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SAVIEZ-VOUS QUE LES COCHONS MANGENT PLUS DE POISSONS QUE LES REQUINS ?

par Sylvie Bourgeois Harel

D’habitude quand je rentre de Ramatuelle où j’aime aller nager hors saison, je raconte à mes amis la douceur de l’eau, les sangliers qui détruisent les jardins, le sable de l’Escalet aussi blanc que celui des Maldives, les charançons rouges qui mangent de l’intérieur les palmiers jusqu’à les faire mourir, ce qui me provoque un véritable déchirement chaque fois que j’en aperçois un marqué d’un point marron qui signifie qu’il va être bientôt abattu. Mais depuis mon dernier séjour, je ne parle plus que de permaculture, de biodiversité, de vision holistique, d’agroécologie, de cultures sur buttes, de compostes, de résilience écologique.

En effet, j'ai été reçue au château de la Môle qui démarre un projet d'intérêt général pour devenir une sorte de "Villa Médicis" de l'agroécologie. Ses nouveaux propriétaires, Patrice de Colmont et sa sœur Véronique (propriétaires également du Club 55), avaient mis à disposition leurs jardins, les 12 et 13 septembre, pour recevoir l’opération Dessine-moi une tomate créée par l'association Colibris Golfe de Saint-Tropez qui fêtait ses 1 an. L'ambiance était joyeuse. 160 bénévoles ont accueilli plus de 2500 visiteurs. Ceux-ci ont pu écouter des conférences et des tables rondes sur les techniques agricoles respectueuses de l’écosystéme, échanger avec les représentants de différentes associations, faire participer leurs enfants aux nombreuses animations, acheter des légumes ou du miel aux stands des paysans, certains sont même repartis avec un poussin issu d’une race de poule ancienne très jolie avec ses grosses pattes exagérément fournies en plumes.

Pendant ces deux jours, - même si je suis depuis longtemps vigilante sur la provenance et la qualité de mon alimentation et que dans mes romans, mes héroïnes militent toujours (à leur façon et avec leur dialectique) contre les dérives et les dangers des pesticides et autres techniques de rentabilité qui épuisent nos sols, j’ai beaucoup appris. J’ai appris que l’homme a besoin du ver de terre pour vivre mais que le ver de terre n’a pas besoin de l’homme, que les semences OGM sont un crime contre l'humanité, que le requin est l’animal le moins meurtrier comparé, par exemple, au moustique, qu’un végétalien qui roule en voiture pollue moins qu’un carnivore qui circule à vélo, que 40% des poissons pêchés servent à nourrir d’autres animaux, que les cochons mangent plus de poissons que les requins, que 80 millions de requins sont tués chaque année, qu’une baleine défèque 3 tonnes de déchets par jour qui servent à nourrir le plancton, que 300000 baleines ont été décimées au XXème ce qui a entraîné une réduction de 50% du plancton.

J’ai également été séduite par la bienveillance et la volonté de préserver les ressources naturelles de notre planète, qui émanaient de chacun des intervenants venus expliquer son parcours et son action.

J’ai ainsi écouté André Huber qui a radicalement changé de vie pour se consacrer à l’Association Partager la terre. Malgré la fatigue accumulée durant ces dernières années sans congé, son sourire donne envie de suivre sa voie. Et aussi Daniel Vuillon, le fondateur de la première Amap, Mickaël Latz, le maire de Correns, le premier village bio de France et bien sûr le Capitaine Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd qui, avec ses gros bateaux, sauvent les baleines, les requins, les tortues, les phoques et les dauphins.

Tout allait bien, je venais d'embrasser un énorme tilleul bi-centenaire, quand un bonhomme, sans doute attiré par le député et le nombre de maires de la région présents, m’a demandé en ricanant si je cautionnais ce genre d’alimentation.

— C’est-à-dire ? je lui ai répondu.

— Allons, vous m’avez compris.

— Ben… non.

— Avouez qu’ils sont quand même très naïfs.

Réalisant que la conversation risquait de devenir laborieuse, je lui ai raconté comment lors d’un immense feu de forêt, un tatou s’était moqué d’un gentil colibri qui portait de l’eau dans son tout petit bec et la versait sur les flammes. Pfut ! Ne te fatigue pas l’ami, avait dit le tatou. Ça ne sert à rien. Tu crois peut-être qu’avec tes quelques gouttes, tu vas arrêter l’incendie ? Je ne sais pas, avait répondu le colibri, mais je fais ma part !

C’est d’ailleurs à partir de cette légende amérindienne que Pierre Rabhi, agriculteur biologiste et écrivain (je vous recommande vivement la lecture de ses ouvrages, et plus particulièrement Vers une sobriété heureuse), a créé Colibris en 2007.

Et comme je ne voulais pas gâcher mon plaisir d’être là, j’ai adressé au monsieur un joyeux sourire et je suis partie caresser un bébé oie qui ressemblait étrangement à un canard.

Septembre 2015

Paul Watson, Yana Watson, Sylvie Bourgeois Harel, Patrice de Colmont au Club 55

Paul Watson, Yana Watson, Sylvie Bourgeois Harel, Patrice de Colmont au Club 55

Conférence de Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd, devant 600 personnes sur le parvis du chateau de la Mole.

Conférence de Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd, devant 600 personnes sur le parvis du chateau de la Mole.

Pierre Rabhi. Patrice de Colmont. Club 55. Journée des défis. Voiles de Saint-Tropez 2015

Pierre Rabhi. Patrice de Colmont. Club 55. Journée des défis. Voiles de Saint-Tropez 2015

Patrice de Colmont. Sylvie Bourgeois

Patrice de Colmont. Sylvie Bourgeois

Pierre Rabhi. Sylvie Bourgeois

Pierre Rabhi. Sylvie Bourgeois

Sylvie Bourgeois Patrice de Colmont

Sylvie Bourgeois Patrice de Colmont

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Elle s’est réveillée et m’a regardée. Longtemps. Puis elle s’est rendormie. Dans son sommeil, je l’ai entendue dire putain de bordel de merde. Elle protestait, je pense, d’être encore en vie.

 

 

Elle est arrivée ce matin. Avec ses beaux yeux bleus. Des beaux yeux bleus et un visage d’enfant. D’un enfant pas souriant. L’infirmière aurait préféré mettre cette jeune femme qui venait de tenter de se suicider dans une autre chambre, mais l’hôpital était bondé. Elle m’a dit qu’après tout cela lui ferait peut-être du bien de passer quelques jours auprès de moi. De moi qui allais mourir et qui m’accrochais à la vie. Moi dont l’optimisme suscitait l’admiration du personnel médical qui prenait soin de mon corps malade. De mon corps qui avant d’être perfusé, piqué, dégradé était si joli. Je me souviens de l’affolement qu’il créait dans les yeux des hommes. Aujourd’hui, des trous, des crevasses, des gerçures, pas un endroit où ma peau ne soit esquintée et douloureuse. Si je me bats autant contre la maladie, c’est que je ne veux pas mourir avant de connaître le grand amour. Le vrai, le bel amour. Des fiancés, des aventures, j’en ai eu. Comme tout le monde. Mais le grand amour, jamais.

 

Je me suis tue et j’ai attendu. Qu’elle se réveille la désireuse d’éternité. À la fin de la journée, elle a commencé à bouger un peu, la demandeuse de mort. Et à parler. À raconter. Pourquoi elle s’était suicidée. Un homme, son mari la trompait, la battait et avait même essayé de la tuer en la poussant dans les escaliers. Elle l’aimait et lui avait pardonné. Il ne l’aimait plus et voulait la quitter. D’où les médicaments. Et maintenant qu’elle était toujours en vie, elle ne savait pas ce qu’elle allait faire de tout ce temps non désiré.

 

Cette fille me fascinait tant elle avait la capacité de parler sans s’arrêter. J’étais exténuée et l’écouter me reposait. Je n’avais pas à la questionner, ni à la relancer. Elle parlait toute seule, sans cesse. Et qu’elle avait besoin d’admirer un homme pour l’aimer. Et que le sien était admirable. Qu’il avait réussi professionnellement. Qu’il était beau, enfin pas vraiment beau comme on l’entend dans les magazines, mais beau comme elle aimait qu’un homme soit. Je lui ai demandé ce qu’elle pouvait trouver d’admirable chez un homme qui la battait. Elle ne m’a pas répondu. J’ai ajouté que si j’avais la chance d’avoir un amoureux, ce ne serait pas sa réussite que j’aurais admirée chez lui, mais plutôt sa capacité à m’aimer, quoiqu’il m’arrive. J’aurais trouvé par exemple admirable qu’un homme continue de m’aimer malgré ma maladie. Elle m’a regardée sans comprendre, puis elle a continué. Elle s’était ratée, mais elle recommencerait. Les médecins auraient beau s’acharner pour lui redonner le goût de la vie, la prochaine fois, elle ne se louperait pas.

 

Un peu plus tard, elle m’a demandé pourquoi j’étais à l’hôpital. Une leucémie, je lui ai répondu, j’ai une leucémie. C’est grave ? Elle a ajouté. Et avant même que je lui dise que la mienne était mortelle, elle s’est endormie. Avec sa tête d’enfant pas content.

 

C’est mal foutu la vie, elle m’a dit en se réveillant, j’aurais pu te donner la mienne. Ce serait bien si on pouvait donner sa vie que l’on ne veut plus à ceux qui en ont besoin. Elle ferait bien un deal - elle parlait comme ça - avec l’hôpital pour qu’elle ait le droit de se suicider dans une de leurs chambres et qu’ensuite les médecins récupèrent ses organes pour les transplanter à leurs malades. Mais elle était sûre qu’ils n’accepteraient jamais. Pourtant ça lui plairait. En plus, ce serait une première. Et puis comme ça, au moins, elle donnerait à sa mort le sens qu’elle n’avait pas réussi à donner à sa vie. Mais bon faut pas rêver, elle répétait, avec son visage d’enfant pas méchant.

 

Le lendemain, mes taux sanguins se sont effondrés. J’ai dû partir dans une chambre immunisée. Il me fallait un donneur pour une greffe de moelle osseuse. J’ai trente-deux ans et je ne veux pas mourir. La suicidée a trente-deux ans aussi, elle ne doit pas mourir. L’éternité, les ténèbres, ça me fait peur. L’idée que je n’ai pas eu le temps de devenir quelqu’un, ni de terminer ma dernière sculpture, me donne envie de pleurer. De pleurer doucement. Je me console ainsi. Je n’ai plus mes parents. La suicidée voit la mort comme un soulagement. Je l’envie presque. J’ai demandé à l’infirmière d’aller me la chercher. Qu’elle m’égaye un peu avec ses histoires de décès prématuré.

 

L’infirmière m’a dit qu’elle s’était remise et avait demandé à retourner dans la vie, dans sa vie, chez son mari. Elle avait même accepté d’être suivi par un psy. Je lui ai demandé de me la retrouver. Qu’elle vienne me distraire avec ses envies de morbidité. Je voulais revoir encore une fois son visage d’enfant innocent.

 

Je lutte, mais je me sens faiblir. Je suis toute maigre. Je ne peux plus rien avaler et à peine respirer. Aucun donneur n’est compatible. Je lutte, mais je ne vais pas gagner. Je le sais. Je le sens. Mes jours sont comptés. Je le sais. Je sens la paix s’installer en moi. L’image de ma maman me revient de plus en plus souvent. Elle a les bras tendus vers moi et me sourit en m’appelant doucement. Mes heures sont comptées, je le sais, je le sens, mais plus la morphine que l’on m’a augmentée.

 

J’attends la suicidée. Je veux la voir pour lui dire au revoir. Je veux la voir pour lui dire de vivre. Pour elle. Pour moi. Je veux la voir. C’est mon dernier espoir. Je veux la voir ma suicidée avec sa tête d’enfant inconséquent.

 

L’infirmière vient de m’annoncer qu’elle a tué son mari avant de se tirer une balle dans la tête. C’est sa maman qui a trouvé l’appartement plein de sang. Pauvre bébé qui désirait être aimée. Pauvre petite suicidée. Ma suicidée. Ma petite suicidée que je vais bientôt retrouver.

Sylvie Bourgeois

 

 Sylvie Bourgeois Harel - Château de La Mole - 2019

Sylvie Bourgeois Harel - Château de La Mole - 2019

Sylvie Bourgeois Harel - Château de La Mole - Var - 83310 - Massif des Maures

Sylvie Bourgeois Harel - Château de La Mole - Var - 83310 - Massif des Maures

Château de La Mole - 2019 - Massif des Maures - 83310 La Mole - Var

Château de La Mole - 2019 - Massif des Maures - 83310 La Mole - Var

Château de La Mole - Massif des Maures - 83310 La Mole - Var

Château de La Mole - Massif des Maures - 83310 La Mole - Var

Sylvie Bourgeois Harel - Château de La Mole - été 2019 - Massif des Maures ) Var - 83310 La Mole

Sylvie Bourgeois Harel - Château de La Mole - été 2019 - Massif des Maures ) Var - 83310 La Mole

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