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Sylvie Bourgeois Harel - Var-Matin - par Christophe Caïetti -Interview

Sylvie Bourgeois Harel - Var-Matin - par Christophe Caïetti -Interview

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - Var-Matin - Hôtel de Paris - par Laurent Amalric

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - Var-Matin - Hôtel de Paris - par Laurent Amalric

Cécile Harel / Sylvie Bourgeois Harel - Hôtel de Paris - Saint-Tropez

Cécile Harel / Sylvie Bourgeois Harel - Hôtel de Paris - Saint-Tropez

Saint-Tropez. Lecture de Sylvie Bourgeois chez Daniel Crémieux. La lettre économique et politique de PACA
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Le Service Littéraire. Mensuel. Décembre 2015

Le Service Littéraire. Mensuel. Décembre 2015

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SAVIEZ-VOUS QUE LES COCHONS MANGENT PLUS DE POISSONS QUE LES REQUINS ?

par Sylvie Bourgeois Harel

D’habitude quand je rentre de Ramatuelle où j’aime aller nager hors saison, je raconte à mes amis la douceur de l’eau, les sangliers qui détruisent les jardins, le sable de l’Escalet aussi blanc que celui des Maldives, les charançons rouges qui mangent de l’intérieur les palmiers jusqu’à les faire mourir, ce qui me provoque un véritable déchirement chaque fois que j’en aperçois un marqué d’un point marron qui signifie qu’il va être bientôt abattu. Mais depuis mon dernier séjour, je ne parle plus que de permaculture, de biodiversité, de vision holistique, d’agroécologie, de cultures sur buttes, de compostes, de résilience écologique.

En effet, j'ai été reçue au château de la Môle qui démarre un projet d'intérêt général pour devenir une sorte de "Villa Médicis" de l'agroécologie. Ses nouveaux propriétaires, Patrice de Colmont et sa sœur Véronique (propriétaires également du Club 55), avaient mis à disposition leurs jardins, les 12 et 13 septembre, pour recevoir l’opération Dessine-moi une tomate créée par l'association Colibris Golfe de Saint-Tropez qui fêtait ses 1 an. L'ambiance était joyeuse. 160 bénévoles ont accueilli plus de 2500 visiteurs. Ceux-ci ont pu écouter des conférences et des tables rondes sur les techniques agricoles respectueuses de l’écosystéme, échanger avec les représentants de différentes associations, faire participer leurs enfants aux nombreuses animations, acheter des légumes ou du miel aux stands des paysans, certains sont même repartis avec un poussin issu d’une race de poule ancienne très jolie avec ses grosses pattes exagérément fournies en plumes.

Pendant ces deux jours, - même si je suis depuis longtemps vigilante sur la provenance et la qualité de mon alimentation et que dans mes romans, mes héroïnes militent toujours (à leur façon et avec leur dialectique) contre les dérives et les dangers des pesticides et autres techniques de rentabilité qui épuisent nos sols, j’ai beaucoup appris. J’ai appris que l’homme a besoin du ver de terre pour vivre mais que le ver de terre n’a pas besoin de l’homme, que les semences OGM sont un crime contre l'humanité, que le requin est l’animal le moins meurtrier comparé, par exemple, au moustique, qu’un végétalien qui roule en voiture pollue moins qu’un carnivore qui circule à vélo, que 40% des poissons pêchés servent à nourrir d’autres animaux, que les cochons mangent plus de poissons que les requins, que 80 millions de requins sont tués chaque année, qu’une baleine défèque 3 tonnes de déchets par jour qui servent à nourrir le plancton, que 300000 baleines ont été décimées au XXème ce qui a entraîné une réduction de 50% du plancton.

J’ai également été séduite par la bienveillance et la volonté de préserver les ressources naturelles de notre planète, qui émanaient de chacun des intervenants venus expliquer son parcours et son action.

J’ai ainsi écouté André Huber qui a radicalement changé de vie pour se consacrer à l’Association Partager la terre. Malgré la fatigue accumulée durant ces dernières années sans congé, son sourire donne envie de suivre sa voie. Et aussi Daniel Vuillon, le fondateur de la première Amap, Mickaël Latz, le maire de Correns, le premier village bio de France et bien sûr le Capitaine Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd qui, avec ses gros bateaux, sauvent les baleines, les requins, les tortues, les phoques et les dauphins.

Tout allait bien, je venais d'embrasser un énorme tilleul bi-centenaire, quand un bonhomme, sans doute attiré par le député et le nombre de maires de la région présents, m’a demandé en ricanant si je cautionnais ce genre d’alimentation.

— C’est-à-dire ? je lui ai répondu.

— Allons, vous m’avez compris.

— Ben… non.

— Avouez qu’ils sont quand même très naïfs.

Réalisant que la conversation risquait de devenir laborieuse, je lui ai raconté comment lors d’un immense feu de forêt, un tatou s’était moqué d’un gentil colibri qui portait de l’eau dans son tout petit bec et la versait sur les flammes. Pfut ! Ne te fatigue pas l’ami, avait dit le tatou. Ça ne sert à rien. Tu crois peut-être qu’avec tes quelques gouttes, tu vas arrêter l’incendie ? Je ne sais pas, avait répondu le colibri, mais je fais ma part !

C’est d’ailleurs à partir de cette légende amérindienne que Pierre Rabhi, agriculteur biologiste et écrivain (je vous recommande vivement la lecture de ses ouvrages, et plus particulièrement Vers une sobriété heureuse), a créé Colibris en 2007.

Et comme je ne voulais pas gâcher mon plaisir d’être là, j’ai adressé au monsieur un joyeux sourire et je suis partie caresser un bébé oie qui ressemblait étrangement à un canard.

Septembre 2015

Paul Watson, Yana Watson, Sylvie Bourgeois Harel, Patrice de Colmont au Club 55

Paul Watson, Yana Watson, Sylvie Bourgeois Harel, Patrice de Colmont au Club 55

Conférence de Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd, devant 600 personnes sur le parvis du chateau de la Mole.

Conférence de Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd, devant 600 personnes sur le parvis du chateau de la Mole.

Pierre Rabhi. Patrice de Colmont. Club 55. Journée des défis. Voiles de Saint-Tropez 2015

Pierre Rabhi. Patrice de Colmont. Club 55. Journée des défis. Voiles de Saint-Tropez 2015

Patrice de Colmont. Sylvie Bourgeois

Patrice de Colmont. Sylvie Bourgeois

Pierre Rabhi. Sylvie Bourgeois

Pierre Rabhi. Sylvie Bourgeois

Sylvie Bourgeois Patrice de Colmont

Sylvie Bourgeois Patrice de Colmont

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Patrice de Colmont- Sylvie Bourgeois Harel - Paul Watson - Le Club 55 - le Tropézien

Patrice de Colmont- Sylvie Bourgeois Harel - Paul Watson - Le Club 55 - le Tropézien

Gaëlle Girre et Sylvie Bourgeois dans Var-Matin. 26 août 2016

Gaëlle Girre et Sylvie Bourgeois dans Var-Matin. 26 août 2016

La Gazette de Monaco. Février 2017

La Gazette de Monaco. Février 2017

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Paul Watson - Le Club 55 - Voici. Août 2016

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Paul Watson - Le Club 55 - Voici. Août 2016

Sylvie Bourgeois Harel - Var-Matin. Juillet 2016

Sylvie Bourgeois Harel - Var-Matin. Juillet 2016

Sylvie Bourgeois Harel - Est Républicain. juillet 2016

Sylvie Bourgeois Harel - Est Républicain. juillet 2016

Sylvie Bourgeois Harel - Monaco-Matin. 16 décembre 2015

Sylvie Bourgeois Harel - Monaco-Matin. 16 décembre 2015

Sylvie Bourgeois Harel - Var-Matin. 13 décembre 2015

Sylvie Bourgeois Harel - Var-Matin. 13 décembre 2015

Sylvie Bourgeois Harel - VAR-MATIN 19 novembre 2015

Sylvie Bourgeois Harel - VAR-MATIN 19 novembre 2015

Sylvie Bourgeois Harel - INFRAROUGE. Mai

Sylvie Bourgeois Harel - INFRAROUGE. Mai

Sylvie Bourgeois Harel - VAR-MATIN. 6 juillet 2015

Sylvie Bourgeois Harel - VAR-MATIN. 6 juillet 2015

Sylvie Bourgeois Harel - VARIATION. Eté 2015

Sylvie Bourgeois Harel - VARIATION. Eté 2015

Sylvie Bourgeois Harel - VIVRE A SAINT-TROPEZ 2015

Sylvie Bourgeois Harel - VIVRE A SAINT-TROPEZ 2015

VOICI. JUILLET 2014

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BIBA. JUIN 2014

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GALA (croisette). MAI 2013

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COUP DE COEUR DE DAVID FOENKINOS. PAGE DES LIBRAIRIES. NOVEMBRE 2012

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VALEURS ACTUELLES. 27 NOVEMBRE 2012

 

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COUP DE COEUR FEMME MAJUSCULE SEPTEMBRE/OCTOBRE 2012

 

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PAGE DES LIBRAIRES. SEPTEMBRE 2012

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L'EST REPUBLICAIN. 22 SEPTEMBRE 2012

 

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TELE MAG. 8 SEPTEMBRE 2012

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FIGARO MADAME 15 JUIN 2012

FIGARO MADAME15 juin

 

 

 

  Ci-dessous le lien d'un entretien plutôt joyeux sur gala.fr :

 

  http://www.gala.fr/videos/videos_people/video_sylvie_bourgeois_cannes_le_caeur_leger_262728

 

20 minutes. 27 juin 2012

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Voici. 19 mai 2012

 

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Figaro 20 Mai 2012

 

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L'Est Républicain. Mai 2012

 

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Gala. 14 mai 2012

 

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ELLE. 18 mai 2012

 

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Cannes soleil. Mai 2012

 

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Ici Paris. Mai 2012

 

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Voici. Avril 2012

 

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Nice-Matin, Var-Matin, Corse-Matin. 4 décembre 2012

 

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Cosmopolitan. 1er décembre 2011

 

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Voici. Novembre 2011

 

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Le Figaro. 16 octobre 2012

 

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La Provence. Octobre 2011

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Le Parisien. 29 décembre 2009

 

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L'Est républicain. 16 novembre 2009

 

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Gala. 21 octobre 2009

 

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Dauphiné Libéré 10 octobre 2009

 

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. Figaro. 10 cotobre 2003

 

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QUELQUES ARTICLES DE PRESSE
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1

- J'ai l'impression d’avoir raté ma vie.

- Ben non, tu m'as rencontré.

- Et tu crois que ça fait tout ?

- Ça serait quoi pour toi une vie réussie ?

- Fais pas chier mon amour.

J'ai rencontré mon mari à un dîner où je n'étais pas invitée chez des gens que je ne connaissais pas. Dès que je l’ai vu, j’ai su que j'allais vivre avec lui, pourtant il était vert-de-gris. Immédiatement, mon sang s’est affolé, mes reins ont piaffé, ma peau m’a gratté, même mon sexe était énervé. Un sentiment d’apaisement m’a envahi et je me suis dit que c’était bien qu’il soit revenu. D’où ? Je ne sais pas. D’un autre siècle, peut-être, mon mari ressemble à un moine du moyen-âge.

Cécile Harel est mon double littéraire pour différencier deux styles d'écriture, quand j'écris au je, je prends mon inspiration dans le bas de mon ventre où il y a de la douleur, quand j'écris à la 3ème personne, je me mets à distance de mon sujet et reste dans la légèreté.

***

décembre 2015 : nouvelle couverture, nouvelle édition

septembre 2014 : parution en Allemagne chez Piper

septembre 2013 : sortie chez Pocket

août 2012 : parution aux Escales

EN ATTENDANT QUE LES BEAUX JOURS REVIENNENT (roman)
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Le  meilleur ami de mon papa est comédien. Il s'appelle Daniel et il passe souvent à la télévision. On le voit aussi sur plein d'affiches de cinéma. Il est très connu et, dans la rue, les gens l'arrêtent pour lui demander des autographes. Il gagne beaucoup d'argent. C'est bien simple son appartement, il est tellement grand qu'on pourrait y mettre une piscine. D'ailleurs, je crois qu'il va s'en faire installer une parce que son docteur lui a dit que pour soulager son dos, la natation, c'était ce qu'il y avait de mieux. Mon papa aussi est comédien. Mais ce n’est pas pareil. Personne ne le connaît et l’on vit dans un trois pièces, à Créteil.

Mes parents avaient comme projet, enfin surtout ma mère, que Daniel soit mon parrain, mais Daniel, il n'a jamais trouvé de date où il était sûr d'être disponible. Le temps a passé et maintenant que j'ai 10 ans, pfut, ça fait un peu tard. Mais ma mère ne désespère pas. Moi ça ne me dérangerait pas surtout pour les cadeaux et pour la célébrité si jamais il y avait ma photo dans Paris-Match. Mais Daniel n'a pas l'air convaincu de la nécessité de me faire baptiser. Peut-être qu'il me trouve nulle et qu'il aurait préféré être le parrain de la fille de Vanessa Paradis. En même temps, vu qu'elle habite aux États-Unis, je ne vois pas pourquoi elle choisirait Daniel.

Ce soir, Daniel vient dîner à la maison. Ma mère, toute la journée, elle a cuisiné. Ça fait une éternité que mon papa ne l'a pas vu. Il est tout excité. Forcément, un meilleur ami que l'on ne voit jamais ! Ma mère n'a pas arrêté de répéter à mon père qu'il ne devait pas oublier de demander à Daniel de le pistonner pour obtenir un rôle dans son prochain film, et que d’ailleurs, il lui devait bien ça pour toutes les fois où il l'avait aidé quand il n'avait pas d'argent.

Mon papa s’est alors mis à crier que, bon sang de bonsoir, jamais, mais jamais, il ne lui demandera quoi que ce soit. Que Daniel savait très bien qu’il était comédien et si, un jour, celui-ci pouvait l’aider, eh bien, il le ferait de lui-même, sans qu’il n’ait à le lui demander, voilà. Et même si c'était vrai qu’il l’avait hébergé pendant deux ans, eh bien, il l'avait fait par amitié. Par amitié pour son meilleur ami. Voilà. Ma mère lui a répondu qu'il était bête et qu'il se ferait toujours avoir tellement il était bête. Et elle a ajouté que, dans la vie, si l’on ne demandait jamais rien, eh bien, l’on n’avait rien. Et que Daniel quand il était pauvre, il ne s’était pas gêné pour lui emprunter sa voiture. Et quand il la lui avait rendue toute cassée, eh bien ça ne l’avait pas gêné non plus de ne pas lui payer les réparations. Mon papa s'est alors encore plus énervé et il a tapé dans le mur du salon en hurlant à ma mère qu'il n'aimait pas, mais pas du tout, quand elle ressassait ces vieilles histoires du passé. Que ça le rendait fou !

N’empêche, a ajouté ma mère, n’empêche que lui, il vit dans un 600 mètres carrés pendant que nous, on croule sous les dettes. Puis elle est partie dans la cuisine en demandant à mon père comment il comptait payer le loyer et que si ça continuait, eh bien, elle allait divorcer. Allez continue, a répondu mon papa en se mettant la tête dans ses mains, continue de me faire passer pour un minable. Surtout devant la petite, c’est bien. C’est vraiment bien.

Soudain la porte d’entrée a sonné. Tous les deux se sont aussitôt calmés. Ah Daniel ! Bonjour ! Comment vas-tu ? lui a dit ma mère en le faisant entrer avec son plus beau sourire. Mon père a eu un peu plus de mal à redevenir normal. Salut, salut vieux, entre, entre, assieds-toi, ça me fait plaisir de te voir. Ça fait longtemps que l’on ne s’est pas vu. Ça remonte à quand la dernière fois ? À une éternité ? Non ?

Daniel s'est assis sur le fauteuil et nous, en face sur le canapé. On l’a regardé. Il paraissait plus vieux qu’à la télé. Alors comment ça va mon gars? lui a demandé mon papa. Mal, très mal, a répondu Daniel, qu’à mon école, j’appelle mon parrain histoire de frimer devant Isabelle, la fille du médecin. Depuis qu’elle a joué dans une pub, elle se croit comédienne. Ça m’énerve !

- J'enchaîne film sur film, a continué Daniel. Je suis épuisé. Je n'en peux plus. Je pense que je vais arrêter le cinéma.

- Ah bon, mais pourquoi? a voulu savoir mon papa.

- Parce que maintenant, plus personne ne me parle normalement, a répliqué Daniel en soupirant. Et puis pendant les tournages, tu ne fais qu’attendre. C’est long, tu ne peux pas t’imaginer ! Et quand enfin, tu entends moteur, tu as tellement attendu que tu n’as même plus envie de jouer.

- Ben alors, mon petit gars, a essayé de l’aider mon papa, il faut te ressaisir.

- Non, je t’assure, lui a répondu Daniel en mettant ses pieds sur la table basse où ma maman venait d’apporter l’apéritif, je suis déprimé, terriblement déprimé. En plus, tous les jours, je reçois des projets de films, tu te rends compte ? Il n’y a pas un jour où je ne reçois pas de proposition, je n’en peux plus, ça me fout trop la pression.

Puis il a allumé une cigarette en expliquant qu’il avait les boules car sa femme ne voulait pas l’accompagner sur son prochain tournage parce qu'il y aurait sa maîtresse, alors qu’il lui avait toujours tout payé. Quand ma mère a ouvert une bouteille de champagne en faisant les gros yeux à mon père, du genre, c’est le moment de lui parler, vas-y, Daniel lui a demandé si elle n’aurait pas plutôt du whisky. Et en laissant tomber ses cendres sur la moquette. Il a ajouté que ça lui faisait vraiment plaisir de nous voir. Si, si, nous ne pouvions pas imaginer combien ça lui faisait du bien de voir des gens qui n’étaient pas de son métier, parce que le cinéma, ça rendait les gens fous. Là, mon père, il a fait un hochement de tête pour lui rappeler que lui aussi était comédien. Mais Daniel n’a rien vu et il a poursuivi. Qu’il payait trop d’impôts et que son chien était devenue une star. Si, si, les coiffeurs l’adorent, ils lui font même des couettes. Et comme son chien adore faire le cabot, il le fait toujours passer devant la caméra, ahahah ! Puis après, Daniel nous a raconté pleins d’histoires dans lesquelles il a imité ses copains comédiens. Ça nous a bien fait marrer.

- Mais ce n’est pas le tout, a soudain dit Daniel, faut que j’y aille.

- Maintenant ? lui a demandé ma maman, mais on n’a pas encore dîné.

- Ah mais, j’étais juste venu prendre l’apéritif. Tu ne lui as pas dit, Bruno, à ta femme que je ne prenais que l’apéritif ? Tu ne lui as pas dit ?

- Ben non, tu m’as dit que tu venais dîner, vu que cela faisait une éternité. Reste encore un peu, Babeth a tout préparé, a insisté mon papa.

- Non, non, je ne peux vraiment pas, a répondu Daniel en se levant, j’ai une soirée. J’ai horreur de ça, mais c’est le passage obligé. Faut se montrer. Je préférerais vraiment passer la soirée avec vous, mais, j’ai promis à Lucie, c’est mon petit cœur, de lui présenter mon producteur pour qu’elle ait un rôle dans mon prochain film. 

Ma mère a alors toussé pour faire comprendre à mon père qu’il fallait qu’il se décide à lui parler, mais il a profité que Daniel avait déjà enchaîné pour se taire.

- C’est fou la vie. Je n’ai jamais été aussi malheureux depuis que j’ai réussi. Tu te souviens Bruno combien on était heureux quand on jouait au café-théâtre ? On se levait tard, mais on l’espérait notre succès. On y croyait.

- Toi, tu te levais tard, lui a rétorqué mon papa, moi, je travaillais tôt pour payer notre loyer.

- Oh la la, s’est soudain énervé Daniel. Où vas-tu chercher tout ça mon petit gars ? Moi, je me souviens qu’on était bien, c’est tout. Et je n’ai pas raison de ne me souvenir que du bon? Hein ? Allez trinquons plutôt ! Trinquons au nom de notre amitié ! 

- Dis-moi Daniel, je lui ai demandé tout de go, je voudrais que tu me fasses un cadeau car tu es un peu mon parrain, même si nous ne sommes pas passés devant monsieur le curé et que tu ne m’as jamais rien offert.

- Mais ce que tu veux, m’a répondu Daniel, ce que tu veux ma puce. Promis, le mois prochain, je viens te chercher et on ira dans le magasin de ton choix. Promis !

- Non, je lui ai dit, je le préférerais maintenant mon cadeau. Tu sais, je ne suis qu’une enfant et les enfants, c’est bien connu, on n’a pas la même notion du temps que les grands. Voilà, je voudrais que tu viennes me chercher demain à la sortie de l’école. Ça n’est pas très compliqué et ça me ferait bien marrer. 

Le lendemain, j’ai attendu Daniel, mais il n’est jamais vu.

 

 

 

 

 

DANIEL (nouvelle) - BREVES ENFANCES - Editions AU DIABLE-VAUVERT
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SOPHIE À CANNES (nouvelle)

1990. Mon premier Festival de Cannes  

Je suis amoureuse de Sylvain depuis deux mois.

Il veut bien me voir de temps en temps, mais pas pendant le Festival de Cannes. Je pars donc me faire consoler chez ma mère. À Monaco. Du coup, je vais faire un tour à Cannes, et fais une entrée remarquée dans le bureau de Sylvain au Carlton, lunettes noires, foulard assorti à mon rouge à lèvres, talons de dix. Je ne sais pas si c’est à cause du playboy bronzé en Porsche qui m’accompagne, mais Sylvain devient subitement très disponible, et me propose de rester dormir avec lui.

J’ai gagné son cœur et des places au balcon.

 

Mon deuxième festival

Je dis à Sylvain que je ne veux plus jamais de places au balcon, mais en bas près des stars. Sylvain râle, mais comme maintenant il m’aime, il m’installe entre Madonna et Naomi.

 

Mon troisième

Je veux moi aussi faire comme tout le monde, être pressée, courir, avoir l’air débordé. J’organise un atterrissage en parachute des tortues Ninja sur la plage du Carlton. Je les promène aussi sur la croisette en roadster Mercedes framboise et leur fais monter les marches du film Boyz’n the Hood pour voler la vedette aux stars blacks venus de LA soutenir John Singleton. Le distributeur du film est furieux, Sylvain aussi. Je m’en fous, j’ai obtenu la Une du journal télé.

 

Mon quatrième

Je ne veux plus travailler à Cannes, je préfère m’amuser.

Sylvain a maintenant cinq talkie, trois portables et cent passes autour du cou.

Je l’appelle toutes les cinq minutes.

 

- Nathalie voudrait une invit, Séverine aussi, et Mélanie, cinq. Tu me les déposes à l’hôtel ? Tu nous envoies aussi une limousine pour aller au ciné ? C’est leur première fois, ça les fera marrer.

- Tu crois que je n’ai que ça à faire Sophie ? Je suis avec Stallone sur le toit d’une voiture, ce con a voulu se promener sur la croisette, on a été assailli par la foule.  

- Bon quand tu auras fini de faire le cacou, tu m’apporteras aussi des tee-shirts et des casquettes Cliffhanger pour mon plagiste du Gray d’Albion ? 

 

Mon cinquième

Je suis dans une Mercedes assise à côté d’un Américain et de son épouse. Je décide de mener la conversation.

 

- Hi ! I’m Sophie. You are family of Bruce ?

- No.

- You work with him ?

- No.

- What are you doing in this car so ?

- We want to go to restaurant Colombe d’Or. 

 

Sylvain et ses gardes du corps ont été si pressés de faire sortir Bruce Willis de l’hôtel du Cap qu’ils ont embarqué dans le cortège officiel ce couple de retraités endiamantés qui attendaient sagement leur taxi pour aller dîner à Saint-Paul de Vence.

 

Mon sixième

Cheveux au vent, sur un yacht avec Sylvain, Sharon Stone, et une nuée d’Américains.

 

- You are family of Sharon ? me demande un big Jim.

- No.

- You work with her ?

- No.

- What are you doing on this boat so ?

- I just want you to drop me at Palm Beach.

 

Mon septième 

Le star system a tellement déteint sur moi que je me suis foulée le bras en dormant. Avec mon plâtre, il suffit que je raconte mon anecdote pour déclencher l’hilarité. Un producteur hollywoodien adore pitcher ce qu’il m’est arrivé, ah ah ah she brokes her arm while sleeping ah ah ah ! Il veut même en faire un film !

 

Mon huitième

- Allo, monsieur le directeur de l’hôtel Gray d’Albion, je vous explique, d’ici une heure, je vais vous appeler pour vous commander un petit-déjeuner, ce sera en fait un code pour que vous appeliez les pompiers, je les ai déjà prévenus, ils attendent votre coup de téléphone pour venir chercher un ami qui a une crise de bouffées délirantes.

- Dans mon hôtel ?

- N’ayez pas peur, monsieur, il n’est pas dangereux, il adore seulement le cinéma. 

 

Deux heures plus tard, mon copain qui se prend pour le fils de John Lennon entouré de ses gardes du corps, exige qu’on le fasse sortir par la grande porte de l’hôtel.

 

- Ça ne va pas se passer comme ça, je vais me plaindre à Sophie, elle dirige le Festival de Cannes. 

 

Mon neuvième                      

- C’est qui monsieur Poulet ?

- Un ami de Sophie, certainement un producteur important, répond Sylvain à son assistante. 

- Je le mets au carré cinéma ?

- Ben oui. 

 

C’est ainsi que mon vendeur de poulets fermiers s’est retrouvé assis à côté d’Emmanuelle Béart et d’Harvey Keitel. L’été d’avant, ayant adoré ma casquette Men in Black, il m’avait dit que son rêve serait de monter les marches du Festival. Depuis, il s’est lancé dans l’organisation de soirées à Saint-Tropez.


Mon dixième

Allongée sur un matelas de la plage du Carlton, j’explique à une amie qui veut devenir comédienne le lexique codé de Cannes.

 

QUAND QUELQU’UN TE DIT :

Tu es descendu où ?

EN VRAI, ÇA VEUT DIRE : 

Dis-moi où tu en es dans ton ascension sociale ?

Tu es venue toute seule ? :

Je te sauterai bien.

J’ai un projet qui pourrait t’intéresser :

Idem précédent.

Tu as la carte pour la boîte d’Albane ? :

Je veux savoir si tu es  has been ou pas ?

Tu as des places pour le film de ce soir ? :

Tu en as une pour moi ?

Tu as des places en bas ou au balcon ? :

Fais-tu partie des gens qui comptent ?

Tu as une invit pour la soirée Canal ? :

Est-ce que je peux te coller ?

Tu as une invit pour le dîner de Martin Scorcese ? :

N’oublie pas que je suis ton pote… mais que je t’oublierai une fois assis à table.

Il faut absolument que l’on se voie :

Je cherche du travail, je suis désespéré.

On s’appelle à Paris ? :

Lâche-moi ! De toute façon, je ne t’appellerai jamais, je n’ai pas ton numéro de téléphone.

Tu es arrivé quand ? :

Décidément, depuis dix ans que l’on se connaît, on a vraiment rien à se dire.

Tu es dans un appartement ?

Je peux te squatter ?

Tu es au Carlton ? :

Qui a pu l’inviter ?

Tu es à l’hôtel du Cap ? :

Merde, il a fait une meilleure année que moi.

Tu vas où ? :

Tu m’invites à déjeuner ?

Tu as des projets en ce moment ? :

J’essaye de te mettre mal à l’aise, car moi aussi je galère.

Tu restes tout le festival ? :

Merde, il est plus riche que moi ou bien il doit chercher du boulot.


Mon onzième

J’ai quitté Sylvain, mais on continue de se voir.

Un ami producteur m’invite trois jours pour un projet de boulot. En arrivant à Cannes, je m’aperçois que c’est dans sa chambre. Je deviens folle.

 

- Connard, je m’en fous, je reste, je vais faire mettre deux lits, et tu vas souffrir. Ah oui, et puis même si tu ne me sautes pas, tu as intérêt à m’emmener déjeuner et dîner partout avec toi. 

 

Le dernier soir, je dîne avec Sylvain qui ne digère pas.

 

Mon douzième

A force de se voir tous les jours, Sylvain et moi, sommes de nouveau ensemble. A Cannes, il s’occupe si bien de moi que Nicole Kidman a fini par se plaindre. 

 
Mon treizième   

Sylvain et moi, c’est vraiment fini.  Depuis que j’ai monté ma société de production, il n’a pas supporté d’être devenu mon assistant.

            

 

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- Je veux être comme ces Américaines qui sillonnent les États-Unis pour donner des conférences sur des sujets qui ont changé leur vie, qui vendent leur expérience, tu vois ? dit Sophie.

- Non, répond Sylvain.

- Eh bien, je veux être une de ces femmes.

- Parler ne devrait pas te poser de soucis, mais tu vas dire quoi ?

- Que bien faire l’amour est primordial pour la santé et la paix dans le monde.

- Pardon ?

- Tu accepterais d’être l’homme qui me suivrait partout, qui réserverait les hôtels, qui contacterait les mairies, les associations ?

- J’ai déjà un travail.

- Que tu arrêterais le jour où je commencerais à gagner de l’argent. Avoue que tu serais parfait pour t’occuper de moi, tu es très organisé.

- Je me demande si tu n’es pas folle.

- Parce que je veux réussir ma vie ?

- Mais t’as quoi comme expérience pour parler de ça en dehors de nos treize années de vie commune à Annecy ?

- Je me suis documentée, j’ai lu plein de bouquins sur la question.

- Et pourquoi tu ne m’en as jamais fait profiter ?

- Arrête de tout ramener à toi ! Mon rêve serait d’arriver à créer un centre d’éducation sexuelle, calqué sur le modèle des Weight Watchers.

- Quelle drôle d’idée, on était pourtant heureux.

- Je suis en mutation, Sylvain.

- Mets-toi au golf.

- Tu ne crois donc pas en moi ?

- C’est que…

- Je dois alors te quitter.

- Pardon ?

- Soit on fonce ensemble, soit je suis seule.

- Quoi ?

- Je vais aller vivre à Paris, Sylvain, ce que j’aurais dû faire il y a vingt ans au lieu de m’enterrer, vivante, ici.

- Et moi ? Je t’aime Sophie.

- Oui, parce que je suis ta petite femme enfant qui a besoin de toi pour acheter ses vêtements.

- Ça ne va pas de dire ça ?

- Avoue que me gâter flatte ta virilité.

- Tu n’es pas obligée d’accepter.

- Je veux laisser une trace dans le cœur des gens avant de mourir.

- Ce n’est pas une raison pour me quitter.

- Si. Il faut que je n’aie pas d’autre choix que réussir, tu comprends ? Je suis une grosse paresseuse. Si je sais que je peux compter sur toi, je n'évoluerai jamais.

- Mais qu’est-ce que t’as ?

- 40 ans.

- Ma pauvre chérie.

- Tu veux que je te fasse des crêpes pour le dîner ?

- Tu as envie de te faire d’autres mecs, c'est ça ?

- Alors là, c’est le dernier de mes soucis.

- Je ne te crois pas.

- Changer de vie ne veut pas forcément dire changer d’homme.

- Tu serais la seule femme à penser ça !

- Je suis une féministe, Sylvain. Mon épanouissement ne dépend pas du bon vouloir d’un homme de me désirer ou non.

- Et si l’on se mariait ?

- C’est fini nous deux.

- On pourra encore faire l’amour avant ton départ ?

- Sache que je suis aussi triste que toi de te quitter, mais si je le fais, c’est également pour nous deux. Reconnais que nous stagnons dans la monotonie.

- Et si on commençait par aller se consoler tout de suite?

- Tu ne penses vraiment qu’à ça.

- Ça te va bien de dire ça !

Sophie sait parfaitement que son projet d'école de sexe ne veut rien dire, mais elle n'a pas trouvé mieux pour provoquer Sylvain, et lui faire mal. Elle ne lui pardonne pas d'avoir refusé de s'associer, il y a quelques années, dans son concept de vente de laines péruviennes et de tricots à confectionner soi-même. Sylvain avait décliné, prétextant qu’il n’avait aucune envie de devenir son esclave d’autant que Sophie peut se révéler autoritaire et péremptoire dès qu’il s'agit de prendre des décisions (surtout si c’est à la place des autres). Chaque fois qu'elle regrette de ne pas avoir eu le cran de monter seule son entreprise, ses remords retombent sur ce pauvre Sylvain à qui elle reproche son manque d'ambition professionnelle (et de ne jamais porter le pull avec un bonhomme de neige qu’elle lui a tricoté). Elle n’accepte pas qu'il se satisfasse de son travail chez Franck Palmier, le plus gros cabinet d'architecture de la région. Vu ses qualités, il pourrait devenir son propre patron. Mais Sylvain préfère la stabilité et la tranquillité que lui offre son poste pour lequel il a non seulement un très bon salaire, mais surtout suffisamment de temps libre pour s'adonner à ses trois passions : Sophie, la photographie (son sujet préféré est Sophie) et le vélo (qu'il pratique avec Sophie).

Communiqué de presse

Novelliste, romancière et scénariste (notamment pour son époux le réalisateur Philippe Harel), Sylvie Bourgeois s’est lancé un nouveau défi : donner vie à Sophie, un personnage attachant et fantasque qui aura toujours 40 ans, et qui à chaque début de roman veut ou doit changer de vie. Après Sophie à Cannes qui se déroulait dans les coulisses du festival, nous retrouvons notre héroïne dans Sophie au Flore au cœur de Saint-Germain-des-Prés.

Sophie au Flore est autant une satyre de notre époque qu’une peinture fidèle de Saint-Germain-des-Prés où Sophie fragilisée par sa rupture et sa perte de repères tombe sous la coupe d’un homme politique manipulateur qui l’abreuve de textos érotiques pour lui faire croire à une belle histoire d’amour. 

Entre Rastignac et Madame Bovary, il y a Sophie. Figaro Madame.

Sylvie Bourgeois, tout en réussissant à nous amuser et nous émouvoir avec le thème des amours virtuels, nous parle des femmes de quarante ans, de leur beauté, de leur énergie et de leur incroyable volonté quand elles décident de changer de vie. Quarante ans, un âge décisif pour celles qui veulent tout recommencer et considèrent que c'est le dernier moment avant qu’il ne soit trop tard.

Sylvie Bourgeois poursuit ici les aventures de Sophie, étonnante héroïne, plus drôle que jamais, qui aime à répéter que sa seule ambition est d'être humainement fréquentable.

4ème de couverture

Sur un coup de tête, Sophie quitte Annecy et Sylvain, son compagnon, pour tenter sa chance à Paris, comme elle aurait déjà dû le faire, il y a vingt ans...
 
Mais comment réussir quand on a quarante ans, qu’on sous-loue une chambre chez une vieille dame, qu’on ne sait pas quoi faire de ses journées, et qu’on ne rêve pas d’un bon mariage ? En attendant de trouver une réponse, Sophie passe toutes ses après-midis à boire des chocolats chauds sur les banquettes en moleskine du Café de Flore. Et si c’était ça la vraie vie ?
 
Après Sophie à Cannes, qui se déroulait dans les coulisses du festival, nous retrouvons, dans un style toujours aussi alerte et plein d’humour, Sophie au cœur de Saint-Germain-des-Prés.
 
 

 

 
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SOPHIE À CANNES. Roman (Flammarion)

4ème de couverture

Sophie à Cannes - Flammarion - Sylvie Bourgeois

 

À la suite d’une rupture amoureuse, Sophie, quarante ans, se retrouve « malgré elle » coincée à Cannes pendant le festival sans connaître les usages et coutumes du milieu du cinéma qui fascine tant son amie Géraldine.

Son sens de la répartie et sa débrouillardise lui suffiront-ils à éviter les nombreux obstacles et déconvenues qu’une jolie fille livrée à elle-même et un peu perdue ne manque pas de rencontrer dans ce type de manifestations ?

Dans un style alerte et plein d’humour, Sylvie Bourgeois nous fait pénétrer avec fantaisie et justesse dans les coulisses du plus grand festival de cinéma du monde.

Scénariste, novelliste et romancière, Sylvie Bourgeois signe ici son quatrième livre qui est le premier volume d’une série dans laquelle nous retrouverons Sophie, surprenante quadragénaire bien dans s appeau qui aime par-dessus sa liberté.

SOPHIE À CANNES. Roman (Flammarion)
Extrait                            

... — Je vais te raconter le lexique codé du festival de Cannes dit une invitée à Sophie, par exemple, quand quelqu’un te dit, tu es descendu où ? En fait, ça veut dire, dis-moi où tu en es dans ton ascension sociale ? S’il te demande si tu es venue toute seule ? Ça veut dire, je te sauterais bien. J’ai un projet qui pourrait t’intéresser. Pareil. Tu as la carte de la boîte d’Albane ? Je veux savoir si tu es has been ou pas. Tu as des places pour le film de ce soir ? Tu en as une pour moi ? Tu as des places en bas ou au balcon ? Fais-tu partie des gens qui comptent ? Tu as une invit pour la soirée Canal ? Est-ce que je peux te coller ? Tu as une invit pour le film de Scorcese ? N’oublie pas que je suis ton pote... mais que je t’oublierai une fois assis à table. Il faut absolument que l’on se voie. Je cherche du travail, je suis désespéré. On s’appelle à Paris ? Lâche-moi, je ne t’appellerai jamais, de toute façon je n’ai pas ton numéro de téléphone. Tu es arrivé quand? Décidément, depuis dix ans que l’on se connaît, on a vraiment rien à se dire. Tu es dans un appartement ? Je peux te squatter ? Tu es au Carlton ? Qui a pu l’inviter ? Tu es à l’Hôtel du Cap ? Merde, il a fait une meilleure année que moi. Tu vas où ? Tu m’invites à déjeuner ? Tu as des projets en ce moment ? J’essaye de te mettre mal à l’aise car moi aussi je galère. Tu restes tout le festival ? Zut, il est plus riche que moi, ou bien il doit chercher du boulot....

PREMIER CHAPITRE

Une dernière bougie et voilà c’est parfait ! Sophie a toujours aimé poser des bougies un peu partout. Même si Sylvain lui a expliqué cent fois que c’était mauvais pour la santé - les aromatisées dégageaient des molécules cycliques style benzène qui étaient neurotoxiques - elle adore en allumer avant de passer à table, les Diptyques surtout, Opopanax et Ambre sont ses parfums préférés. Elle jette un dernier coup d’œil pour vérifier s’il ne manque rien, puis s’affale sur le canapé et rit de s’intéresser autant aux détails de sa maison. C’est bien simple, pour Sophie chaque repas doit ressembler à une fête et tous les matins, elle est heureuse de se réveiller auprès de François, de lui préparer son petit-déjeuner et, quand il part travailler, de l’embrasser et lui souhaiter une bonne journée.

 

Elle est contente d’avoir du temps. C’est son luxe. Hier encore lors d’un dîner, elle a adoré dire à son voisin qu’elle ne faisait rien. En général, les opportunistes lui tournent immédiatement le dos, là, ce capitaine d’industrie lui a demandé avec un air coquin ce qu’elle faisait alors.

- Je lis, je tricote, j’écoute du Zucchero, je fais du vélo, je téléphone beaucoup aussi.

- Vous avez donc le temps de déjeuner avec moi ?

- Si c’est dans l’idée de me sauter, non.

- Vous êtes très sûre de vous.

- Je vis avec François, vous savez votre ami, au bout de la table, le joli garçon qui a une barbe de trois jours.

- Pourtant il ne vous a pas épousée.

- Vous cherchez déjà la bagarre ? Dommage, on commençait à s’amuser.

 

   Néanmoins, il s’est débrouillé pour lui laisser ses coordonnées.

 

- On ne sait jamais ce que la vie nous réserve. Faites comme moi Sophie, vivez ! Vivez à cent à l’heure !

- Je n’ai pas votre aptitude.

- On se ressemble pourtant.

- Je suis le contraire d’une aventurière, j’adore le quotidien, je suis même la reine du quotidien. Faire tous les jours la même chose m’excite.

- Vos yeux disent le contraire.

- C’est ce que vous avez envie d’y voir.

- Je ne me trompe jamais.

- Au revoir Paul sinon nous allons déraper et je ne veux pas me retrouver sous votre couette.

- Et dessus ?

- Pfut ! 

- Vous devez être belle nue.

- Vous ne lâchez jamais ?

- Si, le jour où je vous embrasserai. On est de la même race.

 

Sophie jette pensive la carte de visite de Paul Young dans le tiroir de son bureau où elle accumule ses papiers administratifs qu’elle ne range qu’une fois par mois. De toute façon, à part sa mutuelle, le relevé de son compte à la Banque Postale et sa facture mensuelle d’Orange, elle n’est pas envahie par la paperasserie. Depuis qu’elle n’a plus de revenus, c’est François qui gère les finances de la maison. Elle lui a souvent proposé de s’occuper des factures, mais il a toujours refusé. Il aime tout contrôler, pas par radinerie - il est généreux, lui a donné une carte bleue et ne pose jamais la moindre question sur ses dépenses - mais peut-être à cause d’un vieux machisme primaire qui lui dicte que c’est à l’homme de rédiger les chèques et à la femme de faire à manger.

Sophie se met soudain à penser qu’elle a oublié sa tarte aux poires dans le four. Elle se précipite dans la cuisine au moment où la porte d’entrée s’ouvre sur François.

 

- Bonsoir mon chéri.

- Il faut que je te parle.

- Oui, oui, j’arrive.

- Assieds-toi, c’est important. 

- Attends mon amour, j’éteins le four avant.

- On s’en fout de ton four. 

- Mais j’ai fait ma tarte que tu adores.

- Tu m’emmerdes avec ta bouffe, je t’ai déjà dit mille fois que je veux maigrir.

- Tu as fait faillite ?

- Je ne vois pas le rapport.

- Ça justifierait que tu sois aussi désagréable.

- Toi et moi, c’est fini.

- Pfut, n’importe quoi !

 

François ouvre la porte-fenêtre donnant sur un balcon suffisamment grand pour accueillir une table et deux chaises, et allume une cigarette.

 

- Tu fumes maintenant ?

- Oui, à cause de toi.

- Tu ne vas vraiment pas bien.

- Tu ne veux donc pas m’écouter ? 

 

François n’a pas le temps de terminer sa phrase que Sophie est dans la cuisine à sortir sa tarte du four avant qu’elle ne brûle. Elle en profite pour mélanger la ratatouille qui cuit à feu doux, puis introduit dans sa machine à découper les spaghettis la boule de pâte qui attendait sur le plan de travail en granit noir. Elle remplit une grande casserole d’eau qu’elle sale et met à chauffer sur sa cuisinière à induction. Toute à son affaire, elle ne remarque pas François entrer et se positionner les bras croisés derrière elle. Excédé, il hurle.

 

- Sophie !

- Ouh ! Idiot, tu m’as fait peur.

- Tu es trop conne, je te dis que je te quitte et ta seule réaction est de retourner dans ta putain de cuisine pour faire des nouilles.

- On ne dit que des bêtises quand on a le ventre vide. Va te laver les mains, ça sera prêt dans cinq minutes.

- J’ai rencontré quelqu’un.

- Ma mère m’a appris à ne jamais aborder de sujets délicats avec un homme avant de passer à table.

- Tu es folle ma pauvre fille.

- Un mec qui a faim est insupportable, voire irritable. Une fois nourri, il s’adoucit et tu peux tout obtenir.

- N’importe quoi.

- Pousse-toi, tu me gênes pour ouvrir le placard.

- D’accord, j’ai compris, tu joues à celle qui ne veut rien entendre, c’est bon, je sors, je vais manger dehors. 

 

François n’a pas le temps de faire un pas que Sophie lui barre le passage et lui montre du doigt la salle à manger.

 

- Ce n’est pas parce que tu es fils unique que ça te donne le droit de me faire chier, tu vas t’asseoir, tu bouffes et ensuite on parle.

- Je pensais que tu allais t’effondrer en larmes.

- Tais-toi. 

 

Interloqué, François prend place autour de la grande table Knoll en marbre blanc veiné de marron et ouvre la bouteille de Chasse-Spleen. Par habitude, il met la serviette de papier posée à côté de son assiette sur ses genoux quand son téléphone portable annonce l’arrivée d’un texto, il le mate immédiatement. « Courage mon amour, sois fort, je sais que ce n’est pas facile, mais ce que tu vas faire ce soir, souviens-toi que tu le fais pour le NOUS que nous allons construire. Je t’aime et t’embrasse partout. Irina. »

Sophie est plantée devant lui.

 

- Alors, on en est là ?

- Je vais t’expliquer Sophie.

- Laisse tomber.

- Tu ne veux pas savoir ?

- Il me semble que tu as tout dit.

- Tu es exaspérante de faire la fière.

- Je réfléchis à mon avenir.

- Je te laisse l’appartement trois mois, ça te donnera le temps de trouver autre chose.

- Et sans fiches de paye, je fais comment ?

- Avoue que tu es déconcertante, tu ne dis pas un mot sur tes sentiments.

- Tu n’y as plus droit.

- Tu m’énerves d’avoir réponse à tout.

- Laisse-moi au moins ça. Tu veux partir ? Pars. Je pleurerai quand je serai seule, je peux ?

- Sophie.

- J’aimerais aussi que tu me laisses un peu d’argent, tu sais très bien que je n’en ai pas.

- En ce moment, je ne peux pas, j’ai trop de frais.

- Évidemment, un nouvel amour, ça coûte cher ! Laisse tomber, je me débrouillerai, merci pour l’appartement. Tu t’en vas quand ?

- Je pensais demain ?

- Je préfèrerais ce soir.

- Il me faut du temps pour préparer mes affaires.

- Fais comme tu veux, après tout, tu es chez toi.

- Je suis désolé.

- Tu crois vraiment ce que tu dis ?

- On était dans la routine toi et moi, tu te doutais bien que ça ne pouvait pas durer.

- Alors tes grands discours sur notre amour qui allait durer toujours, c’était du vent ? J’aurais dû me méfier de tes beaux mots. En même temps, je ne les regrette pas, ils me rendaient belle et heureuse. J’ai juste été pomme d’y croire.

- Avec tes qualités et tes relations, je ne m’inquiète pas pour toi, tu vas vite te trouver un job. Tu as toujours su te débrouiller, c’est ce qui me plaisait en toi.

- Bien sûr mon chéri ! Pourquoi alors m’as-tu demandé d’arrêter de travailler ?

- Tu n’étais pas obligée d’accepter.

- Avoue que tu as su être convaincant quand tu me disais qu’il était hors de question que tu deales l’accès à ton bonheur avec mon patron, tu voulais que je sois disponible pour t’accompagner dans tous tes déplacements professionnels, tu te souviens ?

- Non.

- Et quand tu m’as confié que ça ne te plaisait pas de vivre avec une femme qui gagnait en un mois ce que tu pouvais dépenser en une soirée, tu ne t’en souviens pas non plus ?

- Tu ne vas quand même pas me reprocher tes choix ?

- Je rêve !

- Si tu regrettes, tant pis pour toi. Tu n’avais qu’à écouter tes désirs, pas les miens. On se serait arrangé. Tu aurais pris des congés sans solde. Tu serais partie moins souvent. De toute façon c’est du passé. On ne peut pas le changer.

- T’es un bel enfoiré de me dire ça. Sylvain a toujours pensé que tu étais limite question honnêteté.

- Parce que tu lui racontais notre vie ? Retourne chez lui, je suis sûr qu’il sera content de te récupérer.

- Laisse-moi s’il te plaît décider seule de ma vie. 

- Ce que je dis, c’est pour toi. Je te souhaite d’être heureuse. Vraiment.

- Pauvre con ! 

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