Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
/ / /
Sophie à Ramatuelle... ou... en route vers la révolution paysanne...
Sophie à Ramatuelle... ou... en route vers la révolution paysanne...
Partager cet article
Repost0
/ / /
Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Cap-Taillat - Maison des Douaniers

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Cap-Taillat - Maison des Douaniers

J'ai 20 ans. Je fais toutes sortes de boulot depuis l'âge de 12 ans. J'ai quitté Besançon et Monaco, et je travaille depuis neuf mois chez Daniel Crémieux, une boutique pour hommes, rue Marbeuf, à Paris. Le mois de juin arrive. Mon frère aîné Max me propose de faire un aller-retour avec lui, en voiture, à Saint-Tropez pour voir un certain Patrice de Colmont qu'il avait rencontré l'année d'avant à Porto-Cervo lorsque celui-ci avait débarqué dans le port sarde qui abritait toute la jet-set afin de convaincre les propriétaires de Maxis (voiliers de 24 mètres appartenant à des milliardaires qui ne régataient qu'entre eux, pour la journée, autour de triangles olympiques,  et dans les plus beaux endroits du monde, avec 24 équipiers à bord, tous des marins hors pair. Max était skipper sur l'un d'eux) de participer à la course de la Nioulargue qu'il venait de créer. Nous arrivons à 17 h au Club 55. Patrice s'installe avec nous à une table. Les deux parlent bateaux et faisabilité. Au moment de partir, je dis à Patrice :

- C'est très joli chez vous, je viendrai bien travailler juillet, août. L'été dernier, j'ai été serveuse pendant le mois d'août chez votre voisin, à la plage du Planteur.

Si seulement j'avais eu la capacité de lui dire que durant ce même mois d'août, je m'étais fait violer pas très loin de là. Il pleuvait. On nous avait donné notre journée. J'ai fait du stop pour aller voir ma mère à Cap-d'Ail. Le chauffeur s'est éloigné de la route du bord de mer pour prendre, soi-disant, un raccourci à cause des embouteillages. En haut d'une colline, il a arrêté la voiture dans un endroit désert, et s'est jetée sur moi en pointant un cran d'arrêt sur ma gorge. Puis il m'a poussée de sa voiture en me disant que j'étais trop conne, que si j'avais été gentille, il m'aurait acheté pleins d'habits et m'aurait offert un grand coiffeur. Je suis rentrée à pied et en bus. Je n'en ai parlé à personne. Je n'ai pas porté plainte non plus. Je me sentais sale, honteuse et stupide. C'est de ma faute, je répétais en larmes sous la douche du bungalow où j'étais logée sur la plage de Pampelonne, pendant que j'essayais de me laver de cette humiliation.

- Avec plaisir, me répond Patrice, mais l'année prochaine, mon équipe est complète pour la saison.

N'ayant aucune envie d'attendre un an, je ne savais pas (et ne sais toujours pas d'ailleurs) me projeter au-delà d'un mois, j'ai insisté :

- Vous savez quoi, réfléchissez à ma proposition et je vous rappelle la semaine prochaine.

La semaine prochaine, je l'appelle :

- J'ai réfléchi, me répond Patrice, oui, je vous embauche tous les matins, vous mettrez les nappes sur les tables et ferez les bouquets.

- Ah non, ce n'est pas possible, je lui dis, j'ai besoin de travailler à temps complet, je suis pauvre, je dois gagner ma vie, et puis je vais quoi faire de mes après-midis, j'ai horreur de rester sur la plage quand il fait chaud.

- Bon, fait Patrice, rappelez-moi demain, je vais chercher une solution.

Le lendemain :

- Coucou, c'est moi ! je fais gaiement.

- Coucou, me répond Patrice aussi gaiement. Voilà j'ai trouvé une solution. J'avais un restaurant avec mon frère que nous venons de vendre. J'ai parlé aux nouveaux propriétaires qui sont d'accord pour vous embaucher le soir. Ainsi vous travaillez chez moi le matin et chez eux le soir.

- Ah non, ce n'est pas possible, je vais faire quoi dans la journée, je vous l'ai dit, j'ai horreur d'être sur la plage quand il fait chaud, et puis si je travaille chez eux le soir, je vais être fatiguée le matin chez vous, non, il me faut un travail à temps complet.

- Alors, venez chez moi, acquiesce Patrice, je vous embauche à plein temps.

Deux semaines plus tard, je commence mon travail au Club 55, au bar du restaurant. Chaque jour, Patrice me demande de déjeuner à sa table et pas avec les autres employés. Il me parle beaucoup. Je l'écoute en attendant avec impatience la fin du repas pour pouvoir aller me baigner avant de reprendre mon service. Je me baignais chaque jour avant et après mon travail. C'était très gai. Un soir, un anniversaire est organisé pour un client. Une fois que tous les invités et serveurs sont partis, Patrice, lui, ne part pas.

- Tu sais, je lui dis, tu n'es pas obligé d'attendre que l'on s'en aille, regarde, j'ai organisé près du bar un grand lit avec des draps, une couverture et des matelas. Avec Frédéric,on va dormir là. Frédéric était homosexuel et travaillait avec moi au bar. Patrice me regarde, les yeux remplis d'admiration.

- C'est toi qui as raison, me dit-il, tu as tout compris de la vie, c'est le plus beau lit qui soit.

- Tu veux dormir avec nous ?

- Oui.

- D'accord, mais avant, je vais nous préparer une omelette.

Nous avons soupé tous les trois à 2 heures du matin au milieu du Club éclairé par la lune, c'était féérique, je suis toute jeune et heureuse d'avoir su créer ce moment exceptionnel avec ces deux bonnes personnes autour de moi. Je suis heureuse mais je n'ai pas la capacité de comprendre que je suis amoureuse. Puis j'ai emmené Patrice et Frédéric se baigner. J'ai toujours besoin et envie de me baigner. Été comme hiver. Patrice s'est mis tout nu. Moi aussi du coup. Frédéric, je ne me souviens plus. Dix minutes plus tard, je m'endormais entre Frédéric et Patrice. Le lendemain matin, à 7 heures, les plagistes défilaient devant nous :

- Regardez, chut, il y a le patron qui dort avec Sylvie.

Il y a quelques mois, j'ai revu Frédéric durant cet été 2020. Il me rappelle ce souvenir.

- Tu ne savais pas que Patrice était amoureux de toi ? me demande-t-il, étonné.

- Non.

- Pourtant, au Club, tout le monde le savait.

- Sauf moi.

J'avais 20 ans. J'étais brisée par les abus que j'avais subis enfant (ce n'était pas mon papa qui était un être merveilleux), et par le viol de l'année auparavant. Je n'avais pas la capacité de comprendre que Patrice était tombé amoureux de moi en me voyant, et encore moins de comprendre que moi aussi j'étais également tombée amoureuse de lui. J'étais une jeune femme brisée qui ne savait que fuir l'amour. Je ne savais que fuir l'amour et continuer de me briser en me faisant mal.

 

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Les voyageurs sans trace - Salle Albert Raphaël - Ramatuelle

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Les voyageurs sans trace - Salle Albert Raphaël - Ramatuelle

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Le Club 55 - @ Gilles Bensimon

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Le Club 55 - @ Gilles Bensimon

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Le Club 55 - Tee-shirt de Richard Poppitti que j'ai customisé

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Le Club 55 - Tee-shirt de Richard Poppitti que j'ai customisé

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Château de La Mole - Mars 2020

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Château de La Mole - Mars 2020

Sylvie Bourgeois Harel - écrivain - Le club 55 - Ramatuelle - Pampelonne - Janvier 2021

Sylvie Bourgeois Harel - écrivain - Le club 55 - Ramatuelle - Pampelonne - Janvier 2021

Sylvie Bourgeois Patrice de Colmont Le Club 55 Ramatuelle Pampelonne

Sylvie Bourgeois Patrice de Colmont Le Club 55 Ramatuelle Pampelonne

Partager cet article
Repost0
/ / /
Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline - Le Tropézien

Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline - Le Tropézien

Partager cet article
Repost0
/ / /

Patrice de Colmont répond à Marcelline - Le Club 55

Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline - Patrice de Colmont - Le Club 55 - Lumière du Sud - Les Salins - Raymond Viala - L'Escalet - Cap Taillat

Le Monde - Pollution aux hydrocarbures dans le Golfe de Saint-Tropez

Le Monde - Pollution aux hydrocarbures dans le Golfe de Saint-Tropez

Marcelline l'aubergine -Raymond Viala - Cen Paca - L'Escalet - Cap Taillat

Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine - Le Club 55

Sylvie Bourgeois Harel - Marcelline l'aubergine - Le Club 55

Partager cet article
Repost0
/ / /
Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont -Marcelline l'aubergine au Club 55

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont -Marcelline l'aubergine au Club 55

Pierre Rabhi - Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont

Pierre Rabhi - Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont

Patrice de Colmont, Sylvie Bourgeois, au Club 55, à Ramatuelle sur la plage de Pampelonne

Patrice de Colmont, Sylvie Bourgeois, au Club 55, à Ramatuelle sur la plage de Pampelonne

Sylvie Bourgeois Harel, Marcelline l'aubergine chez Mission accomplie à Saint-Tropez, chez Sophie Lemaître

Sylvie Bourgeois Harel, Marcelline l'aubergine chez Mission accomplie à Saint-Tropez, chez Sophie Lemaître

Marcelline l'aubergine

Avec Sylvie on sème pour la vie

Note d’intention

Enfant, au lieu des Claude François et Johnny Hallyday qui avaient envahi les cerveaux de mes copines, mon idole était René Dumont, le premier écologiste à s’être présenté en 1974 à l’élection présidentielle. Ses coups de gueule me fascinaient, je voulais l’épouser quand je serai plus grande.

 

Puis le temps a passé. Et même si ma mère, qui ne mangeait pas de viande et connaissait le nom de toutes les fleurs, plantes, champignons et oiseaux, m’a éduquée dans le respect de la faune et de la flore - il était inenvisageable d’écraser une fourmi ou d’acheter une bombe anti-moustiques, elle préférait la citronnelle et les géraniums –, je n’ai pas compris tout de suite l’importance du bio. Au contraire, je me souviens qu’il y a une vingtaine d’années, il m’arrivait de pérorer, idiotement, que je mangeais la peau des pommes sans les laver pour que mon organisme fabrique des anticorps afin de lutter contre les pesticides.

 

Puis un jour, le goût justement d’une pomme sur un marché paysan de Provence m’a rattrapée. Elle avait la chair rose et la douce acidité de celles que je cueillais avec ma mère dans les vergers. À partir de là, je me suis plongée dans les livres et documentaires qui dénonçaient l’agriculture industrielle, et j’ai cherché à comprendre comment il était possible de se nourrir sainement. Et en 2003, après quinze années passées dans la communication, c’est l’écriture qui m’a rattrapée, je n’avais jamais désiré écrire, mais j’ai écrit. Des romans. Des scénarios.

 

Et c’est donc tout naturellement qu’aujourd’hui, la web-série avec Sylvie, on sème pour la vie s’est imposée à moi. Non pas pour pousser des coups de gueule comme mon cher René Dumont, mais pour raconter à ma façon, avec humour et légèreté, au travers d’un feuilleton qui mêle amour et agroécologie, cette injustice que les semences qui sont la vie, notre vie - un grain de blé peut nourrir des milliers de personnes -, ne soient plus reproductibles.

Sylvie Bourgeois

 

Sylvie Bourgeois Harel au Club 55, partenaire de la web-série Marcelline l'aubergine

Sylvie Bourgeois Harel au Club 55, partenaire de la web-série Marcelline l'aubergine

Partager cet article
Repost0
/ / /
Sylvie Bourgeois Harel - Marraine d'abeilles - Le Club 55

Sylvie Bourgeois Harel - Marraine d'abeilles - Le Club 55

Sylvie Bourgeois Harel au château de La Mole chez Patrice de Colmont, propriétaire du Club 55, parrain de l'association Selva -- Var

Sylvie Bourgeois Harel au château de La Mole chez Patrice de Colmont, propriétaire du Club 55, parrain de l'association Selva -- Var

L'homme, le premier prédateur d'abeilles

Imaginez.

Vous allez au marché.

Vous choisissez les plus belles courgettes,  poivrons, oignons, aubergines et tomates.

Vous rentrez chez vous.

Vous préparez avec amour une ratatouille, c'est votre plat préféré  pour l'été. Vous tenez d'ailleurs la recette de votre mère qui la tenait elle-même de sa propre mère qui la tenait de sa grand-mère. C'est dire si elle est bonne.

Et au moment de passer à table, alors que vous salivez déjà, on vous enfume. Vous êtes à moitié asphyxié à tousser et à cracher vos poumons quand soudain on vous retire votre assiette et on met à la place un vieux bout de pain rassis. Vous êtes tellement sous le choc que vous ne pouvez pas vous rebeller.

Que diriez-vous ?

Et bien, c’est ce qu’il se passe avec les abeilles lorsque des hommes leur retirent leur miel qui est leur nourriture pour laquelle elle travaille toute la journée, et remplacent celle-ci par un sirop sucré.

Un sirop à base de sucre industriel. Le sucre industriel est un poison pour l’être humain, alors imaginez pour elles ! Ce sirop les affaiblit et les rend encore plus vulnérables aux agressions chimiques, aux maladies, aux pesticides, et au fait qu’elles soient industrialisées. En effet, elles sont devenues les ouvrières les moins chères du marché ! Sans compter qu'elles ont été modifiées génétiquement pour les rendre plus faibles afin qu'elles n'attaquent plus l'homme lorsque ceux-ci les pillent.

Depuis que le miel est devenu un produit de consommation courante, il n’est pas rare de trouver deux cents, voire trois ou quatre cents ruches sur un même site. Imaginez les dégâts pour les autres insectes qui jouent également leur rôle de pollinisateur et qui vont se retrouver en concurrence avec des essaims de 25000 à 50000 abeilles par ruche.

Lorsque je suis devenue marraine de SOS abeilles créée par l'Association Selva, tandis que Patrice de Colmont, le propriétaire du Club 55 devenait parrain, j’ai appris que 50% des abeilles Apis Mellefera avaient disparu. J’ai appris également que l’abeille qui est le principal pollinisateur en France vit, si elle est née au printemps, environ 6 semaines durant lesquelles elle produit en milieu naturel 1 gramme de miel et que pour en obtenir un kilo, 1000 abeilles peuvent parcourir jusqu’à 800 000 km (soit 20 fois le tour de la planète) en 250 000 heures.

Nous sommes bien d’accord que l’homme ne devrait rien prendre aux abeilles, mais puisque la vie est faite de compromis, j’ai appris également qu’on ne les mettait pas en danger si on leur prenait 10 à 15% maximum de leur production. Mais surtout pas plus.

Si vous voulez les aider, appeler SOS abeilles qui propose des hôtels à abeilles que vous pouvez poser sur votre propriété ou sur un terrain communal. Dans ces cas, on leur laisse leur miel. L’idée est qu’elles vivent en paix, qu’elles pollènisent et se reproduisent à leur rythme. En effet, l’abri est volontairement petit pour qu’au bout d’un ou deux ans, la reine se sente à l’endroit et ait envie d’aller essaimer à l’extérieur pour créer de nouveaux essaims. Chaque hôtel à abeilles est livré et installé chez vous au bon endroit pour que les abeilles se sentent en sécurité, avec un essaim d’environ 20000 abeilles noires qui sont sauvages, et donc beaucoup plus résistantes que ces pauvres abeilles qui ont été sélectionnées et modifiées afin qu’elles deviennent plus dociles.

Alors, et si vous faisiez comme moi ? Si vous investissiez dans l’hôtellerie de plein air, un investissement pour la vie ?

Partager cet article
Repost0
/ / /
Patrice de Colmont, Paul Kuthe, Anna Brones, John Waller et Sylvie Bourgeois Harel au Club 55

Patrice de Colmont, Paul Kuthe, Anna Brones, John Waller et Sylvie Bourgeois Harel au Club 55

Sylvie Bourgeois - Patrice de Colmont - Projection salle Albert Raphaël à Ramatuelle du documentaire Les voyageurs sans trace

Sylvie Bourgeois - Patrice de Colmont - Projection salle Albert Raphaël à Ramatuelle du documentaire Les voyageurs sans trace

En 1938, Bernard de Colmont, explorateur et anthropologue, entraîne sa jeune épouse Geneviève à descendre avec lui et son ami Antoine de Seynes, les fleuves Green River et Colorado River aux États-Unis, en kayak. Après le succès de leur expédition, dès leur retour en France, ils deviennent des héros racontant au travers de multiples interviews leur incroyable aventure, Geneviève fait même la couverture de Marie-Claire. Équipés d'une caméra, ils ramènent des images de leur exploit, en effet, ils sont les premiers à être revenus vivants. En 1942, sort leur film, La rivière enchantée, réalisé par Roger Verdier. Mais la Seconde Guerre mondiale arrive coupant court à leurs réjouissances et aux multiples conférences auxquelles ils étaient invités pour raconter leurs péripéties.

En 2015, 77 ans plus tard, 3 jeunes américains refont cette expédition dont Ian McCluskey réaliser un documentaire, Voyagers without trace, mêlant films d'archives et images d'aujourd'hui où les jolis kayaks en bois, les mêmes que ceux des Inuits sont remplacés par des kayaks modernes de couleurs vives.

En 1955, Bernard de Colmont crée avec sa femme le restaurant Le Club 55 sur la plage de Pampelonne, à Ramatuelle, près de Saint-Tropez, après avoir découvert ce lieu idyllique en 1947 alors qu'il tournait un documentaire sur le transport d'oranges. Il revient s'y installer peu de temps avec son épouse et ses deux fils et finit par acquérir un bout de terrain au bord de l'eau.

Partager cet article
Repost0
/ / /
Sylvie Bourgeois Harel - Var-Matin - par Christophe Caïetti -Interview

Sylvie Bourgeois Harel - Var-Matin - par Christophe Caïetti -Interview

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - Var-Matin - Hôtel de Paris - par Laurent Amalric

Sylvie Bourgeois Harel - Saint-Tropez - Var-Matin - Hôtel de Paris - par Laurent Amalric

Cécile Harel / Sylvie Bourgeois Harel - Hôtel de Paris - Saint-Tropez

Cécile Harel / Sylvie Bourgeois Harel - Hôtel de Paris - Saint-Tropez

Saint-Tropez. Lecture de Sylvie Bourgeois chez Daniel Crémieux. La lettre économique et politique de PACA
Partager cet article
Repost0
/ / /
Sylvie Bourgeois -Saint-Tropez - Var-Matin - Juillet 2016

Sylvie Bourgeois -Saint-Tropez - Var-Matin - Juillet 2016

extrait page 100 :

... — Mais Raphaël, continue Gaspard, notre petit dernier, est né avec une malformation cardiaque. Il a fallu l’opérer. Il est resté plusieurs semaines entre la vie et la mort. C’était l’horreur. Valérie passait son temps à l’hôpital. Quand notre enfant a enfin pu rentrer à la maison, Valérie, au lieu d’être contente d’avoir son bébé sauvé, n’arrêtait pas de râler après les placards de la cuisine que je n’avais pas encore fixés au mur. Je n’avais jamais le temps. Posés à même le sol, ils étaient à la hauteur de notre aîné dont le grand jeu était de prendre les provisions et de tout faire tomber. Ça l’amusait beaucoup. Valérie, pas du tout. Elle se mettait à hurler que j’étais nul, que je la baisais mal, que j’avais gâché ses plus belles années. Je ne comprenais pas ses reproches. Puis un jour, j’ai compris. Le problème ne venait pas de mes placards, mais du chirurgien qui avait pris soin de Raphaël. Valérie, que j’avais admirée dans son rôle de mère exemplaire, paniquée à l’idée de perdre notre bébé malade, passait en fait ses journées, non pas auprès de notre enfant mourant, mais dans les bras de ce médecin. En larmes ‒ pourquoi faut-il toujours que les femmes pleurent quand elles nous font du mal ? ‒, elle m’a avoué vouloir vivre avec lui. Ils avaient, paraît-il, les mêmes visions de construction de leur avenir. Le mien fut démoli dans la seconde. Boum !

Gaspard mime avec ses doigts la détente d’un coup de pistolet sur sa tempe. Devant la violence du geste, Sophie sursaute et fait un bond en arrière.

— Lors du divorce, poursuit Gaspard, ma femme a tout obtenu, la garde des enfants, de la maison et une pension conséquente calculée sur mes anciens revenus. Je me suis retrouvé criblé de dettes, à vivre dans un studio pourri. Le pire, c’est que je ne supportais pas l’idée que mes fils soient élevés par ce médecin qui n’avait eu aucune éthique en se faisant passer pour un réparateur de bébé afin de séduire Valérie. J’ai pété les plombs. Je me suis mis à picoler. Les placards de mon studio me rappelaient mon aîné. Je les ai détruits à la hache. Je les ai détruits en hurlant. En pleurant. À force de pleurer, toutes mes bouteilles se sont vidées. Quand je n’en pouvais plus, je prenais ma voiture et je roulais pour m’éloigner de ma douleur. Les corniches n’avaient aucun secret pour moi. Le ravin n’était jamais loin. Il m’aurait suffi de ne plus tourner le volant, mais il me fallait rester vivant pour mes enfants. Le petit dernier n’arrivait à s’endormir que posé sur ma poitrine, le rythme lent de mon cœur le rassurait, le pauvre chéri avec sa cicatrice qui le marquerait à vie. Qu’est-ce que j’ai pu rouler ! Je roulais pour aller ailleurs. Pour aller là où je n’étais pas. Je roulais partout et aussi dans ma tête. Surtout dans ma tête. C’était là où je roulais le plus vite. Des images cauchemardesques défilaient devant mes yeux, des cafards par milliers, des araignées gigantesques, des siamoises à la poitrine exubérante. Un jour, j’ai même vu un dauphin déguisé en chirurgien qui faisait de la trottinette. Plus je roulais, plus je le voyais. Pour ne plus le voir, j’ai arrêté de rouler et donc de créer. À partir de là, plus aucune idée ne sortait de mes mains et mes crayons tombaient de ma tête. Valérie a fini par me faire interner dans une clinique psychiatrique. Quand j’ai réalisé que la fenêtre de ma chambre donnait sur l’hôpital où elle avait sucé ce salaud de docteur chargé de réparer mon bébé malade du cœur, ça m’a rendu encore plus dingue. On m’a gardé enfermé pendant deux mois. Pour me soigner de la solitude dans laquelle ma femme m’avait abandonné, j’ai couché avec quelques filles paumées.

Impressionnée de la facilité avec laquelle Gaspard livre son intimité, Sophie toussote. Elle ne s’attendait pas à avoir ce genre de conversations douloureuses à Saint-Tropez. Au royaume de la futilité et des célébrités, elle se demande comment elle s’est débrouillée pour tomber sur la seule personne qui va aussi mal qu’elle, si ce n’est plus mal.

— Ces sirènes maniacodépressives m’ont redonné confiance, reprend Gaspard. Troublée par leur délicieuse asthénie, ma virilité de dauphin-architecte a retrouvé de sa superbe. La nuit, je sautais de chambre en chambre. L’une de ces déesses de la frustration avait raconté aux médecins que mon sexe était une épée magique qui avait réussi à vaincre sa mélancolie, une autre qu’il était la meilleure piqûre d’antidépresseurs qui ne l’ait jamais pénétrée. En fait, leurs psychotropes agissaient sur leurs hormones et stimulaient leur libido. Ça baise beaucoup en HP.

— Ah bon ? s’étonne Sophie avec une petite voix éraillée.

J’ai bien fait de refuser le séjour en maison de repos que m’avait proposé l’hôpital, se dit-elle pendant que Gaspard lui explique qu’après son séjour épicurien dans cette formidable clinique sexuelle, il était retombé amoureux de l’alcool, alors qu’il n’y avait plus droit.

— Je te la fais courte. Quand je suis sorti, je n’en menais pas large. Je n’avais plus d’argent. Quand tu es faible, les charognards viennent te bouffer la laine sur le dos. Des clients ont commencé à ne pas payer mes honoraires comme s’il y avait écrit sur mon front Couillon qui travaille gratuitement pour le plaisir de créer de la beauté. Ce qui n’est pas totalement faux, avoir des idées suffit à me rendre heureux. Les pénalités de retard des impôts, de l’Urssaf, se sont accumulées. J’ai été entraîné dans un engrenage administratif impossible à stopper. Je devais du fric partout. Les huissiers ont fini par débarquer chez moi. Je leur ai dit que j’étais une tortue Hermann, une espèce protégée du massif des Maures, et qu’ils n’arriveraient jamais à m’expulser de ma carapace qui me servait de bouclier pour me protéger de mon salopard de banquier qui avait coupé ma carte bleue. Ça ne les a pas fait rire. Ils ont volé mon scooter. Mais pas ma voiture. Je l’avais bien cachée. N’empêche, ils ont réussi à me mettre à la rue.

— Et tu as fait quoi ? demande Sophie interloquée par cette avalanche de confessions désolantes.

— Calou, continue Gaspard, a proposé de m’héberger dans sa maison près de Rennes, mais je ne voulais pas d’un chez-moi chez lui. Je préférais dormir dans des petits hôtels quand j’avais trois sous. Sinon, c’était dans ma voiture. Mon essence préférée était la vodka. Comme les Vikings. Je commençais mes journées par un grand verre, puis j’allais m’entraîner au tir à l’arc pour pouvoir un jour décocher une flèche empoisonnée dans le cœur du docteur qui avait brisé le mien. Il vaut mieux d’ailleurs que ce vaurien ne croise jamais la route du Viking que je suis devenu. Je ne vais pas rester éternellement le gentil architecte qui se fait tout piquer.

Gaspard se relève sur son siège et se met à chanter à tue-tête :

         Les coups ah quand ils vous arrivent

         Oh oui, oui, ça fait mal

— J’ai aussi un nunchaku, ajoute-t-il, l’air menaçant.

Sous le choc de la vague de désespoir de Gaspard, Sophie reste muette. Elle aimerait avoir la trousse à outils adéquate pour lui ouvrir le cerveau et percevoir qui il est réellement. Et pourquoi pas, le réparer aussi un peu au passage !

— Et pour clore le tableau, un jour est arrivé où je ne pouvais plus payer mes assurances professionnelles. Il faut savoir qu’en tant qu’architecte, je suis responsable de tous les corps de métier que je fais bosser. Si un plombier rate son évier ou un carreleur son sol, c’est moi qui raque. Sans assurance, je ne pouvais plus travailler. Mon banquier qui trouvait que j’étais déjà trop à découvert a refusé de m’accorder un crédit supplémentaire. Je me noyais et au lieu de me tendre la main pour que je me remette à niveau afin de m’acquitter de mes dettes, ce salopard a appuyé sur ma tête pour me faire couler. N’étant pas à jour de mes cotisations, j’ai été rayé de l’Ordre des architectes. Je n’avais plus le droit d’exercer mon métier. Ce qui est un comble, ajoute-t-il en tapotant affectueusement la cuisse de Sophie, car l’Ordre des decins n’a jamais daigné répondre à ma plainte concernant un chirurgien voleur de femmes et d’enfants, les miens en l’occurrence. Allez, fous les gaz, Sophie ! Je vais te guider jusqu’à chez moi.

Interloquée, elle règle les rétroviseurs et son siège qu’elle avance au maximum.

— Ah, oui, j’ai aussi oublié de te dire que je suis interdit bancaire. Heureusement, un client me paye au noir sinon je serais mort. La France assiste les escrocs, pas les honnêtes gens. Si j’avais monté une société, j’aurais pu déposer tranquillou le bilan, me mettre au chômage, planter mes fournisseurs et me faire bronzer les fesses avec mes indemnités. Mais en profession libérale, je n’ai aucune protection sociale et je suis responsable jusqu’au dernier sou. Et si je meurs demain, mes gosses hériteront de mes créances. Tu te rends compte, je n’ai même pas de quoi payer l’opération de mon chien qui a un cancer. Et si je ne l’opère pas, il meurt. Et mon saligaud de banquier ne veut pas m’avancer les 1 500 euros dont j’ai besoin. Je t’assure, c’est une sale race, les banquiers, toujours à vous épier. Avec le mien, c’est bien simple, il m’est impossible de travailler. Il passe son temps à me harceler, à se renseigner sur mes futures rentrées. Comme si je le savais ! Je suis architecte, merde, pas comptable. Qu’on me donne des maisons à construire, pas des chiffres à additionner ! Quand j’ai choisi ce métier, j’avais l’ambition d’ériger des musées, de bâtir des tours, de dresser des gratte-ciel, pas de passer mes journées à négocier avec un abruti pour obtenir un crédit. Je suis un raté, Sophie. Voilà, ma petite tourterelle, si toi ou ta copine qui cherche désespérément un mec, vous voulez vous taper un looser, c’est le moment, sourit-il étrangement.

— Comment sais-tu que Géraldine cherche un mec ?

— Ça se sent à dix mille kilomètres qu’elle est seule. C’est désolant d’ailleurs toutes ces femmes célibataires. Si ça ne tenait qu’à moi, je les consolerais toutes, mais elles ne veulent pas d’un paumé. Les filles d’aujourd’hui veulent des vainqueurs. C’est là où elles se trompent. Parce que les vainqueurs, ils n’ont ni l’envie, ni le temps de s’occuper d’elles, puisque ce qui les motive, c’est de gagner !

— C’est ce que je me tue à expliquer à mes copines qui veulent des mecs dont elles puissent admirer la réussite professionnelle, ajoute Sophie, étonnée de la perspicacité de Gaspard. Moi ce qui m’épaterait chez un homme, ce serait sa capacité à m’aimer quoi que je fasse, même quand je suis bête ou que je pue de la bouche ou que je fais des prouts qui chlinguent. Voilà, je veux pouvoir rire avec lui de mes défauts et qu’il soit fier que je sois la seule à lui donner autant de plaisir au lit. C’est ce qui me ferait l’aimer encore plus.

Sophie tourne la tête pour reculer et découvre à l’arrière, cachée sous le brancard, une minuscule machine à laver le linge.

— C’est un problème les habits, dit Gaspard. Comme mon souci est d’être autonome, j’ai toujours une culotte propre dans ma mallette d’architecte. Les nanas apprécient que je sois soigné. Je te promets, le mec qui a un slip de rechange avec lui, il marque des points. J’ai réussi à bricoler un truc pour brancher l’arrivée d’eau de ma machine aux canalisations des maisons des femmes qui m’ont accepté dans leur lit.

— Tu as eu beaucoup de fiancées ?

— Il ne faut pas poser ce genre de questions, ma colombe, elles vont te faire du mal. Sache juste que c’est grâce à toutes ces filles que je suis encore en vie. Quand tu crois que tu n’as plus rien, eh bien, il te reste de bien faire l’amour. C’est le seul luxe des pauvres. Les couples friqués explosent quand ils ne baisent plus ensemble, c’est bien connu. Ma femme a arrêté de baiser quand je n’ai plus eu d’argent. Ce n’était peut-être qu’une grosse pute. Va savoir ?

— Va savoir, répète Sophie, pensive.

— Une grosse pute que j’aime toujours.

...

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Sylvie Bourgeois fait son blog
  • : Sylvie Bourgeois Harel, écrivain, novelliste, scénariste, romancière Extrait de mes romans, nouvelles et articles sur mes coups de cœur
  • Contact

Profil

  • Sylvie Bourgeois Harel
  • écrivain, scénariste, novelliste
  • écrivain, scénariste, novelliste

Texte Libre

Recherche

Archives

Pages

Liens