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Quand j’avais un an, ma maman, pour plaire aux parents de mon papa, elle a fait couper mon zizi. C’est ma mamy maternelle qui me l’a dit. C’était ça ou ils ne leur donnaient plus d’argent pour leurs études. Mon papa et ma maman étaient à la faculté quand je suis né, mon prépuce a payé leur scolarité. Quand ma mamy a appris que le rabbin m’avait coupé le zizi, ni une ni deux, elle m’a fait baptiser par le curé d’autant plus que le petit Jésus, c’est son meilleur ami, avec je crois Michel Drucker qu’elle ne rate jamais de regarder à la télévision. Elle m’a amené en cachette à l’église parce qu’il paraît qu’entre les Juifs et les Chrétiens, c’est parfois très compliqué. Ma maman a essayé plein de fois de me l’expliquer, mais je n’ai toujours pas compris. Pour moi, il y a l’amour et la haine, les copains et les cons, les bonnes notes et les punitions. Mais pour les chrétiens, il y a le Messie qui est venu les sauver, tandis que les juifs, ils l’attendent toujours. Les sauver de quoi ? Ma foi, je ne sais pas, mais je sais que ça fiche la confusion parce que Noël, on ne le fête pas pareil.

 

Pourtant quand je suis né, il paraît que ma maman, elle a tenu tête à mon papa en lui disant qu’il fallait qu’il laisse mon zizi tranquille et que je prendrai tout seul la décision de ma religion quand je serai suffisamment grand. Mais à cause de son manque d’argent, elle a fini par accepter de me faire couper. Faut dire, qu’elle était très jeune pour prendre la responsabilité d’un bébé né hors de toute religiosité.

 

Ma mamy m’a dit qu’après je n’avais pas arrêté de saigner et pendant même plusieurs jours. Le rabbin, je ne sais pas ce qu’il m’a fait, mais, il me l’a mal fait car j’ai dix ans et je n’ai toujours pas de zizi. Enfin, si j’ai un zizi, mais un tout petit. A la plage, mon maillot de bain, il ne fait pas de bosse. Alors que celui de mon copain David, oui. Pourtant David, il est juif. Moi je ne le suis qu’à moitié. C’est comme pour mon zizi, je n’en ai qu’une moitié. Je serai peut-être toute ma vie partagé. David, lui son bout de peau, c’était clair et net qu’il fallait le lui couper. Moi, on a hésité et du coup, je suis tout plat. Comme une fille. 

 

Les filles, je m’y intéresse. Évidemment. Brigitte, elle voulait toujours que je l’embrasse. Alors on l’a fait une fois, à la plage. Quand je me suis frotté contre elle, elle a ri en me disant qu’avec David, elle sentait son gros machin et qu’avec moi, c’était comme du gazon. Ou un truc comme ça. Ça m’a drôlement vexé et je suis allé pleurer vers ma mamy. C’est là qu’elle m’a raconté le rabbin qui m’a trop coupé. Avec leur religion, mon pauvre petit, ils t’ont bien esquinté, qu’elle n’arrêtait pas de répéter ma mamy adorée. J’étais bien embêté d’autant plus que mon papa a divorcé de ma maman quand j’avais cinq ans et que je ne vois plus jamais mes grands-parents du côté du rabbin. Je trouve que c’est un beau gâchis de zizi car mes cousins chrétiens, eux et bien, ils n’ont pas rien dans leur caleçon de bain. Leurs bosses de garçons, elles se voient bien. Ils veulent toujours qu’on fasse la compétition de celui qui pissera le plus loin, mais moi, j’ai trop honte de ne pas avoir la même religion qu’eux, alors j’ai dit à ma maman que je ne voulais plus jamais les voir. Elle n’a pas compris et elle m’a grondé d’être si méchant. Je ne suis pas méchant, je suis seulement pas pareil que les autres et ça me suffit pour souffrir et ne plus aimer personne.

 

Il y a un mois, j’ai glissé ma main dans la culotte de mon petit frère. Il a deux ans de moins que moi et sa zézette, elle est déjà plus grande que la mienne. Je lui ai dit qu’entre frères, nos quéquettes avaient bien le droit de jouer ensemble, et que comme la mienne était cassée à cause de la religion de papa qui n’était pas la même que celle de maman, il fallait qu’il m’aide à la réparer. Mais que ça devait rester notre secret.

 

Alors avec tout le sérieux des enfants, il a pris ma bistouquette et l’a touchée pour voir si je n’avais pas un bouton, ou une infection. Il a continué de l’ausculter bien sagement en se concentrant. L’entendre respirer très fort avec la bouche ouverte, c’est con, mais ça m’a foutu des frissons partout dans le dos. Des frissons où je sentais le plaisir caresser aussi le derrière de ma tête. Quand c’est devenu trop chaud, j’ai fermé les yeux et je lui ai demandé de frotter très fort mon zizi dans sa main. Il a fait ça tellement bien que je me suis mis à rêver que j’avais plein de petits frères qui criaient partout mon nom sur la plage. Quand le liquide est sorti, mon petit frère a été surpris et moi, j’ai été ébloui. Je lui ai dit merci docteur de m’avoir si bien soigné et que s’il savait se taire, on allait pouvoir bien se marrer tous les deux.

 

Depuis je ne pense qu’à ça et chaque jour, je trouve un moment où je lui demande de faire le médecin pour me sauver. Mon Messie, c’est lui. Mon petit frère, il vaut toutes les Brigitte de la terre. Maintenant quand je vais à la plage, je ne suis plus jamais triste d’avoir un petit zizi. Si jamais une fille, elle veut m’embrasser, et bien, pour me venger de mon infirmité, je la pousse dans le sable en lui disant qu’elle est trop moche pour moi. Et que même si on jouait au docteur, je n’en voudrais pas comme infirmière. Et quand elle se met à pleurer, je lui dis que c’est bien fait. Oui, c’est bien fait, je lui dis. Et je ris. Plus jamais une fille n’aura le droit de toucher à mon zizi. Voilà. J’aimerais tellement les enfants que je n’en aurais jamais. Voilà mon secret.

 

Extrait de Brèves enfances. Sylvie Bourgeois. Au Diable-Vauvert

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Marcelline l'aubergine sur YouTube et Instagram

Marcelline l'aubergine sur YouTube et Instagram

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Marcelline l'aubergine sur YouTube et Instagram

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Sylvie Bourgeois Harel - Lumière du Sud - Marcelline - Château de La Mole

Sylvie Bourgeois Harel - Lumière du Sud - Marcelline - Château de La Mole

Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine

Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine

Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine

Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine

Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine

Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine

Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine - Prix Lilas 2018 - La Closerie des Lilas

Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine - Prix Lilas 2018 - La Closerie des Lilas

Marcelline l'aubergine

une web-série sur YouTube créée par Sylvie Bourgeois.

Chaque matin, une aubergine se prend en photo avec un légume, un fruit ou un végétal sur la tête pour lutter pour la préservation des semences anciennes et reproductibles. C'est Marcelline sur Instagram et Facebook.

Marcelline, l’aubergine youtubeuse invitée à une soirée de Leonardo DiCaprio. VAR-MATIN

Pour libérer l’agriculture paysanne, cette youtubeuse raconte la vie conjugale d’une aubergine. WE DEMAIN

Quand une aubergine écrit à Nicolas Hulot... Mr MONDIALISATION

Marcelline, l’héroïne écolo et décalée à découvrir d’urgence. 18H39

Et Sylvie Bourgeois créa... Marcelline. L'EST REPUBLICAIN

Devenu vegan, Miroslav Siljegovic est un fan des aventures de Sylvie Bourgeois Harel et Marcelline l’aubergine. TECHNIKART

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SOPHIE A LES BOULES - ROMAN - EXTRAIT - MEGEVE

Avant de dîner au Cintra, la plus vieille brasserie de Megève, Henri les entraîne à un vernissage. Un monde fou se presse pour regarder des petits dessins vaguement inspirés de ceux de Crumb, en beaucoup moins bien. Un gamin de 25 ans à tout casser est la star du cocktail. Les amis de ses parents se précipitent pour le féliciter, l’embrasser, lui tapoter les épaules, lui frotter la tête, qui aurait cru ça de toi ? Qu’est-ce qu’on s’est fait comme souci à ton sujet !

 

Un peu plus loin, un playboy bronzé explique à un cheptel de zibelines et de renards argentés qu’il adore vivre dans les Hampton’s, car il n’y a pas de pauvres.

 

         – C’est bien simple, si vous ne possédez pas de maison, c’est impossible d’y aller !

 

Sophie, pensive, observe son gynécologue s’avancer vers elle, un grand sourire aux lèvres.

 

         – Bonjour chère amie ! Comment allez-vous depuis ce dîner chez… chez… aidez-moi, je ne me souviens plus de la dernière fois où nous nous sommes vus, lance-t-il en l’embrassant chaleureusement.

         – J’avais les jambes écartées dans votre cabinet, je suis une de vos patientes.

 

Écarlate, il se confond en excuses. Heureusement, un homme grisonnant s’avance vers Sophie et la libère de ce malentendu.

 

         – Voilà le résultat quand l’argent envahit le domaine réservé aux artistes, dit Sophie. Ce gosse a dû avoir envie d’exister, ce qui est légitime, mais au lieu de bosser à l’école, il a choisi la facilité de se prétendre peintre alors que de toute évidence, il est dénué de talent. Et ses parents, trop contents qu’il ait survécu à la drogue, à l’alcool, lui offrent les moyens de se croire quelqu’un alors qu’il n’est pas doué. Je les imagine perclus d’admiration pour leur rejeton qui, enfant, devait gribouiller au stylo Bic des cahiers entiers de petits soldats et de scènes de guerre. Et comme ces gens-là n’ont aucune culture, malgré ce qu’ils prétendent, ils crient au génie. Ça me rend dingue que l’on expose ces débilités.

 

         – C’est mon beau-fils.

 

Sans se démonter, Sophie lui demande du tac au tac ce qu’il en pense.

 

         –  Voulez-vous que je vous le présente ?

         – Laissez-le prendre son pied. C’est son quart d’heure de gloire. La question que l’on doit se poser, c’est de savoir si cet usurpateur qui existe grâce à vos moyens financiers prend la place d’un vrai artiste ou non ? À Saint-Tropez, j’avais vu la même chose avec une princesse de mes fesses qui avait exposé ses photos de vacances, elle les avait attachées avec des pinces à linge pour faire bohème. Vous me direz, Saint-Tropez n’est pas le meilleur endroit pour découvrir de l’art. Mais c’est pareil dans la musique, le cinéma, la littérature, les fils et filles à papa pourrissent la sincérité, le seul con dans l’histoire est le pauvre idiot qui paye sa place de ciné ou de concert et doit assister à ce déferlement de nullité. Vous ne voulez pas plutôt m’apporter une coupe de champagne ?

         – Je ne sais pas pourquoi, mais je vous trouve différente des autres femmes de cette assemblée.

         – Normal, je suis la seule pauvre.

         – Dans vos yeux, je lis que votre vie intérieure est riche.

         – Stop, on arrête tout, votre réponse est trop convenue, je ne peux pas continuer sur ce registre.

         – Arrêtez de me taquiner, vous vous appelez comment ?

         – Sophie et je n’ai pas de mari.

 

Oups ! se dit-elle, je suis barge de répondre ça.

 

         – Je peux alors vous inviter à déjeuner ?

 

Exactement ce qu’elle ne voulait pas entendre !

 

         – Volontiers !

 

Exactement ce qu’elle ne voulait pas dire !

 

Ce n’est pas la première fois que ses paroles ne lui obéissent pas. C’est peut-être le signe que je suis très déprimée ? se demande Sophie en buvant cul sec sa coupe.

 

         – Au moins, vous n’êtes pas compliquée ! Je me présente, Jean-Guillaume Tuffier.

         – Des constructions navales ?

         – Exactement.

         – Et vous tenez cette entreprise de votre père ?

         – Qui la tenait lui-même de son propre père.

         – Dingue ! se moque-t-elle.

         – N’est-ce pas ?

         – Je ne suis pas jalouse, mais ça me fout les boules les gens comme vous qui n’ont comme mérite que d’avoir hérité. À Megève, j’ai l’impression de ne voir que ça.

         – J’ai commencé à travailler tôt et durement, on ne m’a fait aucun cadeau, se justifie Jean-Guillaume.

         – Le mythe du gamin riche qui doit soi-disant démarrer en bas de l’échelle ne m’a jamais fait chialer. C’est quand même plus facile d’avoir le droit d’engueuler les ouvriers de son père et de rentrer dans une baraque à plusieurs millions d’euros avec du personnel que de trimer pour de vrai et de se coucher dans un studio pourri où vous devez laver vous-même votre sol et vos draps car vous n’avez pas de fric. Vous avez, ne serait-ce qu’une fois, mis la table ou passé la serpillière ?

         – Non, mais je suis un cuisinier qui se défend.

         – Oui, histoire d’épater vos copains !

         – Pourquoi êtes-vous en colère, Sophie ?

         – N’insistez pas, je ne déjeunerai pas avec vous.

         – Vous êtes pétillante, j’adore. On dit après-demain au Fer à cheval ? À 13 heures ?

         – Pourquoi pas demain ?

         – Je dois aller à Genève.

         – Chercher des pépettes ?

         – Non, des cigares.

         – Chez Gérard ?

         – Je vois que vous connaissez vos classiques.

         – Et ensuite, vous irez au Velvet vous taper une pute. Certaines, paraît-il, passent leur journée à tremper dans du lait d’ânesse pour avoir la peau douce. Vous m’en ramènerez une ?

         – Vous êtes insensée, mais vous me plaisez.

         – Parce que je ne coûte pas 2 000 euros ?

         – Vous verrez, leurs diots au vin blanc sont fameux.

         – Je suis plutôt filets de perche du lac Léman, mais bon.

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Sylvie Bourgeois - Château de La Mole - Patrice de Colmont

Sylvie Bourgeois - Château de La Mole - Patrice de Colmont

Page 77 (extrait)... — Tu sais, dit Sophie à Géraldine, dépitée, souvent ce qui plaît aux hommes, c’est notre disponibilité. Regarde Laurent, il a couché pendant deux ans avec son assistante. Pourquoi ? Parce qu’il était un gros bourrin avec une sexualité de gros bourrin qui avait besoin de se vider les couilles régulièrement, ce qu’il ne faisait plus depuis longtemps avec bobonne. Et comme son assistante était là avec son vagin grand ouvert prêt à accueillir le puissant businessman, persuadée que la réussite professionnelle de Laurent déteindrait sur sa pauvre petite vie de merde, rêvant de tomber enceinte pour toucher du fric, il a sauté dedans. Je me demande comment il a pu coucher avec cette nana qui ne ressemble à rien, ou alors à un camion, ajoute Sophie, énervée, face à Géraldine qui ne peut pas placer un mot. En même temps, continue-t-elle sur sa lancée, c’est aussi bien qu’il ait couché avec cette fille dont il ne pouvait pas tomber amoureux, parce que s’il était sorti avec une femme comme moi, il aurait divorcé pour vivre avec elle, il aurait été heureux et je n’aurais jamais pu le récupérer. Et si je l’appelais ?...

 

Page 78 (extrait)...

— Regarde qui est là ! L’architecte ! Viens, on va boire un verre avec lui, propose Géraldine avec tact et fermeté pour calmer Sophie. Tu as raison, il est vraiment mignon. Je te laisse faire le boulot pour le brancher avec moi, ajoute-t-elle en se redonnant un coup de brosse dans ses cheveux noirs ondulés, avant de se diriger droit sur Gaspard qui hurle :

 

— Il y a trop de sexes où je veux habiter pour me limiter à un seul endroit, explique-t-il d’une voix forcée qui trahit son état d’ébriété. Tu comprends, Francesco, chaque nouvelle fille que je rencontre est une maison dans laquelle je veux loger mon intimité. Je t’assure, l’homme n’a rien inventé de mieux que le corps de la femme comme habitation. C’est la maison idéale ! Je rentre me coucher par son petit trou. Je réfléchis entre ses seins. Je crée entre ses reins. Je dessine sur ses fesses. Je construis entre ses cuisses ! Et avant de la quitter, je nidifie sa chatoune.

 

Apercevant Sophie qui le regarde horrifiée à l’entrée du café, il passe devant Géraldine sans la voir alors qu’elle s’apprêtait à lui faire la bise, et saisit Sophie dans un grand câlin pour l’entraîner à l’intérieur.

 

— Viens, ma petite colombe ! Je te paye un canon, dit-il en levant son verre.

 

Sylvie Bourgeois Harel dans le Tropézien

Sylvie Bourgeois Harel dans le Tropézien

Sylvie Bourgeois Harel - Roman Sophie à Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel - Roman Sophie à Saint-Tropez

Patrice de Colmont, Sylvie Bourgeois, Paul Watson au Club 55 à Ramatuelle pour Le Tropézien

Patrice de Colmont, Sylvie Bourgeois, Paul Watson au Club 55 à Ramatuelle pour Le Tropézien

Sylvie Bourgeois Harel au restaurant le Quai des Artistes à Moanco

Sylvie Bourgeois Harel au restaurant le Quai des Artistes à Moanco

Sylvie Bourgeois Harel en dédicace à l'hôtel de Paris à Saint-Tropez

Sylvie Bourgeois Harel en dédicace à l'hôtel de Paris à Saint-Tropez

Lecture de Manoëlle Gaillard

La dame bleue- nouvelle lue par Marcelline - Brèves enfances - Au diable vauvert

Sylvie Bourgeois harel

henri - nouvelle lue par Alain Guillo - Brèves enfances - Au diable vauvert

Mon papa est curé - nouvelle lue par François Berland - Brèves enfances - Au diable vauvert

Prison - nouvelle lue par François Berland - Brèves enfances - Au diable vauvert

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Un jour, mon papa n'est plus jamais revenu à la maison. Ma mère n’arrêtait pas de pleurer, et même de se rouler par terre quand une de ses copines ou ma grand-mère venait la voir. Mais arrête donc de pleurer ainsi, je lui disais. Il ne reviendra jamais. Arrête de pleurer, ça ne sert à rien. Comment tu le sais qu’il ne reviendra plus, me demandait-elle, il te l’a dit ? Mais non, mais ça se voyait quand il était là que le jour où il partirait, il ne reviendrait plus. Ça se voyait. Ce n’était pas sorcier à imaginer. Et elle repartait de plus belle à pleurer. Comme si elle était la seule à être malheureuse. Moi aussi j’étais triste. Mais je n’étais pas malheureuse. Je me disais que maintenant qu’il était parti, j’aurais enfin la chance de ne l’avoir rien qu’à moi. J’ai sept ans et je n’ai jamais passé une après-midi seule avec mon papa. Ma mère, elle voulait toujours venir avec nous. Quoique l’on fasse, elle venait. Ce n’était pas marrant. Du coup, il nous suivait sans rien dire. Il s’ennuyait. Ça se voyait. Alors je lui prenais sa main et je la serrais bien fort pour lui faire comprendre que je savais qu’il n’aimait pas ma mère. Et que s’il était encore là, c’était uniquement pour moi, pour que j’aie une enfance équilibrée.

 

Je n’ai jamais vu mes parents s’embrasser ou se tenir par la main comme le font souvent les parents de ma copine Camille. Ou plein de gens dans la rue. Eux jamais. Ils se disputaient ou alors il n’y avait que ma mère qui parlait. Mon papa, il se taisait et il payait. Il m’a payé un piano, une chaîne, un ordinateur, plus de deux cents DVD, une chambre de princesse, et aussi des tas de voyages où je partais seule avec ma mère, il disait qu’il n’aimait pas les vacances, mais je crois que c’était surtout pour avoir la paix. C’est bien simple, pendant l’année, il dormait la moitié de la semaine dans un appartement à lui tout seul où ma mère n’avait pas le droit d’aller et dès qu’il arrivait chez nous, elle lui demandait de l’argent. Tout le temps. Pour moi. Elle lui disait que j’étais une enfant qui coûtait cher et qui ne mangeait que des produits bios. Alors que ce n’est pas vrai, je n’aime que les coquillettes au jambon.

 

L’autre jour, ma mère m’a dit que mon père était partie vivre avec une pute. Une pute, je sais ce que c’est, Paul mon copain d’école me l’avait expliqué. Mais je suis quand même allée vérifier sur Internet. Et là, j’ai compris pourquoi papa était parti. C’était pas la même vie qu’à la maison. C’est sûr. J’ai essayé d’imaginer mon papa s’endormir dans les gros seins de la blonde vue sur le site Putes.com. Puis j’ai montré à Paul, mon copain d’école, le genre de fiancée que mon papa avait maintenant. Il m’a dit : « Oh la vache, elle est mille fois mieux que ta mère. » Ca m’a un peu vexée car c’est ma mère, mais je dois reconnaître que Paul a raison. Ma mère, je l’aime bien, mais elle n’est pas terrible. Elle a des seins flasques qui tombent et des gros tétons marrons qui me dégoûtent un peu. J’espère que je n’aurai pas les mêmes quand je serai grande, sinon je me ferai opérer par la chirurgie esthétique pour avoir les seins de la blonde d’Internet.

 

Ma mère, elle me défend de parler à la pute de mon père qui est une folle du cul. J’ai demandé à Paul ce que ça voulait dire. Il m’a dit que j’avais de la chance et qu’il avait hâte de la rencontrer car sa belle-mère ne s’habille qu’avec des jupes qui lui arrivent sous le genou. La pute de mon père s’appelle Sylvette. J’ai regardé sur Internet, mais je n’ai pas trouvé de Sylvette folle du cul.

 

Samedi, je dors chez mon papa. Youppie ! Il doit venir me chercher à midi. Je l’attends dans l’entrée. Quand ça sonne enfin à l’interphone, je dis à ma mère que j’y vais. Elle me dit qu’elle veut lui parler. Je lui réponds que je crois qu’il préfère ne pas la voir. C’est bien simple, il ne l’appelle jamais et lui raccroche au nez si elle essaye de le joindre. Elle insiste et je suis trop petite pour qu’elle m’obéisse. J’avoue qu’elle me fait de la peine à être aussi bête. Mais c’est ma mère et je dois la soutenir. Alors je me serre fort contre elle dans l’ascenseur.

 

Quand mon papa la voit, il tourne la tête et remonte dans son taxi. Je monte à ses côtés. Mon papa dit au chauffeur de démarrer, mais ma mère ouvre la porte et veut monter avec nous. Le chauffeur qui ne doit pas avoir les assurances en cas d’accident reste arrêté. Mon papa ne dit pas un mot. Moi non plus. Ma mère crie qu’il doit la respecter. Qu’elle ne mérite pas ça. Qu’il doit lui parler, bon sang ! Papa se tait. Ma mère me dit que si je pars avec papa, alors je ne la reverrai plus jamais. Plus jamais. Elle m’abandonnera. Voilà. Les choses se précipitent dans ma tête. Je me mets à pleurer que je ne veux pas être une enfant abandonnée et je descends du taxi pour rentrer dans ma maison. Au moins, je sais où je dormirai si je suis abandonnée. J’ai ma chambre de princesse et ça, personne ne peut me la prendre.

 

Le taxi de mon papa a démarré. Je suis toute tourneboulée. Je crie que je veux partir avec lui, mais trop tard, il a disparu. Je hurle. Je hurle. Je hurle. Ma mère essaye de me calmer en me disant que mon papa c’est un méchant et qu’il ne m’aime plus depuis qu’il vit avec sa pute. Soudain, le taxi revient en marche arrière. La porte s’ouvre et hop, je monte dedans à côté de mon papa. Je ne sais plus où j’en suis. Je me blottis contre lui. Il veut m’emmener déjeuner au restaurant, mais tous ces événements m’ont coupé l’appétit. Je préfère aller au cinéma, je lui dis. D’accord, tu veux aller voir quoi ? Pretty Woman, je lui réponds, il paraît que c’est l’histoire d’une pute qui a trouvé son prince charmant.

 

Sylvie Bourgeois - Brèves enfances - éditions au Diable-Vauvert

Sylvie Bourgeois Harel - En signature au Café de l'Ormeau à Ramatuelle

Sylvie Bourgeois Harel - En signature au Café de l'Ormeau à Ramatuelle

François Berland lit Prison une nouvelle de Sylvie Bourgeois publiée au Diable Vauvert dans son recueil Brèves enfances

Sylvie Bourgeois Écrivain - Hôtel Ermitage - Saint-Tropez -

Sylvie Bourgeois Écrivain - Hôtel Ermitage - Saint-Tropez -

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On oublie toujours quelque chose, un recueil de nouvelles de Sylvie Bourgeois Harel

On oublie toujours quelque chose, un recueil de nouvelles de Sylvie Bourgeois Harel

MONICA

Je ne sais jamais quoi offrir à mon mari que j’aime d’amour, j’ai toujours l’impression que ça lui fait ni chaud, ni froid. Tandis que moi, les cadeaux, j’adore les recevoir, c’est même tout un art, je deviens si joyeuse que c’est un véritable plaisir de m’en faire. Si. Je dis toujours merci même s'ils ne me plaisent pas, je ne fais jamais la tête, non, au contraire, je deviens gaie comme une enfant. Mon côté enfant, même avec le temps, n’a d'ailleurs jamais totalement disparu, j’aime encore le rose, les cœurs et dépenser l’argent de mon mari comme si c’était celui que me donnait ma maman. C’est peut-être une histoire de confiance. Mes économies, je les garde au cas où il me quitterait, je me consolerai avec. Si je ne sais jamais quoi lui acheter, c’est peut-être pour lui offrir, par anticipation, sa liberté. Ça peut paraître compliqué, mais je me comprends.

En revanche, pour ses 50 ans, je dois marquer le coup. Je suis bien ennuyée d’autant que Magali, sa nouvelle employée, est drôlement bien roulée. En plus, elle n’arrête pas de lui dire combien il est intelligent, talentueux, formidable. Et les hommes, le mien comme les autres, c’est fragile. À force de trop le flatter, elle va finir par me le gâter. Ce serait dommage car c’est un bon mari, gentil et toujours heureux de me voir, je ne dois pas le décevoir. Surtout pas ce soir...

(...)

Vous pouvez lire la suite de ma nouvelle érotique MONICA dans mon nouveau recueil ON OUBLIE TOUJOURS QUELQUE CHOSE qui vient de paraître.

Pour le recevoir, vous pouvez soit le commander auprès de votre libraire, mais ça prendra un certain temps, ou m'envoyer un mail à : slvbourgeois@wanadoo.fr.

En effet, après avoir été éditée chez Flammarion, Fayard, aux éditions Les Escales, chez Au diable vauvert, en Allemagne chez Piper, en poche chez Pocket, aux Editions Blanche, je viens de créer ma maison d'édition où j'ai également publié fin mai SOPHIE A MEGEVE, le 4ème volet de ma collection de Sophie, commencée chez Flammarion avec Sophie à Cannes, Sophie au Flore, Sophie à Saint-Tropez.

Sur les liens ci-dessous, vous pouvez écouter soit une courte lecture d'un extrait de mon roman En attendant que les beaux jours reviennent (que j'avais signé Cécile Harel) par la comédienne Manoëlle Gaillard, les comédiens Alain Guillo et François Berland qui lisent quatre de mes nouvelles parues dans mon recueil Brèves enfances, aux éditions Au diable vauvert, ou encore ma petite Marcelline l'aubergine qui m'interviewe sur mon écriture.

MONICA
Sylvie Bourgeois Harel

Sylvie Bourgeois Harel

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Ma nouvelle Zoé fait partie de mon recueil qui paraîtra début avril 2024.

Sylvie Bourgeois Harel - Festival de Deauville - Restaurant Ciro's - Samoyède

Sylvie Bourgeois Harel - Festival de Deauville - Restaurant Ciro's - Samoyède

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Sylvie Bourgeois - école rue Fanart - Montrapon - Besançon -

Sylvie Bourgeois - école rue Fanart - Montrapon - Besançon -

VANESSA

Nouvelle extraite de Brèves enfances. Sylvie Bourgeois. Éditions Au Diable Vauvert

Mon papa, il boit. Il croit que je ne le sais pas, mais je le vois faire et après plusieurs verres, il a le même regard de travers que le chien des voisins, un basset artésien qui s’appelle Jules. Je l’aime bien Jules, mais de là, à l’avoir comme papa, quand même, il y a un sacré pas. Quand il rentre à la maison de sa journée où il n’a pas travaillé, mon papa, au lieu de réparer la chasse d’eau des toilettes qui est cassée, alors que ma maman n’arrête pas de le lui demander, il va directement dans le salon et il se sert un verre de whisky. En cachette de ma mère car si elle le voit faire, elle lui crie que décidément, il pourrait l’aider, vu que maintenant qu’il est au chômage, il a le temps. Au mot chômage, en général, mon papa, il lève les yeux au ciel. Et au lieu de lui répondre genre qu’il a besoin de boire pour trouver l’inspiration maintenant qu’il a décidé de devenir écrivain et que les écrivains, tout le monde le sait, ça aime l’alcool, il se sert un deuxième verre en faisant attention de bien remettre la bouteille au fond du buffet pour pas que ma mère, elle voie le niveau descendre plus vite que la normale. Puis il s’affale sur le canapé et il allume la télé. A six heures du soir, il n’y a rien que des jeux, mais ça doit lui plaire, il faut croire, car il reste là à regarder des débilités jusqu’à l’heure du dîner. Et ce n’est pas rare qu’il mette ses pieds sur la table basse, ce qui fait hurler ma mère qu’il n’a plus le respect de rien dans cette baraque et que bientôt ce sera sur elle qu’il vomira son laisser-aller de paumé.

Mon papa, avant qu’il ne soit licencié, c’était le plus beau papa professeur de français du lycée Louis le Grand à Garches. Il était si beau avec son Alfa Roméo que plein de filles rêvaient qu’il soit leur fiancé. C’est d’ailleurs à cause de sa beauté que nos ennuis ont commencé. Une grande de seize ans, Vanessa Courtot, l’a accusé de l’aimer et de le lui avoir expliqué avec ses mains qui l’auraient caressé sous sa jupe. Alors que ce n’est même pas vrai, Vanessa, elle a menti. Mon papa, il ne l’aime pas. Je le sais car c’est Janine qu’il aime. Même que je les ai vus s’embrasser et qu’ils étaient tout nus. C’était un jour où j’étais allée chercher de la farine chez la voisine et comme personne ne m’avait répondu quand j’avais frappé alors que j’entendais de la musique, j’étais entrée. Et là, en face de moi, j’ai vu les fesses de mon papa donner des coups de reins très rapidement dans les fesses de Janine qui était pliée en deux et qui se tenait au rebord du canapé pour ne pas tomber. Ça faisait plein de bruit, flop, flop ! Mon papa, han, han ! Janine, oh oui, oh oui ! Le basset artésien, slurp, slurp ! Pauvre Jules, il suivait du regard en bavant les gros nénés de Janine qui se balançaient. Comme ils avaient le dos tourné, personne ne m’a vu et j’ai eu peur car je n’ai que dix ans et Janine n’est pas ma maman, mais je n’ai pas crié, j’ai juste pleuré.

Quand je suis rentrée chez moi sans la farine, j’ai menti que Janine n’était pas là et j’ai téléphoné à Adrien, mon copain, pour tout lui raconter. Il m’a dit que j’avais de la chance et qu’il aurait bien aimé voir la scène car ça devait être mieux en vrai qu’à la télé où il regarde en cachette les films pornos de son père divorcé quand celui-ci sort draguer. Ça m’a énervé parce qu’Adrien, c’est mon fiancé, et j’aurais préféré qu’il me plaigne plutôt qu’il soit si obsédé. À la récré, c’est pareil, il faut toujours qu’il mime aux autres élèves les positions que les grands font pendant l’amour au lieu de rester à me tenir la main. Du coup, je ne sais pas si je veux toujours l’épouser car j’ai peur qu’il devienne un homme-chien comme mon papa qui préfère renifler les fesses des dames au lieu de jouer avec moi.

Vanessa, elle est amoureuse de mon papa depuis le jour où il lui a écrit une chanson pour la fête du lycée. C’est sûr que sur scène, lui à la guitare et elle, avec ses cheveux blonds, il faisait un beau couple, et c’est pour ça qu’elle a raconté n’importe quoi, histoire de le punir qu’il n’ait jamais voulu l’embrasser. Je sais qu’elle est en capable car moi aussi, j’ai fait la même chose avec une fille qui ne voulait pas me prêter sa corde à sauter. Je l’ai dénoncé qu’elle n’arrêtait pas de copier sur moi pendant un exercice de français alors que ce n’était même pas vrai. C’était pour me venger et quand la maîtresse l’a puni en la mettant au piquet, j’ai été contente et je me suis dit bien fait ! Et Vanessa, elle a fait la même chose avec mon papa. Bien fait ! Elle s’est dit après le procès. Vanessa, elle rêve de devenir une star et c’est pour ça qu’elle aime se faire remarquer à mettre des minijupes et à se maquiller autant. Faut dire qu’elle est jolie comme fille et qu’elle se voyait déjà en tournée avec mon papa qui aurait quitté ma maman pour lui faire tous ses caprices de vedette. Je crois surtout qu’elle regarde trop la télé.

Après l’histoire de la farine, je suis restée longtemps à ne plus savoir qui mon papa aimait le plus de Janine, ma maman ou moi et ça m’inquiétait quand je le voyais faire des sourires en cachette à Janine qui était la meilleure copine de ma maman. J’étais gênée de comprendre qu’il pensait toujours à ses fesses, mais je me taisais. Je me disais juste que c’est fou comme les garçons, ils aiment les fesses. Je le vois bien avec Adrien, il veut toujours mettre sa main dans les miennes. Ça m’énerve ! Et je ne sais pas à qui en parler, en tous les cas, pas à ma maman car je ne voudrais pas qu’elle se doute de quelque chose en faisant le rapprochement.

Quand il y a eu le procès à cause de Vanessa, mon papa, il n’a pas osé dire qu’il aimait Janine car elle est mariée à un handicapé que ça aurait tué s’il l’avait su. Il a préféré se taire, alors je n’ai pas parlé non plus et il a été condamné. Le jour où il a perdu son boulot, il a vendu son Alfa Roméo. Depuis, il traîne à pied son âme en peine dans tout le quartier où plus personne ne veut lui parler. Ça me fait de la peine car c’est mon papa quand même, c’est dur d’avoir pitié de lui quand je le vois tituber avec sa barbe pas rasée et ses pulls troués, ça me donne même envie de pleurer. C’était un si beau papa, mon papa ! Et drôle ! Et intelligent ! Il m’apprenait à bien parler le français et aussi à écrire des poèmes avec le nombre de pieds qu’il faut pour que ça rime et tout. Et maintenant quand je le vois sortir du bistrot à répéter dix fois la même chose en marchant de travers comme un crabe amoché, j’ai honte. Je prends même une autre rue pour ne pas le croiser. Ce n’est pas bien, je sais, d’avoir honte de son papa, mais je ne le reconnais plus. Plus jamais, il me prend sur ses genoux et dès qu’il a bu, il me crie dessus que je ne  dois pas devenir une traînée comme ma mère ou plein d’horreurs dans lesquelles il a hâte de devenir un grand écrivain pour dire merde à tous ceux qui n’auront pas cru à son talent. Et depuis que Janine ne le laisse plus rentrer chez elle et qu’avec son mari en chaise roulante que j’aimais bien promener dans l’allée, elle ne vient plus jamais à la maison rire avec ma maman comme avant, il crie encore plus souvent.

Mon papa, je crois, qu’il boit pour se tuer à petit feu et aussi peut-être à la longue ma maman qui a pris cent ans en moins de deux ans. Quant à moi, je pleure tout le temps tellement je regrette de ne pas avoir dit la vérité au procès. Je suis sûre que si j’avais parlé de Janine, mon papa, il n’aurait pas été renvoyé de son lycée. Mais je ne l’ai pas fait car cela aurait fait pleurer ma maman qui aurait eu aussi mal que moi en les voyant. C’est pour ça que j’ai fait le choix de me taire, monsieur le notaire qui est venu signer les papiers de la vente de notre maison à un jeune couple marié avec deux enfants et plein d’espoir d’être heureux chez nous. Résultat, à cause de moi, on est tous les trois à ne plus jamais pouvoir se parler normalement sans se crier dessus tellement j’ai l’impression que l’on ne se supporte plus.

Alors hier, pour oublier que je n’avais que 8 ans et que j’allais vivre dans un petit appartement, en rentrant de l’école, j’ai fait comme mon papa, je me suis servi un verre de whisky. C’était très mauvais. Le whisky, ç’a un goût fort et une odeur qui est tout de suite entrée dans mes trous de nez à me donner envie de vomir. Je me suis dit que mon papa, il devait vraiment être très malheureux pour se punir autant en buvant tous ses whiskys. Si ça se trouve, c’est comme le Christ avec sa croix, mon papa, il souffre pour se faire pardonner mon péché de ne pas avoir dit la vérité . Alors pour l’aider, je me suis forcée à avaler le verre tout entier en me disant que c’était comme un médicament qui allait le sauver. J’ai tout de suite eu la gorge en feu et j’ai fait des rototos. Soudain, ma tête a tourné et j’ai vu tout gris. Pour retrouver ma vue d’avant, j’ai pris la bouteille de whisky et j’ai bu au goulot, glou, glou. C’était dégoûtant, glou, glou, mais il me fallait y arriver pour sauver mon papa, glou, glou. Il n’y avait aucune raison qu’il soit tout seul à porter sa croix, non mais, j’étais là et j’allais lui montrer qu’il pouvait compter sur moi ! Glou, glou.

Quand je me suis réveillée, j’étais dans un lit à l’hôpital avec ma maman à mes côtés. Je ne me souvenais de rien. Puis soudain ça m’est revenu et je me suis dit que la situation était trop compliquée pour lui en parler, alors je me suis tue. Ma maman ne m’a pas laissé le temps d’être mal à l’aise, elle m’a tout de suite embrassée avec plein de larmes dans ses yeux tellement elle avait l’air ému. Elle ne m’a pas grondée non plus. Elle m’a expliqué que mon papa m’avait trouvé inconsciente avec une bouteille de whisky vide à mes côtés et qu’il m’avait emmenée aux urgences. Et que j’étais à l’hôpital depuis dix jours déjà. Et que mon papa lui aussi était couché dans une chambre à côté en train de se faire soigner et qu’il avait déjà changé. Il lui avait même demandé pardon et que bientôt, nous allions partir vivre tous les trois au bord de la mer pour recommencer une nouvelle vie. Youpi, je me suis dit. Youpi, vive le whisky !

SAM - Samoyède - Besançon

SAM - Samoyède - Besançon

Mon chien

Mon chien, il est beau, mais il est con car il n’arrête pas de manger le dentier de ma mamy. Faut dire que quand elle se couche, elle le pose sur sa table de nuit. Alors forcément, ça le tente. Quand elle se réveille ma mamy, la première chose qu’elle fait, elle cherche ses dents. Mon chien, pendant la nuit, il aura tellement joué avec qu’il nous arrive de les chercher pendant très longtemps et de finir par les trouver n’importe où, dans le jardin, sous un lit, dans la cuisine. Des fois même, mon chien, il les aura tellement mordues que ma mamy, elle ne peut plus les mettre. Dans ces cas-là, ma maman l’accompagne chez le dentiste pour lui commander un dentier tout neuf et pendant tout le temps que ça prend, ma mamy, elle reste sans ses dents et on dirait qu’elle a 100 ans. Mais ça ne la gêne pas pour rigoler. Mon papa, non plus, ça ne le gêne pas. Il a les dents toutes jaunes et sales comme la couleur de la cuisine que je voudrais que l’on repeigne, mais mes parents ont toujours mieux à faire. Du coup, à part Aurélie, je n’ai pas d’autres amis car je ne veux pas les inviter et leur montrer comment la cuisine n’est pas jolie alors que le reste de ma maison, c’est bien.
 
Mon papa, ses dents de mendiant, ce n’est pas une histoire d’argent car il conduit une Porsche. C’est à n’y rien comprendre aux grands. Pareil pour ses ongles qu’il ne veut jamais se couper ou quand il fait des prouts et qu’il dit santé pour se marrer. Il est limite question propreté alors que je n’ai jamais entendu quelqu’un qui savait aussi bien chanter que lui. C’est bien simple, il chante tout le temps et notre maison, elle est toujours pleine de gens qui viennent s’amuser avec lui. Je crois qu’il n’y a d’ailleurs que ma maman et moi qui aimerions qu’il prenne sa douche plus souvent, les autres gens, ils ne l’embêtent jamais avec ça. Ma maman, elle dit qu’il n’aime pas se laver parce que quand il était petit, il vivait rue des Lavaux à Monchanin et que quand on a vécu rue des Lavaux à Montchanin, et bien, ça vous restait imprimé à vie. Enfant, mon papa, il était très pauvre et sa maman, elle ne le lavait qu’une fois par semaine dans une bassine d’eau chaude où après toute sa famille y passait. Alors que pendant le même temps, ma maman, elle vivait dans une grande maison et elle prenait son bain tous les jours dans une baignoire d’étain dans une belle salle de bains où il y avait une cheminée et une vue sur la mer. Et bien, il y a des différences aussi grandes que ça qui arrivent quand même à fonder une famille. Je vous jure, j’ai 8 ans et j’ai un papa et une maman et aussi ma mamy.
 
Il est con mon chien parce qu’on a beau le gronder que ce n’est pas bien de jouer avec le dentier de mamy, il recommence toujours. Ça doit le faire marrer. Et quand on le punit en le faisant dormir dehors, c’est avec les poules du voisin qu’il va jouer. Sauf qu’il ne sait pas jouer avec sans les tuer. Et le voisin, ça le met dans des colères où après il aimerait bien faire la peau à mon chien et même l’envoyer au tribunal pour que les gendarmes, ils le piquent. Et mon chien, on a beau lui expliquer que quand on est un chien citadin comme lui qui vit en ville, on n’a pas besoin de faire fonctionner son instinct de survie comme si on était au Pôle Nord avec rien à manger, et bien non, il ne comprend rien et le lendemain, il recommence à tuer.
 
Pourtant ma maman, elle le nourrit bien avec de la viande qui coûte cher et des légumes et du riz. Les poules, il les offre à sa fiancée, la chienne du docteur Duvernoy, notre médecin de famille. C’est une grosse labrador qui fait la maligne car mon chien, il est amoureux d’elle et elle refuse ses avances alors qu’elle se laisse renifler le derrière par tous les autres chiens du quartier qui en plus sont beaucoup moins beaux que le mien. C’est à n’y rien comprendre aux chiennes. Mon chien, en tous les cas, ça le déprime et après, il rentre tout désespéré à la maison. Il fait la même tête que mon papa quand il a pris l’apéritif avec le mari d’une de ses amoureuses au lieu d’autre chose qu’il avait prévu et qui s’était mal passé. Parce que mon papa, même avec ses dents, il a beaucoup de succès avec les femmes. Il les aime toutes. Et moi, je les déteste. Toutes. Toutes sauf ma maman et Aurélie et aussi ma mamy.
 
Quand on a du monde à la maison, mon papa et mon chien, ils ont horreur que les gens s’en aillent. Comme si ça les ennuyait que l’on se retrouve en famille. Alors, ils raccompagnent nos invités le plus loin possible jusque dans la rue, mon papa avec sa serviette à la main et mon chien, un torchon dans la bouche ou l’inverse, je ne sais plus très bien. On dirait deux crétins.

Ma maman, elle a tout essayé pour que mon chien ne soit plus un criminel et mon papa un bon mari fidèle. Elle l’a même enfermé toute une journée dans le cagibi avec une poule attachée autour du cou, mon chien, pas mon papa... Et bien quand on lui a ouvert la porte à ce couillon, il nous a fait la fête avec sa poule morte comme si de rien n’était et sans comprendre que c’était une punition. Mais un jour ma maman, elle en a tellement eu marre que les poules que mon chien tue et qu’elle rembourse au voisin au prix du marché, ce qui n’est pas rien, elles soient gaspillées chez la Duvernoy, qu’un matin ni une ni deux, elle est allée chez le docteur et elle a récupéré son bien. Puis sans hésiter, elle l’a apporté à Monsieur Paquet, notre boucher et comme il est amoureux de ma maman en cachette et bien il lui a plumé sa poule. Puis ma maman, elle nous l’a fait manger avec du riz et des légumes et elle nous a dit que dorénavant, ce serait toujours ainsi.
 
Et aussi mon chien, chaque fois que l’on va à la campagne, il se roule dans les bouses de vaches pour faire l’invisible question odeur et que les vaches, elles ne le voient pas venir quand il les attaque. J’espère qu’il n’arrivera jamais à en tuer une car je ne sais pas si Monsieur Paquet, il serait très content que ma maman, elle lui dépose une vache morte à découper en beefsteak pas trop épais parce que mon papa et ma mamy, ils ont du mal à mâcher. Ça lui empêcherait ses bénéfices surtout qu’on a un compte très cher chez lui où l’on fait marquer tout ce que l’on achète.
 
Mon chien, il est con, mais je l’aime bien parce qu’il est beau et qu’il me fait marrer. C’est bien simple, c’est le plus beau de toute la région et chaque fois qu’on l’emmène dans un concours de beauté avec ma maman, et bien, on rentre à la maison avec des saucissons et du champagne. Ma maman, elle a honte de le faire défiler, alors c’est toujours moi qui le fait passer devant le jury. Au début, il fait bien le fier, puis très vite, il va aller embêter un autre chien surtout si c’est un caniche bien coiffé, il les déteste ceux-là. Et bien, même s’il est très désobéissant comme chien, on gagne toujours le premier prix de beauté.
Et rien que ça, ça veut dire que je dis toujours la vérité et que mon chien, il est vraiment beau.

Nouvelle de mon recueil Brèves enfances, paru aux éditions Au diable-Vauvert
 

BREVES ENFANCES - ÉDITIONS AU DIABLE VAUVERT - Vanessa (nouvelle)

Alain Guillo lit Henri, une nouvelle de Sylvie Bourgeois parue dans son recueil Brèves enfances, aux éditions au Diable Vauvert

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Sylvie Bourgeois Harel - Marraine d'abeilles - Le Club 55

Sylvie Bourgeois Harel - Marraine d'abeilles - Le Club 55

Sylvie Bourgeois Harel au château de La Mole chez Patrice de Colmont, propriétaire du Club 55, parrain de l'association Selva -- Var

Sylvie Bourgeois Harel au château de La Mole chez Patrice de Colmont, propriétaire du Club 55, parrain de l'association Selva -- Var

L'homme, le premier prédateur d'abeilles

Imaginez.

Vous allez au marché.

Vous choisissez les plus belles courgettes,  poivrons, oignons, aubergines et tomates.

Vous rentrez chez vous.

Vous préparez avec amour une ratatouille, c'est votre plat préféré  pour l'été. Vous tenez d'ailleurs la recette de votre mère qui la tenait elle-même de sa propre mère qui la tenait de sa grand-mère. C'est dire si elle est bonne.

Et au moment de passer à table, alors que vous salivez déjà, on vous enfume. Vous êtes à moitié asphyxié à tousser et à cracher vos poumons quand soudain on vous retire votre assiette et on met à la place un vieux bout de pain rassis. Vous êtes tellement sous le choc que vous ne pouvez pas vous rebeller.

Que diriez-vous ?

Et bien, c’est ce qu’il se passe avec les abeilles lorsque des hommes leur retirent leur miel qui est leur nourriture pour laquelle elle travaille toute la journée, et remplacent celle-ci par un sirop sucré.

Un sirop à base de sucre industriel. Le sucre industriel est un poison pour l’être humain, alors imaginez pour elles ! Ce sirop les affaiblit et les rend encore plus vulnérables aux agressions chimiques, aux maladies, aux pesticides, et au fait qu’elles soient industrialisées. En effet, elles sont devenues les ouvrières les moins chères du marché ! Sans compter qu'elles ont été modifiées génétiquement pour les rendre plus faibles afin qu'elles n'attaquent plus l'homme lorsque ceux-ci les pillent.

Depuis que le miel est devenu un produit de consommation courante, il n’est pas rare de trouver deux cents, voire trois ou quatre cents ruches sur un même site. Imaginez les dégâts pour les autres insectes qui jouent également leur rôle de pollinisateur et qui vont se retrouver en concurrence avec des essaims de 25000 à 50000 abeilles par ruche.

Lorsque je suis devenue marraine de SOS abeilles créée par l'Association Selva, tandis que Patrice de Colmont, le propriétaire du Club 55 devenait parrain, j’ai appris que 50% des abeilles Apis Mellefera avaient disparu. J’ai appris également que l’abeille qui est le principal pollinisateur en France vit, si elle est née au printemps, environ 6 semaines durant lesquelles elle produit en milieu naturel 1 gramme de miel et que pour en obtenir un kilo, 1000 abeilles peuvent parcourir jusqu’à 800 000 km (soit 20 fois le tour de la planète) en 250 000 heures.

Nous sommes bien d’accord que l’homme ne devrait rien prendre aux abeilles, mais puisque la vie est faite de compromis, j’ai appris également qu’on ne les mettait pas en danger si on leur prenait 10 à 15% maximum de leur production. Mais surtout pas plus.

Si vous voulez les aider, appeler SOS abeilles qui propose des hôtels à abeilles que vous pouvez poser sur votre propriété ou sur un terrain communal. Dans ces cas, on leur laisse leur miel. L’idée est qu’elles vivent en paix, qu’elles pollènisent et se reproduisent à leur rythme. En effet, l’abri est volontairement petit pour qu’au bout d’un ou deux ans, la reine se sente à l’endroit et ait envie d’aller essaimer à l’extérieur pour créer de nouveaux essaims. Chaque hôtel à abeilles est livré et installé chez vous au bon endroit pour que les abeilles se sentent en sécurité, avec un essaim d’environ 20000 abeilles noires qui sont sauvages, et donc beaucoup plus résistantes que ces pauvres abeilles qui ont été sélectionnées et modifiées afin qu’elles deviennent plus dociles.

Alors, et si vous faisiez comme moi ? Si vous investissiez dans l’hôtellerie de plein air, un investissement pour la vie ?

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  • : Sylvie Bourgeois Harel, écrivain, novelliste, scénariste, romancière Extrait de mes romans, nouvelles, articles sur la nature, la mer, mes amis, mes coups de cœur
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