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Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Cap-Taillat - Maison des Douaniers

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Cap-Taillat - Maison des Douaniers

J'ai 20 ans. Je fais toutes sortes de boulot depuis l'âge de 12 ans. J'ai quitté Besançon et Monaco, et je travaille depuis neuf mois chez Daniel Crémieux, une boutique pour hommes, rue Marbeuf, à Paris. Le mois de juin arrive. Mon frère aîné Max me propose de faire un aller-retour avec lui, en voiture, à Saint-Tropez pour voir un certain Patrice de Colmont qu'il avait rencontré l'année d'avant à Porto-Cervo lorsque celui-ci avait débarqué dans le port sarde qui abritait toute la jet-set afin de convaincre les propriétaires de Maxis (voiliers de 24 mètres appartenant à des milliardaires qui ne régataient qu'entre eux, pour la journée, autour de triangles olympiques,  et dans les plus beaux endroits du monde, avec 24 équipiers à bord, tous des marins hors pair. Max était skipper sur l'un d'eux) de participer à la course de la Nioulargue qu'il venait de créer. Nous arrivons à 17 h au Club 55. Patrice s'installe avec nous à une table. Les deux parlent bateaux et faisabilité. Au moment de partir, je dis à Patrice :

- C'est très joli chez vous, je viendrai bien travailler juillet, août. L'été dernier, j'ai été serveuse pendant le mois d'août chez votre voisin, à la plage du Planteur.

Si seulement j'avais eu la capacité de lui dire que durant ce même mois d'août, je m'étais fait violer pas très loin de là. Il pleuvait. On nous avait donné notre journée. J'ai fait du stop pour aller voir ma mère à Cap-d'Ail. Le chauffeur s'est éloigné de la route du bord de mer pour prendre, soi-disant, un raccourci à cause des embouteillages. En haut d'une colline, il a arrêté la voiture dans un endroit désert, et s'est jetée sur moi en pointant un cran d'arrêt sur ma gorge. Puis il m'a poussée de sa voiture en me disant que j'étais trop conne, que si j'avais été gentille, il m'aurait acheté pleins d'habits et m'aurait offert un grand coiffeur. Je suis rentrée à pied et en bus. Je n'en ai parlé à personne. Je n'ai pas porté plainte non plus. Je me sentais sale, honteuse et stupide. C'est de ma faute, je répétais en larmes sous la douche du bungalow où j'étais logée sur la plage de Pampelonne, pendant que j'essayais de me laver de cette humiliation.

- Avec plaisir, me répond Patrice, mais l'année prochaine, mon équipe est complète pour la saison.

N'ayant aucune envie d'attendre un an, je ne savais pas (et ne sais toujours pas d'ailleurs) me projeter au-delà d'un mois, j'ai insisté :

- Vous savez quoi, réfléchissez à ma proposition et je vous rappelle la semaine prochaine.

La semaine prochaine, je l'appelle :

- J'ai réfléchi, me répond Patrice, oui, je vous embauche tous les matins, vous mettrez les nappes sur les tables et ferez les bouquets.

- Ah non, ce n'est pas possible, je lui dis, j'ai besoin de travailler à temps complet, je suis pauvre, je dois gagner ma vie, et puis je vais quoi faire de mes après-midis, j'ai horreur de rester sur la plage quand il fait chaud.

- Bon, fait Patrice, rappelez-moi demain, je vais chercher une solution.

Le lendemain :

- Coucou, c'est moi ! je fais gaiement.

- Coucou, me répond Patrice aussi gaiement. Voilà j'ai trouvé une solution. J'avais un restaurant avec mon frère que nous venons de vendre. J'ai parlé aux nouveaux propriétaires qui sont d'accord pour vous embaucher le soir. Ainsi vous travaillez chez moi le matin et chez eux le soir.

- Ah non, ce n'est pas possible, je vais faire quoi dans la journée, je vous l'ai dit, j'ai horreur d'être sur la plage quand il fait chaud, et puis si je travaille chez eux le soir, je vais être fatiguée le matin chez vous, non, il me faut un travail à temps complet.

- Alors, venez chez moi, acquiesce Patrice, je vous embauche à plein temps.

Deux semaines plus tard, je commence mon travail au Club 55, au bar du restaurant. Chaque jour, Patrice me demande de déjeuner à sa table et pas avec les autres employés. Il me parle beaucoup. Je l'écoute en attendant avec impatience la fin du repas pour pouvoir aller me baigner avant de reprendre mon service. Je me baignais chaque jour avant et après mon travail. C'était très gai. Un soir, un anniversaire est organisé pour un client. Une fois que tous les invités et serveurs sont partis, Patrice, lui, ne part pas.

- Tu sais, je lui dis, tu n'es pas obligé d'attendre que l'on s'en aille, regarde, j'ai organisé près du bar un grand lit avec des draps, une couverture et des matelas. Avec Frédéric,on va dormir là. Frédéric était homosexuel et travaillait avec moi au bar. Patrice me regarde, les yeux remplis d'admiration.

- C'est toi qui as raison, me dit-il, tu as tout compris de la vie, c'est le plus beau lit qui soit.

- Tu veux dormir avec nous ?

- Oui.

- D'accord, mais avant, je vais nous préparer une omelette.

Nous avons soupé tous les trois à 2 heures du matin au milieu du Club éclairé par la lune, c'était féérique, je suis toute jeune et heureuse d'avoir su créer ce moment exceptionnel avec ces deux bonnes personnes autour de moi. Je suis heureuse mais je n'ai pas la capacité de comprendre que je suis amoureuse. Puis j'ai emmené Patrice et Frédéric se baigner. J'ai toujours besoin et envie de me baigner. Été comme hiver. Patrice s'est mis tout nu. Moi aussi du coup. Frédéric, je ne me souviens plus. Dix minutes plus tard, je m'endormais entre Frédéric et Patrice. Le lendemain matin, à 7 heures, les plagistes défilaient devant nous :

- Regardez, chut, il y a le patron qui dort avec Sylvie.

Il y a quelques mois, j'ai revu Frédéric durant cet été 2020. Il me rappelle ce souvenir.

- Tu ne savais pas que Patrice était amoureux de toi ? me demande-t-il, étonné.

- Non.

- Pourtant, au Club, tout le monde le savait.

- Sauf moi.

J'avais 20 ans. J'étais brisée par les abus que j'avais subis enfant (ce n'était pas mon papa qui était un être merveilleux), et par le viol de l'année auparavant. Je n'avais pas la capacité de comprendre que Patrice était tombé amoureux de moi en me voyant, et encore moins de comprendre que moi aussi j'étais également tombée amoureuse de lui. J'étais une jeune femme brisée qui ne savait que fuir l'amour. Je ne savais que fuir l'amour et continuer de me briser en me faisant mal.

 

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Les voyageurs sans trace - Salle Albert Raphaël - Ramatuelle

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Les voyageurs sans trace - Salle Albert Raphaël - Ramatuelle

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Le Club 55 - @ Gilles Bensimon

Sylvie Bourgeois Harel - Patrice de Colmont - Le Club 55 - @ Gilles Bensimon

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Le Club 55 - Tee-shirt de Richard Poppitti que j'ai customisé

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Le Club 55 - Tee-shirt de Richard Poppitti que j'ai customisé

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Château de La Mole - Mars 2020

Patrice de Colmont - Sylvie Bourgeois Harel - Château de La Mole - Mars 2020

Sylvie Bourgeois Harel - écrivain - Le club 55 - Ramatuelle - Pampelonne - Janvier 2021

Sylvie Bourgeois Harel - écrivain - Le club 55 - Ramatuelle - Pampelonne - Janvier 2021

Sylvie Bourgeois Patrice de Colmont Le Club 55 Ramatuelle Pampelonne

Sylvie Bourgeois Patrice de Colmont Le Club 55 Ramatuelle Pampelonne

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EN ATTENDANT QUE LES BEAUX JOURS REVIENNENT (roman que j'ai signé cécile Harel) Extrait

Je me réveille dans le bus 63 pour rentrer chez moi. Le 63 est un bus épatant. Chaque fois que je vais quelque part, il m’y emmène. À quelques sièges devant moi se trouve une dame, de dos, avec les mêmes cheveux frisés que ma mère. À force de la regarder, soudain, je suis sûre que c’est elle. Je ferme à demi les paupières et je me plais à imaginer que je ne l’ai pas vue depuis sept ans, je la retrouve par hasard. « Maman, mais que fais-tu là ? » Elle me répond qu’elle a toujours eu envie de vivre à Paris, à Saint-Germain-des-Près, et, voilà, maintenant, elle y habite, mais elle ne doit pas traîner, son nouveau mari l’attend. Il ne supporte pas qu’elle soit en retard. « Je dois y aller Marie ! » Elle me fait une bise, rapide : « Je n’ai pas le temps de rester avec toi. » Elle porte un panier de commissions et descend du bus, sans se presser, sans me poser de questions non plus. J’aurais souhaité lui dire que j’écrivais un livre sur l’amour que je lui ai toujours porté, mais au travers de mes yeux pleins de larmes, je ne la vois déjà plus.

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- J'ai l'impression d’avoir raté ma vie.

- Ben non, tu m'as rencontré.

- Et tu crois que ça fait tout ?

- Ça serait quoi pour toi une vie réussie ?

- Fais pas chier mon amour.

J'ai rencontré mon mari à un dîner où je n'étais pas invitée chez des gens que je ne connaissais pas. Dès que je l’ai vu, j’ai su que j'allais vivre avec lui, pourtant il était vert-de-gris. Immédiatement, mon sang s’est affolé, mes reins ont piaffé, ma peau m’a gratté, même mon sexe était énervé. Un sentiment d’apaisement m’a envahi et je me suis dit que c’était bien qu’il soit revenu. D’où ? Je ne sais pas. D’un autre siècle, peut-être, mon mari ressemble à un moine du moyen-âge.

Cécile Harel est mon double littéraire pour différencier deux styles d'écriture, quand j'écris au je, je prends mon inspiration dans le bas de mon ventre où il y a de la douleur, quand j'écris à la 3ème personne, je me mets à distance de mon sujet et reste dans la légèreté.

***

décembre 2015 : nouvelle couverture, nouvelle édition

septembre 2014 : parution en Allemagne chez Piper

septembre 2013 : sortie chez Pocket

août 2012 : parution aux Escales

EN ATTENDANT QUE LES BEAUX JOURS REVIENNENT (roman)
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- Je veux être comme ces Américaines qui sillonnent les États-Unis pour donner des conférences sur des sujets qui ont changé leur vie, qui vendent leur expérience, tu vois ? dit Sophie.

- Non, répond Sylvain.

- Eh bien, je veux être une de ces femmes.

- Parler ne devrait pas te poser de soucis, mais tu vas dire quoi ?

- Que bien faire l’amour est primordial pour la santé et la paix dans le monde.

- Pardon ?

- Tu accepterais d’être l’homme qui me suivrait partout, qui réserverait les hôtels, qui contacterait les mairies, les associations ?

- J’ai déjà un travail.

- Que tu arrêterais le jour où je commencerais à gagner de l’argent. Avoue que tu serais parfait pour t’occuper de moi, tu es très organisé.

- Je me demande si tu n’es pas folle.

- Parce que je veux réussir ma vie ?

- Mais t’as quoi comme expérience pour parler de ça en dehors de nos treize années de vie commune à Annecy ?

- Je me suis documentée, j’ai lu plein de bouquins sur la question.

- Et pourquoi tu ne m’en as jamais fait profiter ?

- Arrête de tout ramener à toi ! Mon rêve serait d’arriver à créer un centre d’éducation sexuelle, calqué sur le modèle des Weight Watchers.

- Quelle drôle d’idée, on était pourtant heureux.

- Je suis en mutation, Sylvain.

- Mets-toi au golf.

- Tu ne crois donc pas en moi ?

- C’est que…

- Je dois alors te quitter.

- Pardon ?

- Soit on fonce ensemble, soit je suis seule.

- Quoi ?

- Je vais aller vivre à Paris, Sylvain, ce que j’aurais dû faire il y a vingt ans au lieu de m’enterrer, vivante, ici.

- Et moi ? Je t’aime Sophie.

- Oui, parce que je suis ta petite femme enfant qui a besoin de toi pour acheter ses vêtements.

- Ça ne va pas de dire ça ?

- Avoue que me gâter flatte ta virilité.

- Tu n’es pas obligée d’accepter.

- Je veux laisser une trace dans le cœur des gens avant de mourir.

- Ce n’est pas une raison pour me quitter.

- Si. Il faut que je n’aie pas d’autre choix que réussir, tu comprends ? Je suis une grosse paresseuse. Si je sais que je peux compter sur toi, je n'évoluerai jamais.

- Mais qu’est-ce que t’as ?

- 40 ans.

- Ma pauvre chérie.

- Tu veux que je te fasse des crêpes pour le dîner ?

- Tu as envie de te faire d’autres mecs, c'est ça ?

- Alors là, c’est le dernier de mes soucis.

- Je ne te crois pas.

- Changer de vie ne veut pas forcément dire changer d’homme.

- Tu serais la seule femme à penser ça !

- Je suis une féministe, Sylvain. Mon épanouissement ne dépend pas du bon vouloir d’un homme de me désirer ou non.

- Et si l’on se mariait ?

- C’est fini nous deux.

- On pourra encore faire l’amour avant ton départ ?

- Sache que je suis aussi triste que toi de te quitter, mais si je le fais, c’est également pour nous deux. Reconnais que nous stagnons dans la monotonie.

- Et si on commençait par aller se consoler tout de suite?

- Tu ne penses vraiment qu’à ça.

- Ça te va bien de dire ça !

Sophie sait parfaitement que son projet d'école de sexe ne veut rien dire, mais elle n'a pas trouvé mieux pour provoquer Sylvain, et lui faire mal. Elle ne lui pardonne pas d'avoir refusé de s'associer, il y a quelques années, dans son concept de vente de laines péruviennes et de tricots à confectionner soi-même. Sylvain avait décliné, prétextant qu’il n’avait aucune envie de devenir son esclave d’autant que Sophie peut se révéler autoritaire et péremptoire dès qu’il s'agit de prendre des décisions (surtout si c’est à la place des autres). Chaque fois qu'elle regrette de ne pas avoir eu le cran de monter seule son entreprise, ses remords retombent sur ce pauvre Sylvain à qui elle reproche son manque d'ambition professionnelle (et de ne jamais porter le pull avec un bonhomme de neige qu’elle lui a tricoté). Elle n’accepte pas qu'il se satisfasse de son travail chez Franck Palmier, le plus gros cabinet d'architecture de la région. Vu ses qualités, il pourrait devenir son propre patron. Mais Sylvain préfère la stabilité et la tranquillité que lui offre son poste pour lequel il a non seulement un très bon salaire, mais surtout suffisamment de temps libre pour s'adonner à ses trois passions : Sophie, la photographie (son sujet préféré est Sophie) et le vélo (qu'il pratique avec Sophie).

Communiqué de presse

Novelliste, romancière et scénariste (notamment pour son époux le réalisateur Philippe Harel), Sylvie Bourgeois s’est lancé un nouveau défi : donner vie à Sophie, un personnage attachant et fantasque qui aura toujours 40 ans, et qui à chaque début de roman veut ou doit changer de vie. Après Sophie à Cannes qui se déroulait dans les coulisses du festival, nous retrouvons notre héroïne dans Sophie au Flore au cœur de Saint-Germain-des-Prés.

Sophie au Flore est autant une satyre de notre époque qu’une peinture fidèle de Saint-Germain-des-Prés où Sophie fragilisée par sa rupture et sa perte de repères tombe sous la coupe d’un homme politique manipulateur qui l’abreuve de textos érotiques pour lui faire croire à une belle histoire d’amour. 

Entre Rastignac et Madame Bovary, il y a Sophie. Figaro Madame.

Sylvie Bourgeois, tout en réussissant à nous amuser et nous émouvoir avec le thème des amours virtuels, nous parle des femmes de quarante ans, de leur beauté, de leur énergie et de leur incroyable volonté quand elles décident de changer de vie. Quarante ans, un âge décisif pour celles qui veulent tout recommencer et considèrent que c'est le dernier moment avant qu’il ne soit trop tard.

Sylvie Bourgeois poursuit ici les aventures de Sophie, étonnante héroïne, plus drôle que jamais, qui aime à répéter que sa seule ambition est d'être humainement fréquentable.

4ème de couverture

Sur un coup de tête, Sophie quitte Annecy et Sylvain, son compagnon, pour tenter sa chance à Paris, comme elle aurait déjà dû le faire, il y a vingt ans...
 
Mais comment réussir quand on a quarante ans, qu’on sous-loue une chambre chez une vieille dame, qu’on ne sait pas quoi faire de ses journées, et qu’on ne rêve pas d’un bon mariage ? En attendant de trouver une réponse, Sophie passe toutes ses après-midis à boire des chocolats chauds sur les banquettes en moleskine du Café de Flore. Et si c’était ça la vraie vie ?
 
Après Sophie à Cannes, qui se déroulait dans les coulisses du festival, nous retrouvons, dans un style toujours aussi alerte et plein d’humour, Sophie au cœur de Saint-Germain-des-Prés.
 
 

 

 
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Présentation

  • : Sylvie Bourgeois fait son blog
  • : Sylvie Bourgeois Harel, écrivain, novelliste, scénariste, romancière Extrait de mes romans, nouvelles et articles sur mes coups de cœur
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  • Sylvie Bourgeois Harel
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