère que je n’aurai pas les mêmes quand je serai grande, sinon je me ferai opérer par la chirurgie esthétique pour avoir les seins de la blonde d’Internet.

 

Ma mère, elle me défend de parler à la pute de mon père qui est une folle du cul. J’ai demandé à Paul ce que ça voulait dire. Il m’a dit que j’avais de la chance et qu’il avait hâte de la rencontrer car sa belle-mère ne s’habille qu’avec des jupes qui lui arrivent sous le genou. La pute de mon père s’appelle Sylvette. J’ai regardé sur Internet, mais je n’ai pas trouvé de Sylvette folle du cul.

 

Samedi, je dors chez mon papa. Youppie ! Il doit venir me chercher à midi. Je l’attends dans l’entrée. Quand ça sonne enfin à l’interphone, je dis à ma mère que j’y vais. Elle me dit qu’elle veut lui parler. Je lui réponds que je crois qu’il préfère ne pas la voir. C’est bien simple, il ne l’appelle jamais et lui raccroche au nez si elle essaye de le joindre. Elle insiste et je suis trop petite pour qu’elle m’obéisse. J’avoue qu’elle me fait de la peine à être aussi bête. Mais c’est ma mère et je dois la soutenir. Alors je me serre fort contre elle dans l’ascenseur.

 

Quand mon papa la voit, il tourne la tête et remonte dans son taxi. Je monte à ses côtés. Mon papa dit au chauffeur de démarrer, mais ma mère ouvre la porte et veut monter avec nous. Le chauffeur qui ne doit pas avoir les assurances en cas d’accident reste arrêté. Mon papa ne dit pas un mot. Moi non plus. Ma mère crie qu’il doit la respecter. Qu’elle ne mérite pas ça. Qu’il doit lui parler, bon sang ! Papa se tait. Ma mère me dit que si je pars avec papa, alors je ne la reverrai plus jamais. Plus jamais. Elle m’abandonnera. Voilà. Les choses se précipitent dans ma tête. Je me mets à pleurer que je ne veux pas être une enfant abandonnée et je descends du taxi pour rentrer dans ma maison. Au moins, je sais où je dormirai si je suis abandonnée. J’ai ma chambre de princesse et ça, personne ne peut me la prendre.

 

Le taxi de mon papa a démarré. Je suis toute tourneboulée. Je crie que je veux partir avec lui, mais trop tard, il a disparu. Je hurle. Je hurle. Je hurle. Ma mère essaye de me calmer en me disant que mon papa c’est un méchant et qu’il ne m’aime plus depuis qu’il vit avec sa pute. Soudain, le taxi revient en marche arrière. La porte s’ouvre et hop, je monte dedans à côté de mon papa. Je ne sais plus où j’en suis. Je me blottis contre lui. Il veut m’emmener déjeuner au restaurant, mais tous ces événements m’ont coupé l’appétit. Je préfère aller au cinéma, je lui dis. D’accord, tu veux aller voir quoi ? Pretty Woman, je lui réponds, il paraît que c’est l’histoire d’une pute qui a trouvé son prince charmant.

 

Sylvie Bourgeois - Brèves enfances - éditions au Diable-Vauvert

Sylvie Bourgeois Harel - En signature au Café de l'Ormeau à Ramatuelle

Sylvie Bourgeois Harel - En signature au Café de l'Ormeau à Ramatuelle

François Berland lit Prison une nouvelle de Sylvie Bourgeois publiée au Diable Vauvert dans son recueil Brèves enfances

Sylvie Bourgeois Écrivain - Hôtel Ermitage - Saint-Tropez -

Sylvie Bourgeois Écrivain - Hôtel Ermitage - Saint-Tropez -

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  • : Sylvie Bourgeois Harel, écrivain, novelliste, scénariste, romancière Extrait de mes romans, nouvelles, articles sur la nature, la mer, mes amis, mes coups de cœur
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