Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
/ / /
La joie, et si transmettre de la joie était ma mission sur terre ?

La joie, et si transmettre de la joie était ma mission sur terre ?

 

Hier, un très bon ami m’a conseillé d’écrire un livre de développement personnel sur ma façon de communiquer dans laquelle j’essaye toujours de mettre mon interlocuteur dans la joie. La joie est l’attitude la plus enthousiasmante que je connaisse. Elle ouvre le coeur. Et j’aime ouvrir les coeurs. J’aime offrir la possibilité à chacun de connaître son potentiel de joie. J’aime aussi le délivrer, le temps de notre rencontre, de sa colère, de son énervement, de sa frustration, de ses déceptions. Lui montrer également qu’il peut profiter de chaque instant et ne pas devenir une victime collatérale de l’ambiance souvent morose des grandes villes.

Lorsque j’habitais à Paris, et même lorsque j’y retourne, je parle toujours avec les chauffeurs de bus. Un jour de grève, le bus est bondé, je vais pour payer mon ticket - on pouvait encore payer en liquide ses tickets, maintenant il faut deux Passes Navigo, un pour le bus et un pour le métro car il paraît que la RATP va être privatisée et scindée en deux, les bus d’un côté, les métros de l’autre -, mais le chauffeur qui est énervé m’envoie bouler :

— Va falloir patienter, je m’occupe de la dame qui était là avant vous.

Au lieu de lui répondre sur le même ton, je lui souris et lui dis gentiment :

— Bien chef !

Estomaqué, il se retourne vers moi qui ai gardé mon sourire, il éclate de rire :

— Ce n’est pas demain la veille que ça va m’arriver d’être chef !

À partir de là, nous avons une longue conversation sur les métiers que l’on effectue pour gagner notre vie, mais qui ne doivent pas nous définir en tant qu’être humain, seules nos valeurs le peuvent.

— Vous allez où ? me demande-t-il.
— Chez Dalloyau, rue du Faubourg-Saint-Honoré.
— Ce n’est pas sur mon parcours, ça.
— Non, je marcherai un peu.
— Mais il pleut.
— Vous savez, j’ai grandi à Besançon, la pluie ne m’effraye pas.
— Taratata, une si gentille dame qui a ébloui ma journée, je vous dépose.
— Comment ça vous me déposez ?
— Je fais un petit détour et, hop, je vous dépose devant Dalloyau, c’est un magasin très chic, non ?
— Oui, ils font les meilleures viennoiseries du monde. Je vais les voir car ils m’offrent un cocktail pour la sortie de mon prochain livre.
— Je suis sûr que l’on doit souvent vous faire des cadeaux.
— Je dois reconnaître que oui, et je dis toujours merci, j’ajoute en riant.
— Je le comprends, vous incarnez la joie. Vous m’avez fait un bien fou aujourd’hui !

Alors que le chauffeur me dépose pile-poil devant chez Dalloyau, une femme âgée râle que ce n’est pas le bon trajet, pendant que sa voisine, aussi vieille qu’elle, opine de la tête. Ce à quoi, le chauffeur leur répond très aimablement que la vie est belle malgré la pluie et qu’elles n’ont pas à s’inquiéter.

Un autre jour, nous sommes invités à un mariage très mondain auquel je n’ai pas envie de me rendre. En effet, une amie épouse un homme très riche qu’elle n’aime pas. Sans la juger, célébrer cette union ne me réjouit pas.

— On prendra le bus, j’annonce à mon mari qui est en train de se préparer.

Mon mari, qui préférerait prendre un taxi, ne me contredit pas. Il sait que quand je n’ai pas envie d'aller quelque part, je l’oblige à prendre le bus.

À 21 heures, nous montons donc dans le bus. Oui, je l’oblige aussi à arriver en retard. Pendant que mon mari s’assied sur un siège au fond, je reste près du chauffeur.

— Nous allons au mariage d’une amie qui épouse un homme riche dont elle n’est pas vraiment amoureuse, ça me chagrine, je n’aime que les mariages d’amour. Mon mari, par exemple, je l’ai épousé par amour.
— Ma femme aussi, je l’ai épousée par amour, me confie-t-il, ça fait quinze ans que nous sommes ensemble, et je l’aime comme au premier jour.

Et nous voilà partis à converser sur l’amour.

— Il est où votre mariage ? me demande-t-il soudain.
— Loin, on doit marcher longtemps après l’arrêt du bus. On va arriver en retard, mais je m’en fiche, je n’ai pas envie de cautionner cette union, surtout qu’elle est très belle mon amie, elle aurait dû épouser un homme qu’elle aimait à la folie.
— Vous avez raison, vous savez quoi, je vous dépose.
— Comment ça, vous nous déposez ?
— Je vais faire un petit détour, comme ça, je vous laisse juste devant l’entrée de l’hôtel où se déroule votre mariage.
— Trop chic, merci.
— Ça me fait plaisir, ce n’est pas tous les jours que je peux parler d’amour, et encore moins au boulot, vous savez, les gens sont souvent stressés, fatigués, énervés, moi, je dois absorber toutes leurs mauvaises énergies. Tandis qu’avec vous, le trajet a été tellement joyeux.
— Je vais vous faire une confidence, je ne vais pas rester au dîner, à minuit, hop, je retire discrètement nos noms sur la table, hop, je prends mon mari par la main et, hop, on s’éclipse.
— Et hop, je serai là, me répond le chauffeur en se marrant.
— Comment ça, vous serez là, je lui demande, incrédule.
— À minuit, c’est mon dernier service, je serai devant votre hôtel.
— Chiche ?
— Chiche !
— Génial. Et vive l’amour, je lui balance en descendant du bus.

À minuit moins cinq, après avoir retiré discrètement nos noms de la table où nous devions nous installer, je prends mon mari par la main et, hop, nous quittons discrètement la réception au moment où tout le monde allait s’asseoir.

Mon mari s’apprête à héler un taxi.

— Attends un instant, s’il-te-plaît.
— Ne me dis pas que tu veux rentrer à pied.

Oui, j’adore marcher la nuit dans Paris, mon mari pas du tout.

— Non, pas ce soir, mais attends, je veux vérifier quelque chose.

Deux minutes plus tard, à minuit pile, un bus arrive dans le noir et stoppe juste devant nous. Étonné, mon mari me regarde :

— Qu’est-ce que tu as encore fait ? me questionne-t-il, incrédule.
— Promis, juré, rien, mais monte.
— Vous voyez, j’ai tenu parole ? me dit le chauffeur tout ragaillardi malgré l’heure tardive.
— Je n’en ai pas douté un seul instant, on voit que vous êtes un homme sur qui on peut compter, je lui réponds en riant.

Soudain, une dame âgée se met à râler que ce n’est pas le bon chemin. À croire qu’il y toujours une dame âgée qui râle dans les bus parisiens, peut-être une espionne de la RATP qui surveille les chauffeurs trop gentils.

Au moment de démarrer, le chauffeur reconnaît mon mari.

— Oh, c’est vous, Les Randonneurs, lui -dit-il tout content, j’adore votre film qui m’a tellement fait marrer. J’ai dû le regarder au moins dix fois. Mais vous savez, si je suis revenu vous chercher, c’est pour votre femme, ce n’est pas parce que vous êtes connu. D’ailleurs, avec votre chapeau, je ne vous avais pas remarqué. Mais votre femme, continue-t-il, vous avez bien fait de l’épouser. C’est une belle personne. Elle est gentille. Elle incarne la joie, mais surtout, ce soir, elle m’a offert le plus beau des cadeaux. Elle m’a offert la possibilité d’être libre et de faire ce que je voulais, et ça, c’est un cadeau inestimable.

 

Sylvie Bourgeois Harel

Partager cet article
Repost0
/ / /
L'Élysée - Sylvie Bourgeois

L'Élysée - Sylvie Bourgeois

Chroniques du monde d'avant - 5 - L'Élysée, Jacques Lanzmann

Nous sommes en 1991.

— Je veux faire un livre sur l’Élysée, me dit Jacques Lanzmann, dont j’étais l’agent. Je désire raconter la vie des employés, des conseillers, des femmes de ménage, rien de politique, que du quotidien. Vois comment tu peux mettre cela en place. Appelle Jack Lang, il me connaît.

Un mois plus tard, la réponse du ministre de la Culture tombe, il trouve l’idée excellente d’autant qu’il admire le talent de Jacques, celui de l’écrivain mais aussi celui du parolier de Jacques Dutronc, Il est 5 heures, Paris s’éveille, fait d’ailleurs partie de ses chansons préférées.

La semaine d’après, je reçois un laisser-passer pour six mois durant lesquels je peux aller où je veux au Palais de l’Élysée. Mon rôle est d’organiser les interviews et les prises de vue, et de sélectionner ce qui pourrait être intéressant pour Jacques à raconter. J’adore. On me fait tout visiter. Et aussi, à titre tout à fait exceptionnel, les appartements privés de François Mitterrand, alors président de la République, décorés par Paulin. J’assiste aussi à une remise de Légion d’Honneur au cour de laquelle Mitterrand m’épate de connaître par coeur le discours pour les trente médaillés.

Me rendre régulièrement à l’Élysée est très joyeux d’autant que ma spontanéité et mes mini-jupes (ma maman me disait toujours que les shorts et les mini-jupes, c’était ce qui m’allait le mieux), sont très appréciées. En effet, de nombreux conseillers de François Mitterrand m’invitent à déjeuner dans les salons privés, c’est très beau et très doré. Le premier, pour m’épater, m’avait commandé un repas entièrement à base de truffes, je déteste les truffes, je n’avais rien mangé. Le chef Joël Normand me concocte des repas dans la cuisine, c’est très bon et impressionnant de voir notre table dressée pour deux devant son équipe qui ne parle que pour crier : Oui chef ! Le photographe attitré de l’Élysée me trouve très photogénique et veut absolument m’emmener en voyage officiel dans les avions du Glam, je refuse bien évidemment. Il désire également me présenter des amis afin que je devienne comédienne. Je refuse aussi. Alors que j’ai longtemps désiré être comédienne. Mais je ne voyais pas trop le rapport entre l’Élysée et le cinéma.

Quand le livre sort, l’éditeur me demande d’en faire la promotion. Je propose à Michel Drucker de monter une émission spéciale autour du livre. Il accepte aussitôt. En plus de Lanzmann, il aimerait également inviter Hubert Védrine, alors secrétaire général de la présidence de la République, mais celui-ci refuse de participer à une émission de variétés. Je prends rendez-vous et j’arrive à le convaincre. Trois jours avant le tournage, l’assistant de Drucker me téléphone pour me promettre qu’ils mettront bien en avant le livre, mais qu’ils ont trop d’invités, bref que Jacques Lanzmann n’est plus convié.

J’appelle Jacques pour le lui annoncer. Il se met à pleureur que plus personne ne l’aime, qu’il est blacklisté, qu’il est fini depuis que Dutronc l’a trahi après l’avoir convoqué un soir à minuit dans son studio pendant qu’il interprétait avec plaisir une chanson de son nouveau parolier. Jacques avait souffert pire que si sa femme l’avait fait venir dans un hôtel pendant qu’elle était en train de faire l’amour avec son amant. J’ai eu beau lui soutenir que cela n’avait rien à voir, qu’il était dans une confusion totale, il a continué de pleurer.

Comme je ne peux pas entendre un ami de 64 ans pleurer, ni une, ni deux, je téléphone à Hubert Védrine et lui demande s’il serait d’accord que j’annule sa présence chez Drucker.

— Tout ce que vous voulez Sylvie, me répond Védrine.

Puis je téléphone à l’assistant de Drucker pour décommander Védrine. Dix minutes plus tard, Drucker m’appelle.

— Vous ne pouvez pas me faire ça, Sylvie, s’il-vous-plaît, téléphonez à Hubert Védrine, il ne veut parler qu’à vous.

— Non, je lui réponds en mordant dans ma tartine beurrée pleine de miel, à 17 heures, où que je sois, je bois un goûter chocolat chaud avec des tartines. Puisque vous avez humilié mon Jacques Lanzmann si gentil, je suis obligée de vous punir, vous n’aurez pas Védrine qui n’avait accepté que pour me faire plaisir.

Au bout du fil, Drucker ne comprend pas. À sa décharge, il n’avait jamais vu mes mini-jupes qui, avec du recul, avaient, je pense, leur taux d’influence dans certaines prises de décision totalement irrationnelles de la part de mes interlocuteurs.

Drucker est furieux. J’éclate de rire. Je déteste qu’on me menace. Il tente autre chose et se met à pleurer.

— Ah non Michel, pas vous aussi, déjà que Jacques était en pleurs tout à l’heure, tout ça pour un bouquin sur l’Élysée, ça frise le ridicule.

— Ah bon, Jacques pleurait ? me demande Drucker en reniflant comme un enfant.

— Ben oui, il est persuadé que vous ne l’aimez plus.

— Dites-lui que je l’adore.

— Vous l’adorez peut-être, n’empêche vous ne l’invitez pas.

En fin de journée, Drucker me téléphone à nouveau.

— C’est bon Sylvie, dites à Jacques qu’il peut venir sur le plateau. Mais vous m’appelez Védrine, je le veux aussi.

Au bout du fil, Védrine me félicite de ma capacité de persuasion.

— Vous ne voulez pas venir faire de la politique, vous en avez le talent.

— Certainement pas, c’est pathologique de vouloir faire de la politique.

Le livre s’est bien vendu. L’éditeur est content. Jacques aussi. Et mon laisser-passer de six mois pour rentrer comme je veux à l’Élysée est terminé. Mais c’est sans compter sur l’influence et l’impact que mes mini-jupes laissent dans le souvenir de certains hommes. En effet, un conseiller m’appelle et me demande de venir le voir le lendemain. Dans son bureau, il prolonge mon laisser-passer de nouveau pour six mois sans me donner de raison particulière. D’ailleurs, quand les hommes me font des cadeaux irrationnels, je ne cherche jamais à avoir d’explications, je dis juste merci. Donc merci monsieur le conseiller de l’Élysée !

Youpi ! A moi les bons petits plats dans les salons dorés d’autant que je viens de m’installer rue du Colisée, à deux pas de l’Élysée, chez un nouveau client pour faire la promotion des vins de Pays.

Tous les matins, mon plaisir est d’aller à l’Élysée, de traverser la cour carrée, de monter les grands escaliers que l’on voit à la télé, de pénétrer dans le bâtiment du fond et d’aller faire pipi dans les toilettes, à gauche, sous la statue d’Arman. Ça m’amuse terriblement. Au passage, je salue le photographe officiel qui ne se lasse passe de me faire miroiter que, grâce à lui, je peux devenir comédienne et faire du cinéma, que j’ai le physique et le tempérament pour ça, il avait certainement raison ! Je fais également coucou aux quelques conseillers que je connais quand je les croise, aussi au talentueux et gentil chef Joël Normand, et à tous les corps de métier dont j’ai fait la connaissance et qui sont enchantés d’avoir été pris en photo dans le livre L’Élysée comme si vous étiez de Lanzmann.

Mais pas une seule fois, je me suis dit que, vue la chance que j’ai d’être autant appréciée (moi ou mes mini-jupes, je ne saurai jamais… ), dans cette enceinte du pouvoir, au coeur du gouvernement français, je pouvais peut-être essayer de me trouver un travail au service de la communication de l’Élysée.

Non, pas une seule fois, l’idée n’est montée à mon cerveau. Je pensais juste à aller faire pipi dans les toilettes de Mitterrand, ce qui m’amusait terriblement.

Sylvie Bourgeois Harel

Partager cet article
Repost0
/ / /
Sylvie Bourgeois - Jean-Jacques Goldman

Sylvie Bourgeois - Jean-Jacques Goldman

Chroniques du monde d'avant - 3 - Jean-Jacques Goldman

Nous sommes en 1993.

De Jean-Jacques Goldman, je ne connais aucune chanson. Je n’ai jamais écouté de variété française. Ce qui me causait bien des soucis à la petite école quand, à la récré, les filles me demandaient quel était mon chanteur préféré, elles étaient toutes amoureuses de Claude François ou de Johnny Hallyday, moi d’aucun, je n’avais pas d’idole. Et surtout pas de Johnny Hallyday qui me cassait les oreilles lorsque mon frère aîné montait sur le rebord de la fenêtre du salon, et avec un micro branché sur la chaîne de nos parents, hurlait Que je t’aime, que je t’aime, en chantant faux, d’autant que j’étais obligée de l’écouter et de l’applaudir.

Mais un lundi matin, décidée à établir un lien social avec mes petites camarades, je leur ai dit que j’aimais bien Gérard Lenormand. En effet, le samedi soir, mes parents étaient sortis dîner chez des amis, j’avais regardé une émission dans laquelle il avait chanté La Balade des gens heureux. Ce genre de conversation ennuyeuse n’avait pas duré, je m’en foutais totalement de leurs stars, je préférais être la star de la corde à sauter, ce qui m’a valu la jalousie de deux filles qui, énervées que je gagne toujours, ont essayé de me tuer en me passant la corde autour du cou et en tirant chacune d’un côté de toutes leurs forces. Je suis tombée dans les pommes, en sang, je m’en souviens encore.

Lorsqu’à 30 ans, on me propose de m’occuper de la presse d’un beau livre dans lequel se trouve l’album Rouge de Jean-Jacques Goldman, illustré par Lorenzo Mattoti et accompagné de nouvelles de son beau-frère Sorj Chalandon, journaliste à Libération, j’accepte. Je ne sais pas que Jean-Jacques Goldman est une star.

À l’époque, je travaille dans la communication en free-lance. Je disais à mes clients que ma spécialité était de ne pas être spécialisée. J’ai de la chance. À chaque mission, un chef d’entreprise me repère. Je m’installais toujours dans sa société le temps de mon contrat.

J’ai donc mon bureau chez Sony Music depuis une heure lorsque une fille affolée vient me dire que, demain, elle m’emmène à Canal + :

— Jean-Jacques fait une télé, ajoute-t-elle, excitée, ce qu’il n’a pas fait depuis trois ans, il n’aime pas ça.

Je le comprends totalement, moi-même, je n’ai pas la télé. Je ne supporte pas l’idée que des gens que je ne connais pas parlent entre eux dans mon salon sans que je puisse leur répondre. C’est un concept inacceptable. Et puis le soir, je préfère aller danser que regarder la télé.

Le lendemain, je pénètre donc avec cette fille chez Canal + dans une loge bondée où une cinquantaine de personnes sont entassées.

— Bonjour ! lance-t-elle gaiement à Jean-Jacques Goldman qu’elle croise à l’entrée. Je suis Nathalie, tu te souviens de moi ?

Dans la voiture, elle m’avait dit que dans le milieu de la musique, tout le monde se tutoyait et s’appelait par son prénom, même ceux qui ne se connaissaient pas, qu’ils formaient en quelque sorte une famille. Je lève les yeux au ciel. Une famille, j’en ai déjà une, et les groupes, passé quatre personnes, ça me fatigue. Quant au vouvoiement, je trouve cela follement sexy autant que mes minijupes que je porte, été comme hiver, avec des vestes cintrées et décolletées.

— Non, lui répond Jean-Jacques Goldman, je ne me souviens pas.

— Mais si, insiste-t-elle, on s’est vus hier, je suis Nathalie de Sony Music, je m’occupe de la télé.

— Tu sais quoi, la prochaine fois que tu me vois, tu dis Nathalie Télé, ajoute-t-il en mimant avec ses mains un carré censé représenter un écran de télévision.

N’ayant aucune envie de lui parler, je file, sans le saluer, rejoindre son frère Robert, dont j’avais fait la connaissance la veille, et qui me fait des grands signes sympathiques.

Je suis en train d’avaler un dixième four, les petits fours étaient délicieux chez Canal+, quand un jeune assistant équipé d’un talkie-walkie arrive en tordant des fesses :

— Jean-Jacques, c’est à toi, on t’attend sur le plateau.

Toujours cette obsession de se tutoyer !

Le chanteur va pour le suivre quand, du fond de la loge, je lui crie :

— Monsieur Goldman, il y a un problème !

Je suis comme les enfants, je n’ai pas de filtre, je dis tout ce qui me passe par la tête, je suis toujours très spontanée, je ne sais pas faire autrement.

Un silence s’établit immédiatement. Tous les regards se tournent vers moi. je me dis qu’ils doivent trouver ravissant mon tailleur minijupe en drap de cachemire baby rose de chez Scooter, un ensemble que j’adore et que je porte avec des bottes plates de chez Free-Lance et des collants noirs opaques.

— On m’a dit que vous n’aviez pas fait de télévision depuis trois ans, je lui lance, mais la façon dont vous êtes habillé, ça ne va pas du tout. Votre veste est trop grande pour vos petites épaules, c’est moche, retirez-la, vous avez une jolie chemise en dessous, vous serez plus à l’aise.

Les 50 regards tournés vers moi se changent en 50 regards de haine, me faisant comprendre que je ne dois pas parler ainsi à la star qui fait vivre financièrement Sony Music France.

Jean-Jacques Goldman s’arrête à l’entrée de la loge. Pendant que l’assistant le presse de le suivre, chuchotant à son talkie-walkie que, oui, oui, il arrive, le chanteur me regarde sans dire un mot. Je suis comme dans un western lorsque les cow-boys se confrontent les yeux dans les yeux, avant de se tirer dessus, devant tout le saloon médusé qui les admirent de peur, en silence. Je me dis que ma mission de m’occuper de la sortie de son livre Rouge va s’arrêter le soir-même. Une fois de plus, j’ai parlé trop vite. Une fois de plus, j’ai été trop spontanée. Que je devrais apprendre à me taire. En même temps, je n’ai pas envie de changer ma façon d’être, j’aime bien laisser mon coeur agir et s’exprimer. De toute façon, même si je le voulais, je n’y arriverai pas.

Au bout d’une minute qui a semblé une éternité, Goldman commence à marcher vers moi. Tout doucement. Il prend son temps. Les autres s’écartent sur son passage pour le laisser passer. Il s’arrête à ma hauteur.

 — Qui es-tu ? me demande-t-il.

 — Je m’appelle Sylvie, je réponds.

De nouveau, un long silence. Très long. J’ai le temps de penser que je dois absolument acheter du lait au Monoprix de Neuilly qui ferme à 22 heures. J’ai envie de manger des crêpes. J’adore les crêpes. Mon amoureux aussi.

Soudain, Jean-Jacques Goldman retire sa veste et me sourit. Il est très charmant, je me dis, vraiment très charmant, il devrait sourire plus souvent.

— Tiens, je te la donne, continue-t-il en me la tendant, je l’ai acheté 30 francs aux Puces. Ah oui, et merci Sylvie, ajoute-t-il en plongeant son adorable sourire dans mes yeux, ça fait quinze ans que l’on n’a pas été aussi sincère avec moi, merci.

Ce n’est plus 50 regards de haine que j’ai de la part du groupe, mais 50 regards de double-haine, tous apeurés à l’idée que je leur pique leur place privilégiée auprès de la star.

Ils n’ont juste pas compris qui je suis. Jean-Jacques, si, il a tout compris. En effet, j’aime être compétente dans mon travail, m’amuser aussi en bossant, mais ensuite, je veux qu’on me foute la paix. Je fuis. Je pars. Je rentre chez moi. j’ai besoin d’être seule pour pleurer mes chagrins jamais consolés de petite fille abusée (ce n’était pas mon papa) et de jeune femme violée.

C’est ce que j’ai fait d’ailleurs. Je n’ai pas entendu la fin de l’interview. Je suis partie. J’ai quitté les 50 regards en attente de l’amour de la star, et je suis allée acheter mon lait pour mes crêpes au Monoprix de Neuilly avant qu’il ne ferme, la veste de Jean-Jacques sous le bras, dorénavant, je peux l’appeler Jean-Jacques puisqu’il m’appelle Sylvie.

Sylvie Bourgeois Harel

Partager cet article
Repost0
/ / /
Chroniques du monde d'avant - 4 - Cartier rue de la Paix

Chroniques du monde d'avant - 4 - Cartier rue de la Paix

 

J’ai 23 ans. Je suis à Paris.

Je viens de donner ma démission et je veux un nouveau travail. Plus exactement, il me faut tout de suite un nouveau travail. Je ne supporte pas de ne rien faire et surtout j’ai besoin de gagner de l’argent. Mais j’aime aussi accumuler les expériences professionnelles afin d’apprendre un maximum.

N’ayant pas fait d’études et ayant commencé à travailler très jeune, à 12 ans, je n’ai que le choix de répondre à des annonces. J’en repère une : Cartier cherche du personnel féminin pour son service après-vente. Je me rends rue de la Paix et je suis immédiatement embauchée. Les autres filles qui sont là ont eu droit, la semaine auparavant, à trois tailleurs Mugler avec les chemisiers assortis afin qu’elles soient toujours impeccables. Pour moi, c’est trop tard, il n’y a plus de budget. Je dois donc me débrouiller avec ma garde-robe qui est composée de deux vestes décolletées serrées à la taille que je mets avec des mini-jupes que je me fais moi-même avec du tissu tubulaire que j’achète au mètre et sur lequel je couds de chaque côté des galons en coton de couleur différentes. C’est très sexy. J’adore être sexy. Je les mets avec des collants opaques et des chaussures plates.

Nous sommes derrière un grand comptoir au fond du magasin où les clients viennent déposer leurs montres à réparer. Les filles mesurent toutes un mètre soixante-quatorze et portent des talons. Avec mon mètre soixante-quatre mètre et à plat, j’ai l’impression d’être vraiment tout petite. Peu importe, j’assume. De toute façon, ma vie n’est pas le jour chez Cartier, non, ma vie, c’est la nuit chez Castel où je vais danser chaque soir et m’amuser. Je rentre à 6 heures du matin, je m’écroule sur mon lit, puis je prends une douche, je change ma jupe en tubulaire et je pars au boulot en avalant deux pains au chocolat.

Très rapidement, les clients les plus importants viennent vers moi, certains même attendent afin que je les serve, je dois les faire rire, je crois, et puis, je viens de Besançon, la capitale de la montre, je m’y connais, et surtout, je ne me la pète pas tandis que les autres filles font les malines de travailler chez Cartier et de porter du Mugler qu’elles n’ont pas acheté, elles rêvent d’ailleurs toutes qu’un client fortuné les épouse.

Puis un jour arrive ce qu’ils appellent un VIP, un comédien archi connu qui fonce direct sur moi. Je lui dis que je vais appeler la directrice car je n’ai pas le droit de m’occuper de lui. C’est la règle, seule la directrice doit servir les personnalités. Il me répond non, non, vous êtes très bien. Je l’emmène donc dans l’un des quatre salons privés qui se trouvent de chaque côté.

Le lendemain, un autre VIP fonce sur moi et ainsi de suite, ils veulent absolument être servis par moi alors que je suis la plus petite derrière le grand comptoir avec ma veste décolletée marine, ma préférée, serrée à la taille, ma mini jupe en tubulaire à six francs le mètre, et mes bâillements incessants à force de ne pas dormir assez.

A la fin de la semaine, remontrance de la directrice. Je n’aime pas les remontrances d’autant que je travaille trois fois plus que les autres filles, que je suis méga compétente, et que je n’ai pas eu droit aux jolis tailleurs Mugler avec les chemisiers assortis.

Pendant trois mois, je sympathise avec plein de personnalités, des hommes, je précise. Dans les salons privés, je leur parle de la nature, des étoiles, des âmes, mes sujets favoris, ils rient et s’amusent, me confient aussi parfois leurs soucis, certains m’offrent des chocolats, du parfum, d’autres m’invitent à dîner, j’adore. Mais la directrice pas du tout, elle fulmine.

Au bout de ma période d’essai, elle me convoque dans son bureau et m’explique qu’avec mon caractère enjoué et ma spontanéité, je ne suis pas faite pour Cartier où la retenue est de rigueur. En revanche, elle me trouve si efficace qu’elle a parlé de moi à son mari qui est le patron du Comité Colbert, qui réunit toutes les grandes marques françaises du luxe, je serais parfaite pour travailler avec lui où une vraie carrière évolutive m’attend.

Au lieu de lui répondre merci madame, je vais téléphoner à votre mari, dont elle m’avait donné les coordonnées et qui attendait mon appel pour me rencontrer, je me suis mise en colère. Mais dans une vraiment grosse colère. J’étais choquée que l’on puisse me reprocher d’être souriante, spontanée et compétente. Je l’ai engueulée. Carrément engueulée, qu’elle n’avait qu’à se garder son mari pour elle, et que jamais mon sourire et ma spontanéité ne seront au service de qui ce soit.

Le lendemain, j’ai commencé mes cours de théâtre chez Jean-Laurent Cochet. Le soir, pour gagner ma vie, je travaillais au restaurant le Petit Poucet sur l’île de la Jatte, puis j’allais danser chez Castel ou aux Bains Douches avec mes mini-jupes à trois francs. J’ai gardé quelques personnalités comme amis. Et aussi mon sourire et ma spontanéité. Et je me suis achetée une chemise Mugler. Non mais !

Sylvie Bourgeois Harel

Partager cet article
Repost0
/ / /
Chroniques du monde d'avant - 2 - Festival de Cannes, Georges Wilson

Chroniques du monde d'avant - 2 - Festival de Cannes, Georges Wilson

Nous sommes en mai 1989 (ou 88 je ne sais plus).

Je suis au Festival de Cannes. Je travaille en free-lance dans la communication depuis trois ans. Je suis embauchée par un éditeur de vidéo qui lance sa collection dans laquelle il désire rassembler toutes les Palmes d’Or.

Avec Josée qui connaît tout le monde dans le cinéma, nous devons lui organiser des déjeuners au Majestic et quelques montées des marches. C’est ainsi que je rencontre Georges Wilson qui veut absolument me revoir à Paris d’autant que je lui ai confié mes désirs enfouis d’être comédienne, mes cours de théâtre chez Jean-Laurent Cochet, mon amour des textes, de la scène, du jeu.

Il m’invite à déjeuner dans un restaurant à deux pas du théâtre de l’œuvre, dans le 9ème, dont il est le directeur artistique. Il me raconte son passé, ses souvenirs, Jean Vilar, le TNP. Commence alors une jolie amitié.

Il m’appelle régulièrement, prend souvent de mes nouvelles, me demande de venir le voir au théâtre où il passe ses journées. On rit beaucoup. On s’amuse à rejouer des scènes de « Je ne suis pas rappaport », une pièce américaine que j’avais adorée, dans laquelle avec Jacques Dufilho, ils étaient deux vieux sur un banc à évoquer la solitude, la vieillesse, la mort.

Puis un jour, Georges me parle de son projet qui lui tient à cœur depuis longtemps, il désire monter Eurydice, une pièce de Jean Anouilh, mais c’est dur, il ne trouve pas les financements, malgré sa carrière. Il se plaint que les relations aient changé, il va avoir 70 ans, il a l’impression que maintenant c’est place aux jeunes dans le métier.

Soudain au cours d’un déjeuner, son visage s’éclaircit, il me propose de jouer Eurydice. Avec mon visage de tanagra, comme il aime me surnommer, je serai parfaite, fine, jolie, fragile, insouciante, profonde, les compliments pleuvent. Il m’offre le texte. Je rentre chez moi, émue, j’appelle ma maman. Je ne dors pas de la nuit. J’ai arrêté les cours de théâtre depuis cinq ans. Je vous expliquerai pourquoi ( je ne sais d’ailleurs pas pourquoi, je sais seulement comment j’ai tout arrêté ), mais c’est une autre histoire.

Avec Georges, nous nous voyons régulièrement, je connais le texte par cœur. Il me parle de la mise en scène qu’il imagine, son fils Lambert sera Orphée, mon amoureux jaloux, et lui, le père. Il assurera la mise en scène. Au théâtre de l’œuvre bien sûr.

Néanmoins, Georges est inquiet pour l’argent. Il a l’impression que tout est devenu plus difficile, que son nom ne suffit plus pour monter un projet, qu’on ne lui fait plus confiance. Il a peur d’être fini. Il en souffre. Ses 70 ans reviennent souvent dans nos discussions. Il a cinq ans de plus que mon père. Mon père qui d’ailleurs, soudain, arrive dans la conversation, alors que nous rêvons d’Eurydice depuis au moins six mois. Un peu énervé, alors que Georges a toujours été un homme adorable, il me demande quand est-ce que je vais enfin lui présenter mon père qui pourrait certainement nous aider.

– Mon papa, je lui réponds, je te le présente volontiers, il sera ravi de faire ta connaissance, ma maman aussi d’ailleurs, elle était tellement triste que j’arrête le théâtre, mais en quoi peut-il t’aider ?

– En tant que directeur de l’OBC, je pense qu’il peut me trouver des financements.

– L’OBC ?

– Oui, la Banque du Cinéma.

– Ah non, Georges, il y a erreur, mon papa est architecte et habite à Besançon.

– Mais pourquoi Josée m’a-t-elle dit à au festival de Cannes que ton père était le directeur de l’OBC ?

– Je n’en sais rien, moi, tu prends quoi comme dessert ?

Ce jour-là, Georges n’a pas pris de dessert. C’était également la dernière fois que je le voyais. Quand je l’appelais au théâtre, on ne me le passait plus. Je suis allée plusieurs fois le voir, mais on me répondait toujours qu’il était occupé. Un peu plus tard, j’ai appris qu’il avait donné le rôle à Sophie Marceau.

Sylvie Bourgeois Harel

Comme on me l’a souvent demandé, je précise que sur la photo c’est moi et pas Sophie Marceau à laquelle je ressemble sur l’image de mon composite que j’avais fait faire lorsque je prenais mes cours de théâtre auprès de Jean-Laurent Cochet, un grand professeur qui a formé entre autres Fabrice Luchini, Gérard Depardieu, Sabine Azéma, Richard Berry…

Partager cet article
Repost0
/ / /
Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - La Ponche

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - La Ponche

La Voix
 
Écoute le silence...
 
Reste là. Écoute. Écoute le silence. Écoute la solitude. Écoute le noir. Observe. Observe le silence. Observe sa lenteur. Observe sa blancheur. Il n’est pas pressé. Regarde. Regarde autour de toi. Regarde le malheur. Le malheur de ceux qui n’ont pas compris. Qui ne veulent pas comprendre. Qui ne veulent pas entendre. Je le lui avais dit, mais il ne m’a pas écoutée. Je l’avais prévenu, mais il ne m’a pas crue. J’ai voulu le réveiller, mais il m’a repoussée. Et depuis il pleure. Il souffre. Il erre. Il erre. Et je ne peux rien y faire. Écoute les moments. Il y a des moments pour tout. Écoute les heures. Écoute la forêt. Écoute la mer. Elles savent tout. Ne t’endors pas. Veille. Surveille. Admire. Admire la joie. Admire les sourires. Les rires. La vérité est là. Il était mon mari, mon ami, je l’aimais. Puis il a tué. Il a tué notre enfant. Il a tué sa pureté. Il a tué son innocence. Il a tué sa beauté. Détruit son avenir. Elle était si jolie. Toute petite et toute fine. Gaie et chantante. Jamais capricieuse. Elle disait toujours oui. Elle lui a dit oui, c’était son papa. Elle ne s’est pas méfiée. Elle ne m’a pas appelée. Il était son père. Son univers. Son repère. Il l’a emmenée en enfer. Dans l’enfer des enfants trompés. Dans l’enfer de l’enfance niée. Elle n’a pas pleuré. Ou alors je ne l’ai pas entendue. Ce n’est que la troisième nuit que je me suis réveillée. Et que j’ai vu l’inacceptable. L’impensable. L’horreur. Le crime. La mort. La mort de ma petite fille. Ma petite fille devenue une femme. Elle n’avait que huit ans. Son père était sur elle. Sa main sur sa bouche. Sa jolie bouche qui avait mangé des cerises et du gâteau au chocolat dans l’après-midi. Elle était inerte, morte, étonnée, interdite, flattée, douloureuse. J’ai failli m’écrouler. Mon monde s’écroulait. J’ai revu l’accouchement, puis ma vie s’est arrêtée. Mon âge est parti. Il ne m’a pas entendue. Il était sur elle. La recouvrant de toute sa beauté. Mon mari était beau. La tuant de toute sa grandeur. L’écrasant de toute sa responsabilité. C’est une larme qui m’a alertée. Une larme qui a coulé sur ma joue. Une larme qui m’a réveillée. Qui m’a montré le chemin. Il faisait nuit. Dans sa petite chambre, la pleine lune traversait les volets. Elle se reflétait dans une larme qui coulait des yeux de ma fille. Une larme pour me dire l’indicible. Une larme pour m’avertir. Une larme pour me mettre en colère. Je n’ai pas réfléchi. J’ai pris la chaise de bureau de mon enfant et j’ai tapé avec sur son bourreau de toutes mes forces. De toutes mes résistances qui ne voulaient pas croire ce que je venais de voir. De toute ma fragilité à n’avoir pas su la protéger. J’ai tapé avec l’aide de mon mariage foutu, de ma tromperie bafouée, de ma vie qui s’écroulait. Mes deux amours s’affrontaient. Mes deux raisons s’annihilaient. J’ai voulu mourir. Je l’ai tué. J’ai tué mon amour. J’ai tué le monstre. J’ai tué le noir. J’ai tué papa.
 
Et puis, on a dû faire comme si de rien n’était. Ma fille a continué sa vie de petite fille. Dans la violence. Dans la douceur. Dans la douleur. Plus jamais elle n’a trouvé le calme. La nuit, elle dormait avec moi. Je ne savais pas comment la consoler. Il est parti dans le salon. Il n’en a jamais parlé. Jamais demandé pardon. Il a commencé à picoler. Tout était fini. L’harmonie était finie. Partie. Achevée. Et moi, j’étais anéantie. Affaiblie. Apeurée. En colère. Mais je n’ai pas su parler. Les mots étaient trop faibles. Toujours trop faibles. Alors j’ai prié. Prié. Prié. Ma fille a grandi, mais dormait toujours dans mon lit. Mais un jour, la maison a brûlé et nous sommes morts tous les trois. Le feu nous a pris dans le sommeil. Les flammes ont lavé notre désespoir. Mais je n’en ai pas fini, la nuit, je surveille toutes les petites filles et si un méchant papa, un méchant grand frère, un méchant tonton, cousin, voisin ou ami approche, j’agis, je fais du bruit. J’allume une lumière. Je bouge un meuble. Je claque une porte. J’instaure la terreur pour sauver l’enfant car je n’ai pas pu sauver le mien. Tous les enfants sont miens dorénavant. Je suis le silence qui les observe. Je suis le noir qui les protège. Je suis le vent qui les écoute. Je suis le blanc qui surveille tous les papas, tous les frères, tous les tontons, tous les cousins, voisins et meilleurs amis, tous les faux gentils qui aiment salir l’innocence. Alors toi, Sylvie, dorénavant, écoute le silence des enfants, les silences de leurs mouvements, du mouvement de leurs cheveux, de la maladresse d’un geste, de la maladresse d’un regard, d’un sourire gêné, d’une bouche qui se déforme au lieu de rire, écoute et tu sauras et tu consoleras. Tu leur parleras. Tu leur donneras de la force. Du pouvoir. De l’espoir. Ta douceur les apaisera. Les calmera. Les consolera. Tu es la consolante. Écoute les silences. Nourris-toi de ces silences et insuffle ta force et ton amour dans tous les drames de ces enfants perdus. Sois leur naïveté. Sois leur innocence. Sois leur espoir. Dans le noir, la mort est là. Sois leur lumière et moi je serai leur maman qui les attend. Ta maman qui t’aime."
 
Sylvie Bourgeois Harel
 
Ce texte est un extrait de mon prochain livre LA VOIX qui paraîtra début juin 2026.
 
Vous pouvez me contacter sur mon mail : slvbourgeois@wanadoo.fr.
Ou par téléphone au 0680644633.
La voix - Sylvie Bourgeois Harel

La voix - Sylvie Bourgeois Harel

La voix. Sylvie Bourgeois Harel. Récit
La voix. Sylvie Bourgeois Harel. Récit
Partager cet article
Repost0
/ / /
Adieu Daniel Crémieux

Adieu Daniel Crémieux

 

par Sylvie Bourgeois Harel

 

J’ai connu Daniel Crémieux en août 1983. J’ai 20 ans et je suis serveuse au Planteur, un restaurant sur la plage de Pampelonne, à Ramatuelle. Daniel venait tous les jours  avec son épouse Geneviève, leur jeune fils, Stéphane, et deux couples d’amis. C’était une jolie plage familiale. À midi, j’allais de matelas en matelas pour prendre les commandes du déjeuner, et à 13 heures, hop, tout le monde passait à table. Le jour de leur départ, Daniel et ses deux potes viennent me dire au-revoir :

 

— Viens nous rendre visite à Paris, Sylvie, on t’emmènera faire la fête, me dit l'un de ses copains qui n’avait pas arrêté de me draguer lourdement, à me répéter régulièrement : je vais t’acheter des piles de pulls en cachemire de toutes les couleurs, ou viens, je t’emmène prendre un petit-déjeuner chez Sénéquier dans ma Porsche.

— Ben non, j'ai répondu à son copain, je n’ai déjà rien eu à te dire pendant l’été, je ne vais pas aller spécialement à Paris pour te voir. Et puis, je suis une travailleuse, j’ajoute en riant, si vous voulez me voir, il faut m’embaucher.

— Moi, je veux te revoir, me dit Daniel Crémieux, je t’embauche.

 

C’est ainsi que le 9 octobre 1983, j’ai atterri à Paris et que je suis devenue vendeuse chez Daniel Crémieux, rue Marbeuf, à deux pas des Champs-Élysées. Je ne connaissais personne. Daniel et Geneviève, que tout le monde appelait Gin, étaient adorables avec moi. Gin m’habillait en Crémieux, me faisait faire des pantalons sur-mesure chez un monsieur Bourgeois. Elle m’offrait des chemises et des vestes de costume confectionnées dans les mêmes tissus que celles pour hommes. Ils m’emmenaient régulièrement déjeuner ou dîner. Leur ami Paul, qui avait une grosse société de climatiseurs, voulait m’épouser. Sauf que je ne voulais pas embrasser ce Paul. J’ai même passé le réveillon du Nouvel-An avec eux dans la famille de celui qui n’avait pas arrêté de me draguer durant l’été. Au cours du repas, j’avais entendu sa belle-mère glisser à l’oreille de sa fille, fais attention à cette Sylvie, elle va te piquer ton mari. Genre, c’était de ma faute si j’étais mignonne, spontanée et drôle. Et puis, ce Joël, comme Paul, ne me donnait pas du tout envie de l’embrasser.

 

L’été suivant, je suis repartie travailler sur la plage de Pampelonne mais, cette fois, au Club 55. Et en septembre, j’ai repris mon poste chez Daniel Crémieux sauf que j’avais demandé à travailler à mi-temps pour pouvoir suivre les cours de théâtre de Jean-Laurent Cochet. Le théâtre était ma passion. Le soir, je travaillais également dans des restaurants pour gagner plus d’argent. Je refusais que mes parents m’aident financièrement alors que c’était leur souhait. Je ne sais pas pourquoi, mais je voulais me débrouiller toute seule. Puis Daniel m’a envoyée pendant quelques mois dans son magasin de Los Angeles, au Beverly Center. À mon retour, j’ai été mutée dans leur nouvelle boutique de la place Saint-Sulpice, toujours à mi-temps. Pour rien au monde, je n’aurais quitté Jean-Laurent Cochet. J’étais tellement heureuse de suivre son enseignement et de passer mes nuits à apprendre par coeur des pièces de théâtre.

 

Début décembre, je reçois une lettre recommandée comme quoi je suis virée de chez Daniel Crémieux car mon essai de trois mois n’était, soi-disant, pas concluant. Énervée, je fonce dans le bureau de Daniel, et tout en lui brandissant ma lettre à la main, je l’engueule :

 

— Mais ça ne va pas Daniel, c’est quoi ce plan pourri ? Tu m’as donc changé de boutique uniquement pour pouvoir me salarier sur une autre de tes sociétés et ainsi avoir le droit de me virer sans préavis, ni indemnités, juste en argumentant que ma période d’essai n’est pas satisfaisante, mais c’est dégueulasse.

 

Ennuyé, Daniel essaye d’argumenter que son épouse n’aime pas que je n’en fasse qu’à ma tête.

 

— Elle a raison Gin, je peux comprendre que mes besoins de liberté, à toujours vouloir faire que ce que je veux, puissent l’énerver. N’empêche, je n’ai jamais manqué une journée, je suis toujours à l’heure, je ne rechigne jaais à rester tard le soir s’il le faut, et je suis une excellente vendeuse.

— C’est vrai, avoue Daniel, un peu gêné, les clients t’adorent.

— Et tu sais très bien que mes cours de théâtre, c’est important pour moi, et que je ne vais pas rester vendeuse toute ma vie à plier des piles de pulls comme me le demande Gin dès qu’il n’y a personne dans la boutique, vendre oui, ça m’amuse, mais plier alors que je l’ai déjà fait une heure auparavant, non, ça m’emmerde. Alors ta lettre recommandée, voilà ce que j’en fais.

 

Et je la déchire devant lui.

 

— Je prends mon après-midi, j’ajoute en quittant son bureau, j’ai besoin d’aller me détendre et toi de réfléchir mais sache que demain, que tu le veuilles ou non, je viens travailler.

 

Le lendemain, j’étais là. Et on n’en a plus jamais parlé. Au contraire, nous sommes devenus tous les trois très amis. Quand j’ai arrêté de travailler chez eux, nous avons continué de nous voir. Avec Daniel, nous avions nos rituels. Régulièrement, il m’appelait et nous nous retrouvions pour déjeuner au restaurant. Nous parlions littérature, philosophie, cinéma, mes trois passions. C’est ainsi que le 31 décembre 2002, nous sommes au Café de Flore devant un saumon fumé quand Daniel me demande si tout va bien dans ma vie :

 

— On m’a conseillé d’écrire un livre, je lui réponds. J’aimerais être seule trois jours dans un hôtel pour me poser et réfléchir. Ma vie sentimentale est compliquée. Je n’arrête pas de partir de la maison. Je rends malheureux mon amoureux. Je l’aime toujours, mais je sens que j’ai besoin d’autre chose. 

 

Daniel s’illumine aussitôt.

 

— Mais c’est magnifique Sylvie que tu te mettes à écrire. Je suis sûr que tu vas y arriver. Tu as le talent pour devenir un grand écrivain. Je le sais. Je t’offre quinze jours dans un hôtel, comme ça tu pourras commencer tranquillement ton roman.

 

Dès que j’aie eu terminé de boire mon chocolat chaud et d’avaler ma tarte tatin, nous  sommes allés à l’Hôtel du Dragon qui était à deux pas. La grande chambre du dernier étage qui venait d’être refaite était à cent euros la nuit. Daniel a payé pour deux semaines. 

 

— Si Sylvie veut rester quinze jours de plus, a-t-il ajouté en donnant ses coordonnées au propriétaire, envoyez-moi la facture, je pars lundi en Chine, mais je la réglerai dès mon retour. 

 

Je suis restée un mois. J’ai écrit mon livre en un mois. Plus exactement, j’ai terminé le dernier chapitre, après avoir rendu ma chambre, assise sur un fauteuil qui était en vitrine de l’hôtel. Un passant est même entré dans ce mini-salon pour me féliciter. Il avait lu par-dessus mon épaule ce que je rédigeais sur mon ordinateur et avait trouvé cela très beau.

 

Mon roman a immédiatement été acheté par Franck Splengler qui dirigeait Les Éditions Blanche. Neuf mois plus tard, Lettres à un monsieur sortait en librairie. Depuis, je n’ai plus jamais arrêté d’écrire.

 

Par ce geste généreux, Daniel a posé un oeil paternel sur moi, moi qui avais perdu mes parents sept ans plus tôt, un oeil de confiance, un oeil qui me disait, vas-y Sylvie, n’aie pas peur, je veille sur toi.

 

Lorsque ce mardi 16 septembre 2025, j’ai versé un peu de terre sur son cercueil dans le joli cimetière marin de Saint-tropez où, avec mon mari, nous serons également enterrés, après avoir fait le signe de croix, à mon tour, je lui ai dit, vas-y Daniel, n’aie pas peur, je veille sur toi.  

 

Sylvie Bourgeois Harel

 

Daniel Crémieux, né en 1938, avait créé sa marque de vêtements pour hommes en 1976, à Marseille, avec une première boutique à Saint-Tropez, place de la Garonne. Sa marque qui arbore un style British, chic et décontracté, est dorénavant distribuée à l’intermational.

Partager cet article
Repost0
/ / /
Sylvie Bourgeois Harel - Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Club 55 - Golfe de Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel - Plage de Pampelonne - Ramatuelle - Club 55 - Golfe de Saint-Tropez

Pourquoi je suis contre l’écriture inclusive  

Notre première valeur, c’est la liberté !

Et la liberté, c’est la pensée. La pensée est directe comme une flèche.

Lorsque j’écris un roman, je suis tendue comme un arc. Je suis concentrée pour trouver la phrase la plus précise, la plus rapide, celle qui va retranscrire exactement ma pensée. Comme une fulgurance. Ça peut me prendre des heures. Je suis aussi concentrée que si je tirais à l’arc afin que ma phrase remplie d’intentions et d’émotions touche en plein cœur mon lecteur. Tant que je ne suis pas sûre du résultat, je ne laisse pas ma phrase-flèche partir. Idem pour la grammaire, la conjugaison ou la ponctuation, je peux réfléchir des heures sur la place d’une virgule ou sur une question de syntaxe.

Ces précisions vont apporter toute sa richesse et ses subtilités à mon texte. C’est passionnant ! Il m’est impossible d’ajouter un -e ou un é-es à un participe passé, c’est comme si vous demandiez à un peintre d’ajouter du bleu à son tableau car le syndicat des couleurs primaires demande l’égalité entre toutes les tonalités d’une palette. C’est absurde et criminel de vouloir tuer ainsi la langue française et notre liberté de penser qui est notre seul allié.

Oui, je refuse cette débilité de l’écriture inclusive qui vise à plonger ces utilisateurs dans une confusion alarmante, proche d’une certaine forme d’hystérie, alors que justement notre langue française, qui a toujours été très équilibrée entre le féminin et le masculin, détient une richesse de mots, d’adjectifs, de verbes qui nous permet d’affiner et d’enrichir notre pensée. D’ailleurs, seule la fluidité de notre langage peut lutter contre la violence. En effet, celui qui sait s’exprimer avec calme et précision n’a aucune envie de se battre. À contrario, celui qui n’a pas les bons mots va employer sa force physique pour faire taire son adversaire, ou l’insulter.

Heureusement, je ne suis pas la seule à lutter contre cette folie. Le lundi 30 octobre 2023, les sénateurs ont approuvé un projet de loi visant à interdire l’écriture inclusive dans tous les documents officiels, publics et privés, les actes juridiques, les contrats de travail ou encore les règlements intérieurs.

Cette proposition désire également interdire tous les mots grammaticaux qui constituent des néologismes faits de contraction tels que iel ou celleux.

Cette proposition de loi, adoptée par le Sénat, visant à protéger la langue française des dérives de l’écriture inclusive, n° 1816, a été déposée le mardi 31 octobre 2023. Depuis, elle a été renvoyée à la Commission des Affaires Culturelles et de l’Éducation. Affaire donc à suivre !

Sur ce, je vais aller écrire au bord de la Méditerranée des phrases sans emphase, ravie d’écrire encore souvent à l’ancienne, avec un crayon de papier et une feuille de cahier, même si je ne quitte jamais mon ordinateur, et sans obéir à ces conneries de propagande qui veulent nous mettre des taudis dans la tête, alors qu’il suffit de s’émerveiller devant la beauté de la nature, du ciel ou de la mer, pour revenir dans le bon sens et l’amour. D’ailleurs, tous les textos, mails, messages, posts Facebook ou Instagram que je reçois écrits en écriture inclusive, c’est bien simple, je les mets à la poubelle !

Vive la littérature, vive la pensée, vive la liberté !

Sylvie Bourgeois Harel

Partager cet article
Repost0
/ / /
Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - La Ponche

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - La Ponche

Saint-Tropez mon amour

 

Je le répète souvent, je ne lis pas la presse, je ne regarde pas la télévision, je n’écoute pas la radio, je ne veux pas être polluée par trop de négativité. Mais hier, plusieurs amis m’ont envoyée plusieurs articles de presse qui critiquaient sévèrement Saint-Tropez. L’un, paru dans le Figaro, est écrit par un jeune philosophe d’une quarantaine d’années qui se dit aussi homme politique, ce qui, pour moi, est un oxymore, mais bon, là n’est pas le sujet. Le pauvre chéri n’a pas aimé Saint-Tropez, et il en tartine toute une page du journal. Une page pleine de poncifs et de lieux-communs, c’en est à pleurer de bêtises. Le pauvre garçon en est encore à l’arrivée de Maupassant dans le Golfe et n’a eu comme guide et référence que cette chère Danièle Thompson, titrant son article : « Saint-Trop. Je devais y passer trois jours et deux nuits. Je n’ai pas pu. J’ai fui avant l’heure. » Pour ma part, je préfère dire Saint-Tropez, je ne suis pas pressée, je n’ai pas besoin de faire de contraction d’autant que Saint-Tropez vient du chevalier Torpes qui a été béatifié car il a préféré mourir en l’an 68 plutôt qu’adjurer sa foi chrétienne.

 

Puis le pauvre biquet, en manque de style littéraire car il est aussi écrivain, sous-titre platement son article : « Les euros, les dollars, les roubles ont détruit le petit village fortifié plus sûrement, plus définitivement que les bombes du débarquement de Provence… » Quelle pauvreté et paresse d’observation. En effet, comment a-t-il pu, en quelques heures, puisqu’il a été tellement oppressé par Saint-Tropez qu’il a fui, je ne fais que reprendre ses mots, comment donc en quelques heures, a-t-il pu se faire une idée précise et approfondie de Saint-Tropez ? Non, il a préféré rester sur ses idées préconçues et éructer sa haine parce qu’il a vu dans le port deux, trois bateaux un peu trop gros.

 

Bref, ce jeune journaliste-écrivain-philosophe-homme-politique a peut-être également été effrayé d’avoir croisé quelques filles légèrement vêtues ou des Ferrari qu’il ne saurait sans doute pas conduire. Au lieu de regarder la beauté des ruelles, de la Ponche, de la mer, il a préféré regarder la merde et faire le malin en racontant qu’il a même vu un SDF se préparer pour la nuit. Puisqu’il prône dans un essai le capitalisme classique, qui est d’ailleurs une idée fort intéressante, j’espère qu’il lui a offert ses deux nuits d’hôtel qu’il n’a pas payées et dont il ne voulait pas puisque, soi-disant, il est parti en courant, ainsi ce pauvre homme aurait pu dormir dans un bon lit.

 

Dans Médiapart, c’est simple, l’article est illisible car il est rédigé en écriture inclusive. Je comprends néanmoins qu’il est question de Bernard Arnault, l’un des hommes les plus riche du monde, un Français au demeurant qui, en bon empereur du luxe qu’il est, a acheté beaucoup de territoires à Saint-tropez. Au moins, Bernard Arnault a l’intelligence d’avoir compris que la beauté de Saint-Tropez venait de son passé. Il a donc fait rénover à l’identique toutes les maisons qu’il a acquises. Il n’en a détruite aucune. Bravo et merci à lui. À sa place, des promoteurs immobiliers les auraient rasées et auraient bâti des immeubles moches d’une dizaine d’étages de haut comme cela été le cas pratiquement sur toute la côte d’Azur.

 

Médiapart parle ensuite de la plage d’un hôtel 5* qui, en effet, est assez chère, puisque ce sont les tarifs d’un 5*. Ils oublient juste de dire que Saint-Tropez compte surtout des plages publiques, la Ponche, la Fontanette, les Graniers, la Moutte, les Salins, celles avant la bouillabaisse, toutes des plages non payantes et propres, nettoyées chaque matin, la qualité de l’eau est vérifiée chaque jour aussi. Ensuite Médiapart nous assène encore sur le village de pêcheurs qu’aurait été autrefois Saint-Tropez. Premièrement, grâce aux fonds marins du Golfe de Saint-Tropez que n’affectionnent pas les gros chaluts de pêche industrielle, nos poissons sont encore pêchés artisanalement par les cinq ou six pêcheurs locaux. Certes, ils sont moins nombreux car c’est un métier difficile, mais ils existent toujours d’autant que la prudhommie de pêche de Saint-Tropez qui a été créée au 16ème siècle a été reconnue par la Commission Européenne avec le droit d’exiger des réformes.

 

Deuxièmement Saint-Tropez n’a jamais été un petit village de pêcheurs. Au XVIIIème siècle, c’était le troisième plus important port de commerce de la Méditerranée. Puis dès la fin du XIXème siècle, Saint-Tropez a été connu pour être un village festif. Les riches bourgeois descendaient de Paris pour venir s’encanailler dans les établissements de nuit de Saint-Tropez qui étaient surtout fréquentés par les marins, et dans les huit à douze bordels qui se trouvaient dans des ruelles mal famées. L’endroit a été rasé après la Seconde Guerre mondiale et deviendra la place de la Garonne. Dans les années 20, Mistinguett et la Môme Moineau, entre autres célébrités, se rendaient à Saint-Tropez pour aller danser chez Palmyre dans les bras des beaux et forts lesteurs, les hommes de quai qui chargeaient et déchargeaient les marchandises des bateaux. Les congés payés de 1936 ont ouvert Saint-Tropez à un nouveau tourisme. Et dans les années 50, les artistes de Saint-Germain-des-Près venaient y faire la fête. Certes, il y avait des pécheurs à la Ponche, mais ce n’était pas la plus grande activité économique du village. C’était juste beau et romantique pour les nantis de voir les pointus amarrés à la Ponche. C’est dans les Années 50 aussi que de nombreux Tropéziens ont vendu leur maison qui avaient pris de la valeur. Mille Tropéziens sont partis du village laissant leur paradis à de nouveaux arrivants.

 

Pour en terminer avec Médiapart, ils concluent qu’en hiver, Saint-Tropez est désert. Ce n’est pas désert, le village se repose. Et il en a bien besoin pour se remettre des excès de l’été. Il ne se repose pas longtemps, seulement deux mois et demi, du 15 novembre au 15 décembre et du 10 janvier à fin février. Deux mois et demi nécessaires également pour effectuer les travaux de rénovation. Deux mois et demi magnifiques de calme et de tranquillité où la lumière du Sud est la plus belle. Cette lumière sublime qui a inspiré les peintres Signac, Marquet, Camoin qui, eux aussi, adoraient fréquenter les bordels, notamment celui du Bar des Roses, Marquet en a même fait un tableau peignant son ami Camoin nu couché sur une prostituée à moitié nue aussi, son chapeau cachant son sexe.

 

Alors oui, en hiver, des restaurants et des boutiques sont fermés, mais il y en a suffisamment qui restent ouverts pour se nourrir et se vêtir. Et surtout la nature est là. La nature est quand même mille fois plus intéressante que les boutiques. Pourquoi tous ces journaux malveillants ne parlent pas, par exemple, des dizaines de kilomètres de promenade que l’on peut faire au bord de mer ? Et pourquoi plutôt que de dénigrer Saint-Tropez, ils ne citent pas toute la jeune génération qui oeuvrent à ouvrir des établissements de qualité ? Il y a, entre autres, Martin et son magasin vintage Saint-Martin-sur-mer, Vivian et ses restaurants chez Mamé et Lorette, Lilian et son restaurant À l’amitié, et plein d’autres. Pourquoi ils ne parlent pas d’eux qui se démènent à faire vivre un joli Saint-Tropez authentique et convivial ?

 

Si la presse, soudain, s’acharne autant sur mon beau Saint-Tropez que j’aime et où j’ai choisi de venir habiter il y a un petit peu plus de deux ans maintenant faisant de moi une Tropézienne fière de mon village, certainement l’un des plus beaux du monde, il y a certainement plusieurs raisons à ça. Déjà, nous sommes depuis plusieurs années dans l’ère de la médiocrité. C’est l’heure des médiocres, c’est leur moment de gloire, ils peuvent tous s’exprimer, on leur déroule même des tapis rouges. Sauf que Saint-Tropez est tout sauf médiocre. Il n’y a pas un village en France qui lui ressemble. Pas un. Tout le littoral méditerranéen de Menton à Perpignan est magnifique lorsque l'on est face à la mer, mais dès que l’on se retourne, on voit des barres d’immeubles horribles et désolantes. Saint-Tropez, grâce au maire Louis Fabre qui a exigé, après les bombardement de la Seconde Guerre mondiale dont parle le petit chéri du Figaro, que les immeubles du port soient reconstruits à l’identique, se battant contre les propriétaires tropéziens qui voulaient bâtir deux ou trois étages de plus. Grâce à cet homme visionnaire qui a su dire non à la spéculation immobilière, Saint-tropez a conservé son authenticité qui sent si bon le passé.

 

Saint-Tropez n’a jamais été un endroit tiède, indifférent, alors oui, tout est exacerbé, c’est peut-être plus visible qu’ailleurs parce qu’on est un tout petit village et que le monde entier veut venir s’y agglutiner, la concentration y est donc plus forte. C’est vrai aussi qu’en été, Saint-Tropez est compliqué. Nous sommes sur une presqu’île en plus. Ce qui ne facilite rien pour les milliers de voitures qui veulent y passer chaque jour. D’où des embouteillages et la foule sur le port. Mais il y ici une belle diversité de gens de toutes les classes sociales et c’est ce melting-pot qui fait le charme et l’amusement de Saint-Tropez. Alors oui, il y a de la vulgarité, mais il y a aussi les plus belles filles du monde. Tout dépend de ce que l’on a envie de regarder.

 

Beaucoup d’anciens disent que Saint-Tropez a changé. Bien sûr, mais le monde entier a changé. Et Saint-Tropez, je trouve, a su bien résister. Et doit encore résister pour cultiver sa différence, même si, aujourd’hui, il y a une forte tendance chez certains à ne pas aimer la différence et à vouloir une pensée unique. Saint-Tropez ne cédera jamais à la mondialisation. Saint-Tropez ne cédera jamais à la pression médiatique. Saint-Tropez restera unique même si ça fait chier le Figaro, Médiapart ou le Parisien qui râle car la mairie a eu la bonne idée d’offrir un concert aux Tropéziens chaque 15 août.

 

Et puis, il y a plusieurs Saint-Tropez. Chacun peut y trouver le sien. Quand le matin, je nage à La Ponche avec les quelques personnes qui, comme moi, aiment la tranquillité car on peut trouver de la tranquillité en été à Saint-Tropez, et une tranquillité liée à un exceptionnel art de vivre, je remercie le ciel, la nature et Dieu d’être venue vivre ici.

 

J’espère que la Mairie et l’Office du Tourisme ne riposteront pas à ces attaques médiatiques. Comme dit mon mari : "il faut laisser glouglouter les égouts."

 

Sylvie Bourgeois Harel

Partager cet article
Repost0
/ / /
Voici un long extrait d'un article de Michel Houellebecq paru dans Le Figaro dans lequel il expose son opposition au projet de la loi créant un droit à "l'aide à mourir" qui englobe l'euthanasie et le suicide assisté :
"Proposition numéro 1 : personne n’a envie de mourir. On préfère en général une vie amoindrie à pas de vie du tout ; parce qu’il reste de petites joies. La vie n’est-elle pas de toute façon, par définition presque, un processus d’amoindrissement? Et y a-t-il d’autres joies que de petites joies (cela mériterait d’être creusé)?
Proposition numéro 2 : personne n’a envie de souffrir. J’entends, de souffrir physiquement. La souffrance morale a ses charmes, on peut même en faire un matériau esthétique (et je ne m’en suis pas privé). La souffrance physique n’est rien d’autre qu’un enfer pur, dénué d’intérêt comme de sens, dont on ne peut tirer aucun enseignement. La vie a pu être sommairement (et faussement) décrite comme une recherche du plaisir ; elle est, bien plus sûrement, un évitement de la souffrance ; et à peu près tout le monde, placé devant une alternative entre une souffrance insoutenable et la mort, choisit la mort.
Proposition numéro 3, la plus importante: on peut éliminer la souffrance physique. Début du XIXe siècle: découverte de la morphine ; un grand nombre de molécules apparentées sont apparues depuis lors. Fin du XIXe siècle: redécouverte de l’hypnose ; demeure peu utilisée en France.
L’omission de ces faits peut expliquer à lui seul les sondages effarants en faveur de l’euthanasie (96 % d’opinions favorables, si je me souviens bien). 96 % des gens comprennent qu’on leur pose la question: «Préférez-vous qu’on vous aide à mourir ou passer le restant de vos jours dans des souffrances épouvantables?», alors que 4 % connaissent réellement la morphine et l’hypnose ; le pourcentage paraît plausible.
Les partisans de l’euthanasie se gargarisent de mots dont ils dévoient la signification à un point tel qu’ils ne devraient même plus avoir le droit de les prononcer. Dans le cas de la «compassion», le mensonge est palpable. En ce qui concerne la «dignité», c’est plus insidieux. Nous nous sommes sérieusement écartés de la définition kantienne de la dignité en substituant peu à peu l’être physique à l’être moral (en niant la notion même d’être moral?), en substituant à la capacité proprement humaine d’agir par obéissance à l’impératif catégorique la conception, plus animale et plus plate, d’état de santé, devenu une sorte de condition de possibilité de la dignité humaine, jusqu’à représenter finalement son seul sens véritable.
Dans ce sens je n’ai guère eu l’impression, tout au long de ma vie, de manifester une dignité exceptionnelle ; et je n’ai pas l’impression que ce soit appelé à s’améliorer. Je vais finir de perdre mes cheveux et mes dents, mes poumons vont commencer à partir en lambeaux. Je vais devenir plus ou moins impotent, plus ou moins impuissant, peut-être incontinent, peut-être aveugle. Au bout d’un certain temps, un certain stade de dégradation physique une fois atteint, je finirai forcément par me dire (encore heureux si on ne me le fait pas remarquer) que je n’ai plus aucune dignité.
Bon, et alors? Si c’est ça, la dignité, on peut très bien vivre sans ; on s’en passe. Par contre, on a tous plus ou moins besoin de se sentir nécessaires ou aimés ; à défaut estimés — voire admirés, dans mon cas c’est possible. Ça aussi, c’est vrai, on peut le perdre ; mais, là, on n’y peut pas grand-chose ; les autres jouent à cet égard un rôle tout à fait déterminant. Et je me vois très bien demander à mourir juste dans l’espoir qu’on me réponde: «Mais non mais non, reste avec nous» ; ce serait tout à fait dans mon style. Et en plus j’avoue cela sans la moindre honte. La conclusion, j’en ai peur, s’impose: je suis un être humain absolument dépourvu de toute dignité.
Un élément de baratin habituel consiste à affirmer que la France est «en retard» sur les autres pays. L’exposé des motifs de la proposition de loi qui va prochainement être déposée en faveur de l’euthanasie est à cet égard comique: cherchant les pays par rapport auxquels la France serait «en retard», ils ne trouvent que la Belgique, la Hollande et le Luxembourg ; je ne suis pas franchement impressionné.
La suite de l’exposé des motifs consiste en un enfilage de citations d’Anne Bert, présentées comme «d’une force admirable», mais qui ont plutôt eu sur moi l’effet malencontreux d’éveiller le soupçon. Ainsi, quand elle affirme: «Non, l’euthanasie ne relève pas de l’eugénisme» ; il est pourtant patent que leurs partisans, du «divin» Platon aux nazis, sont exactement les mêmes. De même, lorsqu’elle poursuit: «Non, la loi belge sur l’euthanasie n’a pas encouragé les spoliations d’héritage» ; j’avoue que n’y avais pas pensé, mais maintenant qu’elle en parle…
Immédiatement après, elle lâche carrément le morceau en affirmant que l’euthanasie «n’est pas une solution d’ordre économique». Il y a pourtant bel et bien certains arguments sordides que l’on ne rencontre que chez des «économistes», pour autant que le terme ait un sens. C’est bien Jacques Attali qui a insisté lourdement, dans un ouvrage déjà ancien, sur le prix que coûte à la collectivité le maintien en vie des très vieilles personnes ; et il n’est guère surprenant qu’Alain Minc, plus récemment, soit allé dans le même sens, Attali c’est juste Minc en plus bête (sans même parler du guignol de Closets, qui est comme le singe des deux précédents, leur Jean Saucisse).
Les catholiques résisteront de leur mieux, mais, c’est triste à dire, on s’est plus ou moins habitués à ce que les catholiques perdent à chaque fois. Les musulmans et les juifs pensent sur ce sujet, comme sur bien d’autres sujets dits «sociétaux» (vilain mot), exactement la même chose que les catholiques ; les médias s’entendent en général fort bien à le dissimuler. Je ne me fais pas beaucoup d’illusions, ces confessions finiront par plier, par se soumettre au joug de la «loi républicaine» ; leurs prêtres, rabbins ou imams accompagneront les futurs euthanasiés en leur disant que là c’est pas terrible, mais que demain sera mieux, et que même si les hommes les abandonnent, Dieu va s’occuper d’eux. Admettons.
Du point de vue des lamas, la situation est sans doute encore pire. Pour tout lecteur conséquent du Bardo Thödol, l’agonie est un moment particulièrement important de la vie d’un homme, car elle lui offre une dernière chance, même dans le cas d’un karma défavorable, de se libérer du samsara, du cycle des incarnations. Toute interruption anticipée de l’agonie est donc un acte franchement criminel ; malheureusement, les bouddhistes interviennent peu dans le débat public.
Demeurent les médecins, en qui j’avais fondé peu d’espérance, sans doute parce que je les connaissais mal, mais il est indéniable que certains d’entre eux résistent, se refusent obstinément à donner la mort à leurs patients, et qu’ils resteront peut-être l’ultime barrière. Je ne sais pas d’où ça leur vient, ce courage, c’est peut-être juste le respect du serment d’Hippocrate: «Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion». C’est possible ; ça a dû être un moment important, dans leurs vies, la prononciation publique de ce serment. En tout cas c’est beau, ce combat, même si on a l’impression que c’est un combat «pour l’honneur». Ce ne serait d’ailleurs pas exactement rien, l’honneur d’une civilisation ; mais c’est bien autre chose qui est en jeu, sur le plan anthropologique c’est une question de vie ou de mort. Je vais, là, devoir être très explicite: lorsqu’un pays – une société, une civilisation – en vient à légaliser l’euthanasie, il perd à mes yeux tout droit au respect. Il devient dès lors non seulement légitime, mais souhaitable, de le détruire ; afin qu’autre chose — un autre pays, une autre société, une autre civilisation — ait une chance d’advenir."
Michel Houellebecq
Mes inquiétudes sur le suicide assisté inclu dans la loi sur l'euthanasie et l'aide à mourir
Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez

Du haut de ma tour d’ivoire plantée dans un Saint-Tropez qui arbore déjà les couleurs de l’été, entre deux bains de mer, ne pouvant plus effectuer mes longues marches à cause de mon entorse à la cheville et de mon pied cassé, je me suis mise à penser. Bien m’en a pris. En voulant partager sur Facebook mon inquiétude quant aux futures évolutions que désirent les instigateurs de la loi sur l’aide à mourir voté en mai 2025, qui reprend des propositions datant de 2023 sur l’euthanasie et le suicide assisté, j’ai constaté plusieurs choses :

- qu’il est malsain voire dangereux que l’euthanasie en fin de vie et le suicide assisté soient assimilés dans la même loi car cela crée de nombreuses confusions dans l’esprit des gens
- que cette confusion a été voulue par les instigateurs de cette loi. Ainsi en parlant avec (fausse) émotion et (fausse) compassion de l’euthanasie en fin de vie des personnes âgées qui souffrent, ils veulent faire passer, dans un deuxième temps, aussi facilement qu’une lettre à la poste, la notion de suicide assisté qui sera alors proposé aux plus fragiles et aux plus démunis comme les jeunes déprimés ou les malades psychiatriques ( je ne fais que reprendre les mots et les arguments du Dr Touraine qui a travaillé à l’initiative de cette loi, que vous pouvez écouter dans ses interviews )
- que la Loi Clayes-Leonetti conçue pour accompagner les personnes en fin de vie est finalement peu connue. Tous ceux qui le désirent peuvent la signer, de préférence quand tout va bien, en prévention
- qu’il existe donc deux clans bien distincts : ceux qui, comme moi, aiment la vie, et ceux qui aiment la mort, mais de préférence celle des autres

Puisque cette loi a été votée, en attendant que le sénat donne son avis, je vais donc pousser plus loin ma réflexion à partir des paroles de ce Docteur Touraine qui explique très clairement que dès que la loi sera promulguée, ils continueront coûte que coûte leur combat afin que le suicide assisté soit proposé également aux jeunes déprimés et aux malades mentaux afin, ajoute-t-il, que ces pauvres gens aient, eux aussi, le droit de mourir. Sauf que mourir n’est pas un droit puisque nous allons tous mourir, c’est d’ailleurs notre seule certitude. Et c’est une décision à ne pas prendre à la légère, comme le disait Kafka : « L’éternité, c’est long surtout à la fin ».

Dans ma réflexion, on est bien d’accord que je ne parle que du suicide assisté qui sera proposé aux jeunes et aux malades mentaux, et pas de la fin de la vie en hôpital des personnes âgées qui souffrent. D’autant que de ce côté, j’ai géré la mort de ma mère à l’ancienne. Elle est morte d’un cancer généralisé dans mes bras, à la maison où j’avais fait installer l’hospitalisation à domicile ( un service formidable d’ailleurs ). Jamais je n’aurais sous-traité la mort de ma mère à un hôpital ou à qui que ce soit. Je voulais qu’elle soit avec moi. Elle le voulait aussi. C’était le dernier cadeau que je pouvais lui offrir. Un cadeau avec une charge émotionnelle énorme et une responsabilité toute aussi énorme. Pendant les six mois de la fin de sa vie, j’ai donc fait le choix de réduire drastiquement mon activité professionnelle afin d’être constamment avec elle, j’ai également abandonné mes dîners, mes soirées, mes week-ends et mes voyages. Ma seule priorité était ma mère. J’ai pris sa mort en pleine face. J’ai vu sa mort de près. J’ai vu la mort de près. J’avais 33 ans. Durant les six mois que j’ai passé auprès d’elle afin de l’accompagner le mieux que j’aie pu aux portes de l’au-delà, c’est mon devoir d’enfant à celle qui m’a donnée la vie, mon respect de fille vis-à-vis de sa mère, mon amour pour ma maman que j’adorais, qui se sont exprimés. C’est également ainsi que j’ai pu continuer de vivre sans culpabilité, avec mon chagrin oui, mais sans culpabilité de ne pas avoir fait ce que je devais faire.

Aujourd’hui où il devient très rare que des parents meurent de vieillesse chez eux ou chez leurs enfants, le plus souvent, ils sont déposés dans des ephads ou confiés à des hôpitaux, attention, je ne juge personne, ce sont des choix personnels et intimes, c’est juste un constat, ma réflexion sur le suicide assisté que désire proposer ceux qui ont travaillé sur cette loi m’apporte une question fondamentale : pourquoi demander aux médecins qui ont prononcé le Serment d’Hippocrate qui leur interdit de donner la mort, de soudain être obligés de la donner aux personnes qui demanderaient un suicide assisté ?

Comme je suis écrivain, j’aime utiliser les mots justes. Puisque cette loi sur le suicide assisté parle de tuer ceux qui désirent mourir, les investigateurs de cette loi devraient créer un nouveau métier, enfin plus exactement remettre au goût du jour, un métier qui a longtemps existé et qui a disparu en France en 1981, celui de bourreau. Dans le dictionnaire, la définition de bourreau est celui qui exécute les peines corporelles ordonnées par une cour de justice et spécialement la peine de mort. Il suffirait de changer quelques mots pour réactualiser cette définition. Le bourreau deviendrait alors celui qui exécute la mort d’une personne quarante-huit heures après que celle-ci l’aurait explicitement exprimé au cours d’un entretien et dans un local conçu à cet effet.

Il y aurait donc un CAP de bourreau, ainsi les médecins ne seraient pas obligés de trahir leur Serment d’Hippocrate, et les amateurs de la mort des autres pourraient, s’ils le désirent, devenir, eux aussi; bourreaux.

Quant à moi, je vais rejoindre le monde de ceux qui, comme moi, aiment la vie et qui préfèrent aider les jeunes déprimés à l’apprécier plutôt que de les inciter à se suicider, et par la même occasion, je vais aller me baigner dans ma belle Méditerranée ensoleillée que j’adore et pour laquelle, chaque jour, je remercie le ciel et les dieux de l’avoir créée.

Sylvie Bourgeois Harel

Et voici mon texte que j'avais publié quelques jours plus tôt sur Facebook :

Si je n’avais pas raté mon suicide, je serais morte, et je le regretterai. Oui, du fond de ma tombe ou du haut du ciel, je ne sais pas ce que l’on devient lorsque l’on meurt, ni si l’on advient d'ailleurs quelque chose, mais ce qui est sûr, c’est que je regretterai profondément toutes mes années vécues depuis, mes joies comme mes peines, mes drames comme mes bonheurs, je regretterai tout et je passerai l’éternité à me traiter d’idiote d’avoir avalé, à 20 ans, les nombreux comprimés de Temesta trouvés dans les tables de nuit de mes parents qui en prenaient, tous les soirs, au moment de se coucher pour mieux dormir.

 
Même si ma volonté de mourir pour en finir avec ma souffrance d’être à contre-courant, de ne pas comprendre mes choix destructeurs, de fuir ceux qui m’aimaient, datait de plusieurs mois, peut-être même de plusieurs années, certainement depuis que j’ai été abusée enfant (ce n’était pas mon papa), mon passage à l’acte est né dans une pulsion. Une urgence. Soudain, je n’ai plus vu d’autre solution à ma vie que la mort. Ma mort.
 
Quand ma mère m’a trouvée inconsciente depuis trente-six heures, elle pensait au début que j’étais très fatiguée, elle a appelé le médecin de famille qui a demandé à rester seul avec moi. Au bout d’une trentaine de minutes, étonnée qu’il ne sorte pas de ma chambre, elle a ouvert la porte qu’il avait pris le soin de fermer, et a vu le bon docteur la tête plongée dans mes seins. Furieuse, elle lui a demandé de partir et m’a rhabillée. Ce n’est que le lendemain que j’ai ouvert un oeil. Une de ses amies médecin m’a alors conduite à l’hôpital où l’on m’a fait un lavage d’estomac.
 
Tout ça pour dire que je trouve effrayant qu’une loi légalisant le suicide assisté et l'euthanasie ait été adoptée aussi facilement par l’Assemblée Nationale le 27 mai 2025, sans avoir consulté au préalable l'ensemble des Français, ne serait-ce que par un référendum, d’autant que la loi Léonetti, votée le 22 avril 2005, est très bien conçue. Chacun peut signer ce protocole qui consiste à refuser l’acharnement thérapeutique. Les unités de soins palliatifs dans les hôpitaux sont également là pour accompagner en douceur les malades en fin de vie. Unités de soins palliatifs qu'il faudrait d'ailleurs augmenter, certains départements n'en ont toujours pas.
 
Mais ce qui m'inquiète surtout, c'est cette notion de suicide assisté. Je ne vais donc pas parler de l'euthanasie en fin de vie qui, pour moi, est un autre sujet. Je pense d'ailleurs qu'il aurait été plus raisonnable de séparer les deux objets qui sont totalement différents, d'un côté l'euthanasie en fin de vie et de l'autre le suicide assisté.
 
Je me suis posée toutes sortes de questions sur cette loi. Chaque fois que mon coeur frémit d'inquiétude, je cherche à comprendre. J'ai donc cherché à savoir qui était le député Olivier Forlani qui l'a proposée. Et qui était son entourage qui a travaillé avec lui sur ce projet. C'est ainsi que je suis tombée sur le docteur Jean-Louis Touraine. Et j'ai eu peur lorsque j'ai écouté une de ses vidéos qui est visible de tous dans laquelle il explique très clairement et très simplement que cette loi était pour eux une première étape, mais que dès qu’ils auront mis un pied dans la porte, je reprends ses mots, ils augmenteront régulièrement et chaque année cette loi de plusieurs amendements afin d'avoir la possibilité de proposer ensuite le suicide assisté aux jeunes qui sont déprimés, aux malades mentaux, aux malades atteints d’Alzheimer et à tous ceux qui sont faibles et démunis.
 
Là, j'ai été effarée de voir comment à partir d'images fortes et de témoignages émouvants de personnes gravement malades qui souffrent, ceux qui ont proposé cette loi parlent, soudain, et de façon tout à fait normale, voire presque décontractée, d'autres cas de figure qui n'ont rien à faire dans une loi qui est censée aider à améliorer la fin de vie des personnes âgées qui souhaitent partir plus vite. Je le répète, la loi Léonetti est là pour encadrer ses fins de vie. Mais il faut remplir les papiers quand on est en état de le faire. Peut-être est-ce alors difficile pour certains de le faire ? Mais , dans ce cas, c'est dangereux de demander à une loi de sous-traiter ce manque de décision personnel et intime.
 
Dans sa vidéo, Touraine, sous couvert de bons sentiments, ne dit pas comment ils feront pour obtenir le consentement des malades psychiatriques ou d'Alzheimer lorsqu'ils leur proposeront le suicide assisté car c'est leur but.
 
J'avoue que j'ai eu un frisson dans le dos en écoutant les propos de ce docteur Touraine d'autant que l'on sait tous qu'Hitler avait proposé ce même type de loi en septembre 1939 afin de faire faire des économies à l’Allemagne, il l'avait même appelé La mort miséricordieuse. Les prédateurs trouvent toujours des noms formidables...
 
Les députés qui ont voté cette loi ont donc dit, en deux secondes, adieu au Serment d’Hippocrate que font tous les médecins et ce depuis deux mille ans, adieu au 6ème Commandement qui dit "Tu ne tueras point", 6ème commandement qui est autant présent dans la religion juive que dans la religion chrétienne, et également adieu à la Non-assistance à personne en danger qui responsabilise chacun d'entre nous en lui demandant d'aider son prochain. Trois valeurs de solidarité et de respect, trois valeurs fondamentales de notre société afin de protéger les gens. Et quant a la notion de suicide assisté, peut-être que tous ces députés n’ont pas eu un enfant qui, à 20 ans, a eu envie de mourir poussé par une pulsion épouvantable, pulsion qui a ensuite totalement disparu.
 
Cette loi a donc le pouvoir d'intimer le contraire du Serment d'Hippocrate et le contraire du 6ème amendement, puisqu’un amendement prévoit qu'une peine de deux ans de prison et une amende de trente-mille euros peuvent être administrés aux médecins qui refuseraient de pratiquer une euthanasie ou un suicide assisté. Si on reprend les mots de Touraine et si on suit donc son raisonnement, peut-être qu’un jour le bon copain qui incitera son ami à ne pas se suicider sera condamné lui aussi ?
 
Je me pose donc de nombreuses questions à savoir si, sous prétexte de soulager la souffrance de certains malades en fin de vie, cette loi aurait, un jour, le pouvoir de criminaliser les actes des personnes bienveillantes qui oeuvrent à sauver des vies ? Et si sous prétexte de protéger ceux qui souffrent, cette loi aurait le pouvoir de tuer ? Serions-nous alors tombés ou poussés dans l’ère de la morbidité où la mort serait plus importante que la vie, où il ne serait bientôt plus nécessaire d’apprendre à vivre, mais à décider comment et où mourir, alors que paradoxalement la mort n’a jamais été autant niée.
 
Si on écoute vraiment ce qu'a dit le docteur Touraine lorsqu'il a exprimé son désir d'augmenter cette loi d'amendements afin de pouvoir bientôt proposer, en toute impunité, le suicide assisté aux jeunes déprimés, aux malades mentaux, aux malades atteints d'Alzheimer et peut-être à d'autres cas de figure, cela fait froid dans le dos de voir comment Touraine et ses acolytes arrivent, en mettant en avant des exemples de personnes âgées en fin de vie qui souffrent dans les hôpitaux, en parlant d'eux avec des trémolos de (fausse) compassion dans leur voix, à entrer en guerre contre les plus démunis en les influençant à se suicider.
 
Ah oui, j'allais oublier. Dans le texte de la loi, un délai de seulement 48 heures est demandé entre la décision de suicider et le passage à l'acte, même pas le temps que la pulsion qui fait croire que la mort peut sauver de la vie, s'en aille...
 
Sylvie Bourgeois Harel

Voici mon texte que j'avais publié quelques jours plus tôt sur Facebook :

Si je n’avais pas raté mon suicide, je serais morte, et je le regretterai. Oui, du fond de ma tombe ou du haut du ciel, je ne sais pas ce que l’on devient lorsque l’on meurt, ni si l’on advient d'ailleurs quelque chose, mais ce qui est sûr, c’est que je regretterai profondément toutes mes années vécues depuis, mes joies comme mes peines, mes drames comme mes bonheurs, je regretterai tout et je passerai l’éternité à me traiter d’idiote d’avoir avalé, à 20 ans, les nombreux comprimés de Temesta trouvés dans les tables de nuit de mes parents qui en prenaient, tous les soirs, au moment de se coucher pour mieux dormir.

Même si ma volonté de mourir pour en finir avec ma souffrance d’être à contre-courant, de ne pas comprendre mes choix destructeurs, de fuir ceux qui m’aimaient, datait de plusieurs mois, peut-être même de plusieurs années, certainement depuis que j’ai été abusée enfant (ce n’était pas mon papa), mon passage à l’acte est né dans une pulsion. Une urgence. Soudain, je n’ai plus vu d’autre solution à ma vie que la mort. Ma mort.
 
Quand ma mère m’a trouvée inconsciente depuis trente-six heures, elle pensait au début que j’étais très fatiguée, elle a appelé le médecin de famille qui a demandé à rester seul avec moi. Au bout d’une trentaine de minutes, étonnée qu’il ne sorte pas de ma chambre, elle a ouvert la porte qu’il avait pris le soin de fermer, et a vu le bon docteur la tête plongée dans mes seins. Furieuse, elle lui a demandé de partir et m’a rhabillée. Ce n’est que le lendemain que j’ai ouvert un oeil. Une de ses amies médecin m’a alors conduite à l’hôpital où l’on m’a fait un lavage d’estomac.
 
Tout ça pour dire que je trouve effrayant qu’une loi légalisant le suicide assisté et l'euthanasie ait été adoptée aussi facilement par l’Assemblée Nationale le 27 mai 2025, sans avoir consulté au préalable l'ensemble des Français, ne serait-ce que par un référendum, d’autant que la loi Léonetti, votée le 22 avril 2005, est très bien conçue. Chacun peut signer ce protocole qui consiste à refuser l’acharnement thérapeutique. Les unités de soins palliatifs dans les hôpitaux sont également là pour accompagner en douceur les malades en fin de vie. Unités de soins palliatifs qu'il faudrait d'ailleurs augmenter, certains départements n'en ont toujours pas.
 
Mais ce qui m'inquiète surtout, c'est cette notion de suicide assisté. Je ne vais donc pas parler de l'euthanasie en fin de vie qui, pour moi, est un autre sujet. Je pense d'ailleurs qu'il aurait été plus raisonnable de séparer les deux objets qui sont totalement différents, d'un côté l'euthanasie en fin de vie et de l'autre le suicide assisté.
 
Je me suis posée toutes sortes de questions sur cette loi. Chaque fois que mon coeur frémit d'inquiétude, je cherche à comprendre. J'ai donc cherché à savoir qui était le député Olivier Forlani qui l'a proposée. Et qui était son entourage qui a travaillé avec lui sur ce projet. C'est ainsi que je suis tombée sur le docteur Jean-Louis Touraine. Et j'ai eu peur lorsque j'ai écouté une de ses vidéos qui est visible de tous dans laquelle il explique très clairement et très simplement que cette loi était pour eux une première étape, mais que dès qu’ils auront mis un pied dans la porte, je reprends ses mots, ils augmenteront régulièrement et chaque année cette loi de plusieurs amendements afin d'avoir la possibilité de proposer ensuite le suicide assisté aux jeunes qui sont déprimés, aux malades mentaux, aux malades atteints d’Alzheimer et à tous ceux qui sont faibles et démunis.
 
Là, j'ai été effarée de voir comment à partir d'images fortes et de témoignages émouvants de personnes gravement malades qui souffrent, ceux qui ont proposé cette loi parlent, soudain, et de façon tout à fait normale, voire presque décontractée, d'autres cas de figure qui n'ont rien à faire dans une loi qui est censée aider à améliorer la fin de vie des personnes âgées qui souhaitent partir plus vite. Je le répète, la loi Léonetti est là pour encadrer ses fins de vie. Mais il faut remplir les papiers quand on est en état de le faire. Peut-être est-ce alors difficile pour certains de le faire ? Mais , dans ce cas, c'est dangereux de demander à une loi de sous-traiter ce manque de décision personnel et intime.
 
Dans sa vidéo, Touraine, sous couvert de bons sentiments, ne dit pas comment ils feront pour obtenir le consentement des malades psychiatriques ou d'Alzheimer lorsqu'ils leur proposeront le suicide assisté car c'est leur but.
 
J'avoue que j'ai eu un frisson dans le dos en écoutant les propos de ce docteur Touraine d'autant que l'on sait tous qu'Hitler avait proposé ce même type de loi en septembre 1939 afin de faire faire des économies à l’Allemagne, il l'avait même appelé La mort miséricordieuse. Les prédateurs trouvent toujours des noms formidables...
 
Les députés qui ont voté cette loi ont donc dit, en deux secondes, adieu au Serment d’Hippocrate que font tous les médecins et ce depuis deux mille ans, adieu au 6ème Commandement qui dit "Tu ne tueras point", 6ème commandement qui est autant présent dans la religion juive que dans la religion chrétienne, et également adieu à la Non-assistance à personne en danger qui responsabilise chacun d'entre nous en lui demandant d'aider son prochain. Trois valeurs de solidarité et de respect, trois valeurs fondamentales de notre société afin de protéger les gens. Et quant a la notion de suicide assisté, peut-être que tous ces députés n’ont pas eu un enfant qui, à 20 ans, a eu envie de mourir poussé par une pulsion épouvantable, pulsion qui a ensuite totalement disparu.
 
Cette loi a donc le pouvoir d'intimer le contraire du Serment d'Hippocrate et le contraire du 6ème amendement, puisqu’un amendement prévoit qu'une peine de deux ans de prison et une amende de trente-mille euros peuvent être administrés aux médecins qui refuseraient de pratiquer une euthanasie ou un suicide assisté. Si on reprend les mots de Touraine et si on suit donc son raisonnement, peut-être qu’un jour le bon copain qui incitera son ami à ne pas se suicider sera condamné lui aussi ?
 
Je me pose donc de nombreuses questions à savoir si, sous prétexte de soulager la souffrance de certains malades en fin de vie, cette loi aurait, un jour, le pouvoir de criminaliser les actes des personnes bienveillantes qui oeuvrent à sauver des vies ? Et si sous prétexte de protéger ceux qui souffrent, cette loi aurait le pouvoir de tuer ? Serions-nous alors tombés ou poussés dans l’ère de la morbidité où la mort serait plus importante que la vie, où il ne serait bientôt plus nécessaire d’apprendre à vivre, mais à décider comment et où mourir, alors que paradoxalement la mort n’a jamais été autant niée.
 
Si on écoute vraiment ce qu'a dit le docteur Touraine lorsqu'il a exprimé son désir d'augmenter cette loi d'amendements afin de pouvoir bientôt proposer, en toute impunité, le suicide assisté aux jeunes déprimés, aux malades mentaux, aux malades atteints d'Alzheimer et peut-être à d'autres cas de figure, cela fait froid dans le dos de voir comment Touraine et ses acolytes arrivent, en mettant en avant des exemples de personnes âgées en fin de vie qui souffrent dans les hôpitaux, en parlant d'eux avec des trémolos de (fausse) compassion dans leur voix, à entrer en guerre contre les plus démunis en les influençant à se suicider.
 
Ah oui, j'allais oublier. Dans le texte de la loi, un délai de seulement 48 heures est demandé entre la décision de suicider et le passage à l'acte, même pas le temps que la pulsion qui fait croire que la mort peut sauver de la vie, s'en aille...
 
Sylvie Bourgeois Harel
Sylvie Bourgeois à 20 ans

Sylvie Bourgeois à 20 ans

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Sylvie Bourgeois fait son blog
  • : Sylvie Bourgeois Harel, écrivain, novelliste, scénariste, romancière Extrait de mes romans, nouvelles, articles sur la nature, la mer, mes amis, mes coups de cœur
  • Contact

Profil

  • Sylvie Bourgeois Harel
  • écrivain, scénariste, novelliste
  • écrivain, scénariste, novelliste

Texte Libre

Recherche

Archives

Pages

Liens