Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
/ / /
Sylvie Bourgeois Harel

Sylvie Bourgeois Harel

Je ne sais jamais quoi offrir à mon mari, j’ai toujours l’impression que ça lui fait ni chaud, ni froid. Tandis que moi, les cadeaux, j’adore les recevoir, c’est même tout un art, je deviens si joyeuse que c’est un véritable plaisir de m’en faire. Si. Je dis toujours merci même s'ils ne me plaisent pas, je ne fais jamais la tête, non, au contraire, je deviens gaie comme une enfant. Mon côté enfant n’a d'ailleurs jamais totalement disparu, j’aime encore le rose, les cœurs et dépenser l’argent de mon mari comme si c’était celui que me donnait ma maman. C’est peut-être une histoire de confiance. Mes économies, je les garde au cas où il me quitterait, je me consolerai avec. Si je ne sais jamais quoi lui acheter, c’est peut-être pour lui offrir, par anticipation, sa liberté. Ça peut paraître compliqué, mais je me comprends.

 

En revanche, pour ses 50 ans, je dois marquer le coup. Je suis bien ennuyée d’autant que Magali, sa nouvelle employée, est drôlement bien roulée. En plus, elle n’arrête pas de lui dire combien il est intelligent, talentueux, formidable. Et les hommes, le mien comme les autres, c’est fragile. À force de trop le flatter, elle va finir par me le gâter. Ce serait dommage car c’est un bon mari, gentil et toujours heureux de me voir, je ne dois pas le décevoir. Surtout pas ce soir.

 

Une chose est sûre, je ne suis pas avare de mon temps. Ce n’est pas que je considère qu’il n’a pas de valeur, au contraire, j’ai la notion de l’heure et des années qui finiront par me ravager, mais j’aime apporter de la douceur et créer de la joie. Voilà mes qualités. Alors pour l'anniversaire de mon mari, je vais lui offrir une poupée, une jolie pépé comme disait mon papa.

 

J’ai téléphoné à Monica, une amie du yoga qui sent très bon. Je lui ai demandé tout de go d’être le cadeau de mon époux. D’un coup. J’ai osé. Faut dire, un jour où nous buvions des fruits pressés dans un salon de thé, elle m’avait confiée qu’elle adorait faire l’amour à trois. Ça m’avait fait rêver car elle est blonde pulpeuse avec une belle chair ferme et une peau dorée toute l’année. Elle est très souple aussi, elle ondule bien son corps, on voit tout de suite qu’elle sait donner du plaisir. Elle m’avait dit oui sans hésiter. Un oui léger et audacieux. Elle avait ajouté qu’elle me trouvait jolie et qu’elle en avait envie depuis longtemps. Ça m’avait excitée. J’avais failli lui dire de venir me rejoindre immédiatement. Mais je m'étais ravisée en me disant que j’étais pénible de vouloir toujours garder les cadeaux pour moi. J’ai tenu à fixer une règle, même si ça nous plaisait terriblement, on ne le ferait qu’une fois, il était hors de question d’avoir une relation durable tous les trois. C’est mon mari qui va être content.

 

Quand Monica est entrée dans mon appartement, j’ai été ennuyée à cause des enfants. J’ai appelé la baby-sitter et nous avons filé au Bristol. Carrément. Je voulais faire les choses en grand. En route, nous nous sommes arrêtées chez Repetto et j’ai acheté à Monica une tenue de danseuse avec un tutu long comme le cou d’un cygne. Je voulais la gâter. J’aime les danseuses. Et aussi un cache-cœur et des chaussons. Je dansais quand j’étais enfant. Monica, elle n’a jamais arrêté, c’est pour cela qu’elle est gracieuse et souple comme une poupée. Elle a 30 ans et pas d’enfant, mais beaucoup d'amants. Elle est un peu comédienne et très souvent en voyage.

 

À l’hôtel, j’ai caché Monica dans la penderie. Puis quand mon mari est entré, je lui ai mis sa chanson préférée, In my secret life, de Léonard Cohen. Il m’a souri. Je me suis sentie fière et je lui ai bandé les yeux. Je l’ai assis sur le rebord du lit et je lui ai dit de ne pas bouger, j’avais une surprise pour lui. Puis sans faire de bruit, j’ai fait sortir Monica de son placard. C’était rigolo. On se faisait des signes de sioux pour se parler. Elle a déshabillé mon mari qui voulait me caresser. Il croyait que c’était ça le jeu et n’arrêtait pas de bouger. Je lui donnais des petits coups avec ma cravache que j’avais amenée au cas où. Monica l’a poussé pour qu’il tombe allongé sur la couette en lin, et tout en le chatouillant avec son tutu, elle lui a noué les poignets avec des rubans de satin. Se sentant prisonnier, il s’est mis à bander. Ça m’a émue. Je l’ai pris dans ma bouche.

 

Monica a soulevé ma jupe, s’est agenouillée et m’a léchée en faisant un peu de bruit. Le bruit d’une petite chatte assoiffée. Dans le miroir, j’ai regardé ses fesses bouger. Leur beauté m’a troublée. Ma gorge s’est nouée et je me suis abandonnée. Soudain, elle s’est introduite en moi. Avec deux doigts. Ça m’a bouleversée. J’ai pensé à divorcer et tout recommencer. J’ai regretté de ne pas avoir continué la barre au sol, j’aurais fait le grand écart et mes orgasmes, des sauts de chat. Sauf que je ne suis pas un petit rat d’opéra à savoir chorégraphier mon plaisir. L’étoile, c’est Monica, pas moi. Alors je l’ai laissée valser dans mon intimité, pliés, emboités, jetés, balancés, chassés, glissés, une véritable arabesque. J’étais la chatte de notre voisin quand elle se frotte contre mon mari. J’ai joui. En violet. En orange. Et même en doré. Je n’ai pas arrêté de jouir. Je hurlais. Je riais. Je suffoquais si bien que mon mari m’a demandé ce qui me mettait dans un état pareil. Je lui ai chanté Happy Birthday my love.

 

Prise entre mon désir de garder Monica rien que pour moi et l’impatience de mon mari qui commençait à se manifester, j’ai fait trois signes d’indiens à ma Pina Bausch pour lui demander de partir, finalement, je voulais faire l’amour à mon mari, seule. C’est compliqué de tout partager. Elle m’a compris. Quelle délicieuse amie j’ai là, je me suis dit. Et quand je lui ai mimé un je t’appelle demain pour que l’on se revoit très vite, mais que toutes les deux tellement c’était bon, elle m’a souri pour me dire oui. Je lui ai envoyé un baiser.

 

Je vous l’ai dit, je ne sais jamais quoi faire comme cadeaux à mon mari, en revanche je sais bien prendre soin de lui pour le garder à vie.

 

Sylvie Bourgeois

Partager cet article

Repost0
/ / /
Sylvie Bourgeois Harel au Café de Flore

Sylvie Bourgeois Harel au Café de Flore

Je suis voluptueusement abandonnée sur mon lit à faire l’amour avec mes mots qui sont mes seuls amis à qui je peux confier mon intimité. Enfermée sur ces pages de papier pour t’exprimer mes rêves de sensualité, mon esprit imprégné de ta sensualité voudrait lécher les verbes tels que sucer, pénétrer, haleter, savourer, cambrer, écarter, soupirer, mouiller, succomber.

 

Mon sexe s’ouvre pour y faire entrer des mots tels que ravissement, émotion, enchantement, chaleur, emballement, gaieté, abandon détermination, révélation.

 

Mon émoi à ton égard cherche dans mes pensées les mots pour te fantasmer et ne pas risquer d’être frustrée par ta manière de me désirer. C’est une autre façon de te faire l’amour.

 

Je t’ai rêvé me pénétrer. Tu étais dans mon cerveau excité et passionné à le caresser. Cette extraordinaire et rare sollicitation me provoquait une inconnue et douce sensation de plénitude. Glissant dans cette masse nerveuse qui, sur ton passage, s’embellissait, se dynamisait, se réveillait, tu voulais tout sentir, tout toucher, tout connaître de ce monde inconnu qui s’offrait à toi avec une volupté confondante.

 

Ta curiosité a réussi à ouvrir certaines portes que je croyais avoir fermées à jamais d’où se sont délicieusement échappés les mots, sérénité, calme, assurance, quiétude, paix, félicité.

 

Excité par mes gémissements de plaisir qui résonnaient telle une symphonie, tu as joui dans ma tête, arrosant avec délectation ce noyau fertile qui t’attendait pour se développer, se dévoiler et se révéler.

 

Puis tu es redevenu homme, homme sur moi, épuisé par cette victoire non conventionnelle. Mes seins se sont alors extraordinairement gonflés pour mieux t’accueillir, t’honorer, te soulager.

 

Léger comme une plume, mon corps s’enivrait de toi pour que chaque grain de ma peau te soit le plus délicieux des massages.
Assis sur ton visage, mon sexe s’est pressé fortement à ta bouche afin de filtrer pour toi l’air que tu respires.

 

Je t’ai sucé avec tendresse, délicatesse, exigence, concentration, douceur, protection. Chaque recoin de ta verge était sollicité. Ma salive qui bavait tant et si bien, a formé une vague géante de plaisir et a noyé ton sexe dans un tourbillon d’ivresse. Tes genoux fléchissaient. Ton corps tremblait. Ta bouche me réclamait. Je te suçais avec une fougue nouvelle, témoin de mon tempérament révélé.

 

Ma passion à te désirer a pénétré ton sexe et les mots sur lesquels je me suis masturbée pour les préparer à être le sensuel reflet de mes pensées sont entrés dans ton esprit créant de fabuleux frissons jusqu’alors inconnus.

 

Ces mots tels que confiance, sentiment, sincérité, amour, intuition, allégresse lui ont insufflé de vivre heureux. Une boule de feu d’une énergie incommensurable a envahi ta tête et a brûlé à jamais tes insatisfactions, tes frustrations, tes craintes. La puissance de ce plaisir rêvant de te faire crier de bonheur a anéanti tous les usurpateurs qui t’enferment.

 

Ces jouissances nouvelles, fulgurantes, libératrices prennent leur source dans un espace merveilleux qui s’appelle liberté, douceur, désir, plaisir, respect, vérité.

 

Sylvie Bourgeois

Lettres à un monsieur

Editions Blanche (octobre 2003)

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : Sylvie Bourgeois fait son blog
  • : Sylvie Bourgeois Harel, écrivain, novelliste, scénariste, romancière Extrait de mes romans, nouvelles et articles sur mes coups de cœur
  • Contact

Profil

  • Sylvie Bourgeois Harel
  • écrivain, scénariste, novelliste
  • écrivain, scénariste, novelliste

Texte Libre

Recherche

Archives

Pages

Liens