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Vive les minijupes !

Vive les minijupes !

 

 

L’autre jour, sur un groupe WhatsApp qui me relie un peu à Paris que j’ai quitté, il y aura bientôt trois ans, une amie nous questionnait à savoir s’il était possible de porter des minijupes lorsque nous vieillissions. Comme j’aime m’exprimer sur les futilités qui structurent mon quotidien, mais qui vont finalement bien au-delà de la futilité puisqu’elles parlent de notre intimité, je lui ai répondu que ce n’était pas une histoire d’âge, mais plutôt de l’énergie que nous désirions encore mettre dans notre rapport à la séduction. J’ai ajouté que je ne portais plus de minijupe depuis au moins dix ans. Que j’avais abandonné les minijupes, les talons de 9, les maquillages excessifs, pour un look plus serein, plus en accord avec mon nouvel état d’esprit apaisé et doux.

 

Puis j’ai réfléchi. J’ai adoré porter des minijupes. Très courtes. Au ras des fesses. Je faisais raccourcir toutes les jupes de mes tailleurs. Je m’en cousais aussi dans du tissu tubulaire sur lesquels j’ajoutais des galons de couleurs différentes de chaque côté. J’en ai eu des roses, des bleues, des fleuries de chez Irié, des en jean, en cuir, en daim, même en panthère de chez Irié toujours en coton stretch. Je déteste la jupe qui arrive à mi-cuisse. Elle  casse la silhouette. Si ça doit être court, autant que ça soit très court ! Ma mère me disait que le short, très court aussi, et la minijupe, étaient ce qui m’allait le mieux. En hiver, je portais mes minijupes avec des bottes et des collants en cachemire, une merveille. En été, avec des boots de cowboy sur des jambes bronzées. En minijupe, je me sentais libre et sexy. Avec mes minijupes, j’estimais envoyer une sorte de clin d’oeil joyeux. Les hommes n’y étaient pas insensibles. En revanche, je n’ai jamais porté de minijupe si je devais prendre un métro ou aller dans un endroit pas sécurisé. Il ne faut pas exagérer. Certains hommes rustres et peu éduqués, hélas, peuvent prendre cet habillement pour une invitation et avoir des gestes déplacés. J’avais de la chance d’habiter, de travailler et de fréquenter que des beaux quartiers parisiens où toutes les excentricités vestimentaires étaient permises et même appréciées.

 

Dans ma féminité, lorsque je choisissais mes habits, le matin, j’ai toujours eu besoin d’envoyer des messages liés à une certaine forme de complicité, comme un jeu, qui n’étaient en aucun cas des messages liés à une certaine forme de séduction. Je ne cherchais absolument pas à consommer ou à accumuler les aventures. Je n’ai d’ailleurs jamais eu d’aventures. Vous voyez comme quoi ce que l’on pourrait prendre pour des futilités nous entraîne rapidement à parler de notre intimité. J’ai donc porté des milliers de minijupes, mais je n’ai jamais eu d’aventure. Je n’aime que les hommes fous de moi. Quand on arrive à m’embrasser, ça dure des années, peut-être même des siècles. Mes minijupes n’étaient pas non plus un message de provocation, non, elles étaient plutôt un message joli et joyeux, qui disait, je sens bon, je suis jolie, je suis heureuse, alors vas-y, mon coco, balance ton compliment ! Et c’est très agréable de recevoir des compliments, même d’inconnus dans la rue. En effet, j’avais l’impression que mes minijupes avaient le pouvoir de mettre le coeur des hommes que je croisais en joie.  C’est pas mal d’arriver à créer de la joie avec seulement un tout petit bout de tissu !

 

Pour en revenir à la minijupe, la styliste anglaise Mary Quant l’a inventée en 1962, en s’inspirant des tenues de plage légères que les femmes portaient l’été à Saint-Tropez. Dès 1958, elle a alors commencé à raccourcir de plus en plus ses jupes jusqu’à ne laisser que dix centimètres sous les fesses. Puis André Courrèges l’a popularisée en France en 1965. À eux deux, ils ont révolutionné la garde-robe des femmes. Ils leur ont offert un vent de liberté. Comme disait Mary Quant, il est plus facile de courir après un bus en minijupe qu’avec une jupe-crayon. Coco Chanel, qui n’a jamais dû prendre  le bus, a décrié la minijupe. Pour elle, c’était vulgaire d’en porter une à Paris. À la limite à la campagne, pourquoi pas, ajoutait-elle, tout le monde s’en fout à la campagne de comment vous vous habillez. N’empêche, depuis, il n’y a pas eu un seul défilé Chanel sans minijupe qui est devenue un basique.

 

Parmi les anecdotes racontées par mes vieux amis qui sillonnaient dans l’entourage de François Mitterrand, le gang des minijupes, c’est ainsi que les hommes l’avaient surnommé, sévissait ardemment. Ce groupe de femmes journalistes politiques arrivaient en minijupes dans l’avion présidentiel lors des voyages officiels, une tenue certainement efficace pour obtenir plus facilement des renseignements sur des dossiers classés top secrets ! L’homme est fragile et les politiques encore plus, me répétaient-ils en riant ! 

 

Quand à André Courréges, je l’ai ramené, une nuit, chez lui, il y a une vingtaine d’années. Je rentrais chez moi à Neuilly-Saint-James, en face du bois de Boulogne, lorsque j’ai vu un petit monsieur, très fin, habillé tout en rose, avec des grandes lunettes, se promener tout seul dans l’allée en bordure des arbres. Je l’ai tout de suite reconnu. Je l’ai fait monter dans ma voiture. Il avait l’ait complètement hébété. Son épouse m’a dit qu’il se perdait souvent. Je l’ai remercié pour ses minijupes, ses bottes plates, ses blousons courts de toutes les couleurs et ses minis sacs légers. 

 

Alors, c’est décidé, à partir d’aujourd’hui, pour rendre hommage à toutes les femmes sur terre qui n’ont pas le droit de s’habiller comme elles le désirent et encore moins de porter des minijupes, je vais de nouveau en porter. Même quand je serai très vieille, je serai une écrivain digne en minijupe, ce sera très amusant. Ce sera mon nouveau style en hommage également à la liberté. Et puis cela fera plaisir à ma maman qui me regarde depuis les cieux.

 

Sylvie Bourgeois Harel

 

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Sylvie Bourgeois Harel

Sylvie Bourgeois Harel

J’aime la langue française pour sa précision et je m’efforce toujours de ne parler que de ce que je connais. Et le viol, je connais. J’ai été violée à 20 ans. Dans une voiture fermée à clef. Un cran d’arrêt sous la gorge. Je me suis débattue mais la lame était là, contre ma peau, bloquant ma respiration, signant ma mort si je bougeais trop. Ce drame a détruit ma féminité. Je n’en ai jamais parlé. J’avais trop honte. Tout était de ma faute. Si je n’avais pas fait de stop. Si je n’avais pas été aussi idiote. Si je ne fuyais pas constamment ma famille. J’étais dans l’incapacité de le raconter. La seule personne à qui j’aurais pu le raconter était ma mère. Mais je ne voulais pas lui imposer ma honte et encore moins ma douleur.

 

Alors je me suis tue. Pendant 20 ans. Je n’ai commencé à en parler, et qu’à demi-mots pour ne pas réveiller justement cette douleur tapie dans le bas de mon ventre, que dans mon premier roman. Mon écriture a ceci que même lorsque je veux taire des sujets, ils ressortent entre les phrases, comme si les mots tapaient à la porte de mon cerveau en hurlant : et bien si tu ne veux pas parler, nous, on parlera à ta place.

 

Puis j’ai vécu ma vie. J’ai longtemps fui les hommes qui m’aimaient. J’allais vers ceux qui allaient me détruire encore un peu plus. J’ai donc eu des mauvaises expériences. Et je peux affirmer qu’une mauvaise expérience, ce n’est pas un viol. Une mauvaise expérience, c’est coucher avec un homme juste parce que celui-ci en a envie, parce que l’on croit que ça va être bien, parce que l’on a besoin d’être aimé ou pour des tas d'autres raisons. On en sort évidemment sali, frustré, déçu, triste, dégoûté, effaré, mais ce n’est pas un viol, on peut même avoir envie de le refaire, de revoir la personne, de revenir voulant croire que la deuxième fois sera mieux, fantasmant quelque chose qui n’existe pas, mais ce n’est pas un viol.

 

Il ne faut pas confondre viol et mauvaise expérience. Et c’est là que la richesse de la précision du vocabulaire de la langue française intervient ou devrait intervenir pour ne pas tomber dans une confusion qui frise l’hystérie, qui incite à l’excès, qui entraîne presque au mensonge afin d’exacerber encore plus l’émotion de l’horreur pour exciter les foules.

 

Viol et mauvaise expérience expriment des situations radicalement différentes. Le viol est un drame d’une violence inouïe dont l’on ne sort jamais indemne. La mauvaise expérience est certes désagréable mais, si l’on veut être honnête, et c’est primordial d’être honnête vis-à-vis de soi-même, et quelques soient les raisons, on y est allé consciemment, on a accepté, on s’est peut-être fait avoir, mais on y croyait un peu, on en est donc un peu responsable aussi. Ce qui n’excuse pas le comportement des sales types. Mais parfois, on peut être attiré, et pour trois mille raisons, par un sale type. C’est donc à soi-même qu’il faut se poser cette question.

 

Et qui a dit que la vie était facile, et que les hommes et les femmes étaient des anges ? Qui veut nous faire croire qu’il y aurait une assurance tous risques pour toutes nos relations ?

 

Pour le respect des victimes de viol, ne confondons jamais viol et mauvaise expérience, ni violeur et sale type ou sale femme, car les femmes aussi peuvent agresser, ce n’est pas l’apanage de l’homme.

 

Sylvie Bourgeois Harel

 

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