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Schizofamily, une nouvelle de Sylvie Bourgeois Harel

Schizofamily

Ma maman est épuisée. J’ai 30 ans et je veux la sauver. J’emmène alors mes trois frères aînés qui vivent toujours chez nos parents consulter un psychiatre. Au dernier moment, maman décide de nous accompagner avec mon père paralysé qui ne peut plus parler depuis son AVC.

— Bonjour, bonjour, monsieur le psychiatre, je dis en arrivant, j’aimerais que nous fassions une psychothérapie familiale pour sauver ma maman.

— Très bien, qui êtes-vous ? me demande-t-il.

— Nous sommes une schizofamily.

— Pardon?

— Oui, c’est un peu compliqué, mais je vais essayer de vous résumer la situation. Mon frère Ferdinand, ici présent, est certainement schizophrène, il se prend pour un prince. Il se fait même appeler le prince O, alors qu’il est photographe. Quant à mon autre frère André, il doit être schizogame, il ne pense qu’à se reproduire, alors qu’il est architecte. Son grand leitmotiv est de dire qu’il aime autant créer l’habitat que l’habitant. Quant à mon frère aîné Gustave, il est sûrement schizothymique, il ne parle qu’aux poissons, c’est bien simple, il passe ses journées sous l’eau. Et quant à ma petite maman chérie, je pense qu’elle est schizoïde, elle ne veut plus sortir avec ses copines.

Le psychiatre se gratte la tête et nous invite à nous asseoir. Mais ma mère reste debout et s’approche de lui.

— Si vous saviez, docteur, comme j’ai hâte d’être dans le trou, elle lui dit, je n’en peux plus.

Je me lève à mon tour. Maman est l’amour de ma vie. Je ne peux pas l’entendre parler ainsi. Je la prends dans mes bras et l’aide à se rasseoir.

— Je dois vous expliquer, docteur, que mes trois frères qui sont pourtant grands, Gustave le sous-marin a 40 ans, André le reproducteur, 37, et Ferdinand le photographe qui est persuadé d’être photographe de terroristes, 34, habitent toujours à la maison. Ma mère n’en peut plus de devoir continuer de leur faire à manger pire que s’ils étaient des bébés, d’autant qu’ils ne lui donnent jamais d’argent et que mes parents sont ruinés.

Soudain, Ferdinand s'énerve et se met à hurler :

— Elle a beau jeu, Cécile, de dire ça, mais elle n’a jamais voulu en faire de bébés, et je sais pourquoi, mais je ne vous le dirai pas. En tout cas, pas là.

— Justement docteur, j’ajoute, je suis venue pour vous les refiler, les bébés, ma mère est épuisée, ils vont finir par la tuer.

— Il faut que vous sachiez docteur, intervient ma maman, que ma fille est persuadée d’être ma mère.

— Ben oui, ma petite maman, je lui dis en l’embrassant tendrement, tu es ma fille et je t’aime.

— N’empêche, hurle de nouveau Ferdinand, le premier bébé à soigner est Gustave, il est jaloux d’un poulpe qui a un plus gros zizi que lui.

— Je suis désolé, docteur, rougit Gustave, prince Ferdinand est en plein délire, et c’est comme ça toute la journée, vivement que je retourne sous l’eau.

— Ose dire que ce n’est pas vrai, continue de hurler Ferdinand, la preuve, tu ne t’en sers jamais de ton zizi.

— Ce n’est pas faux, ajoute ma mère, la première chose que Gustave fait lorsqu’il rencontre une sirène, il l’emmène à la messe, alors forcément, ça prête à confusion.

— Puis il faudra s’occuper d’André, se calme Ferdinand. Depuis que sa femme l’a quitté, il est devenu alcoolique.

— Oui, mais moi, dit André en riant, mon zizi, je sais m’en servir.

— Ah ça oui, approuve ma mère en riant également, il tient ça de son père, un vrai matou à mettre son zizi partout, alcoolique, lui aussi.

— C’est vrai, je bois beaucoup, confirme André, que voulez-vous, créer des maisons et leur faire des bébés, ça me donne soif.

— Il a même couché avec une terroriste qui habite dans notre quartier, s’affole de nouveau Ferdinand.

Le docteur me questionne du regard.

— Bon, docteur, je lui dis, accepteriez-vous de soigner ma schizofamily que j’aime quand même ?

— Dites-moi déjà, chacun votre tour, de quoi vous souffrez exactement, il me répond en nous scrutant bizarrement derrière ses lunettes baissées.

Contre toute attente, Gustave commence :

— Aux poulpes qui ont plein de zizis, avoue-t-il. Et aussi à André qui se sert plus du sien que moi, ça me rend fou. Et également à ma petite sœur qui ne veut pas vivre avec nous, alors que j’ai toujours voulu l’épouser. Sans compter la présence de Ferdinand qui passe ses journées, allongé à faire du canaping dans le salon de la maison, et qui dit toujours la vérité, c’est pour ça que je veux l’interner.

— Et bien moi, dit Ferdinand, je souffre à Gustave qui n’arrête pas de me taper. Il croit peut-être que ses coups vont remettre mes idées en place. N’importe quoi ! La violence n’a jamais résolu la jalousie, et vous le savez très bien, docteur. Je vous assure, ce n’est pas de ma faute si mon cerveau est cassé et si ma tête s’inquiète autant de toutes ces guerres qui vont finir par enflammer la planète. Et puis, je ne veux pas que Gustave réussisse à m’enfermer dans un asile pour cinglés, mon papa paralysé a besoin de moi. Oui, c’est moi qui aide toujours ma maman à pousser sa chaise roulante ou à les conduire faire des courses, ou même une promenade à la campagne. Il est content, mon papa, de voir des vaches ou la forêt, ajoute-t-il en mettant son bras devant le visage comme pour se protéger d’un éventuel coup de Gustave.

— Quant à moi, dit André, je souffre à mes clients qui pensent que sur mon front, il y a écrit couillon qui ne travaille que pour créer de la beauté et qui en profitent pour ne pas me payer. Et aussi à mon idiot de banquier qui n’arrête pas de m’appeler à cause de mon découvert. À force, il m’empêche de travailler. Merde, je suis architecte, pas comptable ! Qu’on me donne des maisons à dessiner, pas des chiffres à additionner. Je souffre également aux bouteilles de mon père que j’ai toutes finies, et à ma mère qui ne veut plus m’en acheter.

J’observe mes trois frères, étonnée de leur franchise.

— Quant à moi, je dis, je souffre à mes parents. Ils n’ont que 68 ans. Ils sont beaux, généreux, drôles, intelligents, jeunes encore. Ils nous ont appris la liberté, l’amour, la curiosité, l’art de ne jamais nous ennuyer, de savoir argumenter, d’être passionnés. Ils ne méritent pas toute cette schizofolie.

Ma maman me sourit. J’aime quand ma maman me sourit. J’ai l’impression de lui redonner un peu de vie.

— Quant à moi, dit-elle en parlant tout doucement, je souffre à mon mari paralysé qui ne peut plus me prendre dans ses bras, ni me dire qu’il m’aime, alors que nous avons été de si beaux amants. C’est fini, tout est fini.

Sur sa chaise roulante, mon père qui se demande depuis le début du rendez-vous ce qu’il fait là, dans le bureau de ce médecin qui ne l’a pas ausculté, pose sa tête sur l’épaule de ma mère. Je vois une larme qui coule de ses beaux yeux. De ses beaux yeux bleus. Une larme qui me dit qu’il est malheureux d’être ainsi enfermé dans le mutisme de sa maladie. Une larme qui me dit qu’il est inquiet de ne plus pouvoir protéger ses fils. Une larme qui me dit que, oui, je dois sauver maman, l’amour de sa vie. Son roc. Son repère. Son univers.

— Mmmaaannn, mmmaaannn, essaye de s’exprimer mon père qui a certainement beaucoup à dire.

— Docteur, continue ma mère en prenant la main droite inerte de mon père, maintenue par une bande sur une attelle, oui, c’est cela même, je souffre à mon mari que j’aime tellement. Je me sens impuissante et épuisée, et puis je ne supporte pas qu’il m’appelle maman, ça me rend folle qu’il puisse me prendre pour sa mère. Vous l’avez entendu docteur, et depuis son AVC, c’est comme ça toute la journée, il fait mmmaaannn, mmmaaannn, maman, maman, je n‘en peux plus, je ne suis pas sa maman, continue ma mère en pleurant.

J’ai 30 ans. Je ne veux pas entendre ma mère pleurer. C’est trop violent. Trop triste. Trop injuste. Je dois la sauver. Je veux lui dire qu’on va trouver une solution et que papa ne dit pas maman, papa fait mmmaaannn, mmmaaannn, car phonétiquement, c’est le son le plus facile à prononcer. Mais d’autres mots sortent tout seuls de ma bouche, d’autres mots que je n’ai pas désirés, d’autres maux dont je n’ai jamais parlé.

— Docteur, je dis, je souffre à l’homme qui a abusé de moi lorsque j’étais enfant, j’avais 8 ans, mais ce n’était pas mon papa.

— Moi, je sais qui c’est, intervient Ferdinand, mais je ne le dirai pas, sinon il me tuera. Je suis sûr d’ailleurs que c’est à cause de ça qu’aucun de nous ne va bien.

Avant même que ma mère ne puisse dire un mot, les miens de mots continuent tout seuls à sortir de ma bouche comme s’ils n’en pouvaient plus que je les aie gardés si longtemps secrets :

— Je souffre aussi à l’homme qui m’a violée à Saint-Tropez lorsque j’avais vingt ans.

Un silence s’établit dans le bureau du docteur. Ne voulant pas ajouter à nos schizoproblèmes, ma détresse, ce n’est pas le sujet, je suis ici pour sauver ma maman, pas pour parler de moi, et encore moins de mes drames que j’ai toujours cachés, justement pour ne pas faire souffrir ma mère, je reprends aussitôt la parole :

— Je souffre aussi à mon papa qui savait si bien me dessiner. C’est vrai, docteur, mon papa a un talent de fou. Même paralysé, il a réussi à faire mon portrait de la main gauche, le trait est parfait, j’ajoute en serrant mon père dans mes bras. Voilà, je souffre à mon papa à qui je n’ai jamais dit que je l’aimais. Nous étions toujours si pressés, si pressés, je répète, c’est ça la vraie folie de ne pas s’arrêter pour prendre le temps de dire que l’on s’aime.

Maman inspire profondément et dit :

— Je souffre au cancer généralisé que l’on vient de me détecter. J’en ai plus que pour quelques mois. Qui va s’occuper de mon mari paralysé et ruiné quand je serai dans le trou ? Je ne veux pas que Cécile prenne mon relais à faire à manger à ses frères et à son père, elle a mieux à faire.

Je vais pour parler, pour dire à ma maman que je vais trouver une solution, que je vais la soigner, qu’elle ne va pas mourir, mais ma maman enchaîne :

— Je souffre aussi à notre manque d’argent. Un client de mon mari l’a arnaqué, c’est pour ça qu’il a eu son AVC, ça l’a stressé, paniqué, inquiété, il est tombé et ne s’est jamais relevé. Avec Cécile, nous avons fait un procès, nous l’avons gagné, l’usine qui fabrique les toilettes design et écologiques que mon mari a créées nous doit des millions de francs, mais ils ont déposé le bilan pour ne pas nous payer, et ont construit une nouvelle usine juste à côté pour fabriquer les mêmes toilettes avec juste quelques différences afin qu’on ne puisse pas les accuser de plagiat. Je suis obligée de vendre la maison familiale.  Mes fils n’auront plus de toit. Avec mon mari, nous irons vivre chez notre fille Cécile.

Affolés, Ferdinand, André et Gustave se lèvent ensemble et crient en choeur :

— Mais maman, où allons-nous habiter si tu n’as plus de maison ? On ne veut pas terminer à la rue.

Un mois plus tard, mon papa est mort à minuit d’une crise d’épilepsie tandis qu’un docteur essayait de le réanimer. Neuf mois après, ma maman est morte de son cancer généralisé dans mes bras, dans la chambre de sa maison d’enfance où elle est née.

Je n’ai pas pu sauver mes parents. Je n’ai su que les aimer.

Sylvie Bourgeois Harel

Schizofamily fait partie des 19 nouvelles de mon recueil On oublie toujours quelque chose. Vous pouvez le commander en m'envoyant un mail à : slvbourgeois@wanadoo.fr.

 

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Sylvie Bourgeois Harel  - Saint-Tropez hiver

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez hiver

Et si nous parlions de Saint-Tropez l'hiver ?
Je suis amoureuse de Saint-Tropez. Je l’ai toujours été. Et je le suis encore plus aujourd’hui, depuis un an et demi, que j’y habite. Et je suis encore plus amoureuse  de Saint-Tropez durant l’hiver. Saint-Tropez durant l’hiver est un ravissement. Déjà, les températures méditerranéennes sont douces, il est rare de descendre en dessous de 3 degrés. C’est le temps idéal pour faire de grandes promenades. Après mes séances d’écriture, je pars marcher une ou deux heures, au bord de l’eau. J’en profite pour me baigner presque tous les jours. La mer est, certes, froide, mais pas gelée. Elle est surtout très vivifiante. Mes bains de mer, l’hiver, sont mon meilleur médicament pour booster mon système immunitaire. Mon deuxième médicament-bonheur est la lumière d’hiver. Elle est sublime. La lumière du Sud, en hiver, exalte les couleurs. Elles ne sont pas saturées, comme en été, à cause de la chaleur. Au contraire, le froid sec les amplifie, les définit. C’est ce qui me manque le plus lorsque je remonte, de temps à temps, à Paris, mon ciel bleu. Il est où mon ciel bleu ? je n’arrête pas de répéter à mes amis qui se sont tristement habitués au ciel parisien, gris et déprimant. Moi, je ne ne veux m’habituer à rien. Je veux vivre pleinement. Je veux profiter de chaque instant. Je ne veux plus me passer de mon ciel bleu et de ma lumière du Sud.

Pourtant, j’ai été une vraie parisienne à avoir une vie très festive, assez mondaine, à sortir tout le temps, à adorer les restaurants, les avant-premières de cinéma, les générales de théâtre, les dîners jusqu’au bout de la nuit. Ce que je ne retrouve pas ici, mais ce n’est pas ce que je recherche non plus. J’ai aimé Paris. J’aime toujours Paris d’ailleurs. Je suis contente d’aller y passer une ou deux semaines, comme je l’ai fait en octobre pour la sortie de mon livre, mais je suis contente de ne plus y habiter. J’ai quitté Paris sans frustration, ni ras-le-bol, juste avec l’envie de me créer une nouvelle vie.  Une nouvelle vie à Saint-Tropez dont j’ai toujours été amoureuse. Je ne l’ai pas fait avant car ce n’était pas le bon moment. L’énergie de Paris me retenait encore un peu.

C’était peut-être un leurre car ici, proche de la nature et de la mer, j’ai découvert une autre énergie. Plus profonde. Moins superficielle. Plus spirituelle. Vous allez rire en me lisant, une énergie spirituelle à Saint-Tropez ? Oui, il y a plusieurs Saint-Tropez. Chacun peut trouver le sien qui lui convient. Le mien de Saint-Tropez est spirituel. La nature qui m’entoure et que je fréquente chaque jour m’apprend beaucoup sur le sens que je donne à ma vie. Des lieux comme la Chapelle Sainte-Anne, le Monastère de la Verne, les Roches Blanches au-dessus de La Garde-Freinet où je passe tous mes week-ends dans ma maison provençale au coeur du village, sont très telluriques et chargés de magnétisme.

Alors lorsque j’entends des gens râler que Saint-Tropez est mort en hiver, je les plains de ne pas savoir apprécier toute cette richesse naturelle et cette beauté qu’ils ont autour d’eux. Ce sont d’ailleurs souvent les mêmes qui râlent en été que Saint-Tropez est trop bondé. Saint-Tropez n’est pas mort en hiver. Ainsi que je le disais à une touriste qui, l’autre jour, me posait la question sur le parking du port, vous savez madame, moi, je suis très vivante, je lui ai répondu en riant. C’est vrai quoi, la joie se trouve dans notre coeur, dans notre capacité à sourire, à rire, à s’intéresser, à apprendre, à transmettre, à contempler, à s’émerveiller, à décider de couper la télé, à fermer les journaux, à éteindre la radio. Elle ne se trouve pas dans le divertissement à outrance.

Mon divertissement à moi, c’est de me réjouir de mon ciel marine, de la mer transparente, de mon poulpe qui m’accompagne à chacun de mes bains, s’enlaçant tel un amoureux autour de ma cheville pour nager avec moi. Ce sont aussi les oiseaux, les fleurs, les arbres, les renards que je rencontre dans la forêt et qui sont pleins de curiosité à m’observer, prêts à vouloir jouer. Quand je croise un animal, je me mets en mode alpha, je respire calmement pour espacer les battements de mon coeur afin de lui transmettre des ondes de douceur, d’amour, de compréhension. Je rêve de rencontrer un loup avec sa famille. Mon autre rêve serait de leur offrir un sanctuaire pour les protéger.  

Saint-Tropez n’est pas mort en hiver. Saint-Tropez se repose. Le village se repose des excès de l’été. Il reprend des forces nécessaires tellement il y a eu de monde durant la saison. Il se répare aussi. De nombreux travaux de voirie ou de rénovation sont organisés à cette période. Saint-Tropez a évolué. Saint-Tropez est une vieille dame devenue un sorte de musée à ciel ouvert, connu du monde entier pour son authenticité. Il faut donc le ménager. Et ces trois mois d’hiver contribuent à lui refaire une beauté. À saint-Tropez, on réapprend également à vivre suivant le rythme des saisons. En hiver, on hiberne, on calme le jeu, on se retrouve le soir autour des feux de cheminée, on fait des gâteaux, on reste au chaud. C’est une période d’introspection, de réflexion, de projets.

Certes, de nombreux restaurants et de boutiques sont fermés, mais la mer reste ouverte, la plage aussi, le littoral également. Il est impossible de s’ennuyer. Et puis, pour ceux qui veulent sortir, les propositions sont suffisantes. Le cinéma Star programme trois films différents par semaine. La mairie organise régulièrement des conférences, des concerts, des spectacles. Le Café de Paris, le Clémenceau, le Sporting, le Sube, et d‘autres établissements, restent ouverts. Des orchestres sont invités les soirs de week-end. C’est très joyeux. Mon cher Sénéquier est là également. J’y vais régulièrement écrire en fin de journée avec mon ordinateur autour d’un délicieux chocolat chaud accompagné de deux madeleines. Et puis, cette année, le Tigrr Ermitage a eu la bonne idée d’ouvrir toute l’année. On peut y prendre un thé ou un champagne sur la terrasse, dès 17 heures, afin d’admirer le soleil se coucher sur la mer, puis dîner au chaud à l’intérieur, et bien sûr danser. Car Saint-Tropez est festif, quoi qu’il se passe,  quelle que soit la saison, on trouve toujours une occasion de danser !

Sans oublier les vacances de Noël qui sont féériques à Saint-Tropez avec le village totalement illuminé et le Père Noël qui arrive par la mer. Sur le port, des centaines de personnes l’attendent, les yeux remplis de joie enfantine et de leurs souvenirs familiaux. Les enfants sont sur les épaules des parents à appeler le Père Noël. Chacun achète des gaufres, des crêpes, des hot-dogs aux petits chalets en bois le long des quais. Et quand la barque du Père Noël s’amarre devant la statue du Bailli de Suffren, et que le père Noël descend tout doucement de son mat, tous en choeur, nous chantons Petit Papa Noël sur les airs de Tino Rossi.  C’est alors une véritable communion d’émotion qui se produit.

Ne me demandez pas où je serai cet hiver, je serai à Saint-Tropez » !

Sylvie Bourgeois Harel

Sébastien Peiffert - Sylvie Bourgeois Harel - Minou - Le Tigrr Ermitage hôtel Saint-Tropez

Sébastien Peiffert - Sylvie Bourgeois Harel - Minou - Le Tigrr Ermitage hôtel Saint-Tropez

Saint-Tropez l'hiver - La Ponche

Saint-Tropez l'hiver - La Ponche

Saint-Tropez l'hiver - Sénéquier

Saint-Tropez l'hiver - Sénéquier

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez l'hiver

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez l'hiver

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez l'hiver

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez l'hiver

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Et si Paul Watson avait organisé une opération kamikaze pour mieux faire entendre son combat afin de sauver les baleines ?

Et si Paul Watson avait organisé une opération kamikaze

pour mieux faire entendre son combat afin d sauver les baleines ?

 

En tant qu’écrivain, je m’efforce de ne jamais subir l’information de façon frontale. Je me pose toujours de multiples questions pour mieux la comprendre et l’analyser. Je la regarde aussi sous plusieurs angles, et souvent sous l’angle du : « Et si… ? » 

 

Donc, aujourd’hui, je me pose la question à savoir : et si Paul Watson, incarcéré au Groenland depuis le 21 juillet 2024, avait organisé une opération extrêmement risquée, en mettant sa vie et sa liberté en danger, pour arriver enfin à sensibiliser le monde entier au drame que représente le massacre des baleines par le Japon, la Norvège et l’Islande, trois pays hors-la-loi qui refusent d’accepter le moratoire international promulgué en 1986 par la Commission Baleinière qui interdit la chasse à la baleine ? 

 

Depuis plus de quarante ans, Paul Watson se bat contre ces massacres sans qu’aucune ligne de force n’ait vraiment bougé. Certes, il a réussi à sauver 5000 baleines, mais combien d’entre elles continuent de mourir tous les ans sous les harpons électroniques des baleiniers ? Leur nombre aurait chuté de 5 à 6 millions répertoriés dans les années 50, à seulement 1,5 million aujourd’hui.

 

J’ai du mal à imaginer que Paul se soit fait prendre et arrêter comme un bleu. Trop d’éléments me portent à croire qu’il s’est mis exprès en situation de danger afin que sa parole et son combat touchent enfin le monde entier. Et c’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé. Si tel était son but, il a gagné. Paul a gagné. En effet, le nom de Paul Watson, jusque là connu uniquement des quelques amoureux et défenseurs de la mer, résonne dorénavant dans tous les pays, des photos de baleines et des slogans #freepaulwatson inondent les réseaux sociaux, des chanteurs composent des hymnes en son honneur, des pétitions demandant sa libération sont signées. Bref, Paul Watson que j’ai connu lorsqu’il était mon voisin en 2016 avec son épouse Yana dans le Golfe de Saint-Tropez, est en passe de devenir un héros, une légende. Son combat pour sauver les baleines est enfin entendu. Bravo Paul ! Bravo et merci ! Bravo à ton courage. Bravo à ton opiniâtreté ! Mille bravos  !!!

 

Pour en revenir à mon questionnement, plusieurs éléments me font me penser que Paul a pris exprès le risque de se jeter dans la gueule du loup pour se faire entendre, pour organiser la plus grande opération de communication qui soit. Déjà, il faut savoir que Paul Watson est intelligent, très intelligent. Il est également un excellent communicant. Étudiant, il a suivi des cours de communication au cours desquels il a appris que pour sensibiliser les gens, il fallait produire de l’information chaude, à savoir montrer des images. À contrario, l’information froide est celle fournie par la presse écrite, les gens lisent, mais ne s’identifient pas. Paul s’est donc fait filmer dans tous ses combats. Pour montrer des images qui sensibilisent, mais aussi pour se protéger en apportant des preuves comme quoi, il n’a jamais blessé personne.

 

Depuis que Paul est incarcéré au Groenland, dans les rares interviews et interventions qu’il a pu accorder, il répète régulièrement qu’il est en opération pour sauver les baleines. En expert de la communication, si Paul répète ce mot opération, ce n’est pas anodin, c’est qu’il y a une raison. Il utilise ce mot lorsqu’il prépare et organise une opération en mer avec sa flotte et son équipe. S’il est en opération, comme il aime à le dire, c’est qu’il y a eu, au préalable, une préparation et une organisation.

 

Paul a toujours dit qu’il était capable de donner sa vie pour sauver une baleine. C’est peut-être ce qu’il fait aujourd’hui ? À 73 ans, il a peut-être décidé de jouer le tout pour le tout ?

 

Fin septembre, à ma grande stupéfaction, j’ai appris que Paul Watson avait demandé à l’un de ses mécènes de racheter, il y a un an, un baleinier japonais qui allait être remplacé. Ce sont d’excellents navires capables d’aller sur toutes les mers, que les Japonais changent environ tous les 20 ans. Le mécène a donc fait acheter ce baleinier par un ami afin que le nom de Paul Watson n’interfère pas. Jusque-là, tout va bien. Mais lorsqu’il y a eu la passation de propriétaire, ce qui est un moment extrêmement protocolaire, et ce dans les marines du monde entier, avec tout l’équipage en uniforme, avec l’ancien capitaine qui donne le Handover, c’est à dire la passation des documents techniques et des codes des coffres-forts, au nouveau capitaine, avec la musique de l’hymne national du Japon qui se joue pendant la descente du drapeau, suivi de l’hymne national des États-Unis pendant la levée du nouveau drapeau. Sauf que, hic, ce n’est pas le drapeau américain qui aurait été levé, mais le drapeau de la Foundation Captain Paul Watson (que Paul a créée il y a deux ans lorsqu’il s’est fait évincer de Sea Shepherd Global, l’ONG qu’il a fondée, il y a quarante ans). Par ce pied de nez humiliant, Paul a donc ouvertement fait une déclaration de guerre au Japon. D’ailleurs, le Japon n’a pas tardé à riposter, depuis quelques mois, un nouveau mandat Interpol était lancé contre Watson qui était au courant.

 

C’est ainsi qu’à l’instar du toréador qui agite sa cape rouge pour exciter le taureau et susciter les applaudissements du public, Paul a excité le Japon. Tel un guerrier qui part sabre au clair, il est ensuite allé affronter son pire ennemi sur le champ de bataille. À savoir les mers du Nord et l’Océan Arctique où le baleinier avait prévu de se rendre pour tuer 200 baleines. Sachant qu’il y avait, depuis peu, un mandat international contre lui qui avait refait surface, Paul n’était pas obligé de s’embarquer sur son nouveau navire, l’ancien baleinier japonais, baptisé John Paul DeJoria, du nom de l’un de ses fidèles donateurs. Il pouvait, ainsi qu’il l’a fait plusieurs fois, laisser son équipage et gérer le combat depuis Paris devant son ordinateur et ses appareils de navigation à distance. 

 

Une fois en mer, lorsqu’il a fallu faire le plein en fuel à Nuuk, Paul, connaissant le danger d’aller à terre, pouvait rester loin sur une annexe, hors des eaux territoriales du Danemark, avec quelques membres d’équipage, et attendre en sécurité que le ravitaillement soit effectué. Non, il y est allé. Il s’est rendu à Nuuk, certainement le ventre noué, mais il s’y est rendu en héros, en héros qui n’a pas peur, en héros qui risque sa vie pour sauver les baleines. 

 

Aujourd’hui, grâce au courage et à la témérité de Paul Watson, de nombreuses personnes connaissent enfin l’importance du rôle essentiel que joue la baleine pour notre survie. En effet, ce magnifique et émouvant mammifère marin capte énormément de carbone qu’il accumule. Quand la baleine meurt de mort naturelle, elle entraîne au fond des océans tout ce CO2 qui participe aux écosystèmes des grands fonds marins. D’autre part, ses excréments, remplis d’azote, de fer, de phosphore, nourrissent le phytoplancton qui, à son tour, nourrit le zooplancton qui produit 40% de l’oxygène de notre atmosphère tout en absorbant environ 40% de la production totale de CO2, encore plus que 1700 milliards d’arbres.

 

Pour que Paul Watson n’ait pas fait tout son combat pour rien, il est important de savoir que les baleines sont, certes, victimes de ces baleiniers hors la loi qui les tuent, mais qu’elles meurent aussi, et en très grande quantité, environ 20000 par an, à cause des collisions qu’elles subissent contre les navires marchands, de transports, militaires, les cargos, les bateaux-citernes, les paquebots de croisières, dont le nombre s’est multiplié de façon alarmante. À tel point que certains pays demandent à réguler la vitesse de ces navires. Une autre solution serait d’armer les bateaux de répulsifs à ondes qui préviendraient les baleines de leur arrivée afin de les faire fuir. La future course de voiliers Le Vendée Globes demande d’ailleurs cette année à ses participants d’utiliser ces radars.

 

Un autre problème concernant ces pauvres baleines dont nous avons grandement besoin est que les fonds marins sont devenus extrêmement bruyants d’autant que les bruits sous l’eau se déplacent cinq fois plus rapidement que dans l’air et sur des distances de plusieurs milliers de kilomètres. Entre les forages pour l’industrie pétrolière, le bruit des bateaux, les expériences acoustiques militaires, les cétacés qui communiquent entre eux par des sons très précis, sont désorientés. Affolés, perdus, ainsi que l’explique Greenpeace qui milite pour la création de sanctuaires afin de protéger les baleines, il arrive que ces grands cétacés remontent tellement vite à la surface pour fuir ces bruits qui les effrayent, les stressent et les déboussolent, que cela fait éclater leurs vaisseaux sanguins, ou qu’ils meurent d’une intoxication à l’azote comme le plongeur qui n’aurait pas effectué ses paliers. 

 

Mon cher Paul Watson, encore une fois, bravo et merci pour toutes tes actions héroïques. Je te souhaite de pouvoir retrouver très bientôt ton épouse Yana qui t’attend à Paris auprès de vos deux jeunes garçons. 

 

Sylvie Bourgeois Harel

Interview BFM TV lors de la mobilisation à Paris pour Paul Watson organisée par la Fondation Brigitte Bardot

Interview BFM TV lors de la mobilisation à Paris pour Paul Watson organisée par la Fondation Brigitte Bardot

Sylvie Bourgeois Harel Interview BFM TV Paris

Sylvie Bourgeois Harel Interview BFM TV Paris

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Et si nous parlions des dégâts de la pêche intensive !

Et si nous parlions des dégâts de la pêche intensive !

 

Cet été, aux Graniers, à Saint-Tropez, je faisais mes longueurs dans la mer lorsque je vois un homme entrer dans l’eau avec une combinaison de plongée et un fusil harpon. J’effectue un crawl rapide pour arriver à sa hauteur. Là, je lui explique (gentiment et poliment) qu’il est interdit de pratiquer la chasse sous-marine dans les bassins destinés aux baigneurs. Le mec n’en a rien à faire. Il ricane J’essaye alors d’argumenter (toujours gentiment et poliment) qu’il peut sortir de l’eau et aller un peu plus loin dans les rochers, où il n’y a pas de plage, car je n’ai pas envie qu’il tue mes copains-poulpes qui viennent nager avec moi lorsque je m’approche de leurs rochers. Oui, le poulpe est un animal très intelligent. Les trois dont j’ai fait la connaissance au printemps me reconnaissent. Ayant compris que je ne représentais pas un danger, mais plutôt une nouvelle amitié, ils me saluent régulièrement. J’ajoute que je ne veux pas non plus qu’il tue mes poissons qui sont heureux d’évoluer dans cette crique en toute sécurité. Il ricane toujours. Sans m’énerver, je conclue que ce n’est pas un bon exemple pour les enfants présents de leur montrer des poissons morts au bout d’un fusil. Le mec ricane encore et s’éloigne dans la mer. avec son fusil-tueur 

 

Sur la plage, trois couples me regardent, d’un air hébété. Je vais les voir :

 

— Pourquoi n’êtes-vous pas venus m’aider à convaincre ce monsieur d’aller faire sa chasse sous-marine ailleurs ?

— On ne connaît pas la loi, balbutie une dame dont le mari baisse les yeux.

— Même si vous ne la connaissez pas, c’est du bon sens. Imaginez, s’il vise mal et qu’il tire dans votre jambe, vous seriez contents ? Et si un jour, quelqu’un débarque sur la plage avec un fusil et tue les mouettes, vous ne diriez rien non plus ? Ou s’il tire sur vous, vous vous tairiez encore ? Parce que la vie d’un poulpe, d’une mouette ou la vôtre, ça a la même valeur, non ?

 

En rentrant chez moi, j’ai réfléchi. J’ai réfléchi au besoin de certaines personnes de tuer avec un fusil ce qui ne laisse aucun espoir aux animaux de pouvoir s’échapper. Le monsieur qui pêche avec une canne, je le comprends. L’éleveur qui tue son cochon pour nourrir sa famille, je le comprends. Les deux peuvent, à l’instar des Amérindiens d’autrefois, faire une prière et remercier le poisson ou le cochon à qui ils viennent de voler la vie. 

 

Dans la nature, la nécessité de tuer des animaux pour se nourrir est également violente, mais cette nécessité répond aux besoins de la chaîne alimentaire. Et puis les animaux n’accumulent pas leurs proies. Ils tuent uniquement pour subvenir à leur faim. 

 

Aujourd’hui, l’industrialisation de la mort des animaux est passée à une vitesse alarmante. Dans les abattoirs bien sûr, mais aussi avec la pêche industrielle et la pêche illégale, en effet, 40% de la pêche que l’on trouve dans les restaurants ou les étals des poissonniers proviendrait de la pêche illégale. Cette surpêche excessive est inquiétante et destructrice de la ressource puisqu’elle retire des mers plus de poissons, crustacés, mollusques, qu’il ne peut s’en reproduire. 

 

Mais que faire pour lutter contre cette surpêche industrielle avec ses 10 millions de bateaux qui sont en action permanente? Que faire contre cette surpêche qui est largement soutenue par les subsides publiques, et dans le monde entier, à hauteur, paraît-il, de 22 milliards annuels ? Que faire lorsque l’on sait que 80 millions de requins sont décimés chaque année ( pour subvenir au marché chinois très demandeur, les pêcheurs leur coupent les ailerons sur le pont de leur bateau, puis les rejettent mutilés à la mer dans laquelle ils meurent dans des souffrances terribles) ? Que faire lorsque 90 millions de tonnes de poissons sont pêchés chaque année dans le monde, entraînant la raréfaction des soles dans le Golfe de Gascogne, du cabillaud dans la mer celtique et la mer du Nord, du Merlu de Méditerranée et l’extinction de la morue de Terre-Neuve ? Que faire contre cette entreprise japonaise qui a décidé d’exterminer le thon rouge (qui a diminué de 80% en quelques décennies) afin que leurs hangars remplis de thons rouges congelés prennent de la valeur, lorsque l’on sait qu’un thon rouge a été vendu plus d’un million de dollars ? Que faire contre l’Europe qui a contribué financièrement à la construction et à la modernisation de la flotte des grands thoniers ? Des chiffres ainsi alarmants, je pourrais continuer d’en citer des dizaines concernant la mort de milliers de dauphins, de baleines, de tortues… ce qui, entre parenthèses, contribue à la prolifération des méduses puisqu’ils ces espèces en raffolaient.

 

Que faire contre les moyens excessifs utilisés par la pêche intensive ? Que faire contre les palangres longues de 15 kilomètres sur lesquelles sont accrochés tous les 2 à 5 mètres des hameçons ? Que faire contre les scènes coulissantes qui enserrent les bancs de poissons comme dans une bourse avant de les remonter à bord des bateaux ? Que faire contre les chaluts de fond qui détruisent sur leur passage des habitats, des récifs de corail, des rochers, anéantissant tout un écosystème ? Que faire contre les filets maillants, sorte de gigantesques nappes rectangulaires, qui emprisonnent les poissons qui meurent asphyxiés, ne pouvant plus bouger leurs branchies coincées dans les mailles ? Que faire contre les filets dérivants, véritables rideaux de mort, pouvant mesurer jusqu’à 100 kilomètres de long, qui arrachent tout sur leur passage, d’autant qu’ils sont régulièrement perdus, continuant alors de tuer pour rien, tels des fantômes de nylon, des centaines de milliers d’espèces, alors qu’ils ont été interdits en 1992 ?

 

Que faire pour lutter contre cette pêche industrielle et intensive qui utilise des moyens gigantesques qui, non seulement, entraîne la disparition de nombreuses espèces marines, mais cause également la perte d'emploi pour les petites structures de pêche? J’ai l’impression que comme personne ne voit ce qu’il se passe sous l’eau, tout est permis, même illégalement, genre pas vu, pas pris !

 

Que faire alors ? Ne plus manger de poissons ? En tous cas, réduire drastiquement sa consommation lorsque l’on sait qu’en moyenne chaque personne en mangerait 20 kilos par an, est peut-être un premier pas.

 

Pour ma part, je rêve de retrouver des petites autonomies, à taille humaine, seul moyen pour lutter contre les excès de la mondialisation. 

 

Sylvie Bourgeois Harel

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Yana et Paul Watson à la signature de mon roman Sophie à Saint-Tropez en juillet 2026

Yana et Paul Watson à la signature de mon roman Sophie à Saint-Tropez en juillet 2026

Paul Watson est un héros. Il n’y a pas d’autre mot pour le définir. Un héros comme il n’y en a plus. Depuis 50 ans, il se bat pour protéger les baleines. Au péril de sa vie. Et sa vie, aujourd’hui, est en danger. Il a 73 ans, deux jeunes enfants, des garçons de 3 et 8 ans, une femme sublime, Yana. Et il dort en prison. Au Groenland qui est un pays constitutif du Royaume du Danemark. Comme disait déjà Shakespeare dans Hamlet : ” Il y a quelque chose de pourri au Royaume du Danemark.”

 

Un mandat international court depuis 2012 venant du Japon contre Paul Watson comme quoi il aurait blessé un homme travaillant sur un baleinier. Sauf que Paul n’aurait jamais blessé personne. Ayant fait des études de journalisme au Canada, il a compris que pour émouvoir, il fallait faire de l’information chaude, c’est à dire montrer des images, contrairement à la presse papier que l’on qualifie d’information froide car les personnes lisent mais ne s’identifient pas. Tandis qu’avec la télévision, tout de suite, on entre dans le coeur des gens. Alors Paul a pris l’habitude de tout filmer. Et sur les films qui montrent, soi-disant, une blessure, il n’y en aurait aucune.

 

Pour ma part, je me suis posée la question différemment. J’ai laissé de côté le Japon et je me suis demandé pourquoi le Danemark avait soudain arrêté Paul alors que depuis des années, Paul voyage dans le monde entier, excepté bien sûr le Japon, sans être inquiété ?

 

Et si Paul avait été arrêté uniquement pour des raisons politiques ? Et si le Danemark l’avait arrêté, non pas pour parfaire leurs relations avec le Japon, mais pour faire plaisir aux habitants des Iles Féroé qui sont, comme le Groenland, un pays constitutif du Royaume du Danemark. Les Féroéens vivent principalement de la pêche. Et massacrent également chaque année lors d’un rite traditionnel entre 500 à 800 dauphins et globicéphales en une journée. Un massacre contre lequel Paul Watson s’est opposé plusieurs fois. Un jour, en 2016, alors que je déjeunais au Club 55 sur la plage de Pampelonne, à Ramatuelle, avec Paul et Yana, j’avais même vu Paul aller demander au prince héritier du Danemark qui déjeunait également là de stopper ce massacre. Demande, hélas, qui n’a pas été suivie d’effets.

 

Les Iles Féroé sont autonomes, mais elles désirent devenir indépendantes. En avril 2004, un référendum en faveur de leur indépendance avait remporté 50,72% de voix, sauf que le gouvernement danois avait refusé leur indépendance. Un nouveau référendum était prévu pour le 25 avril 2018, mais le gouvernement danois l’a repoussé aux calanques grecques. 

 

Malgré l’embargo dû à la guerre en Ukraine, les Féroïens continuent de faire du commerce avec la Russie. Un commerce florissant. Une famille spécialisée dans le saumon est même devenue milliardaire en une semaine. Et si les Iles Féroé désiraient se rapprocher encore plus des Russes avec lesquels elles semblent entretenir d’excellentes relations commerciales ? Et si pour convaincre les Iles Féroé de rester Danoises, le Danemark avait arrêté Paul pour leur montrer à quel point, le gouvernement les protégeait en mettant en prison l’homme qui les combat depuis des années en essayant d’arrêter leur massacre annuel de dauphins, et en se battant également contre les dégâts de la pêche intensive qu’ils pratiquent ?

 

Depuis que Paul a été arrêté, je me démène pour trouver la personne idéale qui pourrait parler au roi du Danemark. Qui pourrait faire de la diplomatie. Qui pourrait lui dire qu’il deviendrait lui aussi, à son tour, un héros, en le libérant. Je suis certainement très naïve, mais je suis ainsi. Je n’ai, hélas, pas trouvé beaucoup d’écho. Pourtant j’ai contacté des dizaines de personnes influentes et avec un pouvoir conséquent. Je le vois bien, je l’ai constaté, nombreux sont ceux qui utilisent le drame de Paul pour satisfaire leur égo et faire de l’image en se servant de son arrestation, sans lever le petit doigt pour l’aider. Alors qu’agir, ce n’est pas se montrer idiotement avec une banderole, c’est agir ! 

 

J’ai rencontré à Saint-Tropez John Paul DeJoria et son épouse Eloïse. John Paul est le mécène de Paul Watson. Lorsque Paul a créé La Captain Paul Watson Foundation, après avoir été évincé, il y a un peu plus de deux ans, de Sea Shepherd Global, l’ONG qu’il avait créée il y a 40 ans, John Paul lui a acheté deux bateaux, le Bandero et le John Paul DeJoria. Nous avons longuement discuté. Nous nous sommes revus. Ce matin, après un petit-déjeuner d'au-revoir chez Sénéquier, ils partaient le lendemain, je les ai emmenés prier à la chapelle Sainte-Anne de Saint-Tropez, qu'ils ne connaissaient pas, afin que le Danemark n’extrade pas Paul Watson au Japon. Qu’il le libère ou qu’il le garde encore un peu. Le temps que l’on trouve la bonne personne qui saura convaincre le roi du Danemark d’influer sur son gouvernement que le seul acte digne à accomplir est de libérer Paul Watson. Dans l'après-midi, nous avons appris que cette décision de l'extrader ou non avait été repoussée le matin-même au 2 octobre.

 

Ce week-end, je suis invitée en tant qu’écrivain à présenter mes romans au Salon du Livre de Monaco, Monaco où suis née. Je devrais rencontrer le président de la Fondation Albert II de Monaco. J’ai également demandé par l’intermédiaire de l’un de ses plus proches amis de rencontrer le Prince Albert II. M’entendra-t-il ? Je l’espère. Je voudrais lui souffler, non pas de faire une déclaration officielle, ce genre de déclaration est peut-être compliquée vis-vis du Japon qu’il ne veut pas froisser, non, je voudrais parler à son coeur. Le Prince Albert II a un grand coeur. Je voudrais parler à son coeur avec mes mots remplis d’émotion. Je voudrais lui souffler de s’entretenir avec le roi du Danemark. Entre têtes couronnées, ils peuvent communiquer aisément. Seul l’amour peut sauver Paul aujourd’hui. J’ai trop peur qu’il meure dans les prisons danoises. Mon héros ne mérite pas ça. Les baleines ne méritent pas ça. Les océans ne méritent pas ça. Ses enfants, son épouse, ne méritent pas ça. 

 

Le cinéma et la littérature sont remplis de héros. Paul Watson est un héros vivant. N’attendons pas qu’il soit mort pour lui rendre hommage et lui reconnaître toutes ses vertus. Comme a dit Berlioz quelques jours avant de partir au paradis : ” Ah, quel talent je vais avoir demain, on va enfin maintenant  jouer ma musique ! ” 

 

Sylvie Bourgeois Harel

Le 4 septembre 2024

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Chroniques du monde d'avant par Sylvie Bourgeois Harel - 1

L’autre jour, en entrant chez Apple pour acheter un ordinateur, en voyant tout le service d’ordre à l’entrée, puis le jeune vendeur qui me conseillait de ne pas changer le mien, mais qui m’a demandé au bout de quinze minutes d’aller à l’autre bout du magasin où il me rejoindra pour continuer notre conversation car ils n’ont pas le droit de rester longtemps au même endroit et avec le même client, j’ai réalisé que notre monde s’était vraiment écroulé.
 
Quand exactement, je ne sais pas, peut-être cela s’est fait doucement, subrepticement, mais une chose est sûre, aujourd’hui, je ne pourrais jamais refaire tout ce que j’ai fait lorsque je travaillais en free-lance dans la communication.
 
Plus jamais, par exemple, je ne pourrais faire atterrir les Tortues Ninja sur la plage du Carlton, durant le Festival de Cannes, à l’heure du déjeuner, afin de créer l’événement, et ça en a été un, les télévisions du monde entier ont repris les images de mon cameraman, c’était en mai 1991, sans autorisation bien sûr car je ne les aurais jamais obtenues, mais avec une équipe solide et ultra compétente de champions que ce challenge amusait.
 
En effet, c’était un véritable défi car les costumes, les mêmes qui avaient servi aux comédiens durant le tournage du film, pesaient 70 kilos chacun, et il ne fallait pas rester plus de quinze minutes dedans, tant l’épaisseur du plastique et de la mousse avec lesquels ils étaient fabriqués provoquaient une transpiration si intense que cela nécessitait ensuite plusieurs heures de séchage.
 
Mes parachutistes, des mecs super, ont tout accepté et surtout d'atterrir avec une vision réduite car les têtes des Tortues Ninja, non seulement étaient énormes et lourdes, mais avec des tout petits trous pour les yeux, ils ne voyaient presque rien. Avec leurs amis du Club aéronautique de Cannes-Mandelieu, on a balisé, au dernier moment pour ne pas dévoiler la surprise, un espace sur la plage afin de sécuriser l’atterrissage qui a vraiment créé l’événement.
 
C’était ça Cannes ! Pour promouvoir les films, il fallait être inventif, faire toujours plus, étonner, émouvoir.
 
Et mes Tortues Ninja ont eu un succès fou qui a dépassé les espérances d’UGC-Fox, le distributeur du film. Sur la Croisette où je les ai ensuite promenées assises à l’arrière d’un coupé que Mercedes m’avait prêtée pour la journée (est-ce que l’on peut encore se faire prêter pour une journée un Roadster Mercedes juste pour s’amuser, je ne pense pas...), les gens étaient hystériques, criaient leurs noms, Léonardo, Raphaël, Michelangelo, Donatello, leur demandaient des autographes, et mes parachutistes stoïques tenaient le coup dans leurs costumes, à mourir de chaleur.
 
Puis après une courte pause dans un local que j’avais loué pas loin où un déjeuner leur a été servi, au cours duquel on a essayé de sécher avec des sèche-cheveux l’intérieur des costumes qui étaient trempés, hop, de nouveau dans les costumes encore mouillés qui puaient, hop, dans la Mercedes, cette fois, avec un chauffeur. Grâce à mon amoureux, j'avais réussi à nous faire inscrire dans le cortège officiel et, là, je leur fais monter les marches où les photographes et la foule sont hystériques de voir les Tortues Ninja, à crier de nouveau leurs noms, et mes parachutistes sont toujours parfaits à jouer le jeu sans se plaindre, depuis des heures qui ont largement dépassé les quinze minutes recommandées, dans leurs costumes tellement trempés qu'ils sont devenus deux fois plus lourds, je les tiens d'ailleurs par la main car ils ne voient carrément plus rien, tant leur transpiration coule sur leurs yeux.
 
Le PDG de Columbia avec qui j’étais amie et qui distribuait le film m’engueule en haut des marches où il attend le réalisateur et ses comédiens car mes Tortues Ninja ont volé la vedette de toutes les stars américaines venues soutenir le jeune John Singleton considéré comme le nouveau génie d’Hollywood avec son film BOYZ’N IN THE WOOD, mais le soir lorsque nous dînons tous ensemble chez Tétou, à Golfe Juan, la bouillabaisse la plus chic du Festival (une institution qui n'existe plus non plus, la loi du Littoral l'a tout simplement supprimée... ), il éclate de rire. C’était ça Cannes, une équipe de seigneurs, et bravo à celui qui créait l’événement du jour !
 
Pour en revenir à Apple, un autre exemple de chose que je ne pourrais plus jamais réaliser. Nous sommes en 1994, je travaille pour Sony Software sur les premiers CD-Rom. J’organise à l’hôtel Raphaël une conférence de presse, sauf que Sony n’a pas d’ordinateur à me prêter. Peu importe, je gare ma petite Rover verte en double file devant la belle boutique Apple, avenue Georges V, je mets les warnings, et avec ma mini-jupe et mes bottes, je leur explique ma situation. Dix minutes plus tard, je sors avec trois Mac prêtés avec juste ma signature et le nom de Sony griffonnés sur un bout de papier, que les vendeurs m’installent dans ma voiture pendant que j’invite le directeur du magasin et son équipe à mon petit-déjeuner de presse. Le lendemain, j'ai ramené les trois Mac que je leur ai empruntés pendant un an, chaque fois que Sony sortait un nouveau CD-Rom, comme par exemple, les fiches-cuisine en partenariat avec Elle, je refaisais une conférence au Raphaël et j'avais besoin d'ordis.
 
Est-ce moi qui avais une capacité de persuasion ou est-ce que les rapports humains étaient plus simples, et surtout basés sur une confiance, une compétence, une assurance, un amour du travail bien fait ?
 
Quoi qu’il en soit, quand je vois qu’on ne peut plus entrer nulle part sans se faire fouiller son sac ou que des gens ont peur dès que quelqu’un tousse dans un train, je suis contente d’avoir fait le choix de quitter Paris que j’aime pourtant follement pour venir vivre dans le Sud, près de la nature, au bord de la Méditerranée.
 
Sylvie Bourgeois Harel
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MONICA - ON OUBLIE TOUJOURS QUELQUE CHOSE - Un recueil de nouvelles de Sylvie Bourgeois Harel

MONICA

Je ne sais jamais quoi offrir à mon mari que j’aime d’amour, j’ai toujours l’impression que ça lui fait ni chaud, ni froid. Tandis que moi, les cadeaux, j’adore les recevoir, c’est même tout un art, je deviens si joyeuse que c’est un véritable plaisir de m’en faire. Si. Je dis toujours merci même s'ils ne me plaisent pas, je ne fais jamais la tête, non, au contraire, je deviens gaie comme une enfant. Mon côté enfant, même avec le temps, n’a d'ailleurs jamais totalement disparu, j’aime encore le rose, les cœurs et dépenser l’argent de mon mari comme si c’était celui que me donnait ma maman. C’est peut-être une histoire de confiance. Mes économies, je les garde au cas où il me quitterait, je me consolerai avec. Si je ne sais jamais quoi lui acheter, c’est peut-être pour lui offrir, par anticipation, sa liberté. Ça peut paraître compliqué, mais je me comprends.

En revanche, pour ses 50 ans, je dois marquer le coup. Je suis bien ennuyée d’autant que Magali, sa nouvelle employée, est drôlement bien roulée. En plus, elle n’arrête pas de lui dire combien il est intelligent, talentueux, formidable. Et les hommes, le mien comme les autres, c’est fragile. À force de trop le flatter, elle va finir par me le gâter. Ce serait dommage car c’est un bon mari, gentil et toujours heureux de me voir, je ne dois pas le décevoir. Surtout pas ce soir...

(...)

Vous pouvez lire la suite de MONICA dans mon recueil de nouvelles ON OUBLIE TOUJOURS QUELQUE CHOSE. Vous pouvez le commander en m'envoyant un mail à : slvbourgeois@wanadoo.fr.  

 

Sur les liens ci-dessous, vous pouvez écouter une courte lecture d'un extrait de mon roman En attendant que les beaux jours reviennent (que j'ai signé Cécile Harel) par la comédienne Manoëlle Gaillard, mes nouvelles Mon papa est curé, Henri, La dame Bleue,  parues dans mon recueil Brèves enfances, aux éditions Au diable vauvert, lues par les comédiens Alain Guillo et François Berland. Et également deux interviews faites par ma petite Marcelline l'aubergine qui me questionnent sur mon écriture.

MONICA - ON OUBLIE TOUJOURS QUELQUE CHOSE - Un recueil de nouvelles de Sylvie Bourgeois Harel
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Saint-Tropez mon amour - La Ponche - Sylvie Bourgeois Harel

Saint-Tropez mon amour - La Ponche - Sylvie Bourgeois Harel

Saint-Tropez mon amour - La Ponche

Saint-Tropez mon amour - La Ponche

Saint-Tropez mon amour - La Ponche - Sylvie Bourgeois Harel

Saint-Tropez mon amour - La Ponche - Sylvie Bourgeois Harel

Saint-Tropez mon amour - La Ponche

Saint-Tropez mon amour - La Ponche

Saint-Tropez mon amour - La Ponche - Sylvie Bourgeois Harel

Saint-Tropez mon amour - La Ponche - Sylvie Bourgeois Harel

Saint-Tropez mon amour - La Ponche - Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine

Saint-Tropez mon amour - La Ponche - Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine

Saint-Tropez mon amour - La Ponche - Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine

Saint-Tropez mon amour - La Ponche - Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine

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Pierre Rabhi rencontre l'écrivain

Sylvie Bourgeois Harel

au Club 55 à Ramatuelle

 

En septembre 2015, je suis invitée pour être coéquipière sur un bateau exclusivement féminin afin de participer aux Voiles de Saint-Tropez. Une semaine avant, j’annule ma présence à bord, ça m’ennuie de ne régater qu’avec des femmes, je préfère la mixité d’autant que lorsque je me trouve au sein d’un groupe d’hommes et de femmes, je sais que je rencontrerai toujours un homme que je vais faire rire, j’adore faire rire, et qui sera ravi, le temps de la rencontre, d’être mon chevalier servant. En tout bien tout honneur !

Bien m’en a pris car cette invitation m’a motivée à retourner à Saint-Tropez où je ne venais plus depuis des années, j’ai passé une semaine formidable au cours de laquelle j’ai rencontré un homme passionnant, Pierre Rabhi, devenu mon ami.

L’histoire est suffisamment mignonne pour que j’aie envie de la raconter. Nous sommes le 1er octobre. Je suis sur la plage de Pampelonne à regarder les vagues. Mon frère aîné m’attend pour déjeuner au Club 55. Il y a du vent. Je ne suis pas pressée. Le mistral apporte un bleu fascinant. Je suis subjuguée par toute cette beauté de la lumière du Sud dont je ne me lasse pas.

Un peu plus loin, à une cinquantaine de mètres, une dizaine de personnes, en chemise et pantalon, se rassemblent devant des photographes. Soudain, un petit bonhomme, en manteau bleu marine avec une sacoche, quitte le groupe et s’avance vers moi. Je le reconnais, il s’agit de Pierre Rabhi, un paysan devenu écrivain et conférencier qui raconte avec sagesse et philosophie comment, depuis 50 ans, il cultive son potager sans pesticides, ni produits chimiques.

Mon vieil ami restaurateur ramatuellois, Patrice de Colmont, lui a organisé ainsi qu’à Paul Watson, le fondateur de Sea Shepherd, un grand déjeuner en leur honneur. La veille, il m’avait dit qu’il était embêté car il ne savait pas à côté de qui asseoir Pierre Rabhi.

— Tu vois, m’avait-il confié, il faut que je lui trouve la bonne personne qui sera importante pour lui avec qui il pourra bien échanger d’autant que son entourage n’aime pas quand je lui fais faire des mondanités.

L’année précédente, il lui avait présenté Leonardo DiCaprio qui avait invité Pierre sur son yacht au large de Ramatuelle pour un entretien d’une heure avec la promesse qu’il fera tout pour que ses livres soient publiés et médiatisés aux Etats-Unis.

— Tu n’as qu’à me le présenter ton Pierre Rabhi, je lui réponds, je m’occuperai de lui, au moins, avec moi, il rira.
— Non, non, me dit mon vieux pote, c’est trop compliqué.

Je lève les yeux au ciel, j’adore Patrice, mais je déteste que l’on me dise non. C’est pour cela d’ailleurs que je ne demande jamais rien ou alors que très rarement afin de ne pas souffrir du non. Quoique, avec le recul, je me dis que je devrais peut-être demander plus souvent, ainsi, je pourrais toujours avoir la bonne surprise du oui et le non me motive à gagner.

En effet, je ne sais pas ce qu’il s’est passé alors à cet instant précis dans ma tête, mais je décide que le lendemain, Pierre Rabhi ne soit s’occuper que de moi, qu’il doit être mon chevalier servant.

Et hop, ça a marché, merci l’univers de me protéger et d’être aussi gentil avec moi. Arrivé à ma hauteur, Pierre me prend la main qu’il embrasse délicatement et me demande qui je suis. Je lui réponds que je m’appelle Sylvie et que je me suis habillée en vert prairie pour lui rendre hommage. Nous discutons pendant quelques minutes au bord de l’eau, j’ai lu ses livres, je connais son implication pour le respect de la terre. Au bout d’un moment, voyant son groupe lui faire des grands signes, je lui dis au-revoir.

— Ne pars pas Sylvie, viens faire la photo avec nous.
— Non, parfois, je suis sur la photo, mais là, il n’y aucune raison.
— Alors, viens déjeuner avec moi.
— J’ai déjà un déjeuner, Pierre, mais promis, je fais vite et je te rejoins.

Trois quarts d’heure plus tard, je le rejoins à sa grande table d’honneur où il m’a gardé la place à ses côtés, personne n’a le droit de s’y asseoir. Nous avons parlé toute l’après-midi jusqu’à son départ. Nous sommes devenus amis à nous téléphoner régulièrement, à nous voir au moins deux fois par an. Hélas, Pierre est décédé le 4 décembre 2021.

C’est ce 1er octobre 2015 qu’il m’a appris que 75% des semences reproductibles avaient disparu du patrimoine mondial.

Cette phrase m’a choquée au point que deux ans plus tard, j’ai créé ma chaîne YouTube Marcelline l’aubergine. C'est comme pour mes romans, avant d'aborder un sujet, il faut que celui-ci m'ait choquée, qu'il m'ait fait rire ou mal, attristée ou fascinée, mais qu'il ait, d'une manière ou d'une autre, flirté avec moi, je ne peux pas écrire sur ce que je ne connais pas.

Puis Marcelline est devenue la présidente de mon association Avec Sylvie on sème pour la vie, destinée à préserver les semences reproductibles.

 

Sylvie Bourgeois Harel

Sylvie Bourgeois Harel - Pierre Rabhi - Photo de Geneviève Frachon

Sylvie Bourgeois Harel - Pierre Rabhi - Photo de Geneviève Frachon

Pierre Rabhi - Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Lablachère

Pierre Rabhi - Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Lablachère

Pierre Rabhi - Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine

Pierre Rabhi - Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine

Château de La Mole - Fonds de Dotation Pierre Rabhi

Château de La Mole - Fonds de Dotation Pierre Rabhi

Château de La Mole - Fonds de Dotation Pierre Rabhi

Château de La Mole - Fonds de Dotation Pierre Rabhi

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Leonardo DiCaprio - Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine - Saint-Tropez

Leonardo DiCaprio - Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine - Saint-Tropez

En juillet 2017, je suis chez moi, à Paris, en train de faire des crêpes lorsqu’un ami m’apprend que Leonardo DiCaprio organise trois jours plus tard un gala caritatif à Saint-Tropez en l’honneur de sa Fondation dédiée à la nature.

 

— Il faut absolument que tu y ailles avec Marcelline, me dit-il.

 

Marcelline est le personnage de la chaîne YouTube Marcelline l’aubergine que je viens de créer.

 

Ni une, ni deux, je téléphone à Patrice de Colmont qui, tous les ans, reçoit DiCaprio dans son restaurant du Club 55 à Ramatuelle.

 

— Quand Gatsby (un des organisateurs de la soirée) viendra déjeuner, peux-tu stp lui demander une invitation pour moi, mais juste pour le cocktail, je m’en fous du dîner.

 

Je le sens embêté, mais comme il adore Marcelline dont il est le partenaire historique, il me promet qu’il parlera le lendemain midi à Gastby qui, en effet, a réservé une table.

 

Le lendemain, Patrice me téléphone, enchanté.

 

— Tu as ton invitation.

— Génial !

— Ce qui est surtout génial, c’est la façon dont cela s’est passé, je suis allé voir Gatsby qui déjeunait avec le producteur de DiCaprio, un gros bonhomme, dès que j’ai dit que tu désirais venir à leur cocktail avec Marcelline, le gros producteur s’est réjoui et a crié avec un fort accent américain Marcelline l’aubergine ! Voyant l’euphorie du producteur, Gatsby t’a mis deux invitations pour le dîner.

 

Depuis que j’écris des romans, Patrice, un vieux pote depuis presque 40 ans, très fier que je sois devenue écrivain, met chaque année des affiches de mes livres dans son resto. Il a donc mis une affiche de Marcelline et de moi. Le gros producteur en voyant une blonde qui sourit à une aubergine aux grandes lunettes dorées a tout de suite tilté et a imprimé dans sa tête cette image un peu loufoque, d’où son enthousiasme, autant dire que mon vieux pote était fier et soulagé que je sois ainsi identifiée.

 

Je téléphone illico à mon ami Christophe Guillarmé pour qu’il me prête une robe et, hop, je saute dans un TGV, la soirée est le lendemain.

 

J’arrive tôt. C’est ma 3ème vidéo, je ne maîtrise pas totalement la technique. Je m’approche de Sean Penn qui, étonné de la mine de Marcelline, demande à ses potes-body-guard de me laisser m’asseoir un instant à ses côtés, je lui explique alors que Marcelline est une organic eggplant, il éclate de rire et me dit qu’avec le bruit, il ne comprend rien. La scène est formidable sauf que je n’ai pas appuyé sur le bon bouton, ça ne filme pas.

 

Durant toute la soirée, je suis tellement concentrée à essayer de bien faire que je ne prends pas le temps de m’asseoir. Et même lorsqu’un Américain plus tout jeune mais plutôt bel homme m’invite à sa table, je décline, je reste très professionnelle. Je ne suis pas là pour sympathiser, mais pour filmer !

 

Le lendemain matin, Var-Matin me téléphone :

 

— Sylvie, il paraît que tu étais au gala de DiCaprio, on peut faire une interview ?

— Ok.

— Tu as une photo de toi avec Leonardo ?

— Non, je n’ai pas pensé à en faire.

— Dommage, ça aurait été bien.

— Je ne suis pas très groupie, je ne demande jamais à faire de photos.

 

Ni une, ni deux, je téléphone à Patrice qui me dit que DiCaprio vient déjeuner chez lui à 16 heures, que je n’ai qu’à venir, il me le présentera pour faire une photo.

 

— Merci, mais ça me fait chier ce genre de truc, je n’ai pas envie de passer pour une groupie, tu sais quoi, comme il n’a pas de bateau cette année, il va comme d’habitude venir par les poubelles et arriver dans l’endroit où tu as tes paniers de crudités, je me mettrai là avec Marcelline que je photographierai avec les légumes sans m’occuper de Leo, s’il a envie de me voir, c’est lui qui me dira bonjour.

 

À 16 heures, je suis donc concentrée à photographier Marcelline au milieu des tomates lorsqu’un aéropage de mecs arrive, je ne les regarde pas, seule ma petite aubergine occupe mes pensées. Soudain, une main saisit Marcelline, je lève les yeux et voit le beau Léo qui éclate de rire en voyant mon aubergine.

 

— Who is she ? Who is she? me demande-t-il hilare.

— She’s Marcelline, an organic eggplant, je commence à lui expliquer.

 

Hélas, une dizaine de serveurs accourent pour le prendre en photo. Excédée, sa bande de potes entraînent aussitôt Leo qui se cache immédiatement sous sa capuche, certainement fatigué que sa notoriété l’empêche de retrouver son âme d’enfant car il faut avoir encore son âme d’enfant pour avoir envie de s’amuser aussi spontanément avec ma petite Marcelline.

 

Patrice vient alors me chercher pour me dire que Leonardo, installé à table, est d’accord pour faire une photo avec moi. Mais je décline. Ça m’emmerde l’idée d’être une groupie.

 

Et puis, mon obsession est de réussir ma vidéo avec Marcelline, pas d’avoir une photo avec le beau Leo. Le lendemain, Var-Matin est venu faire un portrait de Marcelline à mes côtés, c’est ainsi qu’elle a eu sa première interview et sa première pleine page dans un quotidien.

 

Sylvie Bourgeois Harel

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